Adhyaya 1
Uma SamhitaAdhyaya 171 Verses

Svagati-varṇana (Description of the Supreme State / One’s True Attainment)

L’Adhyāya 1 ouvre l’Umāsaṃhitā en posant la clé doctrinale : Śiva est invoqué comme la réalité plénière (pūrṇa), au-delà des trois guṇa, tout en présidant au cosmos par leurs fonctions—la création liée à rajas, la dissolution liée à tamas—demeurant néanmoins au-delà de māyā. Le récit s’inscrit ensuite dans l’architecture dialoguée propre aux Purāṇa : les sages, conduits par Śaunaka, s’adressent à Sūta, rappellent la récitation antérieure de la Koṭirudra-saṃhitā et demandent l’Umāsaṃhitā, riche d’épisodes sur les actes de Śaṃbhu. Sūta rapporte la chaîne d’autorité—la question de Vyāsa à Sanatkumāra—qui légitime l’enseignement à venir. Sanatkumāra commence alors l’épisode : Kṛṣṇa, désirant un fils (putrārtha), se rend au Kailāsa pour accomplir des tapas en l’honneur de Śiva ; il y rencontre le grand ṛṣi śaiva Upamanyu, absorbé dans l’austérité, et s’approche avec révérence pour solliciter des instructions. Ce chapitre sert de seuil : cadrage métaphysique du Śiva-tattva, validation de la lignée de transmission et lancement d’un récit de sādhaka où se rejoignent désir, discipline et guidance śaiva.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीशिवमहापुराणे पंचम्यामुमासंहितायां कृष्णोपमन्युसंवादे स्वगतिवर्णनं नाम प्रथमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein du Cinquième livre, l’Umāsaṃhitā—dans le dialogue entre Kṛṣṇa et Upamanyu, voici le Premier chapitre, nommé « Svagati-varṇana », c’est-à-dire « la description de son propre état spirituel ».

Verse 2

ऋषय ऊचुः । सूतसूत महाप्राज्ञ व्यासशिष्यन मोऽस्तु ते । चतुर्थी कोटिरुद्राख्या श्राविता संहिता त्वया

Les sages dirent : « Ô Sūta, ô très sage, disciple de Vyāsa, salut à toi. Tu nous as récité la quatrième Saṃhitā, appelée Koṭirudra. »

Verse 3

अथोमासंहितान्तःस्थ नानाख्यानसमन्वितम् । ब्रूहि शंभोश्चरित्रं वै साम्बस्य परमात्मनः

À présent, daigne nous narrer le récit sacré de Śambhu—Sāmba, le Soi suprême—abondant en maints épisodes et conservé dans l’Umā-saṃhitā.

Verse 4

सूत उवाच । महर्षयश्शौनकाद्याः शृणुत प्रेमतः शुभम् । शांकरं चरितं दिव्यं भुक्तिमुक्तिप्रदं परम्

Sūta dit : « Ô grands sages, à commencer par Śaunaka, écoutez avec amour ce récit auspicious : les actes divins de Śaṅkara (le Seigneur Śiva), suprême, qui accordent à la fois bhukti et mukti. »

Verse 5

इतीदृशं पुण्यप्रश्नं पृष्टवान्मुनिसत्तमः । व्यासस्सनत्कुमारं वै शैवं सच्चरितं जगौ

Ayant ainsi posé une question méritoire, le meilleur des sages—Vyāsa—raconta à Sanatkumāra le véritable récit sacré, śaiva, de Śiva.

Verse 6

सनत्कुमार उवाच । वासुदेवाय यत्प्रोक्तमुपमन्युमहर्षिणा । तदुच्यते मया व्यास चरितं हि महेशितुः

Sanatkumāra dit : « Ô Vyāsa, je vais maintenant raconter le récit sacré de Maheśa (Maheśvara) que le grand sage Upamanyu avait autrefois enseigné à Vāsudeva. »

Verse 7

पुरा पुत्रार्थमगमत्कैलासं शंकरालयम् । वसुदेवसुतः कृष्णस्तपस्तप्तुं शिवस्य हि

Autrefois, désirant un fils, Kṛṣṇa—fils de Vasudeva—se rendit au Kailāsa, demeure de Śaṅkara, afin d’accomplir des austérités et d’obtenir la grâce du Seigneur Śiva.

Verse 8

अत्रोपमन्युं संदृष्ट्वा तपंतं शृंग उत्तमे । प्रणम्य भक्त्या स मुनिं पर्यपृच्छत्कृताञ्जलिः

Là, voyant le sage Upamanyu absorbé dans l’austérité au sommet excellent de la montagne, il se prosterna devant ce muni avec dévotion; puis, les mains jointes, il l’interrogea avec respect.

Verse 9

श्रीकृष्ण उवाच । उपमन्यो महाप्राज्ञ शैवप्रवर सन्मते । पुत्रार्थमगमं तप्तुं तपोऽत्र गिरिशस्य हि

Śrī Kṛṣṇa dit : «Upamanyu, d’une grande sagesse, le plus éminent parmi les śaivas et d’intelligence noble, est venu ici accomplir des austérités afin d’obtenir un fils ; car ceci est véritablement le lieu sacré de Girīśa (le Seigneur Śiva).»

Verse 10

ब्रूहि शंकरमाहात्म्यं सदानन्दकरं मुने । यच्छ्रुत्वा भक्तितः कुर्य्यां तप ऐश्वरमुत्तमम्

Ô sage, dis-moi la gloire de Śaṅkara, dispensateur de félicité éternelle ; l’ayant entendue avec dévotion, que je puisse entreprendre l’austérité suprême, tournée vers le Seigneur, menant à la puissance divine et à la délivrance.

Verse 11

सनत्कुमार उवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य वासुदेवस्य धीमतः । प्रत्युवाच प्रसन्नात्मा ह्युपमन्युस्स्मरञ्छिवम्

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi entendu les paroles du sage Vāsudeva, Upamanyu—l’âme apaisée—répondit, tout en se souvenant de Śiva.

Verse 12

उपमन्युरुवाच । शृणु कृष्ण महाशैव महिमानं महेशितुः । यमद्राक्षमहं शंभोर्भक्तिवर्द्धनमुत्तमम्

Upamanyu dit : «Écoute, ô Kṛṣṇa, grand dévot de Śiva, la gloire de Maheśa, le Seigneur suprême. Je vais rapporter ce que j’ai vu de mes propres yeux—un épisode excellent qui accroît la bhakti envers Śambhu.»

Verse 13

तपःस्थोऽहं समद्राक्षं शंकरं च तदायुधान् । परिवारं समस्तं च विष्ण्वादीनमरादिकान्

Alors que j’étais établi dans l’austérité, je vis Śaṅkara avec Ses armes divines et toute Sa suite; ainsi que Viṣṇu et les autres dieux et êtres célestes.

Verse 14

त्रिभिरंशैश्शोभमानमजस्रसुखमव्ययम् । एकपादं महादंष्ट्रं सज्वालकवलैर्मुखैः

Il contempla une forme merveilleuse—rayonnante en trois parts, de félicité ininterrompue et impérissable—n’ayant qu’un seul pied, pourvue de grandes défenses, et de visages qui semblaient engloutir des masses de flammes.

Verse 15

द्विसहस्रमयूखानां ज्योतिषाऽतिविराजितम् । सर्वास्त्रप्रवराबाधमनेकाक्षं सहस्रपात्

Il flamboya d’un éclat pareil à deux mille rayons, souverainement resplendissant. Inattaquable même par les armes les plus éminentes, il était aux innombrables yeux et aux mille pieds — manifestation du Seigneur qui pénètre tout et protège tout.

Verse 16

यश्च कल्पान्तसमये विश्वं संहरति ध्रुवम् । नावध्यो यस्य च भवेत्त्रैलौक्ये सचराचरे

Celui qui, au temps de la dissolution à la fin d’un éon, résorbe infailliblement l’univers entier : dans les trois mondes, avec tout ce qui bouge et ne bouge pas, nul ne peut le vaincre ni le mettre à mort.

Verse 17

महेश्वरभुजोत्सृष्टं त्रैलोक्यं सचराचरम् । निर्ददाह द्रुतं कृत्स्नं निमेषार्द्धान्न संशयः

Le triple monde tout entier —mobile et immobile—, une fois lâché du bras de Mahādeva, fut promptement réduit en cendres, tout entier, en un demi-clignement d’œil ; il n’y a là aucun doute.

Verse 18

तपःस्थो रुद्रपार्श्वस्थं दृष्टवानहमव्यम् । गुह्यमस्त्रं परं चास्य न तुल्यमधिकं क्वचित्

Absorbé dans l’austérité, je vis l’Immuable se tenir auprès de Rudra. Je perçus aussi son astra suprême et secret, sa puissance divine : nulle part il n’existe rien d’égal, et encore moins de supérieur.

Verse 19

यत्तच्छूलमिति ख्यातं सर्वलोकेषु शूलिनः । विजयाभिधमत्युग्रं सर्वशस्त्रास्त्रनाशकम्

Cette arme même est renommée dans tous les mondes comme le Trident du Porteur du Trident, Śiva. Nommée « Vijayā » (Victoire), elle est d’une férocité extrême et peut anéantir toute arme et tout trait.

Verse 20

दारयेद्यन्महीं कृत्स्नां शोषयेद्यन्महोदधिम् । पातयेदखिलं ज्योतिश्चक्रं यन्नात्र संशयः

Cette puissance peut fendre la terre entière, assécher le grand océan et faire choir toute la roue des luminaires—il n’y a là aucun doute.

Verse 21

यौवनाश्वो हतो येन मांधाता सबलः पुरा । चक्रवर्ती महातेजास्त्रैलोक्यविजयो नृपः

Par Lui, jadis, le roi Yauvanāśva fut terrassé; et par Lui encore, Māndhātā, puissant avec ses armées, devint un cakravartin rayonnant, roi renommé comme conquérant des trois mondes.

Verse 22

दर्पाविष्टो हैहयश्च निः क्षिप्तो लवणासुरः । शत्रुघ्नं नृपतिं युद्धे समाहूय समंततः

Saisi d’orgueil, le guerrier Haihaya et l’asura Lavaṇāsura furent chassés; puis, de toutes parts, Lavaṇāsura défia le roi Śatrughna au combat.

Verse 23

तस्मिन्दैत्ये विनष्टे तु रुद्रहस्ते गतं तु यत् । तच्छूलमिति तीक्ष्णाग्रं संत्रासजननं महत्

Lorsque ce démon fut détruit, ce qui parvint à la main de Rudra fut connu sous le nom de Śūla (trident) : à la pointe acérée et suscitant une grande terreur.

Verse 24

त्रिशिखां भृकुटीं कृत्वा तर्जयंतमिव स्थितम् । विधूम्रानलसंकाशं बालसूर्यमिवोदितम्

Avec une huppe à trois pointes et le sourcil froncé, il se tenait comme s’il menaçait. Son éclat ressemblait à un feu sans fumée, tel le jeune soleil qui vient de se lever.

Verse 25

सूर्य्य हस्तमनिर्द्देश्यं पाशहस्तमिवांतकम् । परशुं तीक्ष्णधारं च सर्पाद्यैश्च विभूषितम्

Sa splendeur était indicible, comme si le soleil lui-même se tenait dans Sa main; et tel la Mort portant dans sa main le lacet (pāśa). Il tenait aussi une hache au tranchant aigu, et Il était paré d’ornements sacrés, tels des serpents et autres.

Verse 26

कल्पान्तदहनाकारं तथा पुरुषविग्रहम् । यत्तद्भार्गवरामस्य क्षत्रियान्तकरं रणे

Cette même puissance a l’aspect flamboyant du feu à la fin d’un éon, et peut aussi revêtir une incarnation humaine. C’est elle qu’on vit au combat sous la forme de Bhārgava Rāma (Paraśurāma), le destructeur des kṣatriya.

Verse 27

रामो यद्बलमाश्रित्य शिवदत्तश्च वै पुरा । त्रिःसप्तकृत्वो नक्षत्रं ददाह हृषितो मुनिः

Dans les temps anciens, s’appuyant sur cette même puissance, Rāma et Śivadatta —le muni au cœur réjoui— brûlèrent la constellation des Nakṣatra vingt et une fois.

Verse 28

सुदर्शनं तथा चक्रं सहस्रवदनं विभुम् । द्विसहस्रभुजं देवमद्राक्षं पुरुषाकृतिम्

Je contemplai la Divinité toute‑pénétrante et souveraine —d’apparence humaine— resplendissante et belle, portant le disque Sudarśana, avec mille visages et deux mille bras.

Verse 29

द्विसहस्रेक्षणं दीप्तं सहस्रचरणाकुलम् । कोटिसूर्यप्रतीकाशं त्रैलोक्यदहनक्षमम्

Flamboyant de splendeur, il avait deux mille yeux et foisonnait de mille pieds. Rayonnant comme dix millions de soleils, il pouvait consumer par le feu les trois mondes.

Verse 30

वज्रं महोज्ज्वलं तीक्ष्णं शतपर्वप्रनुत्तमम् । महाधनुः पिनाकं च सतूणीरं महाद्युतिम्

Il portait le foudre (vajra), d’un éclat extrême et tranchant comme un rasoir, le plus excellent, loué comme « aux cent jointures » ; et il tenait aussi le grand arc Pināka, avec son carquois, flamboyant d’une splendeur immense.

Verse 31

शक्तिं खङ्गं च पाशं च महादीप्तं समांकुशम् । गदां च महतीं दिव्यामन्यान्यस्त्राणि दृष्टवान्

Il vit la lance (śakti), l’épée, le lacet (pāśa), l’aiguillon-crochet flamboyant (aṅkuśa), et une grande massue divine, ainsi que bien d’autres armes célestes.

Verse 32

तथा च लोकपालानामस्त्राण्येतानि यानि च । अद्राक्षं तानि सर्वाणि भगवद्रुद्रपार्श्वतः

De même, toutes les armes appartenant aux Lokapālas (gardiens des mondes), je les vis toutes disposées auprès de Bhagavān Rudra.

Verse 33

सव्यदेशे तु देवस्य ब्रह्मा लोकपितामहः । विमानं दिव्यमास्थाय हंसयुक्तं मनोनुगम्

À la gauche du Seigneur, Brahmā —l’aïeul des mondes— prit place, monté sur un vimāna divin, char céleste attelé de cygnes, rapide comme la pensée.

Verse 34

वामपार्श्वे तु तस्यैव शंखचक्रगदाधरः । वैनतेयं समास्थाय तथा नारायणः स्थितः

À son côté gauche se tenait Nārāyaṇa, portant la conque, le disque et la massue, assis sur Vainateya (Garuḍa).

Verse 35

स्वायंभुवाद्या मनवो भृग्वाद्या ऋषयस्तथा । शक्राद्या देवताश्चैव सर्व एव समं ययुः

Les Manus, à commencer par Svāyambhuva, les sages, à commencer par Bhṛgu, et les dieux, à commencer par Śakra (Indra) — tous avancèrent ensemble, d’un même élan.

Verse 36

स्कंदश्शक्तिं समादाय मयूरस्थस्सघंटकः । देव्यास्समीपे संतस्थौ द्वितीय इव पावकः

Skanda, saisissant sa śakti (lance), assis sur son paon et paré de clochettes tintantes, se tint près de la Déesse, flamboyant tel un second feu.

Verse 37

नंदी शूलं समादाय भवाग्रे समवस्थितः । सर्वभूतगणाश्चैवं मातरो विविधाः स्थिताः

Nandī, saisissant le trident, se tint posté devant Bhava (le Seigneur Śiva). De même, toutes les cohortes d’êtres et les diverses Mères divines (Matṛkās) se tenaient rangées en ce lieu.

Verse 38

तेऽभिवाद्य महेशानं परिवार्य्य समंततः । अस्तुवन्विविधैः स्तोत्रैर्महादेवं तदा सुराः

Alors les dieux, après s’être inclinés avec révérence devant Maheśāna et l’avoir entouré de toutes parts, louèrent Mahādeva par des hymnes de maintes sortes.

Verse 39

यत्किंचित्तु जगत्यस्मिन्दृश्यते श्रूयतेऽथवा । तत्सर्वं भगवत्पार्श्वे निरीक्ष्याहं सुविस्मितः

Tout ce qui, en ce monde, se voit ou même s’entend dire—l’ayant contemplé tout entier comme présent auprès du Seigneur Bienheureux, je fus saisi d’un étonnement total.

Verse 40

सुमहद्धैर्य्यमालंब्य प्रांजलिर्विविधैः स्तवैः । परमानन्दसंमग्नोऽभूवं कृष्णाहमद्ध्वरे

M’appuyant sur une grande fermeté, je demeurai les mains jointes et louai (le Seigneur) par maints hymnes; et, dans ce rite sacrificiel, moi—Kṛṣṇa—fus entièrement plongé dans la béatitude suprême.

Verse 41

संमुखे शंकरं दृष्ट्वा बाष्पगद्गदया गिरा । अपूजयं सुविधिवदहं श्रद्धासमन्वितः

Voyant Śaṅkara face à face, la voix étranglée par les larmes, je l’adorai selon le rite prescrit, animé d’une foi inébranlable.

Verse 42

भगवानथ सुप्रीतश्शंकरः परमेश्वरः । वाण्या मधुरया प्रीत्या मामाह प्रहसन्निव

Alors le Seigneur Bienheureux—Śaṅkara, le Souverain Suprême—très satisfait, me parla avec une joie pleine d’amour, d’une voix douce, comme s’il souriait tendrement.

Verse 43

न विचालयितुं शक्यो मया विप्र पुनः पुनः । परीक्षितोसि भद्रं ते भवान्भक्त्यान्वितो दृढः

«Ô brāhmane, j’ai essayé maintes et maintes fois, mais je ne puis te détourner de ta résolution. Tu as été éprouvé — que l’auspice soit tien — car tu demeures ferme, pourvu d’une dévotion inébranlable.»

Verse 44

तस्मात्ते परितुष्टोऽस्मि वरं वरय सुव्रत । दुर्लभं सर्वदेवेषु नादेयं विद्यते तव

«C’est pourquoi je suis pleinement satisfait de toi, ô toi qui observes un vœu ferme. Choisis une grâce. Même parmi tous les dieux, rien n’est si rare qu’il ne puisse t’être accordé.»

Verse 45

स चाहं तद्वचः श्रुत्वा शंभोः सत्प्रेमसंयुतम् । देवं तं प्रांजलिर्भूत्वाऽब्रुवं भक्तानुकंपिनम्

Entendant ces paroles de Śambhu (Śiva), empreintes d’un amour pur et noble, moi aussi je fus ému. Les mains jointes avec révérence, je m’adressai à ce Dieu—Śiva—plein de compassion pour Ses dévots.

Verse 46

उपमन्युरुवाच । भगवन्यदि तुष्टोऽसि यदि भक्तिः स्थिरा मयि । तेन सत्येन मे ज्ञानं त्रिकालविषयं भवेत्

Upamanyu dit : «Ô Seigneur, si Tu es satisfait et si ma dévotion envers Toi demeure ferme en moi, alors, par la puissance de cette vérité, que naisse en moi la connaissance qui embrasse les trois temps : passé, présent et avenir.»

Verse 47

प्रयच्छ भक्तिं विपुलां त्वयि चाव्यभिचारिणीम् । सान्वयस्यापि नित्यं मे भूरि क्षीरौदनं भवेत्

Accorde-moi une dévotion abondante envers Toi, inébranlable et sans déviation. Et que, pour moi, avec toute ma lignée, il y ait toujours en profusion du riz au lait.

Verse 48

ममास्तु तव सान्निध्यं नित्यं चैवाश्रमे विभो । तव भक्तेषु सख्यं स्यादन्योन्येषु सदा भवेत्

Ô Seigneur tout-puissant, puisse-je demeurer sans cesse en ta sainte présence, ici même dans l’ermitage. Et parmi tes dévots, que l’amitié s’établisse : que la bienveillance réciproque et l’harmonie règnent à jamais entre eux.

Verse 49

एवमुक्तो मया शंभुर्विहस्य परमेश्वरः । कृपादृष्ट्या निरीक्ष्याशु मां स प्राह यदूद्वह

Ainsi interpellé par moi, Śambhu—le Seigneur suprême—sourit. Posant sur moi un regard de compassion, il me parla aussitôt, ô le meilleur des Yadus.

Verse 50

श्रीशिव उवाच । उपमन्यो मुने तात वर्ज्जितस्त्वं भविष्यसि । जरामरणजैर्दोषैस्सर्वकामान्वितो भव

Śrī Śiva dit : «Ô sage Upamanyu, enfant bien-aimé, puisses-tu être délivré des défauts nés de la vieillesse et de la mort, et puisses-tu être comblé de l’accomplissement de tous les désirs dignes».

Verse 51

मुनीनां पूजनीयश्च यशोधनसमन्वितः । शीलरूपगुणैश्वर्यं मत्प्रसादात्पदेपदे

«Tu seras vénéré par les sages et comblé de renommée et de prospérité. Par ma grâce, à chaque pas tu posséderas une conduite noble, une forme agréable, d’excellentes vertus et une souveraineté spirituelle».

Verse 52

क्षीरोदसागरस्यैव सान्निध्यं पयसां निधेः । तत्र ते भविता नित्यं यत्रयत्रेच्छसे मुने

Tu jouiras à jamais de la proximité bénie de l’Océan de Lait, trésor inépuisable de tout lait. Là, ô sage, cela sera toujours tien, en quelque lieu que tu désires être.

Verse 53

अमृतात्मकं तु तत्क्षीरं यावत्संयाम्यते ततः । इमं वैवस्वतं कल्पं पश्यसे बन्धुभिस्सह

Ce lait, dont la nature même est amṛta, n’est retenu que jusqu’à cette limite. Ensuite, avec tes proches, tu contempleras ce Vaivasvata Kalpa, l’éon présent.

Verse 54

त्वद्गोत्रं चाक्षयं चास्तु मत्प्रसादात्सदैव हि । सान्निध्यमाश्रमे तेऽहं करिष्यामि महामुने

Par ma grâce, ô grand sage, que ta lignée demeure à jamais impérissable. En vérité, je maintiendrai sans cesse ma présence sacrée dans ton ermitage.

Verse 55

मद्भक्तिस्तु स्थिरा चास्तु सदा दास्यामि दर्शनम् । स्मृतश्च भवता वत्स प्रियस्त्वं सर्वथा मम

Que ta dévotion envers Moi demeure inébranlable. Je t’accorderai toujours mon darśana, ma vision divine. Et chaque fois que tu te souviendras de Moi, enfant bien-aimé, sache que tu es entièrement chéri de Moi.

Verse 56

यथाकामसुखं तिष्ठ नोत्कण्ठां कर्तुमर्हसि । सर्वं प्रपूर्णतां यातु चिंतितं नात्र संशयः

Demeure dans le bien-être selon ton désir ; tu ne dois pas te laisser gagner par une attente anxieuse. Tout ce que tu as médité atteindra sûrement sa pleine réalisation : là-dessus, point de doute.

Verse 57

उपमन्युरुवाच । एवमुक्त्वा स भगवान्सूर्य्यकोटिसमप्रभः । ममेशानो वरान्दत्त्वा तत्रैवान्तरधीयत

Upamanyu dit : Ayant ainsi parlé, ce Seigneur Bienheureux—rayonnant comme dix millions de soleils—mon Seigneur Īśāna (Śiva) accorda des grâces et, sur-le-champ, disparut à la vue.

Verse 58

एवं दृष्टो मया कृष्ण परिवारसमन्वितः । शंकरः परमेशानो भक्तिमुक्तिप्रदायकः

Ainsi, ô Kṛṣṇa, je vis Śaṅkara—le Seigneur Suprême—entouré de sa suite divine, dispensateur de bhakti et donateur de la délivrance.

Verse 59

शंभुना परमेशेन यदुक्तं तेन धीमता । तदवाप्तं च मे सर्वं देवदेवसमाधिना

Tout ce qu’a dit Śambhu, le Seigneur Suprême, le Sage, je l’ai pleinement obtenu en vérité, par le Dieu des dieux, grâce à son samādhi (absorption née de la grâce).

Verse 60

प्रत्यक्षं चैव तै जातान्गन्धर्वाप्सरसस्तथा । ऋषीन्विद्याधरांश्चैव पश्य सिद्धान्व्यवस्थितान्

«Vois—manifestes devant toi—ces Gandharvas et ces Apsaras qui sont apparus, ainsi que les Ṛṣis et les Vidyādharas ; vois encore les Siddhas, debout ici à leurs places prescrites.»

Verse 61

पश्य वृक्षान्मनोरम्यान्स्निग्धपत्रान्सुगंधिनः । सर्वर्तुकुसुमैर्युक्तान्सदापुष्पफलन्वितान्

Contemple ces arbres ravissants—aux feuilles lisses et parfumées—ornés de fleurs de toutes les saisons, toujours pourvus de fleurs et de fruits.

Verse 62

सर्वमेतन्महाबाहो शंकरस्य महात्मनः । प्रसादाद्देवदेवस्य विश्वं भावसमन्वितम

Ô toi aux bras puissants, tout ceci existe par la grâce du magnanime Śaṅkara, le Dieu des dieux. Par Sa bénédiction, l’univers entier est pénétré et soutenu par la conscience divine et l’intention sacrée.

Verse 63

ममास्ति त्वखिलं ज्ञानं प्रसादाच्छूलपाणिनः । भूतं भव्यं भविष्यं च सर्वं जानामि तत्त्वतः

Toute connaissance est mienne, par la grâce du Seigneur au trident (Śiva). Passé, présent et avenir : je connais tout selon sa réalité véritable.

Verse 64

तमहं दृष्टवान्देवमपि देवाः सुरेश्वराः । यं न पश्यंत्यनाराध्य कोऽन्यो धन्यतरो मया

J’ai contemplé ce Seigneur—que même les dieux, les maîtres des devas, ne voient pas s’ils ne L’adorent. Qui donc serait plus fortuné que moi ?

Verse 65

षड्विंशकमिति ख्यातं परं तत्त्वं सनातनम् । एवं ध्यायंति विद्वांसौ महत्परममक्षरम्

Ce Principe suprême et éternel est renommé le « Vingt-sixième ». Ainsi les sages méditent-ils le Grand, le Très-Haut, l’Imperissable—Śiva, le Seigneur transcendant au-delà de toutes les évolutions.

Verse 66

सर्व तत्त्वविधानज्ञः सर्वतत्त्वार्थदर्शनः । स एव भगवान्देवः प्रधानपुरुषेश्वरः

Lui seul connaît l’ordonnance de tous les tattvas et voit le sens véritable de chaque tattva. Ce Seigneur même—Bhagavān, Dieu—est le Souverain de Pradhāna et de Puruṣa.

Verse 67

यो निजाद्दक्षिणात्पार्श्वाद्ब्रह्माणं लोककारणम् । वामादप्यसृजद्विष्णुं लोकरक्षार्थमीश्वरः

De son propre côté droit, le Seigneur fit naître Brahmā, cause instrumentale de la manifestation du monde ; et de son côté gauche, Il créa aussi Viṣṇu, pour la protection des mondes.

Verse 68

कल्पान्ते चैव संप्राप्तेऽसृजद्रुद्रं हृदः प्रभुः । ततस्समहरत्कृत्स्नं जगत्स्थावरजंगमम्

Lorsque survint la fin du kalpa, le Seigneur fit naître Rudra de Son propre cœur ; puis Rudra résorba l’univers tout entier — l’immobile comme le mobile — dans la dissolution.

Verse 69

युगांते सर्वभूतानि संवर्तक इवानलः । कालो भूत्वा महादेवो ग्रसमानस्स तिष्ठति

À la fin de l’âge, Mahādeva devient le Temps lui-même ; tel le feu de la dissolution cosmique, Il se tient là, consumant tous les êtres.

Verse 70

सर्वज्ञस्सर्वभूतात्मा सवर्भूतभवोद्भवः । आस्ते सर्वगतो देवो दृश्यस्सर्वैश्च दैवतैः

Il est omniscient ; l’Âme intérieure de tous les êtres ; et la source même d’où procède le devenir de toutes les créatures. Ce Seigneur omniprésent demeure partout et est perçu directement par toutes les divinités.

Verse 71

अतस्त्वं पुत्रलाभाय समाराधय शंकरम् । शीघ्रं प्रसन्नो भविता शिवस्ते भक्तवत्सलः

Ainsi, pour obtenir un fils, adore Śaṅkara avec une dévotion entière. Śiva—plein d’affection pour Ses dévots—sera promptement satisfait de toi.

Frequently Asked Questions

The chapter inaugurates the Kṛṣṇa–Upamanyu frame: Kṛṣṇa goes to Kailāsa to perform tapas for putrārtha and approaches the Śaiva sage Upamanyu; the theological argument embedded in the opening invocation asserts Śiva’s supremacy as guṇa-transcendent while still regulating cosmic creation and dissolution.

The guṇa-mapping (creator/rajas, dissolver/tamas) functions as a symbolic theology: it explains how the Absolute can appear as functional divinity without being limited by function, while Kailāsa signifies the axis of ascent where disciplined tapas and correct devotion become a gateway from worldly aims to liberative insight.

Śiva is highlighted primarily as Śaṃbhu/Maheśa/Giriśa—the supreme Lord of Kailāsa and the pūrṇa, amala reality beyond māyā and the guṇas; Gaurī/Umā is not yet narratively foregrounded in these sample verses, but the Saṃhitā’s framing implies her interpretive centrality for subsequent chapters.