
Ce chapitre prend la forme d’un enseignement de Sanatkumāra et expose une hiérarchie du mérite : les austérités ascétiques et la vie en forêt sont louées, mais l’étude d’un seul ṛc (vers védique) porte déjà du fruit ; et l’enseignement du savoir sacré procure un résultat double par rapport à l’étude solitaire. Il affirme ensuite l’indispensabilité du Purāṇa : sans lui, le monde est semblable à un cosmos sans soleil ni lune ; il faut donc poursuivre sans cesse l’étude purānique. Le connaisseur du Purāṇa (purāṇavit/purāṇajña) est élevé au rang de réceptacle le plus digne, objet de vénération, car un tel maître délivre autrui de « l’enfer » de l’ignorance par l’instruction selon le śāstra. Le texte avertit de ne pas le considérer comme un simple homme, identifiant ce guru à la connaissance totale et reliant son statut à Brahmā, Viṣṇu et Hara. Enfin, il codifie une éthique du dāna : richesses, grains, or, vêtements, terres, bétail, véhicules, éléphants et chevaux—offerts avec dévotion à un connaisseur du Purāṇa digne—donnent des jouissances impérissables et un mérite comparable aux grands sacrifices védiques, liant transmission du savoir, économie rituelle et salut.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । तपस्तपति योऽरण्ये वन्यमूलफलाशनः । योऽधीते ऋचमेकां हि फलं स्यात्तत्समं मुने
Sanatkumāra dit : Ô sage, le fruit obtenu par celui qui pratique l’austérité dans la forêt, se nourrissant de racines et de fruits sauvages, est égal au fruit de celui qui étudie ne fût-ce qu’un seul ṛc (hymne védique).
Verse 2
श्रुतेरध्ययनात्पुण्यं यदाप्नोति द्विजोत्तमः । तदध्यापनतश्चापि द्विगुणं फलमश्नुते
Ô le meilleur des deux-fois-nés : le mérite qu’on obtient en étudiant la Śruti, ce même mérite se trouve doublé lorsqu’on l’enseigne à autrui ; ainsi goûte-t-on un fruit double.
Verse 3
जगद्यथा निरालोकं जायतेऽशशिभास्करम् । विना तथा पुराणं ह्यध्येयमस्मान्मुने सदा
Ô sage : de même que le monde naîtrait sans lumière s’il n’y avait ni lune ni soleil, de même ce Purāṇa doit toujours être étudié avec nous ; sans lui, la compréhension demeure comme dans les ténèbres.
Verse 4
तप्यमानं सदाज्ञानान्निरये योऽपि शास्त्रतः । सम्बोधयति लोकं तं तस्मात्पूज्यः पुराणगः
Même celui qui, par ignorance constante, est tourmenté en enfer—s’il s’éveille selon les Écritures et instruit le peuple—pour cela même, le connaisseur des Purāṇa est digne de vénération et de culte.
Verse 5
सर्वेषां चैव पात्राणां मध्ये श्रेष्ठः पुराणवित् । पतनात्त्रायते यस्मात्तस्मात्पात्रमुदाहृतम्
Parmi tous les réceptacles dignes, le connaisseur des Purāṇa est le plus éminent. Parce qu’il sauve de la chute spirituelle, il est donc proclamé véritable « pātra », vase apte au don sacré et à l’enseignement.
Verse 6
मर्त्यबुद्धिर्न कर्तव्या पुराणज्ञे कदाचन । पुराणज्ञस्सर्ववेत्ता ब्रह्मा विष्णुर्हरो गुरुः
Qu’on ne porte jamais sur le connaisseur des Purāṇa un regard simplement humain. Le connaisseur des Purāṇa est véritablement omniscient—forme de Brahmā, Viṣṇu et Hara (Śiva)—et doit être révéré comme le Guru.
Verse 7
धनं धान्यं हिरण्यं च वासांसि विविधानि च । देयं पुराणविज्ञाय परत्रेह च शर्म्मणे
Qu’on offre richesse, grains, or et vêtements variés à celui qui connaît les Purāṇa, pour le bien-être en ce monde et la paix dans l’au-delà.
Verse 8
यो ददाति महाप्रीत्या पुराणज्ञाय सज्जनः । पात्राय शुभवस्तूनि स याति परमां गतिम्
L’homme vertueux qui, avec une grande joie, offre des dons auspices à un récipiendaire digne, versé dans les Purāṇa, atteint la voie suprême.
Verse 9
महीं गां वा स्यंदनांश्च गजानश्वांश्च शोभनान् । यः प्रयच्छति पात्राय तस्य पुण्यफलं शृणु
Écoute le fruit méritoire de celui qui, à un récipiendaire digne, offre des terres, des vaches, des chars, ainsi que de beaux éléphants et chevaux.
Verse 10
अक्षयान्सर्वकामांश्च परत्रेह च जन्मनि । अश्वमेधमखस्यापि स फलं लभते पुमान्
Cet homme obtient l’accomplissement impérissable de tous les désirs légitimes—ici-bas et dans l’au-delà—et reçoit le même mérite que celui du sacrifice de l’Aśvamedha.
Verse 11
मही ददाति यस्तस्मै कृष्टां फलवतीं शुभाम् । स तारयति वै वंश्यान्दश पूर्वान्दशापरान्
Quiconque donne à un récipiendaire digne une terre cultivée, fertile et de bon augure, devient vraiment le libérateur de sa lignée, délivrant dix générations avant lui et dix après lui.
Verse 12
इह भुक्त्वाखिलान्कामानंते दिव्यशरीरवान् । विमानेन च दिव्येन शिवलोकं स गच्छति
Après avoir joui ici-bas de toutes les grâces désirées, à la fin il obtient un corps divin ; et, porté par un vimāna céleste, il se rend à Śivaloka, la demeure du Seigneur Śiva.
Verse 13
इति श्रीशिवमहापुराणे पञ्चम्यामुमासंहितायां पुराणमाहात्म्यवर्णनंनाम त्रयोदशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le treizième chapitre, intitulé « Description de la Gloire du Purāṇa », dans la cinquième section du Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein de l’Umāsaṃhitā.
Verse 14
शंभोरायतने यस्तु कारयेद्धर्मपुस्तकम् । विष्णोरर्कस्य कस्यापि शृणु तस्यापि तत्फलम्
Quiconque fait préparer un livre sacré de dharma et l’installe dans le sanctuaire de Śambhu (le Seigneur Śiva) — écoute aussi le fruit d’un acte semblable dans le temple de Viṣṇu, de Sūrya, ou de quelque divinité que ce soit.
Verse 15
राजसूयाश्वमेधानां फलमाप्नोति मानवः । सूर्यलोकं च भित्त्वाशु ब्रह्मलोकं स गच्छति
L’être humain obtient un mérite égal à celui des sacrifices Rājasūya et Aśvamedha. Ayant promptement franchi même le monde du Soleil, il parvient à Brahmaloka.
Verse 16
स्थित्वा कल्पशतान्यत्र राजा भवति भूतले । भुंक्ते निष्कंटकं भोगान्नात्र कार्या विचारणा
Après y demeurer des centaines de kalpas, il devient roi sur la terre. Il jouit des plaisirs sans entrave ; à ce sujet, nul besoin de doute ni de délibération.
Verse 17
अश्वमेधसहस्रस्य यत्फलं समुदाहृतम् । तत्फलं समावाप्नोति देवाग्रे यो जपं चरेत्
Le fruit proclamé pour l’accomplissement de mille sacrifices Aśvamedha, ce même fruit l’obtient celui qui pratique le japa devant la Divinité.
Verse 18
इतिहासपुराणाभ्यां शम्भोरायतने शुभे । नान्यत्प्रीतिकरं शंभोस्तथान्येषां दिवौकसाम्
Dans l’auguste demeure de Śambhu, rien ne réjouit davantage Śiva que la récitation des Itihāsas et des Purāṇas ; de même, rien n’est plus agréable aux autres dieux qui résident au ciel.
Verse 19
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कार्यं पुस्तकवाचनम् । तथास्य श्रवणं प्रेम्णा सर्वकामफलप्रदम्
C’est pourquoi, avec tous ses efforts, il faut entreprendre la lecture de ce texte sacré ; et de même, l’écouter avec une dévotion aimante accorde les fruits de tous les désirs légitimes.
Verse 20
पुराणश्रवणाच्छंभोर्निष्पापो जायते नरः । भुक्त्वा भोगान्सुविपुलाञ्छिवलोकमवाप्नुयात्
En écoutant le Purāṇa de Śambhu (le Seigneur Śiva), l’homme devient sans péché. Après avoir goûté des grâces abondantes et sublimes, il atteint finalement le monde de Śiva (Śivaloka).
Verse 21
राजसूयेन यत्पुण्यमग्निष्टोमशतेन च । तत्पुण्यं लभते शंभोः कथाश्रवणमात्रतः
Le mérite acquis par le sacrifice du Rājasūya, et encore par cent sacrifices Agniṣṭoma—ce même mérite, on l’obtient simplement en écoutant le récit sacré de Śambhu (le Seigneur Śiva).
Verse 22
सर्वतीर्थावगाहेन गां कोटिप्रदानतः । तत् फलं लभते शंभोः कथाश्रवणतो मुने
Ô sage, en écoutant le récit sacré de Śambhu (le Seigneur Śiva), on obtient le même fruit que celui acquis en se baignant dans tous les tīrtha saints et en offrant un crore de vaches.
Verse 23
ये शृण्वंति कथां शंभोस्सदा भुवनपावनीम् । ते मनुष्या न मंतव्या रुद्रा एव न संशयः
Ceux qui écoutent sans cesse le récit de Śambhu, purificateur des mondes, ne doivent pas être tenus pour de simples humains ; sans aucun doute, ils sont eux-mêmes des Rudra.
Verse 24
शृण्वतां शिवसत्कीर्तिं सतां कीर्तयतां च ताम् । पदाम्बुजरजांस्येव तीर्थानि मुनयो विदुः
Les sages savent que ceux qui écoutent la sainte renommée de Śiva — et les vertueux qui la chantent — deviennent eux-mêmes tels des tīrtha sacrés, comme la poussière des pieds de lotus du Seigneur qui sanctifie.
Verse 25
गंतुं निःश्रेयसं स्थानं येऽभिवांछन्ति देहिनः । कथां पौराणिकीं शैवीं भक्त्या शृण्वंतु ते सदा
Les êtres incarnés qui aspirent à atteindre la demeure suprême et bienheureuse de la délivrance finale doivent toujours écouter, avec dévotion, le récit purānique de la voie śaiva.
Verse 26
कथां पौराणिकीं श्रोतुं यद्यशक्तस्सदा भवेत् । नियतात्मा प्रतिदिनं शृणुयाद्वा मुहूर्तकम्
Si l’on n’est pas toujours en mesure d’écouter le récit sacré des Purāṇa, alors, l’esprit discipliné et maîtrisé, qu’on l’écoute chaque jour ne fût-ce qu’un muhūrta (un bref temps fixé).
Verse 27
यदि प्रतिदिनं श्रोतुमशक्तो मानवो भवेत् । पुण्यमासादिषु मुने शृणुयाच्छांकरीं कथाम्
Si une personne ne peut écouter chaque jour, alors, ô sage, qu’elle écoute au moins le récit sacré relatif à Śaṅkara durant les mois saints et autres temps propices.
Verse 28
शैवीं कथां हि शृण्वानः पुरुषो हि मुनीश्वर । स निस्तरति संसारं दग्ध्वा कर्ममहाटवीम्
Ô seigneur parmi les sages, celui qui écoute le récit sacré śaiva franchit le saṃsāra, après avoir consumé la grande forêt du karma.
Verse 29
कथां शैवीं मुहूर्तं वा तदर्द्धं क्षणं च वा । ये शृण्वति नरा भक्त्या न तेषां दुर्गतिर्भवेत्
Ceux qui écoutent avec dévotion le récit sacré de Śiva—fût-ce un muhūrta, la moitié de cela, ou même un seul instant—ne tombent pas dans une fin funeste; pour eux, ni malheur ni chute ne surgissent.
Verse 30
यत्पुण्यं सर्वदानेषु सर्वयज्ञेषु वा मुने । शंभोः पुराणश्रवणात्तत्फलं निश्चलं भवेत्
Ô sage, le mérite acquis par tous les dons et tous les sacrifices, par l’écoute du Purāṇa de Śambhu, devient un fruit ferme, stable et infaillible.
Verse 31
विशेषतः कलौ व्यास पुराणश्रवणादृते । परो धर्मो न पुंसां हि मुक्तिध्यानपरः स्मृतः
Surtout en l’âge de Kali, ô Vyāsa, en dehors de l’écoute des Purāṇa, nul dharma plus élevé pour les hommes n’est tenu en mémoire—celui qui se voue à la méditation de la délivrance (mokṣa).
Verse 32
पुराणश्रवणं शम्भोर्नामसंकीर्तनं तथा । कल्पद्रुमफलं रम्यं मनुष्याणां न संशयः
L’écoute du Purāṇa et, de même, le chant des Noms sacrés de Śambhu accordent aux hommes le fruit délicieux de l’arbre qui exauce les vœux (kalpadruma) — sans aucun doute.
Verse 33
कलौ दुर्मेधसां पुंसां धर्माचारोझ्झितात्मनाम् । हिताय विदधे शम्भुः पुराणाख्यं सुधारसम्
En l’âge de Kali, pour le bien des hommes à l’intelligence émoussée, dont la vie s’est écartée de la pratique du dharma, Śambhu institua une essence semblable au nectar, appelée Purāṇa.
Verse 34
एकोऽजरामरस्याद्वै पिबन्नेवामृतं पुमान् । शम्भोः कथामृतापानात्कुलमेवाजरामरम्
Un homme devient libre de la décrépitude et de la mort—comme s’il buvait l’amṛta—en buvant le récit ambrosial de Śambhu. En vérité, en s’abreuvant du nectar de l’histoire sacrée du Seigneur Śiva, c’est même toute sa lignée qui devient libre de décrépitude et de mort.
Verse 35
या गतिः पुण्यशीलानां यज्वनां च तपस्विनाम् । सा गतिस्सहसा तात पुराणश्रवणात्खलु
Ô bien-aimé, l’état sublime atteint par les vertueux, par ceux qui accomplissent les sacrifices et par les ascètes, est en vérité obtenu sur-le-champ par l’écoute du Purāṇa.
Verse 36
ज्ञानवाप्तिर्यदा न स्याद्योगशास्त्राणि यत्नतः । अध्येतव्यानि पौराणं शास्त्रं श्रोतव्यमेव च
Lorsque, malgré un effort assidu dans les traités de Yoga, la vraie connaissance n’est pas obtenue, il faut alors étudier le śāstra purānique et aussi l’écouter—afin que la juste compréhension naisse de l’enseignement révélé de Śiva.
Verse 37
पापं संक्षीयते नित्यं धर्म्मश्चैव विवर्द्धते । पुराणश्रवणाज्ज्ञानी न संसारं प्रपद्यते
Par l’écoute constante du Purāṇa, les péchés s’amenuisent jour après jour et le dharma croît véritablement ; par cette écoute du Purāṇa, le sage ne retombe pas dans le saṁsāra.
Verse 38
अतएव पुराणानि श्रोतव्यानि प्रयत्नतः । धर्मार्थकामलाभाय मोक्षमार्गाप्तये तथा
C’est pourquoi les Purāṇa doivent être écoutés avec un effort sincère : pour obtenir dharma, artha et kāma, et aussi pour atteindre la voie qui mène à la mokṣa.
Verse 39
यज्ञैर्दानैस्तपोभिस्तु यत्फलं तीर्थसेवया । तत्फलम समवाप्नोति पुराणश्रवणान्नरः
Quel que soit le mérite acquis par les sacrifices, les dons, les austérités et le service dévot des lieux saints de pèlerinage—ce même fruit, l’homme l’obtient en écoutant le Purāṇa.
Verse 40
न भवेयुः पुराणानि धर्ममार्गे क्षणानि तु । यद्यत्र यद्व्रती स्थाता चात्र पारत्रकी कथाम्
Si les Purāṇa n’existaient pas, pas même un instant sur la voie du dharma ne serait possible. Car là où demeure celui qui observe un vœu, là (par l’enseignement purānique) s’établit le discours concernant l’au-delà.
Verse 41
षड्विंशतिपुराणानां मध्येऽप्येकं शृणोति यः । पठेद्वा भक्तियुक्तस्तु स मुक्तो नात्र संशयः
Parmi les vingt-six Purāṇa, quiconque en écoute ne fût-ce qu’un seul — ou le lit avec dévotion — obtient la délivrance ; il n’y a là aucun doute.
Verse 42
अन्यो न दृष्टस्सुखदो हि मार्गः पुराणमार्गो हि सदा वरिष्ठः । शास्त्रं विना सर्वमिदं न भाति सूर्य्येण हीना इव जीवलोकाः
On ne voit nul autre chemin qui donne la vraie félicité ; la voie des Purāṇa est à jamais la plus excellente. Sans les Écritures, rien de tout cela ne resplendit — tels les mondes des êtres vivants privés du soleil.
It argues for Purāṇa as an essential instrument of illumination and right knowledge—comparing a world without Purāṇa to a world without sun and moon—thereby asserting that Purāṇic study must be continuous and central to religious life.
The chapter sacralizes pedagogy: the teacher is not merely a transmitter of information but a salvific agent who rescues beings from ignorance. Reverence to the Purāṇa-knower encodes the idea that knowledge (jñāna) itself functions as a liberating power within Shaiva order.
No distinct iconographic form (svarūpa) is foregrounded in the sampled verses; instead, Śiva is invoked via the epithet Hara in a doctrinal comparison that elevates the Purāṇa-knower to a guru-status aligned with Brahmā, Viṣṇu, and Hara.