Adhyaya 43
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 4364 Verses

मेना-शिवदर्शन-प्रस्थानम् | Menā’s Quest to Behold Śiva (Departure for Śiva’s Darśana)

L’Adhyāya 43 s’ouvre sur la résolution de Menā de voir de ses propres yeux Śiva, l’Époux de Girijā, afin de comprendre quelle forme de Śiva a mérité un tapas suprême. Brahmā raconte que, par ignorance et jugement limité, elle part aussitôt—accompagnée du sage interlocuteur—vers Candrasālā pour obtenir le darśana de Śiva. Śiva, discernant l’ahaṃkāra (orgueil de l’ego) caché en elle, met en œuvre une līlā merveilleuse et s’adresse à Viṣṇu; Brahmā arrive aussi dans une splendeur rayonnante. Śiva ordonne aux deux dieux de se rendre séparément à la porte de la montagne (giridvāra), puis Il les suivra. Viṣṇu convoque alors les devas, et les dieux se préparent avec empressement au départ. Menā est ensuite amenée à percevoir une scène dans la chambre haute (śirogṛha), arrangée pour troubler le cœur, soulignant la visée d’enseignement de l’épisode. Quand l’heure vient, elle voit une armée/une suite splendide et de bon augure, et se réjouit de sa magnificence apparemment « ordinaire ». Le cortège commence par de beaux Gandharvas parés de vêtements et d’ornements raffinés, puis viennent divers véhicules, instruments, bannières et groupes d’Apsaras, annonçant le contraste entre le faste céleste et la vérité transcendante de Śiva qui se dévoilera ensuite.

Shlokas

Verse 1

मेनोवाच । निरीक्षिष्यामि प्रथमं मुने तं गिरिजापतिम् । कीदृशं शिवरूपं हि यदर्थे तप उत्तमम्

Mena dit : «Ô sage, je souhaite d’abord contempler le Seigneur de Girijā (Pārvatī). Quelle est la forme de Śiva—Lui pour qui cette austérité suprême est entreprise ?»

Verse 2

ब्रह्मोवाच । इत्यज्ञानपरा सा च दर्शनार्थं शिवस्य च । त्वया मुने समं सद्यश्चन्द्रशालां समागता

Brahmā dit : «Ainsi, bien qu’elle fût encore sous l’emprise de l’ignorance, désirant le darśana de Śiva, elle vint aussitôt avec toi, ô sage, à la Candraśālā.»

Verse 3

तावद्ब्रह्मा समायातस्तेजसां गशिरुत्तमः । सर्षिवर्य्यसुतस्साक्षाद्धर्मपुंज इव स्तुतः

À cet instant même, Brahmā arriva — suprême parmi les êtres de splendeur, le premier en éclat — loué comme s’il était l’amas même du Dharma, manifesté en personne, tel l’illustre fils du plus excellent des ṛṣi.

Verse 4

शिव उवाच । मदाज्ञया युवान्तातौ सदेवौ च पृथक्पृथक् । गच्छतं हि गिरिद्वारं वयं पश्चाद्व्रजेमहि

Śiva dit : « Par Mon ordre, vous deux — avec les dieux — allez séparément vers la porte de la montagne. Nous vous suivrons ensuite. »

Verse 5

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य हरिस्सर्वानाहूयोवाच तन्मयाः । सुरास्सर्वे तथैवाशु गमनं चक्रुरुत्सुकाः

Brahmā dit : Ayant entendu cela, Hari (Viṣṇu) convoqua tous les êtres et parla, l’esprit entièrement tendu vers ce dessein. Alors tous les devas, le cœur ardent d’élan, partirent promptement en voyage.

Verse 6

स्थितां शिरोगृहे मेनां मुने विश्वेश्वर त्वया । तथैव दर्शयामास हृद्विभ्रंशो यथा भवेत्

Ô sage, toi—Viśveśvara—tu fis voir Menā telle qu’elle se tenait dans sa chambre intérieure, d’une manière qui bouleversa son cœur et brisa sa maîtrise d’elle-même.

Verse 7

एतस्मिन्समये मेना सेनां च परमां शुभाम् । निरीक्षन्ती मुने दृष्ट्वा सामान्यं हर्षिताऽभवत्

En ce temps-là, ô sage, Menā, observant cette armée suprêmement propice et excellente, vit que tout se déroulait avec ordre et justesse, et elle en fut comblée de joie.

Verse 8

प्रथमं चैव गन्धर्वास्सुन्दरास्सुभगास्तदा । आयाताश्शुभवस्त्राढ्या नानालंकारभूषिताः

D’abord arrivèrent les Gandharvas, beaux et d’apparence de bon augure. Ils étaient richement vêtus de fines étoffes et parés de nombreux ornements.

Verse 9

नानावाहनसंयुक्ता नानावाद्यपरा यणा । पताकाभिर्विचित्राभिरप्सरोगणसंयुताः

Ils étaient pourvus de maints véhicules et se réjouissaient de multiples instruments de musique ; ils portaient des bannières merveilleusement diverses et étaient accompagnés de troupes d’Apsarās.

Verse 10

अथ दृष्ट्वा वसुं तत्र तत्पतिं परमप्रभुम् । मेना प्रहर्षिता ह्यासीच्छिवोयमिति चाब्रवीत्

Alors Menā aperçut là Vasu — son seigneur, le Maître suprême et rayonnant. Menā fut transportée de joie et dit : « C’est bien Śiva ».

Verse 11

शिवस्य गणका एते न शिवोयं शिवापतिः । इत्येवं त्वं ततस्तां वै अवोच ऋषिसत्तम

«Ce ne sont là que les gaṇas, serviteurs de Śiva ; celui-ci n’est pas Śiva Lui-même, mais Śivapati, le Seigneur de Śivā (Pārvatī).» Ayant parlé ainsi, ô le meilleur des ṛṣi, tu lui adressas alors ces paroles.

Verse 12

एवं श्रुत्वा तदा मेना विचारे तत्पराऽभवत् । इतश्चाभ्यधिको यो वै स च कीदृग्भविष्यति

À ces paroles, Menā se voua tout entière à la réflexion. «S’il existe vraiment quelqu’un de plus grand que lui, se dit-elle, quel genre d’Être cela sera-t-il ?»

Verse 13

एतस्मिन्नन्तरे यक्षा मणिग्रीवादयश्च ये । तेषां सेना तया दृष्टा शोभादिद्विगुणीकृता

Cependant, les Yakṣa—avec Maṇigrīva à leur tête et les autres—la virent ; et leur armée, en la contemplant, se trouva doublée en splendeur et en ardeur.

Verse 14

तत्पतिं च मणिग्रीवं दृष्ट्वा शोभान्वितं हि सा । अयं रुद्रश्शिवास्वामी मेना प्राहेति हर्षिता

Voyant son seigneur Maṇigrīva, rayonnant de splendeur, elle fut transportée de joie. Alors Menā, dans l’allégresse, déclara : «Voici Rudra—Śiva Lui-même, le Souverain suprême».

Verse 15

नायं रुद्रश्शिवास्वामी सेवकोयं शिवस्य वै । इत्यवोचोगपत्न्यै त्वं तावद्वह्निस्स आगतः

«Il n’est pas Rudra, et il n’est pas un maître comme Śiva ; il n’est en vérité qu’un serviteur de Śiva.» Après avoir dit cela à l’épouse du sage, à cet instant même Agni, le dieu du Feu, arriva en ce lieu.

Verse 16

ततोऽपि द्विगुणां शोभां दृष्ट्वा तस्य च साब्रवीत् । रुद्रोऽयं गिरिजास्वामी तदा नेति त्वमब्रवीः

Voyant en Lui une splendeur encore doublée, elle dit : « C’est Rudra, le Seigneur de Girijā. » Mais alors tu répondis : « Non, il n’en est pas ainsi. »

Verse 17

तावद्यमस्समायातस्ततोऽपि द्विगुणप्रभः । तं दृष्ट्वा प्राह सा मेना रुद्रोऽयमिति हर्षिता

À cet instant, Yama arriva, rayonnant d’un éclat redoublé. En le voyant, Menā s’écria avec joie : « C’est Rudra (Śiva) ! »

Verse 18

नेति त्वमब्रवीस्तां वै तावन्निरृतिरागतः । बिभ्राणो द्विगुणां शोभां शुभः पुण्यजनप्रभुः

Comme tu lui disais : « Non, non », à cet instant même arriva Nirṛti, de bon augure, seigneur des troupes des bienheureux, portant une beauté d’éclat redoublé.

Verse 19

तं दृष्ट्वा प्राह सा मेना रुद्रोऽयमिति हर्षिता । नेति त्वमब्रवीस्तां वै तावद्वरुण आगतः

En le voyant, Menā s’écria avec joie : « C’est Rudra (Śiva) ! » Mais toi, tu lui répondis : « Non. » Alors même, Varuṇa arriva.

Verse 20

ततोऽपि द्विगुणां शोभां दृष्ट्वा तस्य च साब्रवीत् । रुद्रोऽयं गिरिजास्वामी तद्वा नेति त्वमब्रवीः

Voyant sa splendeur devenir deux fois plus éclatante, elle dit : «C’est bien Rudra, le Seigneur de Girijā (Pārvatī).» Mais toi, tu répondis : «Est-ce ainsi—ou ne l’est-ce pas ?»

Verse 21

तावद्वायुस्समायातस्ततोऽपि द्विगुणप्रभः । तं दृष्ट्वा प्राह सा मेना रुद्रोयमिति हर्षिता

À cet instant, Vāyu arriva, rayonnant d’un éclat deux fois plus grand qu’auparavant. En le voyant, Menā, toute de joie, déclara : «C’est bien Rudra.»

Verse 22

नेति त्वमब्रवीस्तां वै तावद्धनद आगतः । ततोऽपि द्विगुणां शोभां बिभ्राणो गुह्यकाधिपः

Quand tu lui dis : « Non », à cet instant même Dhanada (Kubera) arriva ; puis le Seigneur des Guhyakas se manifesta, portant une splendeur deux fois plus éclatante qu’auparavant.

Verse 23

तं दृष्ट्वा प्राह सा मेना रुद्रोऽयमिति हर्षिता । नेति त्वमब्रवीस्तां वै तावदीशान आगतः

En le voyant, Menā s’écria avec joie : « C’est Rudra (Śiva) ! » Mais toi, tu lui répondis : « Non. » À cet instant même arriva Īśāna (le Seigneur Śiva, le Suprême).

Verse 24

ततोऽपि द्विगुणां शोभां दृष्ट्वा तस्य च साब्रवीत् । रुद्रोऽयं गिरिजास्वामी तदा नेति त्वमब्रवीः

Puis, voyant en lui une splendeur encore doublée, elle dit : « C’est Rudra, le Seigneur de Girijā. » Mais alors tu répondis : « Non. »

Verse 25

तावदिन्द्रस्समायातस्ततोऽपि द्विगुणप्रभः । सर्वामरवरो नानादिव्यभस्त्रिदिवेश्वरः

Alors Indra arriva, et son éclat se doubla encore. Le plus éminent des immortels, seigneur des trois mondes, il vint paré de maintes splendeurs divines et de la cendre sacrée (vibhūti).

Verse 26

तं दृष्ट्वा शंकरस्सोऽयमिति सा प्राह मेनका । शक्रस्सुरपतिश्चायं नेति त्वं तदाब्रवीः

En le voyant, Menakā dit : « C’est bien Śaṅkara. » Mais toi, alors, tu répondis : « Non — c’est Śakra, le seigneur des dieux. »

Verse 27

तावच्चन्द्रस्समायातश्शोभा तद्द्विगुणा दधत । दृष्ट्वा तं प्राह रुद्रोऽयं तां तु नेति त्वमब्रवीः

Alors la Lune arriva, portant une splendeur doublée. En la voyant, Rudra dit : « C’est elle », mais toi, à son sujet, tu répondis : « Non, pas elle ».

Verse 28

तावत्सूर्यस्समायातश्शोभा तद्द्विगुणा दधत् । दृष्ट्वा तं प्राह सा सोयन्तांतु नेति त्वमब्रवीः

Alors le Soleil arriva, portant un éclat deux fois plus rayonnant qu’auparavant. En le voyant, elle parla; mais toi, tu répondis : « Non — qu’il ne vienne pas ici ».

Verse 29

तावत्समागतास्तत्र भृग्वाद्याश्च मुनीश्वराः । तेजसो राशयस्सर्वे स्वशिष्यगणसंयुताः

Alors arrivèrent en ce lieu les seigneurs des sages — Bhṛgu et les autres — tous tels des masses rayonnantes de tejas (splendeur spirituelle), accompagnés de leurs propres groupes de disciples.

Verse 30

तन्मध्ये चैव वागीशं दृष्ट्वा सा प्राह मेनका । रुद्रोऽयं गिरिजास्वामी तदा नेति त्वमब्रवीः

L’ayant vu là, au milieu d’eux, Vāgīśa, Menakā dit : « Voici Rudra, le Seigneur de Girijā (Pārvatī). » Mais alors tu répondis : « Non, ce n’est pas lui. »

Verse 32

दृष्ट्वा सा तं तदा मेना महाहर्षवती मुने । सोऽयं शिवापतिः प्राह तां तु नेति त्वमब्रवीः

Ô sage, lorsque Menā le vit alors, elle fut comblée d’une grande joie et dit : « C’est bien Śiva, le Seigneur et l’époux de notre fille. » Mais tu lui répondis : « Non, il n’en est pas ainsi. »

Verse 33

एतस्मिन्नन्तरे तत्र विष्णुर्देवस्समागतः । सर्वशोभान्वितः श्रीमान्मेघश्यामश्चतुर्भुजः

À cet instant même, en ce lieu, le Seigneur Viṣṇu arriva — rayonnant de toutes les splendeurs, illustre et glorieux, sombre comme un nuage, et pourvu de quatre bras.

Verse 34

कोटिकन्दर्प्यलावण्यः पीताम्बरधरस्स्वराट् । राजीवलोचनश्शान्तः पक्षीन्द्रवरवाहनः

Il possède une beauté qui surpasse des millions de Kāma-deva ; vêtu d’un vêtement jaune, souverain de lui-même et resplendissant. Aux yeux de lotus, parfaitement paisible, il est porté par le seigneur suprême des oiseaux.

Verse 35

शंखादिलक्षणैर्युक्तो मुकुटादिविभूषितः । श्रीवत्सवक्षा लक्ष्मीशो ह्यप्रमेय प्रभान्वितः

Il est pourvu de marques auspicieuses telles que la conque et d’autres, paré d’une couronne et d’ornements divins ; sur sa poitrine brille le Śrīvatsa. Il est le Seigneur de Lakṣmī — incommensurable, empli d’une splendeur sans bornes.

Verse 36

तं दृष्ट्वा चकिताक्ष्यासीन्महाहर्षेण साब्रवीत् । सोऽयं शिवापतिः साक्षाच्छिवो वै नात्र संशयः

En le voyant, elle demeura les yeux grands ouverts d’étonnement et, saisie d’une immense joie, elle déclara : « C’est bien le Seigneur et l’époux de Śivā — Śiva lui-même, présent en personne ; il n’y a là aucun doute. »

Verse 37

अथ त्वं मेनकावाक्यमाकर्ण्योवाच ऊतिकृत् । नायं शिवापतिरयं किन्त्वयं केशवो हरिः

Alors, ayant entendu les paroles de Menakā, le messager déclara : « Celui-ci n’est pas le Seigneur (pati) de Śivā ; c’est plutôt Keśava — Hari (Viṣṇu) lui-même. »

Verse 38

शंकरोखिलकार्य्यस्य ह्यधिकारी च तत्प्रियः । अतोऽधिको वरो ज्ञेयस्स शिवः पार्वतीपतिः

Śaṅkara est le Seigneur légitime de toutes les œuvres, et Il est l’Aimé de cette Réalité suprême. Sachez donc que la grâce la plus haute et première est celle-ci : Śiva, Seigneur de Pārvatī.

Verse 39

तच्छोभां वर्णितुं मेने मया नैव हि शक्यते । स एवाखिलब्रह्माण्डपतिस्सर्वेश्वरः स्वराट्

Je jugeai qu’il m’est vraiment impossible de décrire cette splendeur. Lui seul est le Seigneur de tous les univers : le Souverain, le Suprême Maître de tout, se gouvernant Lui-même, indépendant et libre.

Verse 40

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्य मेना मेने च तां शुभाम् । महाधनां भाग्यवती कुलत्रयसुखावहाम्

Brahmā dit : Ayant entendu ses paroles, Menā jugea que cette jeune fille de bon augure était vraiment digne : riche de prospérité, comblée de bonne fortune, et destinée à apporter le bonheur aux trois familles (celle de sa naissance, celle de son époux et celle de sa descendance).

Verse 41

उवाच च प्रसन्नास्या प्रीतियुक्तेन चेतसा । स्वभाग्यमधिकं चापि वर्णयन्ती मुहुर्मुहुः

Le visage rayonnant de joie et l’esprit rempli d’une allégresse aimante, elle parla, célébrant sans cesse sa propre bonne fortune, si éminente.

Verse 42

मेनोवाच । धन्याहं सर्वथा जाता पार्वत्या जन्मनाधुना । धन्यो गिरीश्वरोप्यद्य सर्वं धन्यतमं मम

Menā dit : «En toute manière je suis bénie aujourd’hui, puisque Pārvatī vient de naître. Béni est aussi, en ce jour, Girīśvara (Śiva). Tout ce qui est à moi est devenu le plus béni».

Verse 43

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे शिवाद्भुतलीलावर्णनं नाम त्रिचत्वारिंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le quarante-troisième chapitre, intitulé «Description du merveilleux jeu divin de Śiva», dans le Pārvatī-khaṇḍa (troisième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième division) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 44

अस्याः किं वर्ण्यते भाग्यमपि वर्षशतैरपि । वर्णितुं शक्यते नैव तत्प्रभुप्राप्तिदर्शनात

Que dire de sa bonne fortune, fût-ce au terme de centaines d’années ? Elle ne peut être véritablement décrite, car elle se révèle dans l’obtention de ce Seigneur et dans la vision directe de Lui.

Verse 45

ब्रह्मोवाच । इत्यवादीच्च सा मेना प्रेमनिर्भरमानसा । तावत्समागतो रुद्रोऽद्भुतोतिकारकः प्रभुः

Brahmā dit : Ayant parlé ainsi, Menā, l’esprit débordant d’amour, poursuivit ; et, à cet instant même, le Seigneur Rudra arriva, Souverain dont la présence merveilleuse dépasse toute mesure.

Verse 47

तमागतमभिप्रेत्य नारद त्वं मुने तदा । मेनामवोचः सुप्रीत्या दर्शयंस्तं शिवापतिम्

Ô sage Nārada, lorsque tu arrivas et compris le dessein de ta venue, tu t’adressas alors à Menā avec une grande joie, lui révélant ce Seigneur Śiva lui-même, l’Époux suprême et le Protecteur de Śivā (Pārvatī).

Verse 48

नारद उवाच । अयं स शंकरस्साक्षाद्दृश्यतां सुन्दरि त्वया । यदर्थे शिवया तप्तं तपोऽति विपिने महत्

Nārada dit : « Ô belle, regarde : voici Śaṅkara Lui-même, présent directement devant toi. C’est pour Lui que Śivā accomplit une grande austérité au plus profond de la forêt. »

Verse 49

ब्रह्मोवाच । इत्युक्त्वा हर्षिता मेना तं ददर्श मुदा प्रभुम् । अद्भुताकृतिमीशानमद्भुतानुगमद्भुतम्

Brahmā dit : « Ayant ainsi parlé, Menā, toute réjouie, contempla avec ravissement le Seigneur, Īśāna : d’une forme merveilleuse, d’un cortège merveilleux, entièrement prodigieux. »

Verse 50

तावदेव समायाता रुद्रसेना महाद्भुता । भूतप्रेतादिसंयुक्ता नानागणसमन्विता

À l’instant même arriva l’admirable armée de Rudra, accompagnée de troupes de bhūta, de preta et autres, et riche de maintes sortes de gaṇa, les serviteurs de Śiva.

Verse 51

वात्यारूपधराः केचित्पताकामर्मरस्वना । वक्रतुंडास्तत्र केचिद्विरूपाश्चापरे तथा

Certains prenaient la forme d’un vent tourbillonnant ; d’autres, portant des étendards, faisaient entendre un bruissement et un murmure. Là se trouvaient aussi des êtres au bec recourbé, et d’autres encore d’apparence difforme.

Verse 52

करालाः श्मश्रुलाः केचित्केचित्खञ्जा ह्यलोचनाः । दण्डपाशधराः केचित्केचिन्मुद्गरपाणयः

Les uns étaient farouches et terrifiants, les autres barbus ; les uns boiteux, et les autres privés d’yeux. Certains portaient bâtons et lassos, d’autres tenaient des massues dans leurs mains.

Verse 53

विरुद्धवाहनाः केचिच्छृंगनादविवादिनः । डमरोर्वादिनः केचित्केचिद्गोमुखवादिनः

Certains portaient des montures étranges et contraires ; d’autres, querelleurs, disputaient au milieu des appels retentissants des cors. Les uns faisaient résonner le tambour ḍamaru, d’autres jouaient du cor gomukha, soulevant un tumulte dans la suite rassemblée autour du Seigneur.

Verse 54

अमुखा विमुखाः केचित्केचिद्बहुमुखा गणाः । अकरा विकराः केचित्केचिद्बहुकरा गणाः

Parmi les gaṇa de Śiva, certains étaient sans visage ; d’autres se détournaient ; d’autres avaient de multiples visages. Certains étaient sans mains ; d’autres avaient les mains difformes ; et d’autres encore avaient de nombreuses mains.

Verse 55

अनेत्रा बहुनेत्राश्च विशिराः कुशिरास्तथा । अकर्णा बहुकर्णाश्च नानावेषधरा गणाः

Les gaṇa se manifestaient sous d’innombrables formes étranges : certains sans yeux, d’autres aux yeux multiples ; certains difformes, d’autres bien constitués ; certains sans oreilles, d’autres aux oreilles nombreuses — chacun portant un déguisement différent.

Verse 56

इत्यादिविकृताकारा अनेके प्रबला गणाः । असंख्यातास्तथा तात महावीरा भयंकराः

Ainsi, parmi tant de formes altérées et redoutables, se tenaient de nombreux gaṇa puissants—innombrables, ô bien-aimé—grands héros, terrifiants par leur puissance.

Verse 57

अंगुल्या दर्शयंस्त्वं तां मुने रुद्रगणांस्ततः । हरस्य सेवकान्पश्य हरं चापि वरानने

Montrant du doigt, la dame au beau visage dit : «Ô sage, regarde là-bas : vois les cohortes des Rudra-gaṇa. Vois aussi les serviteurs de Hara, et contemple Hara lui-même, ô toi au visage gracieux.»

Verse 58

असंख्यातान् गणान् दृष्ट्वा भूतप्रेतादिकान् मुने । तत्क्षणादभवत्सा वै मेनका त्राससंकुला

Ô sage, à la vue d’innombrables gaṇa — escortés d’êtres tels que bhūta et preta —, Menakā, à l’instant même, fut saisie d’une peur accablante.

Verse 59

तन्मध्ये शंकरं चैव निर्गुणं गुणवत्तरम् । वृषभस्थं पञ्चवक्त्रं त्रिनेत्रं भूतिभूषितम्

Au milieu de tout cela, elle contempla Śaṅkara lui-même — au-delà des guṇa et pourtant manifesté comme le Souverain suprême doté d’attributs — assis sur le taureau, à cinq visages, trois yeux, et paré de la cendre sacrée (bhasma).

Verse 60

कपर्दिनं चन्द्रमौलिं दशहस्तं कपालि नम् । व्याघ्रचर्मोत्तरीयञ्च पिनाकवरपाणिनम्

Je me prosterne devant le Seigneur aux cheveux nattés, couronné par la lune; devant le Kapālī portant la coupe-crâne; devant Celui aux dix mains, revêtu d’une peau de tigre, tenant en sa main l’excellent arc Pināka.

Verse 61

शूलयुक्तं विरूपाक्षं विकृताकारमाकुलम् । गजचर्म वसानं हि वीक्ष्य त्रेसे शिवाप्रसूः

Le voyant porter le trident, aux yeux d’un aspect étrange, à l’allure déformée et troublante, revêtu d’une peau d’éléphant, la Mère de Śivā (Menā) fut saisie d’effroi.

Verse 62

चकितां कम्पसंयुक्तां विह्वलां विभ्रमद्धियम् । शिवोऽयमिति चांगुल्या दर्शयंस्तां त्वमब्रवीः

La voyant saisie de stupeur, tremblante, désemparée et l’esprit troublé, tu la désignas du doigt en disant : «Voici Śiva», puis tu lui adressas la parole.

Verse 63

त्वदीयं तद्वचः श्रुत्वा वाताहतलता इव । सा पपात द्रुतम्भूमौ मेना दुःखभरा सती

Entendant ces paroles sorties de ta bouche, Menā—chaste et accablée de peine—tomba promptement à terre, telle une liane frappée par un vent violent.

Verse 64

किमिदं विकृतं दृष्ट्वा वञ्चिताहं दुराग्रहे । इत्युक्त्वा मूर्च्छिता तत्र मेनका साऽभवत्क्षणात्

Voyant ce retournement étrange et déformé des événements, elle s’écria : «Qu’est-ce donc ? Dans mon entêtement insensé, j’ai été trompée !» Ayant parlé ainsi, Menakā s’évanouit aussitôt sur place.

Verse 65

अथ प्रयत्नैर्विविधैस्सखीभिरुपसेविता । लेभे संज्ञां शनै मेना गिरीश्वरप्रिया तदा

Alors, entourée et secourue par ses compagnes au prix de maints soins, Menā—aimée du seigneur des montagnes—revint peu à peu à elle.

Verse 446

अद्भुतात्मागणास्तात मेनागर्वापहारकाः । आत्मानं दर्शयन् मायानिर्लिप्तं निर्विकारकम्

Ô cher enfant, ces merveilleuses cohortes d’êtres spirituels—qui ôtent à Menā son orgueil—révélèrent leur vraie nature : le Soi, demeurant sans tache de Māyā et totalement exempt de changement.

Frequently Asked Questions

Menā’s attempt to behold Girijā’s पति (Śiva) directly, triggering a divine arrangement in which Brahmā, Viṣṇu, and the devas move toward the mountain-gate amid a staged celestial procession.

The chapter frames darśana as a test of perception: pride and ignorance are exposed through spectacle, while Śiva’s līlā guides the viewer from external grandeur to inner recognition of Śiva-tattva.

Not Śiva’s final form yet (in the provided verses), but preparatory manifestations: the devas’ retinue (surāḥ), Gandharvas, Apsarases, banners, vehicles, and music—devices that foreshadow a revelatory contrast.