Adhyaya 28
Uma SamhitaAdhyaya 2831 Verses

छायापुरुषलक्षणवर्णनम् (Description of the Marks of the Shadow-Person)

L’Adhyāya 28 est construit comme un dialogue entre Devī et Śaṅkara. Devī demande un développement d’un enseignement ésotérique auparavant résumé, nommé “chāyikaṃ jñānam”, relié au śabda-brahman et aux signes du yoga. Śaṅkara répond en définissant la méthode et les règles d’interprétation du “chāyāpuruṣa-lakṣaṇa”, c’est‑à‑dire les signes diagnostiques perçus dans l’ombre de soi-même. La pratique est décrite comme une observation yogique ritualisée : se placer par rapport au soleil ou à la lune, demeurer purifié, vêtu de blanc et parfumé, se remémorer le mahāmantra de Śiva — dit “navātmaka” et “piṇḍabhūta” — puis examiner sa propre ombre. Le chapitre établit ensuite un système de signes : formes, couleurs et anomalies de l’ombre sont corrélées à des effets spirituels (vision de Śiva comme cause suprême, obtention de Brahman, délivrance de grands péchés) et à des présages (pertes, dangers ou événements de vie dans des délais déterminés). L’ensemble constitue un manuel bref de sémiotique divinatoire-yogique śaiva, unissant mantra, pureté, perception et règles d’exégèse en un protocole unique.

Shlokas

Verse 1

देव्युवाच । देवदेव महादेव कथितं कालवंचनम् । शब्दब्रह्मस्वरूपं च योगलक्षणमुत्तमम्

La Déesse dit : Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, explique le dépassement du Temps (kāla-vañcana), la nature de Śabda-Brahman (Brahman en tant que son sacré) et les caractéristiques suprêmes du Yoga.

Verse 2

कथितं ते समासेनच्छायिकं ज्ञानमुत्तमम् । विस्तरेण समाख्याहि योगिनां हितकाम्यया

Tu m’as déjà exposé brièvement l’excellente connaissance « semblable à une ombre » (comme un simple aperçu). À présent, par compassion et pour le bien des yogins, explique-la en détail.

Verse 3

शंकर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामिच्छायापुरुषलक्षणम् । यज्ज्ञात्वा पुरुषः सम्यक्सर्वपापैः प्रमुच्यते

Śaṅkara dit : « Écoute, ô Devī ; je vais exposer les caractéristiques du Chhāyā-Puruṣa, l’“homme-ombre”. Celui qui les connaît avec justesse est entièrement délivré de tous les péchés. »

Verse 4

सूर्य्यं हि पृष्ठतः कृत्वा सोमं वा वरवर्णिनि । शुक्लाम्बरधरस्स्रग्वी गंधधूपादिवासितः

Ô dame au teint éclatant, ayant placé le Soleil derrière lui — ou bien la Lune — qu’il revête des vêtements blancs, porte une guirlande, et soit imprégné de parfums, d’encens et autres offrandes odorantes.

Verse 5

संस्मरेन्मे महामंत्रं सर्वकामफलप्रदम् । नवात्मकं पिंडभूतं स्वां छायां संनिरीक्षयेत्

Qu’il se remémore Mon grand mantra, dispensateur des fruits de tous les désirs légitimes. L’ayant contemplé comme neuffold et incarné en un tout subtil, qu’il fixe avec constance sa propre ombre (comme appui à la méditation intérieure).

Verse 6

दृष्ट्वा तां पुनराकाशे श्वेतवर्णस्वरूपिणीम् । स पश्यत्येकभावस्तु शिवं परमकारणम्

L’ayant de nouveau contemplée dans le ciel, sous une forme blanche et rayonnante, lui—devenu d’un seul élan de conscience—perçoit Śiva, la Cause suprême de toutes choses.

Verse 7

ब्रह्मप्राप्तिर्भवेत्तस्य कालविद्भिरितीरितम् । ब्रह्महत्यादिकैः पापैर्मुच्यते नात्र संशयः

Les connaisseurs du temps sacré et de la juste observance enseignent qu’un tel dévot atteint Brahman (la Réalité suprême). Sans aucun doute, il est délivré des péchés tels que le meurtre d’un brahmane et autres semblables.

Verse 8

शिरोहीनं यदा पश्येत्षड्भिर्मासैर्भवेत्क्षयः । समस्तं वाङ्मयं तस्य योगिनस्तु यथा तथा

Si l’on voit une forme sans tête, alors, dans les six mois, surviennent déclin et perte. Pour cette personne, tout le savoir et la parole articulée (vāṅmaya)—qu’il s’agisse d’un homme ordinaire ou même d’un yogin—se trouvent altérés d’une manière ou d’une autre.

Verse 9

शुक्ले धर्मं विजानीयात्कृष्णे पापं विनिर्दिशेत् । रक्ते बंधं विजानीयात्पीते विद्विषमादिशेत्

Il faut comprendre la blancheur comme un signe de dharma; dans la noirceur, il convient d’indiquer pāpa (le péché). Dans la rougeur, on reconnaîtra l’attache (bandha); et dans la jaunisse, on déduira l’hostilité (vidveṣa).

Verse 10

विवाहो बंधुनाशस्स्याद्द्वितुंडे चैव क्षुद्भयम् । विकटौ नश्यते भार्य्या विजंघे धनमेव हि

Dans la forme appelée Dvitunḍa, on dit qu’il y a occasion de mariage, mais aussi destruction des proches; et, dans ce même contexte, la crainte de la faim. Dans la forme appelée Vikaṭa, l’épouse est perdue; et dans la forme appelée Vijaṅgha, c’est la richesse seule qui est perdue, en vérité.

Verse 11

पादाभावे विदेशस्स्यादित्येतत्कथितं मया । तद्विचार्य्यं प्रयत्त्नेन पुरुषेण महेश्वरि

Ô Maheśvarī, j’ai ainsi déclaré que, lorsque manque le juste « lieu d’appui », l’on devient comme en terre étrangère. Qu’un homme y réfléchisse donc avec un effort fervent.

Verse 12

सम्यक्तं पुरुषं दृष्ट्वा संनिवेश्यात्मनात्मनि । जपेन्नवात्मकं मंत्रं हृदयं मे महेश्वरि

Ayant contemplé avec justesse le Purusha suprême, et ayant établi le soi dans le Soi, qu’on récite le mantra aux neuf aspects—ô Maheshvarī—telle est l’essence de Mon cœur, l’enseignement le plus intime.

Verse 13

वत्सरे विगते मंत्री तन्नास्ति यन्न साधयेत् । अणिमादिगुणानष्टौ खेचरत्वं प्रपद्यते

Quand une année entière s’est écoulée, le pratiquant du mantra ne trouve rien qu’il ne puisse accomplir. Il obtient les huit pouvoirs commençant par aṇimā, et même l’état de se mouvoir dans le ciel.

Verse 14

पुनरन्यत्प्रवक्ष्यामि शक्तिं ज्ञातुं दुरासदाम् । प्रत्यक्षं दृश्यते लोके ज्ञानिनामग्रतः स्थितम्

Je vais encore proclamer ceci : la Śakti, la Puissance sacrée, est extrêmement difficile à connaître ; pourtant, en ce monde, on la voit directement, manifestée devant les plus éminents des sages.

Verse 15

अज्ञेया लिख्यते लोके या सर्पीकृतकुण्डली । सा मात्रा यानसंस्थापि दृश्यते न च पठ्यते

Dans le monde, il existe un signe inconnaissable, écrit comme un serpent enroulé (kuṇḍalī). Cette « mātrā », bien qu’on la voie posée sur une forme semblable à un véhicule, ne se lit pas comme un son de lettre prononçable.

Verse 16

ब्रह्माण्डमूर्ध्निगा या च स्तुता वेदैस्तु नित्यशः । जननी सर्वविद्यानां गुप्तविद्येति गीयते

Elle qui demeure sur la cime même de l’œuf cosmique (brahmāṇḍa) et que les Veda louent sans cesse, on la chante comme la Mère de toutes les connaissances, appelée la « Sagesse secrète ».

Verse 17

खेचरा सा विनिर्दिष्टा सर्वप्राणिषु संस्थिता । दृश्यादृश्याचला नित्या व्यक्ताव्यक्ता सनातनी

Elle est proclamée ‘Khecarā’—celle qui se meut dans l’espace intérieur (kha). Demeurant en tous les êtres, elle est à la fois visible et invisible ; immobile, éternelle ; manifestée et non manifestée—sanātanī, de nature impérissable.

Verse 18

अवर्णा वर्णसंयुक्ता प्रोच्यते बिंदुमालिनी । तां पश्यन्सर्वदा योगी कृतकृत्योऽभिजायते

Cette puissance suprême, au-delà de toutes les lettres et pourtant unie à toutes les lettres, est appelée ‘Bindu-mālinī’, la Guirlande du Bindu. Le yogin qui contemple sans cesse cette réalité devient accompli : le but de sa vie humaine est atteint.

Verse 19

सर्वतीर्थकृतस्नानाद्भवेद्दानस्य यत्फलम् । सर्वयज्ञफलं यच्च मालिन्या दर्शनात्तदा

Le fruit de la charité obtenu en se baignant dans toutes les eaux de pèlerinage sacré, et le mérite issu de tous les sacrifices, s’obtiennent alors simplement par la vision de Mālinī.

Verse 20

प्राप्नोत्यत्र न संदेहस्सत्यं वै कथितं मया । सर्वतीर्थेषु यत्स्नात्वा दत्त्वा दानानि सर्वशः

Ici, on obtient assurément ce mérite, sans aucun doute. Ce que j’ai dit est vérité : cela équivaut au fruit d’un bain dans tous les tīrtha sacrés et au don de toutes les formes de charité, en pleine mesure.

Verse 21

सर्वेषां देवि यज्ञानां यत्फलं तल्लभेत्पुमान् । किं बहूक्त्या महेशानि सर्वान्कामान्समश्नुते

Ô Déesse, l’homme obtient le fruit même de tous les yajña. À quoi bon en dire davantage, ô Maheshanī ? Il en vient à jouir de l’accomplissement de tous ses désirs.

Verse 22

तस्माज्ज्ञानं यथायोगमभ्यसेत्सततं बुधः । अभ्यासाज्जायते सिद्धिर्योगोऽभ्यासात्प्रवर्धते

Ainsi, le sage doit sans cesse cultiver la connaissance spirituelle selon ce qui convient au Yoga. De la pratique assidue naît le siddhi (accomplissement), et par la pratique le Yoga croît et s’établit solidement.

Verse 23

संवित्तिर्लभ्यतेऽभ्यासादभ्यासान्मोक्षमश्नुते । अभ्यासस्सततं कार्यो धीमता मोक्षकारणम्

Par la pratique assidue, on obtient la saṃvitti, la véritable conscience spirituelle; et par cette même pratique on atteint le mokṣa (libération). Ainsi, le chercheur avisé doit pratiquer sans cesse, car c’en est la cause directe.

Verse 24

इत्येतत्कथितं देवि भुक्तिमुक्तिफलप्रदम् । किमन्यत्पृच्छ्यते तत्त्वं वद सत्यं ब्रवीमि ते

Ainsi, ô Déesse, cela a été exposé : il confère les fruits de la bhukti (jouissance mondaine) et de la mukti (libération). Quelle autre vérité veux-tu demander ? Parle ; je te dirai la réalité établie dans la vérité.

Verse 25

सूत उवाच । इति श्रुत्वा ब्रह्मपुत्रवचनं परमार्थदम् । प्रसन्नोऽभूदति व्यासः पाराशर्य्यो मुनीश्वराः

Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles du fils de Brahmā, dispensatrices de la vérité suprême, le sage Vyāsa, l’illustre fils de Parāśara, fut comblé d’une grande joie, ô le plus éminent des munis.

Verse 26

सनत्कुमारं सर्वज्ञं ब्रह्मपुत्रं कृपानिधिम् । व्यासः परमसंतुष्टः प्रणनाम मुहुर्मुहुःष

Comblé de joie, Vyāsa se prosterna maintes fois devant Sanatkumāra, l’omniscient fils de Brahmā, océan de compassion.

Verse 27

ततस्तुष्टाव तं व्यासः कालेयस्स मुनीश्वरः । सनत्कुमारं मुनयः सुरविज्ञानसागरम्

Alors le sage Vyāsa, le vénérable Kālēya, loua Sanatkumāra, que les munis reconnaissaient comme un océan de connaissance divine.

Verse 28

इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां छायापुरुषदर्शनवर्णनं नामाष्टाविंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au Cinquième Livre—l’Umāsaṃhitā—s’achève le vingt-huitième chapitre, intitulé « Description de la vision de l’Homme-Ombre ».

Verse 29

सूत उवाच । इति स्तुत्वा स कालेयो ब्रह्मपुत्रं महामुनिम् । तूष्णीं बभूव सुप्रीतः परमानंदनिर्भरः

Sūta dit : L’ayant ainsi loué, le grand sage—fils de Brahmā—Kālēya demeura silencieux, profondément comblé et tout entier plongé dans la béatitude suprême.

Verse 30

ब्रह्मपुत्रस्तमामंत्र्य पूजितस्तेन शौनकः । ययौ स्वधाम सुप्रीतो व्यासोऽपि प्रीतमानसः

Après avoir pris congé de lui, le fils de Brahmā—Śaunaka—dûment honoré et vénéré par lui, s’en alla vers sa propre demeure, comblé de joie; et Vyāsa aussi se retira, le cœur rempli d’allégresse.

Verse 31

इति मे वर्णितो विप्राः सुखदः परमार्थयुक् । सनत्कुमारकालेयसंवादो ज्ञानवर्द्धनः

Ainsi, ô sages brāhmanes, je vous ai exposé ce dialogue entre Sanatkumāra et Kāleya : il donne la félicité spirituelle, s’enracine dans la vérité suprême et accroît la connaissance authentique.

Frequently Asked Questions

It presents chāyāpuruṣa-lakṣaṇa: a technique that combines mantra recollection, ritual purity, and controlled observation of one’s shadow (relative to sun/moon) to derive both soteriological claims (Śiva-vision, brahma-prāpti, pāpa-kṣaya) and prognostic readings (omens based on form/color anomalies).

The shadow becomes a semiotic interface: perceived qualities are treated as externalized signs of internal condition and impending karmic fruition. Color mappings (e.g., white→dharma, black→pāpa, red→bondage, yellow→hostility) function as a rule-set that translates perception into ethical-spiritual diagnosis within a Shaiva mantra-yoga frame.

Śiva is emphasized as the paramakāraṇa (supreme causal reality) apprehended through ekabhāva (single-pointed unitive awareness). The chapter’s culmination is not iconographic variety but the doctrinal apex: realization of Śiva as the one underlying principle accessed through mantra and yogic perception.