Adhyaya 25
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 2537 Verses

देवस्तुतिः — Hymn of Praise by the Devas (Devastuti)

L’Adhyāya 25 s’ouvre sur le récit de Sanatkumāra : Brahmā, entouré des devas et des sages assemblés, se prosterne avec révérence et offre à Śiva, en tant que Devadeveśa, un hymne solennel de louange. Le chant met en avant la tendresse protectrice de Śiva envers ceux qui se réfugient en lui (śaraṇāgata-vatsala) et son action constante pour dissiper la souffrance des dévots. Les devas y exposent une théologie du paradoxe : Śiva est merveilleux dans sa līlā, accessible par la bhakti mais difficile d’accès pour l’impur ; même les Veda ne peuvent le saisir pleinement, tandis que les êtres exaltés célèbrent sans cesse sa grandeur cachée. L’hymne affirme que la grâce de Śiva peut renverser les attentes ordinaires quant aux capacités spirituelles, et souligne son omniprésence et sa nature immuable, se manifestant à la dévotion authentique. Des exemples sont donnés—Yadupati et son épouse Kalāvatī, ainsi que le roi Mitrasaha avec Madayantī—qui obtiennent l’accomplissement suprême et le kaivalya par la dévotion. Ainsi, le chapitre est un stotra doctrinal inséré dans le récit, décrivant la voie : dévotion → manifestation divine → libération.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । अथ ब्रह्मादयो देवा मुनयश्चाखिलास्तथा । तुष्टुवुर्देवदेवेशं वाग्भिरिष्टाभिरानताः

Sanatkumāra dit : Alors Brahmā et les autres dieux, ainsi que tous les sages, s’inclinèrent et louèrent Devadeveśa, le Seigneur des dieux, par des paroles d’hymnes chéries et convenables.

Verse 2

देवा ऊचुः । देवदेव महादेव शरणागतवत्सल । साधुसौख्यप्रदस्त्वं हि सर्वदा भक्तदुःखहा

Les Dévas dirent : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva—plein de tendresse pour ceux qui se réfugient en Toi—Tu es vraiment le dispensateur de bonheur aux justes, et à jamais le destructeur de la peine de Tes dévots.»

Verse 3

त्वं महाद्भुतसल्लीलो भक्तिगम्यो दुरासदः । दुराराध्योऽसतां नाथ प्रसन्नस्सर्वदा भव

Tu es le Seigneur du līlā divin, merveilleux et de bon augure—accessible par la bhakti, et pourtant imprenable. Ô Nātha, pour les êtres faux et impurs, Tu es difficile à satisfaire par l’adoration ; aussi, sois toujours gracieux et favorable envers nous.

Verse 4

वेदोऽपि महिमानं ते न जानाति हि तत्त्वतः । यथामति महात्मानस्सर्वे गायंति सद्यशः

Même les Veda ne connaissent pas vraiment Ta gloire dans sa réalité totale. Selon la mesure de leur compréhension, toutes les grandes âmes la chantent, chacune à sa manière, du mieux qu’elle le peut.

Verse 5

माहात्म्यमतिगूढं ते सहस्रवदनादयः । सदा गायंति सुप्रीत्या पुनंति स्वगिरं हि ते

Ta gloire est d’une profondeur très secrète. Celui aux mille visages et les autres êtres divins la chantent sans cesse avec une grande joie, et par leurs propres paroles ils purifient vraiment leur langage.

Verse 6

कृपया तव देवेश ब्रह्मज्ञानी भवेज्जडः । भक्तिगम्यस्सदा त्वं वा इति वेदा ब्रुवंति हि

Ô Seigneur des dieux, par Ta grâce même le connaisseur de Brahman peut devenir comme inerte. Mais Toi, Tu es toujours accessible par la seule dévotion : ainsi, en vérité, le déclarent les Veda.

Verse 7

त्वं वै दीनदयालुश्च सर्वत्र व्यापकस्सदा । आविर्भवसि सद्भक्त्या निर्विकारस्सतां गतिः

Tu es vraiment compatissant envers les affligés et, partout, Tu demeures toujours omniprésent. Par une dévotion sincère, Tu Te manifestes sous une forme gracieuse et connaissable ; bien qu’immuable, Tu es le refuge suprême et le but ultime des justes.

Verse 8

भक्त्यैव ते महेशान बहवस्सिद्धिमागताः । इह सर्वसुखं भुक्त्वा दुःखिता निर्विकारतः

Ô Maheśāna, par la seule dévotion beaucoup ont atteint la perfection accomplie. Après avoir goûté ici toutes les joies, ils demeurent intouchés par la souffrance, fermes et inaltérés par le plaisir ou la peine.

Verse 9

पुरा यदुपतिर्भक्तो दाशार्हस्सिद्धिमागतः । कलावती च तत्पत्नी भक्त्यैव परमां प्रभो

Ô Seigneur, jadis le roi des Yadus, Dāśārha, dévot, atteignit la perfection spirituelle; et son épouse Kalāvatī aussi—par la seule bhakti—parvint à l’état suprême.

Verse 10

तथा मित्रसहो राजा मदयंती च तत्प्रिया । भक्त्यैव तव देवेश कैवल्यं परमं ययौ

De même, le roi Mitrasaha et sa bien-aimée Madayantī—par la dévotion à Toi seul, ô Seigneur des dieux—atteignirent le Kaivalya suprême, la délivrance en l’Un.

Verse 11

सौमिनी नाम तनया कैकेयाग्रभुवस्तथा । तव भक्त्या सुखं प्राप परं सद्योगिदुर्लभम्

De même, la fille nommée Sauminī—née dans la lignée la plus éminente des Kaikeyas—obtint, par la bhakti envers Toi, la béatitude suprême, accomplissement difficile même pour les yogins accomplis.

Verse 12

विमर्षणो नृपवरस्सप्तजन्मावधि प्रभो । भुक्त्वा भोगांश्च विविधांस्त्वद्भक्त्या प्राप सद्गतिम्

Ô Seigneur, l’excellent roi Vimarṣaṇa, durant sept naissances, goûta des jouissances variées; pourtant, par la bhakti envers Toi, il atteignit la vraie fin propice : la délivrance dans la grâce de Śiva.

Verse 13

चन्द्रसेनो नृपवरस्त्वद्भक्त्या सर्वभोगभुक् । दुःखमुक्तः सुखं प्राप परमत्र परत्र च

Ô Seigneur, par la dévotion envers Toi, l’excellent roi Candrasena jouit de toute bénédiction digne; délivré de la souffrance, il obtint la félicité suprême, ici-bas comme dans l’au-delà.

Verse 14

गोपीपुत्रः श्रीकरस्ते भक्त्या भुक्त्वेह सद्गतिम् । परं सुखं महावीरशिष्यः प्राप परत्र वै

Par la dévotion, Śrīkara —fils d’une gopī et disciple du grand héros—, après avoir goûté ici-bas une voie de vie noble, atteignit dans l’au-delà la béatitude suprême.

Verse 15

त्वं सत्यरथभूजानेर्दुःखहर्ता गतिप्रदः । धर्मगुप्तं राजपुत्रमतार्षीस्सुखिनं त्विह

Tu es celui qui enlève la peine de Satyaratha Bhūjāna et qui accorde le refuge véritable. Ici, tu as fait traverser le prince Dharmagupta, protecteur du dharma, et tu l’as rendu heureux.

Verse 16

तथा शुचिव्रतं विप्रमदरिद्रं महाप्रभो । त्वद्भक्तिवर्तिनं मात्रा ज्ञानिनं कृपयाऽकरोः

De même, ô Grand Seigneur, par compassion tu as délivré de la pauvreté ce brahmane aux vœux purs ; et par ta grâce tu l’as affermi dans la dévotion envers toi et l’as comblé de la vraie connaissance.

Verse 17

चित्रवर्मा नृपवरस्त्वद्भक्त्या प्राप सद्गतिम् । इह लोके सदा भुक्त्वा भोगानमरदुर्लभान्

Par la dévotion envers toi, ô Seigneur, l’excellent roi Citravarmā atteignit la sadgati, la fin véritable et propice. Après avoir d’abord joui en ce monde même de plaisirs difficiles à obtenir même pour les immortels, il parvint finalement à cet état béni par la Śiva-bhakti.

Verse 18

चन्द्रांगदो राजपुत्रस्सीमंतिन्या स्त्रिया सह । विहाय सकलं दुःखं सुखी प्राप महागतिम्

Le prince Candrāṅgada, avec son épouse fidèle, abandonna toute souffrance ; devenu bienheureux, il atteignit l’état suprême et exalté, par la grâce qui accompagne la dévotion au Seigneur Śiva.

Verse 19

द्विजो मंदरनामापि वेश्यागामी खलोऽधमः । त्वद्भक्तः शिव संपूज्य तया सह गतिं गतः

Ô Śiva, même un deux-fois-né nommé Mandara—bien que déchu, vil et habitué d’une courtisane—devint Ton dévot ; t’ayant dûment adoré, il atteignit l’état suprême avec elle.

Verse 20

भद्रायुस्ते नृपसुतस्सुखमाप गतव्यथः । त्वद्भक्तकृपया मात्रा गतिं च परमां प्रभो

Ô Seigneur, le prince Bhadrāyu obtint le bonheur et fut délivré de la souffrance ; par la compassion de sa mère—Ta dévote—il atteignit lui aussi l’état suprême (la libération).

Verse 21

सर्वस्त्रीभोगनिरतो दुर्जनस्तव सेवया । विमुक्तोऽभूदपि सदा भक्ष्यभोजी महेश्वर

Ô Maheśvara, même un homme mauvais, absorbé dans les jouissances avec toutes les femmes, par le service rendu à Toi devient libéré ; toutefois, par les tendances qui demeurent, il peut encore rester celui qui ne mange que ce qu’il convient de manger.

Verse 22

शंबरश्शंकरे भक्तश्चिताभस्मधरस्सदा । नियमाद्भस्मनश्शंभो स्वस्त्रिया ते पुरं गतः

Śambara était un dévot de Śaṅkara et portait toujours la cendre du bûcher funéraire. Ô Śambhu, par la puissance de son observance disciplinée du bhasma (cendre sacrée), il gagna Ta cité avec sa propre épouse.

Verse 23

भद्रसेनस्य तनयस्तथा मंत्रिसुतः प्रभो । सुधर्मशुभकर्माणौ सदा रुद्राक्षधारिणौ

Ô Seigneur, il y avait le fils de Bhadrasena et aussi le fils du ministre—Sudharma et Śubhakarman—qui portaient toujours des grains de rudrākṣa.

Verse 24

त्वत्कृपातश्च तौ मुक्तावास्तां भुक्तेह सत्सुखम् । पूर्वजन्मनि यौ कीशकुक्कुटौ रुद्रभूषणौ

Par ta grâce, ces deux-là ont été délivrés, et même ici ils demeurent, jouissant d’un bonheur vrai et noble. Dans une naissance antérieure, ils furent un singe et un coq : tous deux ornés des insignes de Rudra et comblés de sa faveur.

Verse 25

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखण्डे जलंधरवधोपाख्याने देवस्तुतिवर्णनं नाम पंचविंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le vingt-cinquième chapitre, intitulé « Description de l’hymne des Devas », dans l’épisode de la mise à mort de Jalandhara, au sein de la cinquième section, le Yuddha-khaṇḍa, de la seconde compilation (Rudra-saṃhitā) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 26

शारदा विप्रतनया बालवैधव्यमागता । तव भक्तेः प्रभावात्तु पुत्रसौभा ग्यवत्यभूत्

Śāradā, fille d’un brāhmane, devint veuve alors qu’elle était encore jeune ; pourtant, par la puissance de ta dévotion envers le Seigneur Śiva, elle fut bénie de la bonne fortune d’un fils.

Verse 27

बिन्दुगो द्विजमात्रो हि वेश्याभोगी च तत्प्रिया । वंचुका त्वद्यशः श्रुत्वा परमां गतिमाययौ

Binduga — brāhmane de naissance seulement — s’adonnait aux plaisirs d’une courtisane, qui lui était chère. Pourtant Vaṃcukā, en entendant la renommée de ta gloire divine, atteignit l’état suprême.

Verse 28

इत्यादि बहवस्सिद्धिं गता जीवास्तव प्रभो । भक्तिभावान्महेशान दीनबन्धो कृपालय

Ainsi, ô Seigneur, de nombreuses âmes ont atteint la perfection par la dévotion envers Toi. Ô Maheśāna—ami des démunis, demeure de la compassion—accorde Ta grâce.

Verse 29

त्वं परः प्रकृतेर्ब्रह्म पुरुषात्परमेश्वर । निर्गुणस्त्रिगुणाधारो ब्रह्मविष्णुहरात्मकः

Tu es le Brahman suprême, transcendant Prakṛti ; ô Parameśvara, Tu es au-delà même de Puruṣa. Bien que Tu sois nirguṇa (au-delà des qualités), Tu es le support des trois guṇa et Tu te manifestes comme l’essence en Brahmā, Viṣṇu et Hara.

Verse 30

नानाकर्मकरो नित्यं निर्विकारोऽखिलेश्वरः । वयं ब्रह्मादयस्सर्वे तव दासा महेश्वर

Ô Maheśvara, Seigneur de tout : bien que Tu accomplisses sans cesse d’innombrables actes cosmiques, Tu demeures éternellement immuable. Nous tous, à commencer par Brahmā, sommes en vérité Tes serviteurs.

Verse 31

प्रसन्नो भव देवेश रक्षास्मान्सर्वदा शिव । त्वत्प्रजाश्च वयं नाथ सदा त्वच्छरणं गताः

Sois favorable, ô Devēśa ; protège-nous toujours, ô Śiva. Ô Maître, nous sommes Tes propres créatures, et depuis toujours nous avons pris refuge à Tes pieds.

Verse 32

सनत्कुमार उवाच । इति स्तुत्वा च ते देवा ब्रह्माद्यास्समुनीश्वराः । तूष्णीं बभूवुर्हि तदा शिवांघ्रिद्वन्द्वचेतसः

Sanatkumāra dit : Après avoir ainsi loué Śiva, ces dieux—conduits par Brahmā, seigneurs parmi les sages—demeurèrent alors silencieux, l’esprit absorbé dans la paire des pieds de Śiva.

Verse 33

अथ शंभुर्महेशानः श्रुत्वा देवस्तुतिं शुभाम् । दत्त्वा वरान्वरान्सद्यस्तत्रैवांतर्दधे प्रभुः

Alors Śambhu, le Grand Seigneur Maheśāna, ayant entendu l’hymne propice chanté par les dieux, leur accorda aussitôt d’excellents bienfaits; puis le Souverain suprême disparut en ce lieu même.

Verse 34

देवास्सर्वेऽपि मुदिता ब्रह्माद्या हतशत्रवः । स्वं स्वं धाम ययुः प्रीता गायंतः शिवसद्यशः

Tous les dieux furent comblés de joie ; Brahmā et les autres, leurs ennemis abattus, regagnèrent avec allégresse leurs demeures respectives, chantant aussitôt la gloire de Śiva.

Verse 35

इदं परममाख्यानं जलंधरविमर्दनम् । महेशचरितं पुण्यं महाघौघविनाशनम्

Voici le récit suprême et sacré de l’écrasement de Jalandhara : une narration propice des hauts faits de Maheśa, sainte en elle-même et destructrice d’immenses flots de péché.

Verse 36

देवस्तुतिरियं पुण्या सर्वपापप्रणाशिनी । सर्वसौख्यप्रदा नित्यं महेशानंददायिनी

Cet hymne sacré de louange au Seigneur est méritoire et détruit tous les péchés. Il accorde sans cesse toute forme de bonheur et confère la béatitude de Maheśa (Śiva).

Verse 37

यः पठेत्पाठयेद्वापि समाख्यानमिदं द्वयम् । भुक्त्वेह परं सौख्यं गाणपत्यमवाप्नुयात्

Quiconque récite—ou fait réciter—ce double récit sacré, après avoir goûté ici-bas la félicité suprême, atteint l’état bienheureux sous la grâce de Gaṇapati (gāṇapatya).

Frequently Asked Questions

A collective stuti: Brahmā, devas, and sages bow and hymn Śiva, establishing him as the supreme refuge and the decisive agent in the unfolding cosmic crisis.

It marks Śiva as ultimately transcendent (anirvacanīya/atītārtha), while positioning bhakti and grace as the lived means by which the transcendent becomes experientially present.

Śiva is praised as Devadeveśa, śaraṇāgata-vatsala, sarvatra vyāpaka (all-pervading), nirvikāra (unchanging), and as one who manifests in response to true devotion.