Adhyaya 9
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 935 Verses

स्वप्नवर्णनपूर्वकं संक्षेपशिवचरितवर्णनम् / Dream-Portents and a Concise Account of Śiva’s Career

L’Adhyāya 9 se déploie comme un dialogue encadré entre Nārada et Brahmā. Après avoir entendu de Brahmā un récit śaiva antérieur, Nārada demande ce qui advint ensuite. Brahmā raconte que Menā s’approche d’Himālaya et, avec respect, le supplie d’organiser le mariage de Girijā selon les attentes usuelles : un époux beau, de noble naissance, porteur de marques auspiciées, garantissant le bonheur de leur fille. La requête de Menā met en avant l’affection maternelle et le « nārīsvabhāva », point de vue émotif associé au féminin, comme procédé narratif. Himālaya répond en corrigeant son malentendu : la parole d’un muni n’est jamais mensongère, et Menā doit renoncer au doute. Fidèle à son titre, le chapitre s’appuie sur les rêves et présages comme mode de légitimation, puis s’achève par un résumé condensé du profil essentiel de Śiva (śivacarita), afin de montrer pourquoi l’union destinée de Śiva et Pārvatī dépasse les critères ordinaires. L’adhyāya fait ainsi charnière entre négociation domestique et clarification théologique, par l’autorité, les signes et la synthèse du caractère divin.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । विधे तात त्वया शैववर प्राज्ञाद्भुता कथा । वर्णिता करुणां कृत्वा प्रीतिर्मे वर्द्धिताधिकम्

Nārada dit : «Ô Vidhātā (Brahmā), père bien-aimé — par compassion tu m’as raconté ce récit suprême et merveilleux, riche de sagesse śaiva. En l’entendant, ma dévotion et ma révérence aimante se sont accrues davantage.»

Verse 2

विधे गते स्वकं धाम मयि वै दिव्यदर्शगे । ततः किमभवत्तात कृपया तद्वदाधुना

Lorsque le Créateur (Brahmā) fut parti vers sa propre demeure et que j’eus obtenu la vision divine, que se passa-t-il ensuite, père bien-aimé ? Par compassion, dis-le-moi maintenant.

Verse 3

ब्रह्मोवाच । गते त्वयि मुने स्वर्गे कियत्काले गते सति । मेना प्राप्येकदा शैलनिकटं प्रणनाम सा

Brahmā dit : «Après que toi, ô sage, fus parti au ciel et qu’un certain temps se fut écoulé, Menā s’approcha un jour de la montagne et se prosterna avec respect.»

Verse 4

स्थित्वा सविनयम्प्राह स्वनाथं गिरिकामिनी । तत्र शैलाधिनाथं सा प्राणप्रियसुता सती

Se tenant là avec humilité, la dame née de la montagne parla à son propre Seigneur. Là, Satī —la fille bien-aimée, chère comme la vie— s’adressa au souverain des montagnes.

Verse 5

मेनोवाच । मुनिवाक्यं न बुद्धं मे सम्यङ् नारीस्वभावतः । विवाहं कुरु कन्यायास्सुन्दरेण वरेण ह

Menā dit : «Par ma nature de femme, je n’ai pas compris comme il faut les paroles du sage. Je t’en prie, arrange le mariage de ma fille avec un époux beau et digne.»

Verse 6

सर्वथा हि भवेत्तत्रोद्वाहोऽपूर्वसुखावहः । वरश्च गिरिजायास्तु सुलक्षणकुलोद्भवः

De toute manière, ce mariage sera vraiment une source de joie sans pareille ; et l’époux de Girijā naîtra d’une lignée noble, pourvu de marques de bon augure.

Verse 7

प्राणप्रिया सुता मे हि सुखिता स्याद्यथा प्रिय । सद्वरं प्राप्य सुप्रीता तथा कुरु नमोऽस्तु ते

Ô Bien-aimé, agis de telle sorte que ma fille, chère à ma vie, soit heureuse ; qu’ayant obtenu un époux noble, elle soit pleinement comblée. Je me prosterne devant toi.

Verse 8

ब्रह्मोवाच । इत्युक्ताश्रुमुखी मेना पत्यंघ्र्योः पतिता तदा । तामुत्थाप्य गिरिः प्राह यथावत्प्रज्ञसत्तमः

Brahmā dit : Ainsi interpellée, Menā, le visage mouillé de larmes, tomba aux pieds de son époux. Le Roi des Montagnes (Himālaya), le plus sage des sages, la releva et lui parla avec justesse et discernement.

Verse 9

हिमालय उवाच । शृणु त्वं मेनके देवि यथार्थं वच्मि तत्त्वतः । भ्रमं त्यज मुनेर्वाक्यं वितथं न कदाचन

Himālaya dit : «Ô divine Menakā, écoute-moi. Je te parle en vérité, selon le réel et le principe suprême. Renonce au doute : la parole d’un sage n’est jamais mensongère.»

Verse 10

यदि स्नेहः सुतायास्ते सुतां शिक्षय सादरम् । तपः कुर्याच्छंकरस्य सा भक्त्या स्थिरचेतसा

Si tu as réellement de l’affection pour ta fille, instruis-la avec soin : qu’elle accomplisse des austérités et adore Śaṅkara avec une dévotion et un esprit inébranlables.

Verse 11

चेत्प्रसन्नः शिवः काल्याः पाणिं गृह्णाति मेनके । सर्वं भूयाच्छुभं नश्येन्नारदोक्तममंगलम्

Ô Menakā, si le Seigneur Śiva se réjouit et prend la main de Kālī en mariage, alors tout deviendra propice, et le mauvais présage annoncé par Nārada sera anéanti.

Verse 12

अमंगलानि सर्वाणि मंगलानि सदाशिवे । तस्मात्सुतां शिवप्राप्त्यै तपसे शिक्षय द्रुतम्

Toute infortune est dissipée, et toute auspiciosité demeure en Sadāśiva. C’est pourquoi, instruis sans tarder ta fille à l’austérité (tapas), afin qu’elle obtienne Śiva.

Verse 13

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य गिरेर्वाक्यं मेना प्रीततराऽभवत् । सुतोपकंठमगमदुपदेष्टुं तदोरुचिम्

Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles de l’Himālaya, Menā fut encore plus comblée de joie. Puis elle s’approcha de sa fille pour la conseiller au sujet de cette résolution excellente.

Verse 14

सुताङ्गं सुकुमारं हि दृष्ट्वातीवाथ मेनका । विव्यथे नेत्रयुग्मे चाश्रुपूर्णेऽभवतां द्रुतम्

Voyant le corps délicat et tendre de sa fille, Menakā fut profondément ébranlée ; ses deux yeux s’emplirent aussitôt de douleur et se remplirent vite de larmes.

Verse 15

अथ सा कालिका देवी सर्वज्ञा परमेश्वरी । उवाच जननीं सद्यः समाश्वास्य पुनः पुनः

Alors la Déesse Kālikā —omnisciente et Souveraine suprême— consola aussitôt la Mère, encore et encore, puis lui adressa la parole.

Verse 17

पार्वत्युवाच । मातश्शृणु महाप्राज्ञेऽद्यतने ऽजमुहूर्तके । रात्रौ दृष्टो मया स्वप्नस्तं वदामि कृपां कुरु

Pārvatī dit : «Mère, écoute. Ô toi, d’une grande sagesse : aujourd’hui, à l’instant sacré de l’aube nommé ajamuhūrta, dans la nuit j’ai vu un songe. Je vais le dire ; aie compassion de moi.»

Verse 18

विप्रश्चैव तपस्वी मां सदयः प्रीतिपूर्वकम् । उपादिदेश सुतपः कर्तुं मातश्शिवस्य वै

Ce brahmane-sage, ascète plein de compassion, avec une bienveillance affectueuse, m’enseigna, ô Mère, d’accomplir une austère pénitence afin d’obtenir véritablement Śiva.

Verse 19

ब्रह्मोवाच । तच्छ्रुत्वा मेनका शीघ्रं पतिमाहूय तत्र च । तत्स्वप्नं कथयामास सुता दृष्टमशेषतः

Brahmā dit : Ayant entendu cela, Menakā appela aussitôt son époux, puis lui rapporta en détail tout le songe que leur fille avait vu.

Verse 20

सुतास्वप्नमथाकर्ण्य मेनकातो गिरीश्वरः । उवाच परमप्रीतः प्रियां सम्बोधयन्गिरा

Ayant entendu de Menakā le songe de leur fille, le seigneur des montagnes (Himālaya) fut comblé de joie et, s’adressant à son épouse bien-aimée avec des paroles tendres, il parla.

Verse 21

गिरीश्वर उवाच । हे प्रियेऽपररात्रान्ते स्वप्नो दृष्टो मयापि हि । तं शृणु त्वं महाप्रीत्या वच्म्यहं तं समादरात्

Girīśvara dit : «Ô bien-aimée, vers la fin de la nuit, moi aussi j’ai vraiment vu un songe. Écoute-le avec une grande joie ; avec le respect qui convient, je te le raconterai.»

Verse 22

एकस्तपस्वी परमो नारदोक्तवरां गधृक् । पुरोपकंठं सुप्रीत्या तपः कर्तुं समागतः

Un ascète suprême—ayant obtenu la grâce annoncée par Nārada—arriva avec une grande joie aux abords de la cité, dans l’intention d’accomplir des austérités (tapas).

Verse 23

गृहीत्वा स्वसुतां तत्रागमं प्रीततरोप्यहम् । मया ज्ञातस्स वै शम्भुर्नारदो क्तवरः प्रभुः

Ayant pris de là ma propre fille, je revins, empli d’une joie plus grande encore. Alors je compris que ce Seigneur Śambhu est véritablement le Maître suprême, car Nārada avait dit vrai.

Verse 24

सेवार्थं तस्य तनयामुपदिश्य तपस्विनः तं । वै प्रार्थितवांस्तस्यां न तदांगीचकार सः

Pour le service, l’ascète lui recommanda la fille de ce sage. Il demanda certes sa main, mais alors elle ne l’accepta pas.

Verse 25

अभूद्विवादस्तुमहान्सांख्यवेदान्तसंमतः । ततस्तदाज्ञया तत्र संस्थितासीत्सुता मम

Alors s’éleva un grand débat, dont le raisonnement était recevable pour le Sāṅkhya comme pour le Vedānta. Ensuite, sur son ordre, ma fille demeura établie en ce lieu.

Verse 26

निधाय हृदि तं कामं सिषेवे भक्तितश्च सा । इति दृष्टं मया स्वप्नं प्रोक्तवांस्ते वरानने

Déposant ce désir en son cœur, elle servit et adora avec bhakti. «Ainsi, ô toi au beau visage, je t’ai rapporté le songe que j’ai moi-même vu.»

Verse 27

ततो मेने कियत्कालं परीक्ष्यं तत्फलं प्रिये । योग्यमस्तीदमेवेह बुध्यस्व त्वं मम ध्रुवम्

Puis, ô bien-aimée, après avoir réfléchi quelque temps et examiné son fruit, je conclus : «Ceci seul convient véritablement ici. Sache que telle est ma décision ferme et inébranlable».

Verse 28

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा गिरिराजश्च मेनका वै मुनीश्वर । सन्तस्थतुः परीक्षन्तीं तत्फलं शुद्धचेतसौ

Brahmā dit : «Ayant ainsi parlé, ô le plus excellent des sages, Himavān, roi des montagnes, et Menakā, l’esprit purifié, demeurèrent en ce lieu, guettant le fruit de l’épreuve de résolution et d’austérité de Pārvatī.»

Verse 29

इत्थम्व्यतीतेऽल्पदिने परमेशः सतां गतिः । सतीविरहसुव्यग्रो भ्रमन्सर्वत्र सूतिकृत्

Ainsi, après qu’un court temps se fut écoulé, le Seigneur Suprême—Śiva, refuge et ultime recours des justes—fut vivement tourmenté par la séparation d’avec Satī, et erra partout, faisant gémir et souffrir les êtres.

Verse 30

तत्राजगाम सुप्रीत्या कियद्गुणयुतः प्रभुः । तपः कर्तुं सतीप्रेमविरहाकुलमानसः

Alors le Seigneur—pourvu des qualités divines qui conviennent—arriva en ce lieu avec une profonde bienveillance ; l’esprit agité par la séparation d’avec l’amour de Satī, il venait accomplir l’austérité (tapas).

Verse 31

तपश्चकार स्वं तत्र पार्वती सेवने रता । सखीभ्यां सहिता नित्यं प्रसन्नार्थमभूत्तदा

Là, Pārvatī accomplit sa propre austérité, toute vouée au service dévot. Toujours accompagnée de ses compagnes, elle n’agissait alors que pour obtenir la grâce bienveillante de Śiva.

Verse 32

विद्धोऽऽपि मार्गणैश्शम्भुर्विकृतिं नाप स प्रभुः । प्रेषितेन सुरैस्स्वात्ममोहनार्थं स्मरेण वै

Bien qu’atteint par les flèches, Śambhu—le Seigneur Suprême—ne subit aucune altération. Car Kāma avait été dépêché par les dieux pour tenter d’ensorceler Son propre Soi ; pourtant Śiva demeura entièrement inébranlable.

Verse 33

दग्ध्वा स्मरं च तत्रैव स्ववह्निनयनेन सः । स्मृत्वा मम वचः क्रुद्धो मह्यमन्तर्दधे ततः

Là même, il brûla Kāma (Smara) par le feu jailli de son propre œil. Puis, se souvenant de mes paroles et saisi de courroux, il disparut à mes yeux.

Verse 34

ततः कालेन कियता विनाश्य गिरिजामदम् । प्रसादितस्सुतपसा प्रसन्नोऽभून्महेश्वरः

Puis, après qu’un certain temps se fut écoulé, Mahādeva dissipa l’orgueil de Girijā (Pārvatī). Apaisé et comblé par ses austérités nobles, Maheśvara devint gracieux et favorable envers elle.

Verse 35

लौकिकाचारमाश्रित्य रुद्रो विष्णुप्रसादितः । कालीं विवाहयामास ततोऽभूद्बहुमंगलम्

S’appuyant sur les rites mondains reçus, Rudra—comblé par la bienveillance de Viṣṇu—épousa Kālī ; et de là naquirent d’abondants présages heureux.

Verse 36

इत्येतत्कथितं तात समासाच्चरितं विभोः । शंकरस्य परं दिव्यं किं भूयः श्रोतुमि च्छसि

Ainsi, cher enfant, j'ai brièvement raconté le récit suprême et divin du tout-puissant Shankara. Que souhaites-tu entendre de plus ?

Frequently Asked Questions

The domestic deliberation preceding Pārvatī (Girijā)’s marriage: Menā urges a conventional, auspicious match, while Himālaya insists the sage’s prophecy is true and that doubt should be abandoned—setting the stage for Śiva as the destined groom.

Dream/omen and sage-authority operate as Purāṇic epistemology: they legitimate a trans-social destiny (Śiva as groom) by presenting it as revealed knowledge rather than merely familial preference.

Śiva is framed not only as a personal bridegroom figure but as a cosmic principle whose ‘carita’ must be summarized to reconcile worldly expectations with the supreme ascetic’s transcendence; this underscores Śiva–Śakti destiny as cosmological order.