Adhyaya 24
Kotirudra SamhitaAdhyaya 2432 Verses

Gautama–Ahalyā-Upākhyāna: Durbhikṣa, Tapas, and Varuṇa’s Boon (गौतमाहल्योपाख्यानम्)

L’Adhyāya 24 s’ouvre sur la formule solennelle de transmission de Sūta, présentant ce récit comme une kathā qui détruit le péché (pāpa-praṇāśinī), reçue par Vyāsa et la lignée des maîtres. Il introduit le célèbre ṛṣi Gautama et son épouse fidèle au dharma, Ahalyā. Le cadre se déplace vers le sud, sur la montagne nommée Brahmā, où Gautama accomplit de longues austérités. Survient alors une anāvṛṣṭi, absence de pluies, durant cent ans, entraînant l’effondrement du milieu : la végétation se flétrit, l’eau manque, et les êtres vivants se dispersent en tous sens pour survivre. En réponse, Gautama entreprend un tapas concentré en l’honneur de Varuṇa, marqué par un prāṇāyāma soutenu pendant six mois ; d’autres sages traversent aussi cette période grâce à la discipline du yoga et à la stabilité méditative. Varuṇa finit par apparaître, satisfait, et offre une grâce ; Gautama demande la pluie, et la réponse divine établit un lien exemplaire entre ascèse-yoga, restauration du ṛta (ordre cosmique, dont la pluie est le signe) et éthique de l’interdépendance entre la conduite humaine et l’ordre de la nature.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । श्रूयतामृषयः श्रेष्ठाः कथां पापप्रणाशिनीम् । कथयामि यथा व्यासात्सद्गुरोश्च श्रुता मया

Sūta dit : «Écoutez, ô ṛṣis les plus éminents, ce récit sacré qui anéantit le péché. Je le raconterai exactement tel que je l’ai entendu de Vyāsa et de mon véritable Guru.»

Verse 2

पुरा ऋषिवरश्चासीद्गौतमो नाम विश्रुतः । अहल्या नाम तस्यासीत्पत्नी परमधार्मिकी

Dans les temps anciens, il y eut un sage éminent, renommé sous le nom de Gautama. Son épouse se nommait Ahalyā, d’une droiture suprême et entièrement vouée au dharma.

Verse 3

दक्षिणस्यां दिशि हि यो गिरिर्ब्रह्मेति संज्ञकः । तत्र तेन तपस्तप्तं वर्षाणाम युतं तथा

En vérité, vers le sud se dresse une montagne connue sous le nom de « Brahma ». Là, dit-on, il accomplit des austérités (tapas) durant dix mille ans.

Verse 4

कदाचिच्च ह्यनावृष्टिरभवत्तत्र सुव्रताः । वर्षाणां च शतं रौद्री लोका दुःखमुपागताः

Un jour, ô vous aux vœux nobles, une effroyable sécheresse s’y abattit ; et durant cent années entières, les mondes sombrèrent dans la souffrance.

Verse 5

आर्द्रं च पल्लवं न स्म दृश्यते पृथिवीतले । कुतो जलं विदृश्येत जीवानां प्राणधारकम्

À la surface de la terre, on ne voit même pas une tendre pousse humide. Comment donc l’eau—soutien même du souffle vital des êtres—pourrait-elle se trouver ?

Verse 6

गौतमोऽपि स्वयं तत्र वरुणार्थे तपश्शुभम् । चकार चैव षण्मासं प्राणायामपरायणः

Là, Gautama lui-même entreprit une austérité de bon augure pour Varuṇa ; et durant six mois il demeura tout entier voué à la pratique du prāṇāyāma, la discipline sacrée du souffle.

Verse 7

तां दृष्ट्वा चर्षयो विप्राः प्राणायामपरायणाः । ध्यानेन च तदा केचित्कालं निन्युस्सुदारुणम्

Voyant cette manifestation saisissante, les rishis brahmanes, voués à la discipline du prāṇāyāma, et certains d’entre eux à la méditation profonde, traversèrent ce temps extrêmement terrible par une absorption yogique constante, tenant leur esprit en Śiva.

Verse 9

ततश्च वरुणस्तस्मै वरं दातुं समागताः । प्रसन्नोऽस्मि वरं ब्रूहि ददामि च वचोऽब्रवीत्

Alors Varuṇa vint à lui pour lui accorder une grâce et dit : «Je suis satisfait. Dis-moi le don que tu désires ; je te l’accorderai», ainsi parla-t-il.

Verse 10

ततश्च गौतमस्तं वै वृष्टिं च प्रार्थयत्तदा । ततस्स वरुणस्तं वै प्रत्युवाच मुनिं द्विजाः

Alors Gautama le pria d’accorder la pluie. Aussitôt Varuṇa répondit à ce sage—ô deux-fois-nés—en considérant sa requête.

Verse 11

वरुण उवाच । देवाज्ञां च समुल्लंघ्य कथं कुर्यामहं च ताम् । अन्यत्प्रार्थय सुज्ञोऽसि यदहं करवाणि ते

Varuṇa dit : «Comment pourrais-je agir ainsi en transgressant l’ordre des dieux ? Demande autre chose. Tu es sage : dis-moi ce que je dois faire pour toi.»

Verse 12

सूत उवाच । इत्येतद्वचनं तस्य वरुणस्य महात्मनः । परोपकारी तच्छुत्वा गोतमो वाक्यमब्रवीत

Sūta dit : Ayant entendu ces paroles de Varuṇa au grand cœur, le sage Gautama, bienfaiteur et tourné vers le bien d’autrui, répondit alors.

Verse 13

गौतम उवाच । यदि प्रसन्नो देवेश यदि देयो वरो मम । यदहं प्रार्थयाम्यद्य कर्तव्यं हि त्वया तथा

Gautama dit : « Ô Seigneur des dieux, si Tu es satisfait — et si une grâce doit m’être accordée — alors ce que je prie aujourd’hui, cela même, accomplis-le selon ma demande. »

Verse 14

यतस्त्वं जलराशीशस्तस्माद्देयं जलं मम । अक्षयं सर्वदेवेश दिव्यं नित्यफलप्रदम्

Puisque Tu es le Seigneur des eaux océaniques, je T’offre donc cette eau. Ô Seigneur de tous les dieux, que cette offrande divine soit inépuisable et qu’elle accorde un fruit constant et éternel.

Verse 15

सूत उवाच । इति संप्रार्थितस्तेन वरुणो गौतमेन वै । उवाच वचनं तस्मै गर्तश्च क्रियतां त्वया

Sūta dit : Ainsi, vivement imploré par Gautama, Varuṇa lui adressa ces paroles : «Donc, fais toi-même une fosse (garta).»

Verse 16

इत्युक्ते च कृतस्तेन गर्त्तो हस्तप्रमाणतः । जलेन पूरितस्तेन दिव्येन वरुणेन सः

À ces mots, il creusa une fosse de la mesure d’une coudée. Puis il la remplit d’une eau divine, consacrée par Varuṇa.

Verse 17

अथोवाच मुनिं देवो वरुणो हि जलाधिपः । गौतमं मुनिशार्दूलं परोपकृतिशालिनम्

Alors Varuṇa, le dieu, Seigneur des eaux, s’adressa au sage Gautama—le plus éminent des voyants, tigre parmi les munis—abondant en la vertu d’œuvrer pour le bien d’autrui.

Verse 18

वरुण उवाच । अक्षय्यं च जलं तेऽस्तु तीर्थभूतं महामुने । तव नाम्ना च विख्यातं क्षितावेतद्भविष्यति

Varuṇa dit : «Ô grand sage, que cette eau qui est tienne soit inépuisable et devienne un tīrtha, un gué sacré. Sur la terre, ce lieu sera renommé par ton propre nom.»

Verse 19

अत्र दत्तं हुतं तप्तं सुराणां यजनं कृतम् । पितॄणां च कृतं श्राद्धं सर्वमेवाक्षयं भवेत्

Ici, tout don fait en charité, toute offrande versée dans le feu sacré, toute austérité accomplie; tout yajña rendu aux dieux; et tout śrāddha célébré pour les ancêtres—tout devient akṣaya, d’un mérite impérissable.

Verse 20

सूत उवाच । इत्युक्तांतर्द्दधे देवस्स्तुतस्तेन महर्षिणा । गौतमोऽपि सुखं प्राप कृत्वान्योपकृतिं मुनिः

Sūta dit : Ayant ainsi parlé, le Deva—loué par ce grand sage—disparut aux regards. Et le sage Gautama, lui aussi, atteignit la joie, pour avoir rendu à autrui un service bienfaisant.

Verse 21

मद्दत्तो ह्याश्रयः पुंसां महत्त्वायोपजायते । महांतस्तत्स्वरूपं च पश्यंति नेतरेऽशुभाः

En vérité, le refuge que Je donne aux hommes les fait accéder à la vraie grandeur. Les âmes nobles en contemplent l’essence même, mais les êtres d’inclination impure ne la voient pas.

Verse 22

यादृङ्नरं च सेवेत तादृशं फलमश्नुते । महतस्सेवयोच्च त्वं क्षुद्रस्य क्षुद्रतां तथा

Tel est l’homme que l’on choisit de servir, tel est le fruit que l’on en goûte. En servant les grands, on s’élève à la grandeur; en servant les petits, on devient petit de même.

Verse 23

सिंहस्य मंदिरे सेवा मुक्ताफलकरी मता । शृगालमंदिरे सेवा त्वस्थिलाभकरी स्मृता

Le service rendu dans la demeure du lion est tenu pour donner le fruit des perles ; mais le service dans la demeure du chacal est rappelé comme ne procurant que le gain de simples os.

Verse 24

इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसं हितायां त्र्यंबकेश्वरमाहात्म्ये गौतमप्रभाववर्णनं नाम चतुर्विशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la Quatrième Saṃhitā (Koṭirudra), dans la section sur la Gloire de Tryambakeśvara—s’achève le vingt-quatrième chapitre, intitulé « Description de la puissance spirituelle et de la grandeur de Gautama ».

Verse 25

वृक्षाश्च हाटकं चैव चंदनं चेक्षुकस्तथा । एते भुवि परार्थे च दक्षा एवं न केचन

« Les arbres, l’or, le santal et la canne à sucre : en ce monde, ces choses peuvent vraiment servir le bien d’autrui ; mais rares sont ceux qui ont la capacité d’agir avec un tel dessein désintéressé. »

Verse 26

दयालुरमदस्पर्श उपकारी जितेन्द्रियः । एतैश्च पुण्यस्तम्भैस्तु चतुर्भिर्धार्य्यते मही

Compatissant, indemne d’ivresse et d’orgueil, secourable envers autrui et maître de ses sens : par ces quatre piliers du mérite, la terre est véritablement soutenue.

Verse 27

ततश्च गौतमस्तत्र जलं प्राप्य सुदुर्लभम् । नित्यनैमित्तिकं कर्म चकार विधिवत्तदा

Alors Gautama, ayant obtenu là cette eau extrêmement difficile à trouver, accomplit en ce temps-là, selon la règle, les rites quotidiens et les rites occasionnels prescrits.

Verse 28

ततो व्रीहीन्यवांश्चैव नीवारानप्यनेकधा । वापयामास तत्रैव हवनार्थं मुनीश्वरः

Alors le grand sage fit semer sur-le-champ du riz, de l’orge et maintes sortes de grains sauvages (nīvāra), afin d’accomplir le homa, l’offrande sacrée au feu.

Verse 29

धान्यानि विविधानीह वृक्षाश्च विविधास्तथा । पुष्पाणि च फलान्येव ह्यासंस्तत्रायनेकशः

Là, en ce lieu sacré, se trouvaient des grains de maintes sortes, des arbres de diverses espèces; et, de même, des fleurs et des fruits en profusion, partout, d’innombrables façons.

Verse 30

तच्छुत्वा ऋषयश्चान्ये तत्राया तास्सहस्रशः । पशवः पक्षिणश्चान्ये जीवाश्च बहवोऽगमन्

L’ayant appris, bien d’autres sages s’y rendirent par milliers. Des animaux et des oiseaux, et quantité d’autres êtres vivants, arrivèrent eux aussi.

Verse 31

तद्वनं सुन्दरं ह्यासीत्पृथिव्यां मंडले परम् । तदक्षयकरायोगादनावृष्टिर्न दुःखदा

Cette forêt était vraiment d’une beauté extrême, la plus haute merveille du domaine terrestre. Et, dotée d’une puissance inépuisable qui confère la prospérité, même l’absence de pluie n’y devenait pas cause de souffrance.

Verse 32

ऋषयोऽपि वने तत्र शुभकर्मपरायणाः । वासं चक्रुरनेके च शिष्यभार्य्यासुतान्विताः

Là, dans cette forêt, les ṛṣi eux aussi—voués aux rites et disciplines de bon augure—établirent leur demeure; et beaucoup y vécurent avec leurs disciples, leurs épouses et leurs fils.

Verse 33

धान्या नि वापयामासुः कालक्रमणहेतवे । आनंदस्तद्वने ह्यासीत्प्रभावाद्गौतमस्य च

Ils y semèrent des grains afin de marquer le cours du temps. Dans cette forêt, en vérité, régnait la joie—grâce aussi à la puissance spirituelle du sage Gautama.

Frequently Asked Questions

A century-long drought (anāvṛṣṭi) devastates the world; ṛṣi Gautama responds with six months of prāṇāyāma-centered tapas directed to Varuṇa, who appears and offers a boon, leading to a petition for rainfall and restoration.

Drought functions as a narrative sign of disrupted ṛta (cosmic regularity), while rain represents the re-harmonization of cosmic and social order; the text encodes a principle that disciplined inner regulation (prāṇāyāma/tapas) can mediate outer-world stability through divine sanction.

In the provided portion of Adhyāya 24, no explicit Śiva/Gaurī form is foregrounded; instead, the chapter advances Śaiva-typical praxis-theology indirectly by showcasing tapas and yogic discipline as the operative bridge to grace, here mediated through Varuṇa’s boon.