
Ce chapitre, enseigné par Sanatkumāra, décrit Bhāratavarṣa comme la karmabhūmi, la « terre des actes », où les êtres obtiennent svarga ou naraka et, par une orientation plus élevée, apavarga (la délivrance). Il commence par situer Bhāratavarṣa (au sud de l’Himādri et au nord de l’océan) et en préciser l’étendue, puis expose sa division interne en neuf parts (nava-bheda). Sont nommées des régions telles qu’Indradyumna, Kaseru, Tāmravarṇa, Gabhastimān, Nāgadvīpa, Saumya, Gandharva, Vāruṇa, ainsi que le neuvième dvīpa ceint par la mer; il évoque aussi les peuples des confins selon les directions (Kirātas à l’est, Yavanas au sud, etc.). L’ordre social et fonctionnel est rappelé par les devoirs liés aux varṇa : culte (ijyā), guerre/administration, commerce, service. Le texte énumère ensuite les kulaparvata—Mahendra, Malaya, Sahya, Sudāmā, Ṛkṣa, Vindhya, Pāriyātra—et les réseaux fluviaux, surtout les rivières issues du Vindhya comme la Narmadā, louées comme sarvapāpaharā, purificatrices à la vue et au toucher. L’ensemble forme une carte purānique : espace sacré, devoir humain et pureté rituelle, selon une vision sotériologique śaiva du monde.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । वक्ष्येऽहं भारतं वर्षं हिमाद्रेश्चैव दक्षिणे । उत्तरे तु समुद्रस्य भारती यत्र संसृतिः
Sanatkumāra dit : «Je décrirai Bhārata-varṣa, située au sud de l’Himālaya et au nord de l’océan, là où se poursuit la destinée humaine, le mouvement du saṃsāra».
Verse 2
नवयोजनसाहस्रो विस्तारोऽस्य महामुने । स्वर्गापवर्गयोः कर्मभूमिरेषा स्मृता बुधैः
Ô grand sage, son étendue est dite de neuf mille yojanas. Les sages s’en souviennent comme de la karma-bhūmi, le champ de l’action : là, en offrant les actes avec dévotion à Śiva, le Seigneur qui accorde jouissance et délivrance ultime, on obtient à la fois le ciel et la libération.
Verse 3
यतस्संप्राप्यते पुंभिस्स्वर्गो नरक एव च । भारतस्यापि वर्षस्य नव भेदान्ब्रवीमि ते
Par ce principe de karma et de dharma, l’homme atteint soit le ciel, soit l’enfer. À présent, je vais aussi te dire les neuf divisions de Bhārata-varṣa.
Verse 4
इंद्रद्युम्नः कसेरुश्च ताम्रवर्णो गभस्तिमान् । नागद्वीपस्तथा सौम्यो गन्धर्वस्त्वथ वारुणः
Indradyumna, Kasеру, Tāmravarṇa et Gabhastimān ; de même Nāgadvīpa et Saumya ; puis Gandharva et Vāruṇa : tels sont les noms énumérés dans l’ordre.
Verse 5
अयं तु नवमस्तेषां द्वीपस्सागरसंभृतः । योजनानां सहस्रं तु द्वीपोऽयं दक्षिणोत्तरः
Voici, en vérité, la neuvième de ces îles, entourée par l’océan. Cette île mesure mille yojanas, s’étendant du sud au nord.
Verse 6
पूर्वे किराता यस्य स्युर्दक्षिणे यवनाः स्थिताः । पश्चिमे च तथा ज्ञेया उत्तरे हि तपस्विनः
À l’est demeurent les Kirātas ; au sud se tiennent les Yavanas. À l’ouest aussi, il faut comprendre qu’il y a des peuples semblables ; et au nord, certes, des ascètes voués aux austérités.
Verse 7
ब्राह्मणाः क्षत्रिया वैश्या मध्ये शूद्राश्च भूयशः । इज्या युद्धपणा सेवा वर्तयन्तो व्यवस्थिताः
Il y avait des brāhmaṇa, des kṣatriya et des vaiśya, et parmi eux les śūdra étaient plus nombreux. Établis chacun dans sa condition, ils accomplissaient les fonctions prescrites : culte et rites sacrificiels, guerre et gouvernement, commerce et moyens d’existence, et service.
Verse 8
महेंद्रो मलयस्सह्यः सुदामा चर्क्षपर्वतः । विंध्यश्च पारियात्रश्च सप्तात्र कुलपर्वताः
Mahendra, Malaya, Sahya, Sudāman, la montagne Carkṣa, Vindhya et Pāriyātra : tels sont proclamés ici les sept kulaparvata, les montagnes principales porteuses de lignée.
Verse 9
वेदस्मृतिपुराणाद्याः पारियात्रोद्भवा मुने । सर्वपापहरा ज्ञेया दर्शनात्स्पर्शनादपि
Ô sage, les Veda, les Smṛti, les Purāṇa et les autres enseignements sacrés issus de (ou liés à) Pāriyātra doivent être reconnus comme destructeurs de tous les péchés — ne fût-ce que par la vue, et même par le simple toucher.
Verse 10
नर्मदा सुरसाद्याश्च सप्तान्याश्च सहस्रशः । विंध्योद्भवा महानद्यस्सर्वपापहराश्शुभाः
La Narmadā, la Surasā et d’autres —sept encore, et même des milliers— sont de grands fleuves issus de la chaîne des Vindhya ; de nature propice, ils effacent tous les péchés.
Verse 11
गोदावरी भीमरथी तापीप्रमुखनिम्नगाः । गिरेर्विनिर्गता ऋक्षात्सद्यः पापभयापहाः
Parmi les fleuves, le Godāvarī, le Bhīmarathī, le Tāpī et d’autres, jaillis du mont Ṛkṣa, dissipent aussitôt le péché et la crainte née du péché.
Verse 12
सह्यपादोद्भवा नद्यः कृष्णावेण्यादिकास्तथा । कृतमाला ताम्रपर्णी प्रमुखा मलयोद्भवाः
Du mont Sahya jaillissent des fleuves tels que la Kṛṣṇā, la Veṇī et d’autres. Du mont Malaya naissent les fleuves les plus éminents : Kṛtamālā et Tāmraparṇī.
Verse 13
त्रियामा चर्षिकुल्याद्या महेन्द्रप्रभवा स्मृताः । ऋषिकुल्या कुमार्य्याद्याः शुक्तिमत्पादसंभवाः
Triyāmā, Carṣikulyā et les autres sont tenues pour issues du mont Mahendra. Ṛṣikulyā, Kumāryā et d’autres, dit-on, naissent de la région du pied du Śuktimān.
Verse 14
नानाजनपदास्तेषु मंडलेषु वसन्ति वै । आसां पिबंति पानीयं सरत्सु विविधेषु च
Dans ces contrées, des peuples de nombreux pays demeurent véritablement ; et, des divers lacs qui s’y trouvent, ils boivent l’eau.
Verse 15
चत्वारि भारते वर्षे युगान्यासन्महामुने । कृतादीनि न चान्येषु द्वीपेषु प्रभवंति हि
Ô grand sage, les quatre Yuga n’existent que dans Bhārata-varṣa — la Kṛta et les autres ; en vérité, ils ne se manifestent pas dans les autres dvīpa.
Verse 16
दानानि चात्र दीयंते सुकृतैश्चात्र याज्ञिकैः । तपस्तपंति यतयः परलोकार्थमादरात्
Ici, les sacrifiants méritants offrent le dāna, l’aumône sacrée. Et ici, les yati, maîtres de discipline, accomplissent avec ardeur le tapas pour le bien de l’au-delà, aspirant à l’élévation spirituelle par un effort sincère.
Verse 17
यतो हि कर्मभूरेषा जम्बूद्वीपे महामुने । अत्रापि भारतं श्रेष्ठमतोऽन्या भोगभूमयः
Car, ô grand sage, dans le Jambūdvīpa, voici la terre où l’on doit accomplir le karma. Et même en son sein, Bhārata est la plus éminente; ainsi les autres régions sont surtout des terres vouées à la jouissance.
Verse 18
इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां ब्रह्माण्डकथने सप्तदीपवर्णनं नामाष्टादशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au cinquième livre, l’Umāsaṃhitā, dans la section décrivant le Brahmāṇḍa (l’œuf cosmique)—s’achève le dix-huitième chapitre intitulé « Description des Sept Continents ».
Verse 19
स्वर्गापवर्गास्पदमार्गभूते धन्यास्तु ते भारतभूमिभागे । गायंति देवाः किल गीतकानि भवंति भूयः पुरुषास्सुरास्ते
Bienheureux sont ceux qui naissent dans la région de Bhārata, car elle est le chemin même et le sol qui mènent à la fois au ciel et à la délivrance. On dit que les dieux chantent des hymnes à leur louange, car ces hommes, par leur mérite et une vie tournée vers Śiva, redeviennent divins encore et encore.
Verse 20
अवाप्य मानुष्यमयं कदाचिद्विहृत्य शंभोः परमात्मरूपे । फलानि सर्वाणि तु कर्मजानि यास्याम्यहं तत्तनुतां हि तस्य
Ayant, un jour, obtenu un corps humain, et ayant joué dans la forme du Soi suprême de Śambhu, je transcenderai tous les fruits issus du karma et, en vérité, parviendrai à l’unité d’être avec Lui.
Verse 21
आप्स्यंति धन्याः खलु ते मनुष्याः सुखैर्युताः कर्मणि सन्निविष्टाः । जनुर्हि येषां खलु भारतेऽस्ति ते स्वर्गमोक्षोभयलाभवन्तः
Vraiment bénis sont ces êtres humains qui, comblés de bien-être, demeurent fermement établis dans l’action selon le dharma. En vérité, ceux dont la naissance est en Bhārata, lorsque leurs actes sont justes, obtiennent les deux: la félicité céleste et la libération (mokṣa).
Verse 22
लक्षयोजनविस्तारस्समस्तपरिमण्डलः । जम्बूद्वीपो मया ख्यातः क्षारोदधिसुसंवृतः
Jambūdvīpa, parfaitement circulaire dans toute son étendue et large de cent mille yojanas, a été ainsi décrite par moi comme étant bien ceinturée par l’océan de sel.
Verse 23
संवेष्ट्य क्षारमुदधिं शतसाहस्रसम्मितम् । ततो हि द्विगुणो ब्रह्मन्प्लक्षद्वीपः प्रकीर्तितः
Encerclé par l’océan de sel, dont l’étendue est dite de cent mille yojanas, le continent de Plakṣa, ô Brahmane, est déclaré deux fois plus vaste.
Verse 24
गोमंतश्चैव चन्द्रश्च नारदो दर्दुरस्तथा । सोमकस्सुमनाश्शैलो वैभ्राजश्चैव सत्तमः
« (Il y avait) Gomanta et Candra, ainsi que Nārada, de même Dardura; pareillement Somaka, Sumanā, Śaila et Vaibhrāja — ô le meilleur des auditeurs. »
Verse 25
वर्षाचलेषु रम्येषु सहितास्सततं प्रजाः । वसंति देवगंधर्वा वर्षेष्वेतेषु नित्यशः
Dans ces charmantes montagnes de Varṣa, les communautés demeurent toujours en harmonie ; et dans ces contrées, les Devas et les Gandharvas résident sans cesse.
Verse 26
नाधयो व्याधयो वापि जनानां तत्र कुत्रचित् । दश वर्षसहस्राणि तत्र जीवंति मानवाः
Là-bas, parmi les hommes, il n’y a nulle part ni affliction ni maladie. En ce lieu, les humains vivent dix mille ans.
Verse 27
अनुतप्ता शिखी चैव पापघ्नी त्रिदिवा कृपा । अमृता सुकृता चैव सप्तैवात्र च निम्नगाः
Ici, en vérité, se trouvent sept rivières sacrées : Anutaptā, Śikhī, Pāpaghnī, Tridivā, Kṛpā, Amṛtā et Sukṛtā.
Verse 28
क्षुद्रनद्यस्तथा शैलास्तत्र संति सहस्रशः । ताः पिबंति सुसंहृष्टा नदीर्जनपदास्तु ते
Là aussi se trouvent d’innombrables petites rivières et des montagnes par milliers. Le cœur réjoui, ces cités et provinces boivent aux eaux de ces rivières.
Verse 29
न तत्रापि युगावस्था यथास्थानेषु सप्तसु । त्रेतायुगसमः कालस्सर्वदैव महामुने
Ô grand sage, même là, on ne trouve pas les divisions des yuga comme dans les sept mondes à leur place propre ; le temps y est toujours comparable au Tretā Yuga.
Verse 30
विप्रक्षत्रियवैश्यास्ते शूद्राश्च मुनिसत्तम । कल्पवृक्षसमानस्तु तन्मध्ये सुमहातरुः
Ô le meilleur des sages, parmi eux se trouvent des brāhmaṇa, des kṣatriya, des vaiśya et aussi des śūdra. Ils sont tels des arbres exauçant les vœux ; et au milieu d’eux se dresse un arbre immensément grand, éminent par-dessus tous.
Verse 31
प्लक्षस्तन्नामसंज्ञो वै प्लक्षद्वीपो द्विजोत्तम । इज्यते तत्र भगवाञ्छंकरो लोकशंकरः
Ô le meilleur des brahmanes, il existe en vérité un continent-île portant ce même nom : Plakṣa-dvīpa. Là, le Seigneur bienheureux Śaṅkara, bienfaiteur des mondes, est honoré par le culte.
Verse 32
हरिश्च भगवान्ब्रह्मा यन्त्रैर्मन्त्रैश्च वैदिकैः । संक्षेपेण तथा भूयश्शाल्मलिं त्वं निशामय
«Hari (Viṣṇu) et le Seigneur bienheureux Brahmā — au moyen de yantras et de mantras védiques — l’accomplirent d’abord en bref, puis de nouveau plus amplement. À présent, toi aussi, écoute au sujet de Śālmalī.»
Verse 33
सप्तवर्षाणि तत्रैव तेषां नामानि मे शृणु । श्वेतोऽथ हरितश्चैव जीमूतो रोहितस्तथा
«Là même se trouvent sept pluies/années ; écoute de moi leurs noms : Śveta, Harita, Jīmūta, et de même Rohita.»
Verse 34
वैकलो मानसश्चैव सुप्रभस्सप्तमो मुने । शाल्मलेन तु वृक्षेण द्वीपः शाल्मलिसंज्ञकः
Ô sage, on décrit aussi (les régions) Vaikala, Mānasa et Suprabha. Le septième continent est appelé Śālmali, car il est nommé d’après l’arbre Śālmali.
Verse 35
द्विगुणेन समुद्रेण सततं संवृतः स्थितः । वर्षाभिव्यंजका नद्यस्तासां नामानि मे शृणु
Il demeure sans cesse entouré de toutes parts par un océan de mesure double, et ainsi se tient-il. Écoute maintenant de moi les noms de ces rivières qui rendent manifestes les pluies.
Verse 36
शुक्ला रक्ता हिरण्या च चन्द्रा शुभ्रा विमोचना । निवृत्तिः सप्तमी तासां पुण्यतोया सुशीतलाः
« (Ces eaux sacrées) sont » Śuklā, Raktā, Hiraṇyā, Candrā, Śubhrā, Vimocanā, et la septième, Nivṛtti. Leurs eaux sont méritoires et d’une fraîcheur extrême, apportant purification et délivrance.
Verse 37
सप्तैव तानि वर्षाणि चतुर्वर्णायुतानि च । भगवन्तं सदा शंभुं यजंते विविधैर्मखैः
Durant ces sept années mêmes—et encore pendant des dizaines de milliers d’années—les quatre varṇa adorèrent sans cesse le Bienheureux Seigneur Śambhu, offrant maints sacrifices rituels.
Verse 38
देवानां तत्र सान्निध्यमतीव सुमनोरमे । एष द्वीपस्समुद्रेण सुरोदेन समावृतः
En ce lieu souverainement délicieux, la présence des dieux se fait sentir pleinement. Cette île est ceinte par l’océan, gardée et délimitée par l’ordre divin.
Verse 39
द्विगुणेन कुशद्वीपः समंताद्बाह्यतः स्थितः । वसंति तत्र दैतेया मनुजैस्सह दानवाः
L’entourant à l’extérieur, Kuśadvīpa s’étend avec une ampleur double. Là demeurent les Daitya et les Dānava, avec les êtres humains.
Verse 40
तथैव देवगन्धर्वा यक्षाः किंपुरुषादयः । वर्णास्तत्रैव चत्वारो निजानुष्ठानतत्पराः
De même s’y trouvaient les Deva et les Gandharva, les Yakṣa, les Kiṃpuruṣa et d’autres encore. Là se tenaient aussi les quatre varṇa, chacun voué à l’accomplissement de ses devoirs prescrits.
Verse 41
तत्रैव च कुशद्वीपे ब्रह्माणं च जनार्द्दनम् । यजंति च तथेशानं सर्वकामफलप्रदम्
Là même, dans Kuśadvīpa, ils vénèrent Brahmā et Janārdana (Viṣṇu) ; et de même ils vénèrent Īśāna (le Seigneur Śiva), dispensateur des fruits de tous les désirs.
Verse 42
कुशेशयो हरिश्चैव द्युतिमान्पुष्पवांस्तथा । मणिद्रुमो हेमशैलस्सप्तमो मन्दराचलः
« (Ils se nomment) Kuśeśaya, Hari, Dyutimān, Puṣpavān, Maṇidruma, Hemaśaila ; et le septième est Mandarācala (la montagne Mandara). »
Verse 43
नद्यश्च सप्त तासां तु नामानि शृणु तत्त्वतः । धूतपापा शिवा चैव पवित्रा संमितिस्तथा
« Il y a sept rivières. Écoute maintenant leurs noms en vérité : Dhūtapāpā, Śivā, ainsi que Pavitṛā, et aussi Saṃmiti. »
Verse 44
विद्या दंभा मही चान्या सर्वपापहरास्त्विमाः । अन्यास्सहस्रशस्संति शुभापो हेमवालुकाः
La connaissance sacrée, la sainte maîtrise de soi, la Terre-Mère et d’autres soutiens semblables sont, en vérité, ceux qui détruisent tous les péchés. Et il en existe des milliers d’autres—auspicieux et purifiants—tels les eaux saintes et les sables d’or.
Verse 45
कुशद्वीपे कुशस्तम्बो घृतोदेन समावृतः । क्रौञ्चद्वीपो महाभाग श्रूयतां चापरो महान्
Dans Kuśa-dvīpa se dresse une touffe d’herbe kuśa, telle une colonne, entourée d’un océan de ghee. Ô bienheureux, écoute maintenant une autre grande contrée : le puissant Krauñca-dvīpa.
Verse 46
द्विगुणेन समुद्रेण दधिमंडेन चावृतः । वर्षाचला महाबुद्धे तेषां नामानि मे शृणु
Ô toi à la grande intelligence, les montagnes Varṣa sont entourées d’une mer de mesure double, et aussi d’un océan de caillé (dadhi). Écoute maintenant de ma bouche leurs noms.
Verse 47
क्रौञ्चश्च वामनश्चैव तृतीयश्चांधकारकः । दिवावृतिर्मनश्चैव पुण्डरीकश्च दुन्दुभिः
« (C’étaient) Krauñca, Vāmana, et le troisième, Āndhakāraka ; ainsi que Divāvṛti, Mana, Puṇḍarīka et Dundubhi. »
Verse 48
निवसंति निरातंका वर्षशैलेषु तेषु वै । सर्वसौवर्णरम्येषु सुहृद्देवगणैः प्रजाः
Dans ces montagnes Varṣa, ils demeurent vraiment, sans crainte ni calamité : les peuples vivent en des contrées ravissantes, comme toutes d’or, en compagnie d’aimables cohortes d’êtres divins.
Verse 49
ब्राह्मणाः क्षत्त्रिया वैश्याश्शूद्राश्चानुक्रमोदिताः । संति तत्र महानद्यस्सप्तान्यास्तु सहस्रशः
Là, les gens sont énoncés selon l’ordre prescrit : brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas et śūdras. En cette contrée se trouvent aussi de grands fleuves : sept principaux, et des milliers d’autres encore.
Verse 50
गौरी कुमुद्वती चैव सन्ध्या रात्रिर्मनोजवा । शांतिश्च पुंडरीका च याः पिबन्ति पयश्शुभम्
Gaurī, Kumudvatī, Sandhyā, Rātri, Manojavā, Śānti et Puṇḍarīkā : ces mères ou suivantes divines boivent le lait de bon augure, prenant part au rite et le sanctifiant, voué à Śiva et à Umā.
Verse 51
भगवान्पूज्यते तत्र योगरुद्रस्वरूपवान् । दधिमण्डोदकश्चापि शाकद्वीपेन संवृतः
Là, le Seigneur Bienheureux est vénéré sous la forme de Yoga-Rudra. Cette contrée sacrée est aussi ceinte par les eaux de dadhimaṇḍodaka, pareilles au petit-lait du caillé, et par Śākadvīpa.
Verse 52
द्विगुणेनाद्रयस्सप्त तेषां नामानि मे शृणु । पूर्वे तत्रोदयगिरिर्जलधारः परे यतः
«Le double (de ce nombre) fait sept montagnes. Écoute de moi leurs noms. À l’est se trouve le mont Udaya ; à l’ouest, là où les eaux dévalent, se tient le mont nommé Jaladhāra.»
Verse 53
पृष्ठतोऽस्तगिरिश्चैव ह्यविकेशश्च केसरी । शाकस्तत्र महावृक्षस्सिद्धगंधर्वसेवितः
Derrière se dressait le mont Asta, et il y avait aussi le lion nommé Avikeśa. En ce lieu croissait un grand arbre Śāka, servi et honoré par les Siddhas et les Gandharvas.
Verse 54
तत्र पुण्या जनपदाश्चातुर्वर्ण्यसमन्विताः । नद्यश्चात्र महापुण्यास्सर्वपापभयापहाः
Là, les contrées de la terre sont saintes et harmonieusement ordonnées selon les quatre varṇa. Les rivières de ce lieu sont elles aussi souverainement sacrées : elles effacent tout péché et dissipent la crainte née de la faute.
Verse 55
सुकुमारी कुमारी च नलिनी वेणुका तथा । इक्षुश्च रेणुका चैव गभस्तिस्सप्तमी तथा
Elle est Sukumārī (la toute délicate), Kumārī (la vierge éternelle), Nalinī (semblable au lotus) et Veṇukā (fine comme le roseau). Elle est aussi Ikṣu (douce comme la canne à sucre), Reṇukā (subtile comme la poussière ou le pollen) et Gabhastī — le rayon resplendissant —, qui est également le septième nom.
Verse 56
अन्यास्सहस्रशस्तत्र क्षुद्रनद्यो महामुने । महीधरास्तथा संति शतशोऽथ सहस्रशः
Ô grand sage, là aussi se trouvent des milliers et des milliers de petites rivières ; et de même, des montagnes, par centaines et encore par milliers.
Verse 57
धर्महानिर्न तेष्वस्ति स्वर्गादागत्य मानवाः । वर्षेषु तेषु पृथिवीं विहरन्ति परस्परम्
Pour eux, il n’y a nul déclin du dharma. Ces humains, descendus du ciel, demeurent dans ces contrées et circulent sur la terre les uns avec les autres en harmonie.
Verse 58
शाकद्वीपे तु वै सूर्य्यः प्रीत्या जनपदैस्सदा । यथोक्तैरिज्यते सम्यक्कर्मभिर्नियतात्मभिः
Mais, dans Śākadvīpa, le dieu Soleil, Sūrya, est toujours adoré avec ferveur par les gens du pays, au moyen de rites justes accomplis exactement selon l’injonction, par ceux qui se maîtrisent.
Verse 59
क्षीरोदेनावृतस्सोऽपि द्विगुणेन समंततः । क्षीराब्धिस्सर्वतो व्यास पुष्कराख्येन संवृतः
Ô Vyāsa, cette région aussi est entourée de toutes parts par l’Océan de Lait, s’étendant au double de sa mesure ; et l’Océan de Lait lui-même, de chaque côté, est ceint par l’immense étendue nommée Puṣkara.
Verse 60
द्विगुणेन महावर्षस्तत्र ख्यातोऽत्र मानसः । योजनानां सहस्राणि पंचैवोर्ध्वसमुच्छ्रितः
Là, une grande pluie, célèbre sous le nom de « Mānasa », est réputée deux fois plus abondante ; elle s’élève vers le haut jusqu’à la hauteur de cinq mille yojanas.
Verse 61
तानि चैव तु लक्षाणि सर्वतो वलयाकृति । पुष्करद्वीपवलयो मध्येन विभजंति च
Ces régions mêmes mesurent chacune un lakh (de yojanas) et, de toutes parts, ont la forme d’un anneau. L’anneau de Puṣkaradvīpa les partage par le milieu.
Verse 62
तेनैव वलया कारा द्वीपवर्षसमाकृतिः । दशवर्षसहस्राणि तत्र जीवंति मानवाः
Par cette même disposition d’anneau, le dvīpa-varṣa devient annulaire, prenant la forme d’un continent-île avec ses régions. Là, les humains vivent dix mille ans.
Verse 63
निरामया वीतशोका रागद्वेषविवर्जिताः । अधर्मो न मतस्तेषां न बंधवधकौ मुने
Ils sont sans maladie et au-delà du chagrin, dépouillés d’attachement et d’aversion. Pour eux, ô sage, il n’est point de notion d’adharma ; ni lien ni destruction (mort) n’ont prise sur eux.
Verse 64
सत्यानृते न तस्यास्तां सदैव वसतिस्सदा । तुल्यवेषास्तु मनुजा हेमवर्णैकरूपिणः
En ce royaume, il n’est point de distinction entre le vrai et le faux ; il n’y a que la demeure éternellement stable. Les hommes y portent un même vêtement, n’ont qu’une seule forme, et rayonnent d’une teinte d’or.
Verse 65
वर्षश्चायं तु कालेय भौम स्वर्गोपमो मतः । सर्वस्य सुखदः काले जरारोगविवर्जितः
«Ô Kāleya, cette année sur la terre est tenue pour semblable au ciel. En son temps, elle devient dispensatrice de bonheur pour tous, exempte de vieillesse et de maladie.»
Verse 66
पुष्करे धातकीखण्डे महावीते महामुने । न्यग्रोधं पुष्करद्वीपे ब्रह्मणः स्थानमुत्तमम्
Ô grand sage, à Puṣkara—dans le Dhātakī-khaṇḍa, au saint territoire nommé Mahāvīta—se dresse le Nyagrodha (banyan) sur Puṣkaradvīpa, le plus excellent siège sacré de Brahmā.
Verse 67
तस्मिन्निवसते ब्रह्मा पूज्यमानस्सुरासुरैः । स्वादूदकेनांबुधिना पुष्करः परिवेष्टितः
Là demeure Brahmā, honoré par les devas comme par les asuras ; et Puṣkara est ceint d’un océan d’eaux douces.
Verse 68
एवं द्वीपास्समुद्रैस्तु सप्त सप्तभिरावृताः । द्वीपाश्चैव समुद्राश्च समाना द्विगुणैः परैः
Ainsi, chaque continent (dvīpa) est entouré de sept océans. Et continents et océans ont des étendues correspondantes, chacun des suivants étant le double du précédent.
Verse 69
उक्तातिरिक्तता तेषां समुद्रेषु समानि वै । पयांसि सर्वदाऽल्पत्वं जायते न कदाचन
De même, leur accroissement au-delà de la mesure se retrouve dans les océans. Leurs eaux ne deviennent jamais rares, en aucun temps.
Verse 70
स्थालीस्थमग्निसंयोगादधःस्थं मुनिसत्तमः । तथेन्दुवृद्धौ सलिलमूर्द्ध्वगं भवति ध्रुवम्
Ô le meilleur des sages, par le contact du feu, ce qui est dans un pot tend à descendre; de même, lorsque la lune croît, l’eau s’élève assurément vers le haut.
Verse 71
उदयास्तमनेत्विंदोर्वर्द्धंत्यापो ह्रसन्ति च । अतो न्यूनातिरिक्ताश्च पक्षयोः शुक्लकृष्णयोः
Parce que le lever et le coucher de la Lune font croître et décroître les eaux, les deux quinzaines—claire (śukla) et sombre (kṛṣṇa pakṣa)—se trouvent tantôt plus courtes, tantôt plus longues.
Verse 72
अपां वृद्धिक्षयौ दृष्टौ शतशस्तु दशोत्तरम् । समुद्राणां मुनिश्रेष्ठो सर्वेषां कथितं तव
Ô le meilleur des sages, j’ai vu, maintes et maintes fois—plus de cent fois—l’accroissement et le déclin des eaux; et je t’ai parlé de tous les océans.
Verse 73
भोजनं पुष्करद्वीपे प्रजास्सर्वाः सदैव हि । खंडस्य कुर्वते विप्र तत्र स्वयमुपस्थितम्
Ô brahmane, sur Puṣkara-dvīpa tous les êtres prennent sans cesse leur nourriture; car là, la part qui leur est destinée se présente d’elle-même.
Verse 74
स्वांगदो यस्य पुरतो नास्ति लोकस्य संस्थितिः । द्विगुणा हिरण्मयी भूमिस्सर्वजंतुविवर्जिता
Devant Celui devant qui nul ordre du monde ne peut demeurer établi, la terre elle-même devient deux fois plus rayonnante, d’essence dorée, et se trouve privée de toute créature.
Verse 75
लोकालोकस्ततश्शैलस्सहस्राण्यचलो हि सः । उच्छ्रयेण हि तावंति योजनायुतविस्तृतः
Au-delà se trouve la montagne Lokāloka, véritable chaîne immobile, s’étendant sur des milliers (de lieues). En hauteur elle s’élève à cette même mesure, et en largeur elle se déploie sur dix mille yojanas.
Verse 76
तमश्चांडकटाहेन सेयमुर्वी महामुने । पंचाशत्कोटिविस्तारा सद्वीपा समहीधरा
Ô grand sage, cette Terre est enfermée dans l’immense et sombre chaudron de Tamasa. Son étendue mesure cinquante koṭi (de yojanas) ; elle est pourvue de ses continents (dvīpas) et portée par ses montagnes.
Verse 77
आधारभूता सर्वेषां सर्वभूतगुणाधिका । सेयं धात्री च कालेय सर्वेषां जगतामिला
Elle est le support de tous, surpassant tous les êtres par ses qualités de bon augure. Elle est véritablement Dhātrī et Kāleyā, et elle est Ilā — la Terre qui soutient tous les mondes.
It asserts Bhāratavarṣa as karmabhūmi: the arena where embodied beings generate outcomes such as svarga and naraka, and where higher pursuit can also culminate in apavarga (liberation).
The catalog functions as a soteriological index: geography is not neutral but encoded as a purification network (pāpa-kṣaya) where darśana/sparśa of certain rivers and ranges supports ritual fitness and spiritual ascent.
The chapter names nine internal divisions (including Indradyumna, Kaseru, Tāmravarṇa, Gabhastimān, Nāgadvīpa, Saumya, Gandharva, Vāruṇa, and a ninth ocean-girt dvīpa) and enumerates kulaparvatas such as Mahendra, Malaya, Sahya, Vindhya, and Pāriyātra, along with rivers like Narmadā described as purifying.