Adhyaya 19
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 1950 Verses

जालन्धरस्य दूतप्रेषणम् — Jalandhara Sends an Envoy to Kailāsa (The Provocation of Śiva)

L’Adhyāya 19 poursuit le cycle de Jālandhara : après le départ de Nārada, et à l’écoute de la forme et du rang de Śiva, l’esprit du roi daitya Jālandhara se trouble sous la pression du kāla et de la confusion. Il convoque alors l’émissaire Saiṃhikeya et l’envoie à Kailāsa avec un message soigneusement calculé. L’envoyé doit aborder Śiva comme un yogin des forêts—enduit de cendre, aux cheveux emmêlés, détaché et sans crainte—et le provoquer par la parole : demander quelle valeur peut avoir un « joyau d’épouse » pour un ascète, et insinuer que le mode de vie de Śiva est indigne. Le propos s’envenime jusqu’à exiger que Śiva remette le « jāyāratna » (l’épouse précieuse), appuyé par la vantardise de Jālandhara qui se dit maître des mondes mobiles et immobiles et possesseur de tous les trésors célestes. Le chapitre pose ainsi le prétexte diplomatique du conflit : une insulte portée par un messager et une revendication de souveraineté universelle qui défie l’autorité renonçante et la primauté cosmique de Śiva.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । सनत्कुमार सर्वज्ञ नारदे हि गते दिवि । दैत्यराट् किमकार्षीत्स तन्मे वद सुविस्तरात्

Vyāsa dit : «Ô Sanatkumāra, toi qui sais tout ! Lorsque Nārada fut parti au ciel, qu’accomplit le roi des Dānavas ? Dis-le-moi en plein détail.»

Verse 2

सनत्कुमार उवाच । तमामंत्र्य गते दैत्यं नारदे दिवि दैत्यराट् । तद्रूपश्रवणादासीदनंगज्वरपीडितः

Sanatkumāra dit : «Ô Nārada, lorsque ce daitya eut été congédié et s’en fut allé, le seigneur des Dānavas au ciel, à la seule écoute de sa beauté, fut saisi par la fièvre du désir, le tourment de Kāma.»

Verse 3

अथो जलंधरो दैत्यः कालाधीनः प्रनष्टधीः । दूतमाह्वाय यामास सैंहिकेयं विमोहितः

Alors le daitya Jalandhara — soumis à l’emprise du Temps et l’intelligence détruite — sombra dans l’illusion ; il fit venir un messager et manda qu’on appelle Saiṃhikeya.

Verse 4

आगतं तं समालोक्य कामाक्रांतमनास्स हि । सुसंबोध्य समाचष्ट सिंधुपुत्रो जलंधरः

Le voyant arriver, l’esprit véritablement envahi par le désir, Jalandhara, fils de Sindhu, l’accueillit d’abord comme il se doit, puis lui exposa son dessein.

Verse 5

तत्रास्ति योगी शंभ्वाख्य स्तपस्वी च जटाधरः । भस्मभूषितसर्वाङ्गो विरक्तो विजितेन्द्रियः

Là demeure un yogin nommé Śaṃbhu—ascète d’austérité, portant les mèches emmêlées. Tout son corps est paré de cendre sacrée; détaché du monde, il a dompté les sens.

Verse 7

तत्र गत्वेति वक्तव्यं योगिनं दूत शंकरम् । जटाधरं विरक्तं तं निर्भयेन हृदा त्वया

«Ô messager, va là-bas et transmets la parole à Śaṅkara, le grand Yogin. Adresse-toi à ce Seigneur aux jatas, entièrement détaché, avec un cœur sans crainte.»

Verse 8

हे योगिंस्ते दयासिन्धो जायारत्नेन किं भवेत् । भूतप्रेतपिशाचादिसेवितेन वनौकसा

Ô yogin, océan de compassion : à quoi te servirait le joyau d’une épouse, toi qui demeures en forêt, lieu fréquenté par les bhūtas, les pretas, les piśācas et autres êtres?

Verse 9

मन्नाथे भुवने योगिन्नोचिता गतिरीदृशी । जायारत्नमतस्त्वं मे देहि रत्नभुजे निजम्

«Dans un monde où je n’ai point de seigneur, ô yogin, une telle voie ne sied pas à un yogin. Aussi, ô porteur de joyaux, accorde-moi ton propre joyau—ton épouse précieuse—qu’elle soit mienne.»

Verse 10

यानियानि सुरत्नानि त्रैलोक्ये तानि संति मे । मदधीनं जगत्सर्वं विद्धि त्वं सचराचरम्

Quels que soient les trésors divins qui existent dans les trois mondes, ils sont miens. Sache que l’univers tout entier, avec ce qui se meut et ce qui ne se meut pas, demeure sous ma souveraineté.

Verse 11

इन्द्रस्य गजरत्नं चोच्चैःश्रवोरत्नमुत्तमम् । बलाद्गृहीतं सहसा पारिजा ततरुस्तथा

Le joyau des éléphants d’Indra, Airāvata, et le joyau suprême des chevaux, Ucchaiḥśravas, furent saisis de force sur-le-champ ; de même, l’arbre Pārijāta, exauceur de vœux, fut emporté.

Verse 12

विमानं हंससंयुक्तमंगणे मम तिष्ठति । रत्नभूतं महादिव्यमुत्तमं वेधसोद्भुतम्

« Dans ma cour se tient un vimāna céleste, char aérien attelé de cygnes ; comme façonné de joyaux, infiniment divin et suprême, merveille étonnante œuvre du Créateur, Brahmā. »

Verse 13

महापद्मादिकं दिव्यं निधिरत्नं स्वदस्य च । छत्रं मे वारुणं गेहे कांचनस्रावि तिष्ठति

Dans ma demeure se trouve le trésor divin de gemmes, à commencer par le Mahāpadma, ainsi que mes propres richesses ; et là demeure aussi mon parasol royal, semblable à celui de Varuṇa, d’où l’on dirait que l’or s’écoule.

Verse 14

किञ्जल्किनी महामाला सर्वदाऽम्लानपंकजा । मत्पितुस्सा ममैवास्ति पाशश्च कंपतेस्तथा

«Cette grande guirlande, Kiñjalkinī—toujours fraîche comme un lotus qui ne se fane pas—appartient à mon père et, en vérité, elle est aussi à moi; et de même le lacet (pāśa) est à Kaṃpati (Śiva)», déclara-t-il, revendiquant les insignes de Śiva.

Verse 15

मृत्योरुत्क्रांतिदा शक्तिर्मया नीता बलाद्वरा । ददौ मह्यं शुचिर्दिव्ये शुचिशौचे च वाससी

J’emportai de force cette Śakti excellente qui accorde l’échappée hors de la mort; et la Pure me donna deux vêtements divins—purs et sanctifiants.

Verse 16

एवं योगीन्द्र रत्नानि सर्वाणि विलसंति मे । अतस्त्वमपि मे देहि स्वस्त्रीरत्नं जटाधर

«Ainsi, ô seigneur des yogins, tous ces trésors précieux resplendissent pour moi. C’est pourquoi, ô Jaṭādhara, Seigneur aux cheveux nattés, accorde-moi toi aussi le joyau qu’est ta propre épouse».

Verse 17

सनत्कुमार उवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य नन्दिना स प्रवेशितः । जगामोग्रसभां राहुर्विस्मयोद्भुतलोचनः

Sanatkumāra dit : «Ayant entendu les paroles de Nandin, Rāhu fut alors introduit par lui. Les yeux écarquillés d’émerveillement, Rāhu s’avança dans cette assemblée redoutable».

Verse 18

तत्र गत्वा शिवं साक्षाद्देवदेवं महाप्रभुम् । स्वतेजोध्वस्ततमसं भस्मलेपविराजितम्

Parvenus en ce lieu, ils virent Śiva de leurs propres yeux—le Dieu des dieux, le grand Seigneur tout-puissant—dont l’éclat inné avait dissipé toutes ténèbres, et qui resplendissait, paré de l’onction sacrée de bhasma, la cendre sainte.

Verse 19

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखण्डे जलंधरवधोपाख्याने दूतसंवादो नाम एकोनविंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième section, la Rudra Saṃhitā; dans la cinquième division appelée Yuddha-khaṇḍa; dans le récit annexe de la mise à mort de Jalaṃdhara—s’achève le dix-neuvième chapitre, nommé «Dialogue du Messager».

Verse 20

प्रणनाम च तं गर्वात्तत्तेजः क्रांतविग्रहः । निकटं गतवाञ्छंभोस्स दूतो राहुसंज्ञकः

Alors, bien qu’enflé d’orgueil, ce messager—dont le corps même fut dominé par l’éclat brûlant—se prosterna et s’approcha davantage de Śambhu. On le connaissait sous le nom de Rāhu.

Verse 21

अथो तदग्र आसीनो वक्तुकामो हि सैंहिकः । त्र्यंबकं स तदा संज्ञाप्रेरितो वाक्यमब्रवीत्

Puis, assis là devant, Saiṁhika, désireux de parler, alors—poussé par un signe—adressa ces paroles à Tryambaka (le Seigneur Śiva).

Verse 22

दैत्यपन्नगसेव्यस्य त्रैलोक्याधिपतेस्सदा । दूतोऽहं प्रेषितस्तेन त्वत्सकाशमिहागतः

« Je suis le messager envoyé par lui—le seigneur éternel des trois mondes, que servent les daityas et les serpents nāgas. Je suis venu ici, en ta présence. »

Verse 23

राहुरुवाच । जलंधरोब्धितनयस्सर्वदैत्यजनेश्वरः । त्रैलोक्यस्येश्वरस्सोथाभवत्सर्वाधिनायकः

Rāhu dit : « Jalandhara, fils de l’Océan, devint le souverain de toutes les légions des Daityas. En vérité, il devint alors le maître des trois mondes et le suzerain suprême de tout. »

Verse 24

स दैत्यराजो बलवान्देवानामंतकोपमः । योगिनं त्वां समुद्दिश्य स यदाह शृणुष्व तत्

Ce puissant roi des Dānavas—semblable à la Mort pour les dieux—s’adressa à toi, ô yogin. Écoute maintenant ce qu’il dit.

Verse 25

महादिव्यप्रभावस्य तस्य दैत्यपतेः प्रभोः । सर्वरत्नेश्वरस्य त्वमाज्ञां शृणु वृषध्वज

Ô Vṛṣadhvaja, Śiva dont l’étendard porte le taureau, écoute l’ordre de ce seigneur des Daityas, à la puissance divine immense, maître de tous les joyaux.

Verse 26

श्मशानवासिनो नित्यमस्थिमालाधरस्य च । दिगंबरस्य ते भार्या कथं हैमवती शुभम्

Il demeure sans cesse au lieu de crémation, porte une guirlande d’ossements et n’est vêtu que des directions ; comment donc, ô bienheureuse, Haimavatī (Pārvatī), fille d’Himavān, pourrait-elle devenir son épouse ?

Verse 27

अहं रत्नाधिनाथोस्मि सा च स्त्रीरत्नसंज्ञिता । तस्मान्ममैव सा योग्या नैव भिक्षाशिनस्तव

«Je suis le seigneur des trésors, et elle est renommée comme le “joyau parmi les femmes”. Ainsi, elle n’est digne que de moi seul — non de toi, qui vis d’aumônes.»

Verse 28

मम वश्यास्त्रयो लोका भुंजेऽहं मखभागकान् । यानि संति त्रिलोकेस्मिन्रत्नानि मम सद्मनि

«Les trois mondes sont sous mon pouvoir. Je prends part aux parts assignées dans les sacrifices. Tous les joyaux et trésors précieux qui existent dans ces trois mondes se trouvent dans ma propre demeure»

Verse 29

वयं रत्नभुजस्त्वं तु योगी खलु दिगम्बरः । स्वस्त्रीरत्नं देहि मह्यं राज्ञस्सुखकराः प्रजाः

«Nous jouissons des joyaux et des plaisirs royaux, tandis que toi, tu es vraiment un yogin, Digambara, vêtu des directions. Donne-moi donc ton épouse, joyau précieux, car les sujets du roi doivent être source de son bien-être»

Verse 30

सनत्कुमार उवाच । वदत्येवं तथा राहौ भ्रूमध्याच्छूलपाणिनः । अभवत्पुरुषो रौद्रस्तीव्राशनिसमस्वनः

Sanatkumāra dit : Tandis que Rāhu parlait ainsi, de l’espace entre les sourcils du Seigneur porteur du Trident surgit une Personne farouche, semblable à Rudra, dont le fracas était comme l’éclatement d’un foudroyant tonnerre.

Verse 31

सिंहास्यप्रचलजिह्वस्सज्ज्वालनयनो महान् । ऊर्द्ध्वकेशश्शुष्कतनुर्नृसिंह इव चापरः

Un autre être puissant apparut : au visage de lion, la langue pendante et les yeux flamboyants ; les cheveux dressés, le corps maigre et desséché, terrible comme Narasiṃha.

Verse 32

महातनुर्महाबाहुस्तालजंघो भयंकरः । अभिदुद्राव वेगेन राहुं स पुरुषो द्रुतम्

Cette Personne redoutable—d’une stature immense, aux bras puissants, aux jambes pareilles à des troncs de palmier—se rua sur Rāhu avec une vitesse fulgurante.

Verse 33

स तं खादितु मायान्तं दृष्ट्वा राहुर्भयातुरः । अधावदात वेगेन बहिस्तस्य च दधार तम्

Le voyant se ruer sur lui pour le dévorer, Rāhu, saisi d’effroi, s’enfuit à toute vitesse et l’entraîna au-dehors, loin de ce lieu.

Verse 34

राहुरुवाच । देवदेव महेशान पाहि मां शरणा गतम् । सुराऽसुरैस्सदा वन्द्यः परमैश्वर्यवान् प्रभुः

Rāhu dit : «Ô Dieu des dieux, ô Maheśāna, protège-moi : je viens chercher refuge. Tu es sans cesse vénéré par les devas comme par les asuras ; tu es le Seigneur souverain, doté de la suprême seigneurie.»

Verse 35

ब्राह्मणं मां महादेव खादितुं समुपागतः । पुरुषोयं तवेशान सेवकोतिभयंकरः

Ô Mahādeva ! Un brāhmaṇa est venu ici avec l’intention de me dévorer. Ô Īśāna ! Cet homme est ton serviteur, terrifiant à l’excès par sa forme et par ses actes.

Verse 36

एतस्माद्रक्ष देवेश शरणागतवत्सलः । न खादेत यथायं मां नमस्तेऽस्तु मुहुर्मुहुः

C’est pourquoi, ô Seigneur des dieux, ô protecteur plein de tendresse envers ceux qui cherchent refuge, protège-moi afin que celui-ci ne me dévore pas. Encore et encore, je me prosterne devant Toi.

Verse 37

सनत्कुमार उवाच । महादेवो वचः श्रुत्वा ब्राह्मणस्य तदा मुने । अब्रवीत्स्वगणं तं वै दीनानाथप्रियः प्रभुः

Sanatkumāra dit : Ô sage, ayant alors entendu les paroles de ce brāhmaṇa, Mahādeva—le Seigneur cher aux démunis et refuge des affligés—s’adressa à ses propres gaṇas, ses serviteurs.

Verse 38

महादेव उवाच । प्रभुं च ब्राह्मणं दूतं राह्वाख्यं शरणागतम् । शरण्या रक्षणीया हि न दण्ड्या गणसत्तम

Mahādeva dit : « Ô le meilleur des gaṇas, ce noble brāhmaṇa messager nommé Rāhu est venu chercher refuge. Celui qui s’est réfugié doit être protégé par ceux qui accordent asile ; il ne doit pas être châtié. »

Verse 39

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्तौ गिरिजेशेन सगणः करुणात्मना । राहुं तत्याज सहसा ब्राह्मणेति श्रुताक्षरः

Sanatkumāra dit : Ainsi, admonesté par Girijeśa (le Seigneur Śiva), au cœur compatissant, il—avec ses serviteurs—relâcha aussitôt Rāhu en entendant le mot « brāhmaṇa ».

Verse 40

राहुं त्यक्त्वाम्बरे सोथ पुरुषो दीनया गिरा । शिवोपकंठमागत्य महादेवं व्यजिज्ञपत्

Alors cet homme, laissant Rāhu dans le ciel, s’approcha du Seigneur Śiva ; d’une voix humble et accablée, il s’adressa à Mahādeva et lui exposa sa requête.

Verse 41

पुरुष उवाच । देवदेव महादेव करुणाकर शंकर । त्याजितं मम भक्ष्यं ते शरणागतवत्सलः

L’homme dit : «Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, ô Śaṅkara, océan de compassion ! Toi qui chéris toujours ceux qui cherchent refuge, tu as renoncé à ce qui devait être ma nourriture.»

Verse 42

क्षुधा मां बाधते स्वामिन्क्षुत्क्षामश्चास्मि सर्वथा । किं भक्ष्यं मम देवेश तदाज्ञापय मां प्रभो

«La faim me tourmente, ô Maître, et j’en suis entièrement épuisé. Ô Seigneur des dieux, que dois-je manger ? Ô Souverain, ordonne-moi.»

Verse 43

सनत्कुमार उवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य पुरुषस्य महाप्रभुः । प्रत्युवाचाद्भुतोतिः स कौतुकी स्वहितंकरः

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi entendu les paroles de cet homme, le grand Seigneur—dont la parole était merveilleuse—répondit. Curieux et tourné vers ce qui lui serait bénéfique, il parla en retour.

Verse 44

महेश्वर उवाच । बुभुक्षा यदि तेऽतीव क्षुधा त्वां बाधते यदि । संभक्षयात्मनश्शीघ्रं मांसं त्वं हस्तपादयोः

Maheśvara dit : « Si une faim intense est apparue en toi — si la faim te tourmente vraiment — alors mange rapidement la chair de tes propres mains et de tes propres pieds. »

Verse 45

सनत्कुमार उवाच । शिवेनैवमाज्ञप्तश्चखाद पुरुषस्स्वकम् । हस्तपादोद्भवं मांसं शिरश्शेषोऽ भवद्यथा

Sanatkumāra dit : Ainsi ordonné par Shiva, cet homme mangea sa propre chair issue de ses mains et de ses pieds, jusqu'à ce qu'il ne reste que sa tête.

Verse 46

दृष्ट्वा शिरोवशेषं तु सुप्रसन्नस्सदाशिवः । पुरुषं भीमकर्माणं तमुवाच सविस्मयः

Voyant qu'il ne restait que le vestige de la tête, l'éternellement de bon augure Sadāśiva — pleinement satisfait — s'adressa à cette Personne puissante aux actes terribles, parlant avec étonnement.

Verse 47

शिव उवाच । हे महागण धन्यस्त्वं मदाज्ञाप्रतिपालकः । संतुष्टश्चास्मि तेऽतीव कर्मणानेन सत्तम

Shiva dit : « Ô grand Gaṇa, tu es béni, car tu as fidèlement respecté Mon commandement. Je suis extrêmement satisfait de toi à cause de cet acte, ô meilleur parmi les vertueux. »

Verse 48

त्वं कीर्तिमुखसंज्ञो हि भव मद्द्वारकस्सदा । महागणो महावीरस्सर्वदुष्टभयंकरः

« Tu seras en effet connu sous le nom de Kīrtimukha. Reste toujours le gardien de Ma porte — un grand gaṇa, un héros puissant et une terreur qui sème l'effroi chez tous les méchants. »

Verse 49

मत्प्रियस्त्वं मदर्चायां सदा पूज्योऽहि मज्जनैः । त्वदर्चां ये न कुर्वंति नैव ते मत्प्रियंकराः

Tu m’es cher ; c’est pourquoi, dans mon culte, tu dois être honoré sans cesse par mes dévots. Ceux qui ne t’offrent pas d’adoration ne font assurément rien de ce qui m’est agréable.

Verse 50

सनत्कुमार उवाच । इति शंभोर्वरं प्राप्य पुरुषः प्रजहर्ष सः । तदाप्रभृति देवेश द्वारे कीर्तिमुखः स्थितः

Sanatkumāra dit : «Ainsi, ayant obtenu la grâce de Śambhu (le Seigneur Śiva), cet homme exulta grandement. Dès lors, ô Seigneur des dieux, Kīrtimukha demeura posté au seuil».

Verse 51

पूजनीयो विशेषेण स गणश्शिवपूजने । नार्चयंतीह ये पूर्वं तेषामर्चा वृथा भवेत्

Dans le culte du Seigneur Śiva, ce Gaṇa doit être honoré d’une révérence particulière. Ceux qui ne le vénèrent pas d’abord ici—avant de commencer la pūjā de Śiva—voient leur adoration devenir vaine.

Frequently Asked Questions

Jālandhara, disturbed and deluded, summons the envoy Saiṃhikeya and sends him to Kailāsa to deliver a provocative demand to Śiva, effectively initiating the diplomatic cause for the coming conflict.

The speech weaponizes kāma and contempt for asceticism, contrasting worldly possession with yogic renunciation; it frames adharma as the attempt to appropriate what is sacred through arrogance rather than dharma or devotion.

Śiva is characterized as a yogin: jaṭādhara (matted-haired), bhasma-bhūṣita (ash-adorned), virakta (detached), and vijitendriya (sense-conqueror), dwelling in a liminal wilderness sphere associated with gaṇas and spirits.