
Ce chapitre, rapporté par Sūta, s’ouvre sur le cadre domestique et ascétique du sage Atri, le plus éminent parmi les Brahmavid. Atri demande de l’eau ; son épouse Anasūyā, prenant un kamaṇḍalu, entre dans la forêt et se heurte au dilemme pratique et spirituel : où trouver de l’eau. Dans cet espace liminal, la Gaṅgā apparaît sous une forme divinisée et personnifiée, déesse du fleuve (saridvarā devī), et engage le dialogue. Cet échange sert de prologue au māhātmya : Gaṅgā affirme que sa présence est fondée sur l’observation du service rendu à Śiva et sur la reconnaissance du sādhvī-dharma d’Anasūyā. Le récit relie ainsi trois niveaux — l’idéal du ṛṣi-gṛhastha (ascèse au foyer), la géographie sacrée (Gaṅgā comme tīrtha mobile) et la théologie śaiva (Śiva, Parātman, dont le culte attire les puissances divines). En profondeur, le chapitre enseigne que la pureté de conduite et la dévotion « attirent » la force du tīrtha, consacrant Atrīśvara comme lieu śaiva où se rejoignent la sainteté du fleuve et la grâce centrée sur le liṅga.
Verse 1
सूत उवाच । कदाचित्स ऋषिश्रेष्ठो ह्यत्रिर्ब्रह्मविदां वरः । जागृतश्च जलं देहि प्रत्युवाच प्रियामिति
Sūta dit : Un jour, l’excellent sage Atri—le premier parmi les connaisseurs de Brahman—s’éveilla et dit à son épouse bien-aimée : «Donne-moi de l’eau.»
Verse 2
सापि साध्वी त्ववश्यं च गृहीत्वाथ कमण्डलुम् । जगाम विपिने तत्र जलं मे नीयते कुतः
Cette femme chaste et vertueuse, contrainte par ton insistance, prit le kamaṇḍalu (la cruche d’eau) et se rendit dans la forêt. Mais là, elle se demanda : «D’où l’eau me sera-t-elle apportée ?»
Verse 3
किं करोमि क्व गच्छामि कुतो नीयेत वै जलम् । इति विस्मयमापन्ना तां गंगां हि ददर्श सा
Saisie de stupeur, elle pensa : «Que faire ? Où aller ? D’où pourra-t-on vraiment apporter l’eau ?» Dans cet étonnement, elle aperçut la Gaṅgā sacrée.
Verse 4
तामनुव्रजती यावत् साब्रवीच्च सदा हि ताम् । गंगा सरिद्वरा देवी बिभ्रती सुन्दरां तनुम्
Tandis qu’elle la suivait, la divine Gaṅgā—la plus éminente des rivières—, portant une forme splendide, ne cessait de s’adresser à elle.
Verse 5
गंगोवाच । प्रसन्नास्मि च ते देवि कुत्र यासि वदाधुना । धन्या त्वं सुभगे सत्यं तवाज्ञां च करोम्यहम्
Gaṅgā dit : «Ô Déesse, je suis satisfaite de toi. Dis-moi maintenant : où vas-tu ? Vraiment, ô bienheureuse, tu es bénie. Assurément, j’exécuterai ton ordre.»
Verse 6
सूत उवाच । तद्वचश्च तदा श्रुत्वा ऋषिपत्नी तपस्विनी । प्रत्युवाच वचः प्रीत्या स्वयं सुचकिता द्विजाः
Sūta dit : Ayant alors entendu ces paroles, l’épouse ascète du sage—elle-même saisie d’étonnement—répondit avec affection, s’adressant aux deux-fois-nés (brahmanes).
Verse 7
अनसूयोवाच । का त्वं कमलपत्राक्षि कुतो वा त्वं समागता । तथ्यं ब्रूहि कृपां कृत्वा साध्वी सुप्रवदा सती
Anasūyā dit : «Qui es-tu, ô dame aux yeux semblables aux pétales de lotus ? D’où es-tu venue ici ? Par compassion, dis la vérité. Ô femme vertueuse et véridique, parle clairement.»
Verse 8
सूत उवाच । इत्युक्ते च तया तत्र मुनिपत्न्या मुनीश्वराः । सरिद्वरा दिव्यरूपा गंगा वाक्यमथाब्रवीत्
Sūta dit : Lorsque l’épouse du muni eut ainsi parlé en ce lieu, ô meilleurs des sages, alors Gaṅgā—la plus éminente des rivières, de forme divine—se mit à parler.
Verse 9
गंगोवाच । स्वामिनः सेवनं दृष्ट्वा शिवस्य च परात्मनः । साध्वि धर्मं च ते दृष्ट्वा स्थितास्मि तव सन्निधौ
Gaṅgā dit : «Ô femme vertueuse, ayant vu ton service dévot envers le Seigneur Śiva—le Soi suprême—et ayant contemplé ta conduite juste selon le dharma, je suis venue et je demeure ici, en ta présence.»
Verse 10
अहं गंगा समायाता भजनात्ते शुचिस्मिते । वशीभूता ह्यहं जाता यदिच्छसि वृणीष्व तत्
Je suis Gaṅgā. Je suis venue ici grâce à ton culte, ô toi au sourire pur. En vérité, je me suis rendue docile à ta volonté : ce que tu désires, choisis ce bienfait.
Verse 11
सूत उवाच । इत्युक्ते गंगया साध्वी नमस्कृत्य पुरः स्थिता । उवाचेति जलं देहि चेत्प्रसन्ना ममाऽधुना
Sūta dit : Après avoir ainsi parlé, la vertueuse déesse Gaṅgā se prosterna avec révérence, se tint devant lui et dit : «Si, à présent, tu es satisfait de moi, accorde-moi l’eau.»
Verse 12
इत्येतद्वचनं श्रुत्वा गर्तं कुर्ष्विति साऽब्रवीत् । शीघ्रं चायाच्च तत्कृत्वा स्थिता तत्क्षणमात्रतः
Entendant ces paroles, elle dit : «Creuse une fosse.» Il accourut aussitôt, s’en acquitta, et elle ne demeura là qu’un bref instant.
Verse 13
तत्र सा च प्रविष्टा च जलरूपमभूत्तदा । आश्चर्य्यं परमं गत्वा गृहीतं च जलं तया
Entrant en ce lieu, elle prit alors la forme de l’eau. Saisie d’un émerveillement extrême, elle recueillit cette eau.
Verse 14
उवाच वचनं चैतल्लोकानां सुखहेतवे । अनसूया मुनेः पत्नी दिव्यरूपां सरिद्वराम्
Pour le bonheur et le bien de tous les êtres, Anasūyā —l’épouse du sage— prononça ces paroles, s’adressant à la plus excellente des rivières, rayonnante d’une forme divine.
Verse 15
अनसूयोवाच । यदि त्वं सुप्रसन्ना मे वर्तसे च कृपामयि । स्थातव्यं च त्वया तावन्मत्स्वामी यावदा व्रजेत्
Anasūyā dit : «Ô toi, pleine de compassion, si tu m’es vraiment favorable et débordante de grâce, demeure ici jusqu’à ce que mon seigneur (époux) s’en aille.»
Verse 16
सूत उवाच । इति श्रुत्वानसूयाया वचनं सुखदं सताम् । गंगोवाच प्रसन्नाति ह्यत्रेर्दास्यसि मेऽनघे
Sūta dit : Ayant entendu les paroles auspicieuses d’Anasūyā, qui réjouissent les saints, Gaṅgā, grandement satisfaite, déclara : « Ô toi sans faute, tu me seras assurément donnée comme épouse d’Atri. »
Verse 17
इत्युक्ते च तया तत्र ह्यनपायि कृतन्तथा । स्वामिने तज्जलं दिव्यं दत्त्वा तत्पुरतः स्थिता
Lorsqu’elle eut parlé ainsi en ce lieu, l’infaillible agit conformément. Ayant offert cette eau divine à son seigneur, elle se tint devant lui.
Verse 18
स ऋषिश्चापि सुप्रीत्या स्वाचम्य विधिपूर्वकम् । पपौ दिव्यं जलं तच्च पीत्वा सुखमवाप ह
Ce ṛṣi, lui aussi, dans une grande joie, accomplit d’abord l’ācamana selon le rite ; puis il but cette eau divine et, l’ayant bue, obtint paix et bien-être.
Verse 19
अहो नित्यं जलं यच्च पीयते तज्जलं न हि । विचार्येति च तेनाशु परितश्चावलोकितम्
« Hélas ! Ce que l’on boit chaque jour en l’appelant “eau” n’est pas vraiment de l’eau. » Ayant ainsi réfléchi, il regarda promptement tout autour pour discerner la vérité.
Verse 20
शुष्कान्वृक्षान्समालोक्य दिशो रूक्षतरास्तथा । उवाच तामृषिश्रेष्ठो न जातं वर्षणं पुनः
Voyant les arbres desséchés et les directions devenues plus arides encore, le plus excellent des sages déclara : «De nouveau, la pluie ne s’est pas produite.»
Verse 21
तदुक्तं तत्समाकर्ण्य नेतिनेति प्रियान्तदा । तामुवाच पुनः सोऽपि जलं नीतं कुतस्त्वया
Ayant entendu ces paroles, la bien-aimée répondit alors : «Non, non, ce n’est pas ainsi.» Puis il lui dit de nouveau : «D’où as-tu apporté cette eau ?»
Verse 22
इत्युक्ते तु तदा तेन विस्मयं परमं गता । अनसूया स्वमनसि सचिन्ता तु मुनीश्वराः
Lorsqu’il parla ainsi, Anasūyā fut saisie du plus grand émerveillement ; et les sages vénérables, eux aussi, devinrent songeurs au plus profond de leur esprit.
Verse 23
निवेद्यते मया चेद्वै तदोत्कर्षो भवेन्मम । निवेद्यते यदा नैव व्रतभङ्गो भवेन्मम
Si je m’offre rituellement, cela devient mon élévation spirituelle. Mais si rien n’est offert du tout, alors mon vœu (vrata) n’est pas rompu.
Verse 24
नोभयं च तथा स्याद्वै निवेद्यं तत्तथा मम । इति यावद्विचार्येत तावत्पृष्टा पुनः पुनः
«N’aie aucune crainte ; cette affaire même doit m’être rapportée.» Ainsi, tant qu’elle y réfléchissait, on l’interrogeait encore et encore.
Verse 25
अथानुग्रहतः शंभोः प्राप्तबुद्धिः पतिव्रता । उवाच श्रूयतां स्वामिन्यज्जातं कथयामि ते
Alors, par la grâce de Śambhu, cette épouse chaste et fidèle (pativratā) retrouva la juste intelligence et dit : «Ô maîtresse, écoutez ; je vais vous dire ce qui vient d’arriver.»
Verse 26
अनसूयोवाच । शंकरस्य प्रतापाच्च तवैव सुकृतैस्तथा । गंगा समागतात्रैव तदीयं सलिलन्त्विदम्
Anasūyā dit : « Par la majesté de Śaṅkara, et aussi par le mérite que tu as amassé, la Gaṅgā est venue ici d’elle-même ; cette eau est véritablement son flot sacré. »
Verse 27
सूत उवाच । एवं वचस्तदा श्रुत्वा मुनिर्विस्मयमानसः । प्रियामुवाच सुप्रीत्या शंकरं मनसा स्मरन्
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, le sage, l’esprit rempli d’émerveillement, s’adressa avec tendresse à son épouse bien-aimée, tout en se souvenant intérieurement de Śaṅkara, le Seigneur Śiva.
Verse 28
अत्रिरुवाच । प्रिये सुन्दरि त्वं सत्यमथ वाचं व्यलीककाम् । ब्रवीषि च यथार्थं त्वं न मन्ये दुर्लभन्त्विदम्
Atri dit : « Bien-aimée, ô belle, tes paroles sont vraies et sans tromperie ; tu parles selon le réel. Pourtant, je ne pense pas que cela soit chose aisée à obtenir. »
Verse 29
असाध्यं योगिभिर्यच्च देवैरपि सदा शुभे । तच्चैवाद्य कथं जातं विस्मयः परमो मम
Ô toi l’Auspicious, ce qui demeure à jamais inaccessible même aux yogin et même aux dieux — comment cela même est-il advenu aujourd’hui ? Grande, en vérité, est ma stupeur.
Verse 30
यद्येवं दृश्यते चेद्वै तन्मयेहं न चान्यथा । इति तद्वचनं श्रुत्वा प्रत्युवाच पतिप्रिया
«Si c’est bien cela qui se voit, alors je suis véritablement faite de Cela seul — rien d’autre.» Ayant entendu ces paroles, l’épouse bien-aimée répondit à son tour.
Verse 31
अनसूयोवाच । आगम्यतां मया सार्द्धं त्वया नाथ महामुने । सरिद्वराया गंगाया द्रष्टुमिच्छा भवेद्यदि
Anasūyā dit : «Ô grand sage vénérable, mon seigneur—si tu désires vraiment voir Gaṅgā, la plus éminente des rivières, viens avec moi».
Verse 32
सूत उवाच । इत्युक्त्वा तु समादाय पतिं तं सा पतिव्रता । गता द्रुतं शिवं स्मृत्वा यत्र गंगा सरिद्वरा
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, cette épouse fidèle prit son mari avec elle et partit promptement, se souvenant du Seigneur Śiva, vers le lieu où coule Gaṅgā, la plus éminente des rivières.
Verse 33
दर्शयामास तां तत्र गंगां पत्ये पतिव्रता । गर्ते च संस्थितां तत्र स्वयं दिव्यस्वरूपिणीम्
Là, l’épouse fidèle montra à son mari la Déesse Gaṅgā, qui, de son propre gré, se tenait en ce lieu dans une forme divine et rayonnante, au sein d’un creux (une fosse).
Verse 34
तत्र गत्वा ऋषिश्रेष्ठो गर्तं च जलपूरितम् । आकण्ठं सुन्दरं दृष्ट्वा धन्येयमिति चाब्रवीत्
S’y étant rendu, le plus excellent des sages vit une belle fosse remplie d’eau jusqu’au cou. En la contemplant, il déclara : «Vraiment, je suis béni».
Verse 35
किं मदीयं तपश्चैव किमन्येषां पुनस्तदा । इत्युक्तो मुनिशार्दूलो भक्त्या तुष्टाव तां तदा
«Que valent mes propres austérités, et que valent alors celles des autres ?» Ainsi interpellé, le muni—tigre parmi les sages—plein de dévotion, la loua sur-le-champ.
Verse 36
ततो हि स मुनिस्तत्र सुस्नातः सुभगे जले । आचम्य पुनरेवात्र स्तुतिं चक्रे पुनः पुनः
Alors ce sage se baigna soigneusement dans les eaux de bon augure en ce lieu. Après avoir accompli de nouveau l’ācāmana, il offrit, encore et encore, des hymnes de louange—à maintes reprises—en ce sanctuaire même.
Verse 37
अनसूयापि संस्नाता सुन्दरे तज्जले तदा । नित्यं चक्रे मुनिः कर्म सानसूयापि सुव्रता
Alors Anasūyā aussi se baigna dans cette eau magnifique. Le sage accomplissait régulièrement ses rites quotidiens, et la vertueuse Anasūyā, ferme dans ses vœux, faisait de même.
Verse 38
ततस्सोवाच तां गंगा गम्यते स्वस्थलं मया । इत्युक्ते च पुनः साध्वी तामुवाच सरिद्वराम्
Alors il dit à la Gaṅgā : «Je vais rejoindre ma demeure propre et légitime». Après ces paroles, la sainte dame s’adressa de nouveau à la plus excellente des rivières.
Verse 39
अनसूयोवाच । यदि प्रसन्ना देवेशि यद्यस्ति च कृपा मयि । त्वया स्थेयं निश्चलत्वादस्मिन्देवि तपोवने
Anasūyā dit : «Si tu es satisfaite, ô Déesse, Souveraine des devas, et si tu as de la compassion pour moi, alors, ô Devi, demeure ici, dans ce bois sacré d’austérités, stable et immuable».
Verse 40
महतां च स्वभावश्च नांगीकृत्य परित्यजेत् । इत्युक्ता च करौ बद्ध्वा तां तुष्टाव पुनःपुनः
«On ne doit pas rejeter puis abandonner la nature propre des grands.» Après ces paroles, il joignit les mains en hommage et, encore et encore, la loua avec dévotion.
Verse 41
ऋषिश्चापि तथोवाच त्वया स्थेयं सरिद्वरे । सानुकूला भव त्वं हि सनाथान्देवि नः कुरु
Le sage parla alors ainsi : «Ô Déesse, tu dois demeurer ici, en ce gué très excellent du fleuve. Sois gracieuse et favorable envers nous, et fais que nous soyons protégés, pourvus d’un refuge assuré.»
Verse 42
तदीयं तद्वचः श्रुत्वा रम्यं गंगा सरिद्वरा । प्रसन्नमानसा गंगाऽनसूयां वाक्यमब्रवीत्
Entendant ces paroles plaisantes, la belle Gaṅgā—la première des rivières—apaisa son esprit, puis adressa ces mots à Anasūyā.
Verse 43
गंगोवाच । शंकरार्चनसंभूतफलं वर्षस्य यच्छसि । स्वामिनश्च तदा स्थास्ये देवानामुपकारणात
Gaṅgā dit : «Ô Seigneur, puisque tu accordes, pour toute l’année, le fruit né de l’adoration de Śaṅkara, moi aussi je demeurerai là en ce temps-là, pour l’utilité des dieux.»
Verse 44
तथा दानैर्न मे तुष्टिस्तीर्थस्नानैस्तथा च वै । यज्ञैस्तथाथ वा योगैर्यथा पातिव्रतेन च
«Je ne suis pas autant satisfait par les dons (charité), ni par les bains aux tīrtha sacrés, ni par les sacrifices, ni même par les disciplines du yoga, que je le suis par la chasteté inébranlable et la fidélité dévouée (pātivratya) d’une épouse vertueuse.»
Verse 45
पतिव्रतां यथा दृष्ट्वा मनसः प्रीणनं भवेत् । तथा नान्यैरुपायैश्च सत्यं मे व्याहृतं सति
«Ô Satī, de même que la seule vue d’une épouse dévouée et fidèle réjouit l’esprit, de même mon esprit se réjouit ainsi—et non par d’autres moyens. Cette vérité, je te l’ai dite, ô vertueuse.»
Verse 46
पतिव्रतां स्त्रियं दृष्ट्वा पापनाशो भवेन्मम । शुद्धा जाता विशेषेण गौरीतुल्या पतिव्रता
«À la vue d’une femme pativratā, que mes péchés soient anéantis. Puissé-je être purifié d’une manière toute particulière : elle est pativratā, comparable à la Déesse Gaurī elle-même.»
Verse 47
तस्माच्च यदि लोकस्य हिताय तत्प्रयच्छसि । तर्ह्यहं स्थिरतां यास्ये यदि कल्याणमिच्छसि
«Ainsi, si tu l’accordes pour le bien du monde, alors j’atteindrai la fermeté, si tu désires vraiment ce qui est propice.»
Verse 48
सूत उवाच । इत्येवं वचनं श्रुत्वाऽनसूया सा पतिव्रता । गंगायै प्रददौ पुण्यं सर्वं तद्वर्षसंभवम्
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, Anasūyā—l’épouse pativratā—accorda à la Déesse Gaṅgā tout le mérite accumulé au cours de cette année-là.
Verse 49
महतां च स्वभावो हि परेषां हितमावहेत् । सुवर्णं चन्दनं चेक्षुरसस्तत्र निदर्शनम्
En vérité, la nature des grands est d’apporter le bien aux autres. L’or, le santal et le jus de canne sont cités ici comme exemples de cette disposition bienfaisante.
Verse 50
एतद्दृष्ट्वानसूयं तत्कर्म पातिव्रतं महत् । प्रसन्नोभून्महादेवः पार्थिवादाविराशु वै
Voyant Anasūyā et ce grand acte de pātivratā, la fidélité conjugale inébranlable, Mahādeva fut comblé de joie et se manifesta aussitôt depuis la forme Pārthiva (de terre).
Verse 51
शंभुरुवाच । दृष्ट्वा ते कर्म साध्व्येतत् प्रसन्नोऽस्मि पतिव्रते । वरं ब्रूहि प्रिये मत्तो यतः प्रियतरासि मे
Śambhu dit : «Voyant cette action vertueuse de ta part, ô épouse chaste et fidèle, Je suis comblé de joie. Bien-aimée, demande-Moi une grâce, car tu m’es plus chère que tout».
Verse 52
अथ तौ दम्पती शंभुमभूतां सुन्दराकृतिम् । पञ्चवक्त्रादिसंयुक्तं हरं प्रेक्ष्य सुविस्मितौ
Alors cet époux et cette épouse contemplèrent Śambhu, d’une beauté merveilleuse : Hara, pourvu des cinq visages et d’autres marques divines ; à sa vue, ils furent saisis d’émerveillement et de stupeur sacrée.
Verse 53
नत्वा स्तुत्वा करौ बद्ध्वा महाभक्तिसमन्वितौ । अवोचेतां समभ्यर्च्य शंकरं लोकशंकरम्
S’étant prosternés, L’ayant loué et joignant les mains en humble supplication—emplis d’une grande dévotion—ils adorèrent dûment Śaṅkara, le bienfaiteur des mondes, puis prirent la parole.
Verse 54
दम्पती ऊचतुः । यदि प्रसन्नो देवेश प्रसन्ना जगदम्बिका । अस्मिंस्तपोवने तिष्ठ लोकानां सुखदो भव
Le couple dit : «Ô Seigneur des dieux, si Tu es satisfait—et si Jagadambikā, la Mère de l’univers, l’est aussi—demeure dans ce bois d’austérités et deviens le dispensateur de bonheur pour tous les mondes.»
Verse 55
प्रसन्ना च तदा गंगा प्रसन्नश्च शिवस्तदा । उभौ तौ च स्थितौ तत्र यत्रासीदृषिसत्तमः
Alors Gaṅgā devint paisible et gracieuse, et Śiva aussi fut satisfait. Tous deux demeurèrent là, au lieu même où se tenait le plus éminent des sages.
Verse 56
अत्रीश्वरश्च नाम्नासीदीश्वरः परदुःखहा । गंगा सापि स्थिता तत्र तदा गर्तेथ मायया
Là se trouvait une manifestation du Seigneur, connue sous le nom d’Atrīśvara, Celui qui ôte la souffrance d’autrui. Gaṅgā aussi demeurait en ce lieu ; puis, par la māyā du Seigneur, elle entra dans une fosse à cet endroit.
Verse 57
तद्दिनं हि समारभ्य तत्राक्षय्यजलं सदा । हस्तमात्रे हि तद्गर्ते गंगा मन्दाकिनी ह्यभूत्
Dès ce jour-là, ce lieu posséda à jamais une eau intarissable. En vérité, dans cette petite cavité—à peine de la mesure d’une main—la sainte Gaṅgā s’y manifesta sous le nom de Mandākinī.
Verse 58
तत्रैव ऋषयो दिव्याः समाजग्मुस्सहांगनाः । तीर्थात्तीर्थाच्च ते सर्वे ते पुरा निर्गता द्विजाः
Là même, les ṛṣis rayonnants arrivèrent avec leurs épouses. Ces « deux-fois-nés », partis auparavant, venaient tous en pèlerinage, passant d’un tīrtha à l’autre, d’un gué sacré à un autre.
Verse 59
यवाश्च व्रीहयश्चैव यज्ञयागपरायणाः । युक्ता ऋषिवरैस्तैश्च होमं चक्रुश्च ते जनाः
Avec de l’orge et du riz, voués au yajña et au culte sacrificiel, ces gens—guidés et dûment instruits par les plus grands ṛṣis—accomplirent le homa, l’offrande au feu sacré.
Verse 60
कर्मभिस्तैश्च संतुष्टा वृष्टिं चक्रुर्घनास्तदा । आनन्दः परमो लोके बभूवातिमुनीश्वराः
Satisfaits par ces actes de droiture, les nuages versèrent alors la pluie. Ainsi, ô plus éminents des sages, une joie suprême s’éleva dans le monde entier.
Verse 61
अत्रीश्वरस्य माहात्म्यमित्युक्तं वः सुखावहम् । भुक्तिमुक्तिप्रदं सर्वकामदं भक्ति वर्द्धनम्
Ainsi vous ai-je exposé la gloire d’Atrīśvara, source de bien-être et de joie. Elle accorde bhukti et mukti, exauce tout désir digne et fait croître la dévotion.
The chapter presents Anasūyā’s forest encounter with Gaṅgā, who declares she is drawn by the sight of devotion to Śiva and by Anasūyā’s righteous conduct—an argument that tīrtha-power and divine proximity are activated by Śaiva bhakti and ethical purity.
The kamaṇḍalu signifies portable ascetic authority and ritual readiness; the forest marks a liminal testing-ground; Gaṅgā as a speaking deity symbolizes tīrtha as conscious grace, implying that sacred waters are not merely physical but embodiments of Śiva-aligned purity and anugraha.
Śiva is highlighted primarily as parātman—the supreme inner reality whose worship and service regulate the movement of divine agencies (here, Gaṅgā). No distinct iconographic form of Śiva or explicit Gaurī manifestation is foregrounded in the sampled verses, though the episode prepares the theological ground for Atrīśvara as a Śaiva sacred locus.