
Cet adhyāya, raconté par Sūta, met en scène une crise autour d’un dévot nommé Kāmarūpeśvara, figure liée à Śiva et à un lieu sacré, en opposant la royauté humaine, l’agression des rākṣasa et la protection invisible de Śiva. Śiva, accompagné de ses gaṇa, s’approche en secret (gupta) pour protéger (rakṣārtham) son dévot, établissant le motif central : la présence divine agit même lorsqu’elle demeure cachée. Un rākṣasa apprend qu’un roi accomplit un rite occulte et hostile (ābhicārika) « pour toi », ce qui attise sa cupidité et sa colère ; il s’arme et vient défier le roi. Le rākṣasa (nommé Bhīma dans les vers cités) menace de violence et exige la vérité, tandis que Kāmarūpeśvara se recueille intérieurement avec une confiance centrée sur Śiva. Le chapitre exprime la tension entre l’inéluctable (ce qui doit advenir ne peut être empêché ; le prārabdha gouverne les issues) et la grâce (Śaṅkara est compatissant et présent, donc la menace du démon n’est pas ultime). L’enseignement ésotérique propose un modèle purānique de providence : le prārabdha fixe le cadre des événements, mais la bhakti et la proximité de Śiva transforment la peur en abandon, révélant une protection à la fois métaphysique (Śiva, maître du destin) et concrète (les gaṇa et l’intervention cachée).
Verse 1
सूत उवाच । शिवोऽपि च गणैस्सार्द्धं जगाम हितकाम्यया । स्वभक्तनिकटं गुप्तस्तस्थौ रक्षार्थमादरात्
Sūta dit : Le Seigneur Śiva aussi, accompagné de Ses gaṇas, s’en alla par désir d’apporter le bien. Demeurant caché, Il se tint près de Son dévot avec un soin révérencieux, pour le protéger.
Verse 2
एतस्मिन्नन्तरे तत्र कामरूपेश्वरेण च । अत्यंतं ध्यानमारब्धं पार्थिवस्य पुरस्तदा
Cependant, là à Kāmarūpeśvara, le Seigneur entreprit une méditation très profonde et inébranlable, devant le roi terrestre en ce temps-là.
Verse 3
केनचित्तत्र गत्वा च राक्षसाय निवेदितम् । राजा किंचित्करोत्येवं त्वदर्थं ह्याभिचारिकम्
Quelqu’un s’y rendit et en fit le rapport au rākṣasa : «Le roi accomplit quelque chose—vraiment pour toi—un acte de sorcellerie hostile (abhicāra).»
Verse 4
सूत उवाच । राक्षसस्स च तच्छुत्वा क्रुद्धस्तद्धननेच्छया । गृहीत्वा करवालं च जगाम नृपतिं प्रति
Sūta dit : L’ayant entendu, le rākṣasa s’emporta de colère, désireux de le tuer. Saisissant une épée, il se dirigea vers le roi.
Verse 5
तद्दृष्ट्वा राक्षसस्तत्र पार्थिवादि स्थितं च यत् । तदर्थं तत्स्वरूपं च दृष्ट्वा किंचित्करोत्यसौ
Voyant qu’en ce lieu était établi un emblème sacré—à commencer par un liṅga de terre et autres—le rākṣasa, après en avoir discerné le dessein et la vraie nature, entreprit alors quelque action en retour.
Verse 6
अत एनं बलादद्य हन्मि सोपस्करं नृपम् । विचार्येति महाक्रुद्धो राक्षसः प्राह तं नृपम्
«C’est pourquoi, aujourd’hui, je tuerai de force ce roi, avec tout son équipement et ses biens.» Ayant ainsi délibéré, le rākṣasa, en proie à une grande colère, adressa ces paroles au roi.
Verse 7
भीम उवाच । रेरे पार्थिव दुष्टात्मन्क्रियते किं त्वयाधुना । सत्यं वद न हन्यां त्वामन्यथा हन्मि निश्चितम्
Bhīma dit : «Hé, roi à l’âme perverse ! Que fais-tu maintenant ? Dis la vérité : si tu la dis, je ne te tuerai pas ; sinon, je te mettrai à mort à coup sûr.»
Verse 8
सूत उवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्य कामरूपेश्वरश्च सः । मनसीति चिचिन्ताशु शिवविश्वासपूरितः
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, Kāmarūpeśvara—l’esprit aussitôt rempli d’une foi inébranlable en Śiva—médita en lui-même : «Ainsi en est-il.»
Verse 9
भविष्यं यद्भवत्येव नास्ति तस्य निवर्तकः । प्रारब्धाधीनमेवात्र प्रारब्धस्स शिवः स्मृतः
Ce qui doit advenir advient en vérité : nul ne peut le détourner. Ici, tout est régi par le prārabdha (le karma déjà mis en mouvement), et ce prārabdha même est tenu en mémoire comme Śiva.
Verse 10
कृपालुश्शंकरश्चात्र पार्थिवे वर्तते ध्रुवम् । मदर्थं न करोतीह कुतः कोयं च राक्षसः
«Le compatissant Śaṅkara est assurément présent ici, dans cet emblème terrestre, le Liṅga Pārthiva. Pourtant, Il n’agit pas ici pour moi ; comment donc cet être pourrait-il être un rākṣasa ?»
Verse 11
स्वानुरूपां प्रतिज्ञां स सत्यं चैव करिष्यति । सत्यप्रतिज्ञो भगवाञ्छिवश्चेति श्रुतौ श्रुतः
Il accomplira assurément le vœu qui lui convient, et il se réalisera à coup sûr. Car les Veda eux-mêmes proclament que Bhagavān Śiva est «fidèle à sa parole».
Verse 12
मम भक्तं यदा कश्चित्पीडयत्यतिदारुणः । तदाहं तस्य रक्षार्थं दुष्टं हन्मि न संशयः
«Chaque fois que quelqu’un tourmente cruellement Mon dévot, alors, pour le protéger, J’abats le méchant—sans aucun doute.»
Verse 13
एवं धैर्य्यं समालंब्य ध्यात्वा देवं च शंकरम् । प्रार्थयामास सद्भक्त्या मनसैव रसेश्वरः
Ainsi, s’appuyant sur la fermeté du cœur, Raseśvara médita sur le Deva Śaṅkara ; et, avec une dévotion authentique, il offrit sa prière—en silence, dans le seul sanctuaire de l’esprit.
Verse 14
त्वदीयोऽस्मि महाराज यथेच्छसि तथा कुरु । सत्यं च वचनं ह्यत्र ब्रवीमि कुरु मे हितम्
Ô grand roi, je suis à toi : fais selon ton désir. Ici je dis une parole de vérité : agis pour mon bien.
Verse 15
एवं मनसि स ध्यात्वा सत्यपाशेन मंत्रितः । प्राह सत्यं वचो राजा राक्षसं चावमानयन्
Ainsi, après avoir médité en son cœur et s’être affermi intérieurement par le « lasso de la vérité » (satyapāśa), le roi prononça des paroles véridiques, tout en réprimandant et en humiliant le rākṣasa.
Verse 16
नृप उवाच । भजामि शंकरं देवं स्वभक्तपरिपालकम् । चराचराणां सर्वेषामीश्वरं निर्विकारकम्
Le Roi dit : «J’adore le dieu Śaṅkara, protecteur de Ses propres dévots, Souverain de tous les êtres, mobiles et immobiles, et demeurant à jamais sans altération.»
Verse 17
सूत उवाच । इति तस्य वचः श्रुत्वा कामरूपेश्वरस्य सः । क्रोधेन प्रचलद्गात्रो भीमो वचनमब्रवीत्
Sūta dit : Ayant entendu les paroles de Kāmarūpeśvara, Bhīma—les membres frémissants de colère—prit la parole en réponse.
Verse 18
भीम उवाच । शंकरस्ते मया ज्ञातः किं करिष्यति वै मम । यो मे पितृव्यकेनैव स्थापितः किंकरो यथा
Bhīma dit : « Je sais fort bien qui est ton Śaṅkara. Que pourrait-il réellement faire contre moi ? Car c’est par mon propre oncle paternel que j’ai été placé sous son autorité, tel un simple serviteur. »
Verse 19
तद्बलं हि समाश्रित्य विजेतुं त्वं समीहसे । तर्हि त्वया जितं सर्वं नात्र कार्या विचारणा
C’est en t’appuyant sur cette puissance même que tu cherches à vaincre. S’il en est ainsi, alors par toi tout est déjà conquis ; ici, nul besoin d’autre réflexion.
Verse 20
यावन्मया न दृष्टो हि शंकरस्त्वत्प्रपालकः । तावत्त्वं स्वामिनं मत्वा सेवसे नान्यथा क्वचित्
Tant que je n’avais pas vu Śaṅkara, ton véritable protecteur, tu servais celui-ci en le tenant pour ton maître ; jamais, à aucun moment, tu n’agis autrement.
Verse 21
इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसंहितायां भीमेश्वरज्योतिर्लिङ्गोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनं नामैकविंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein du Quatrième Livre, la Koṭirudra Saṃhitā, s’achève le vingt-et-unième chapitre, intitulé : «Récit de la grandeur et de l’origine du Bhīmeśvara Jyotirliṅga».
Verse 22
अन्यथा हि भयं तेऽद्य भविष्यति न संशयः । स्वामिनस्ते करं तीक्ष्णं दास्येऽहं भीमविक्रमः
Sinon, aujourd’hui la crainte sera assurément la tienne, sans aucun doute. Moi, à la vaillance redoutable, je te ferai subir la main sévère de ton maître (son châtiment).
Verse 23
सूत उवाच । इति तद्वचनं श्रुत्वा कामरूपेश्वरो नृपः । दृढं शंकरविश्वासो द्रुतं वाक्यमुवाच तम्
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, le roi Kāmarūpeśvara, fermement établi dans la foi en Śaṅkara, lui adressa aussitôt la parole.
Verse 24
राजोवाच । अहं च पामरो दुष्टो न मोक्ष्ये शंकरं पुनः । सर्वोत्कृष्टश्च मे स्वामी न मां मुंचति कर्हिचित्
Le Roi dit : «Je suis en vérité un homme vil et mauvais ; je n’abandonnerai plus Śaṅkara. Mon Seigneur est l’Excellence suprême : jamais, en aucun temps, Il ne me délaissera.»
Verse 25
सूत उवाच । एवं वचस्तदा श्रुत्वा तस्य राज्ञश्शिवात्मनः । तं प्रहस्य द्रुतं भीमो भूपतिं राक्षसोऽब्रवीत्
Sūta dit : Ayant ainsi entendu les paroles de ce roi, dont l’âme même était vouée à Śiva, le redoutable rākṣasa Bhīma se mit promptement à rire avec dérision et s’adressa au souverain.
Verse 26
भीम उवाच । मत्तो भिक्षयते नित्यं स किं जानाति स्वाकृतिम् । योगिनां का च निष्ठा वै भक्तानां प्रतिपालने
Bhīma dit : « Il mendie chaque jour auprès de moi ; comment pourrait-il connaître sa propre nature véritable ? Et quelle ferme discipline les yogins pourraient-ils avoir, si c’est justement dans la protection et le soin des dévots que se révèle la résolution du Seigneur ? »
Verse 27
इति कृत्वा मतिं त्वं च दूरतो भव सर्वथा । अहं च तव स स्वामी युद्धं वै करवावहे
Ayant ainsi arrêté ta pensée, retire-toi entièrement et tiens-toi au loin. Moi—qui suis en vérité ton seigneur légitime—j’entrerai maintenant dans la bataille.
Verse 28
सूत उवाच । इत्युक्तस्य नृपश्रेष्ठश्शंभुभक्तो दृढव्रतः । प्रत्युवाचाभयो भीमं दुःखदं जगतां सदा
Sūta dit : Ainsi interpellé, le meilleur des rois—ferme dans son vœu et dévot de Śambhu—répondit sans crainte à Bhīma, qui était sans cesse source de souffrance pour les mondes.
Verse 29
राजोवाच । शृणु राक्षस दुष्टात्मन्मया कर्तुं न शक्यते । त्वया विक्रियते तर्हि कुतस्त्वं शक्तिमानसि
Le roi dit : «Écoute, ô rākṣasa à l’âme perverse. Je ne puis faire cela. Si c’est toi qui es altéré et entraîné, d’où prétends-tu tirer ta puissance ?»
Verse 30
सूत उवाच । इत्युक्तस्सैन्यमादाय राजानं परिभर्त्स्य तम् । करालं करवालं च पार्थिवे प्राक्षिपत्तदा
Sūta dit : Ainsi interpellé, il rassembla ses troupes ; puis, réprimandant ce roi, il lança aussitôt sur le souverain une épée terrible et un cimeterre.
Verse 31
पश्य त्वं स्वामिनोऽद्यैव बलं भक्तसुखावहम् । इत्युवाच विहस्यैव राक्षसैस्स महाबलः
«Voyez : aujourd’hui même, contemplez la puissance de notre maître, le Seigneur, dont la force apporte la joie à ses dévots.» Ainsi parla-t-il en riant, et cet être d’une grande puissance s’adressa aux rākṣasas.
Verse 32
करवालः पार्थिवं च यावत्स्पृशति नो द्विजाः । यावच्च पार्थिवात्तस्मादाविरासीत्स्वयं हरः
Ô vous, deux-fois-nés : jusqu’à ce que l’épée touchât le Liṅga de terre, et jusqu’à ce que, de cette forme même de terre, Hara se manifestât de lui-même.
Verse 33
पश्य भीमेश्वरोहं च रक्षार्थं प्रकटोऽभवम् । मम पूर्वव्रतं ह्येतद्रक्ष्यो भक्तो मया सदा
Vois : Je suis Bhīmeśvara. Pour la protection, Je me suis manifesté ici. Tel est Mon vœu ancien : Mon dévot, Je le protège toujours.
Verse 34
एतस्मात्पश्य मे शीघ्रं बलं भक्तसुखावहम् । इत्युक्त्वा स पिनाकेन करवालो द्विधा कृतः
«Ainsi, vois sans tarder Ma puissance, qui apporte la joie aux dévots.» Ayant dit cela, il prit l’arc Pināka et fendit l’épée en deux.
Verse 35
पुनश्चैव त्रिशूलं स्वं चिक्षिपे तेन रक्षसा । तच्छूलं शतधा नीतमपि दुष्टस्य शंभुना
Puis, à nouveau, ce rākṣasa lança son propre trident. Pourtant, Śambhu, soumettant le méchant, réduisit ce trident en cent morceaux.
Verse 36
पुनश्शक्तिश्च निःक्षिप्ता तेन शंभूपरि द्विजाः । शंभुना सापि बाणैस्स्वैर्लक्षधा च कृता द्रुतम्
À nouveau, il lança sa lance sur Śambhu. Mais Śambhu, ô sages deux fois nés, brisa rapidement cette arme même en cent mille morceaux avec ses propres flèches.
Verse 37
पट्टिशश्च ततस्तेन निःक्षिप्तो हि शिवोपरि । शिवेन स त्रिशूलेन तिलशश्च कृतं क्षणात्
Alors il lança une hache de guerre sur Śiva. En un instant, Śiva, de Son trident, la brisa en menus éclats, pareils à des graines de sésame.
Verse 38
ततश्शिवगणानां च राक्षसानां परस्परम् । युद्धमासीत्तदा घोरं पश्यतां दुःखकावहम्
Puis, entre les gaṇas de Śiva et les rākṣasas, s’éleva un combat farouche, s’affrontant l’un l’autre—terrible à voir et source de chagrin pour tous les témoins.
Verse 39
ततश्च पृथिवी सर्वा व्याकुला चाभवत्क्षणात् । समुद्राश्च तदा सर्वे चुक्षुभुस्समहीधराः
Alors, en un instant, la terre entière fut bouleversée. En ce temps-là, tous les océans se soulevèrent en tumulte, et même les montagnes furent ébranlées, révélant la puissance accablante mise en mouvement par la volonté cosmique de Śiva.
Verse 40
देवाश्च ऋषयस्सर्वे बभूवुर्विकला अति । ऊचुः परस्परं चेति व्यर्थं वै प्रार्थितश्शिवः
Alors tous les dieux et tous les sages furent saisis d’un profond abattement et devinrent impuissants. Se parlant les uns aux autres, ils conclurent : «Vraiment, notre supplication à Śiva est devenue vaine.»
Verse 41
नारदश्च समागत्य शंकरं दुःखदाहकम् । प्रार्थयामास तत्रैव सांजलिर्नतमस्तकः
Alors Nārada arriva et, sur-le-champ, pria Śaṅkara—le Seigneur qui brûle la douleur—les mains jointes et la tête inclinée avec vénération.
Verse 42
नारद उवाच । क्षम्यतां क्षम्यतां नाथ त्वया विभ्रमकारक । तृणेकश्च कुठारो वै हन्यतां शीघ्रमेव हि
Nārada dit : «Pardonne-moi, pardonne-moi, ô Seigneur. Tu es Celui qui suscite l’illusion (et aussi Celui qui la dissipe). Un simple brin d’herbe n’est pas une hache ; frappe-moi donc sans tarder, vraiment.»
Verse 43
इति संप्रार्थितश्शंभुः सर्वान्रक्षोगणान्प्रभुः । हुंकारेणैव चास्त्रेण भस्मसात्कृतवांस्तदा
Ainsi supplié, Śambhu—le Seigneur souverain—réduisit alors en cendres toutes ces troupes de rākṣasas par l’arme même de son rugissement « Huṃ ».
Verse 44
सर्वे ते राक्षसा दग्धाः शंकरेण क्षणं मुने । बभूवुस्तत्र सर्वेषां देवानां पश्यताद्भुतम्
Ô sage, en un seul instant tous ces rākṣasas furent consumés par Śaṅkara. Là même, sous les yeux de tous les devas, un événement merveilleux se produisit.
Verse 45
दावानलगतो वह्निर्यथा च वनमादहेत् । तथा शिवेन क्रुद्धेन राक्षसानां बलं क्षणात्
De même que le feu, poussé par un brasier de forêt, consume les bois, de même, lorsque Śiva s’irrite, la puissance des Rākṣasas est dévorée en un instant.
Verse 46
भीमस्यैव च किं भस्म न ज्ञातं केनचित्तदा । परिवारयुतो दग्धो नाम न श्रूयते क्वचित्
En ce temps-là, nul ne sut ce qu’il advint de Bhīma—pas même si des cendres demeurèrent. Nulle part on n’entend dire qu’il ait été brûlé à mort avec sa suite.
Verse 47
ततश्शिवस्य कृपया शांतिं प्राप्ता मुनीश्वराः । देवास्सर्वे च शक्राद्यास्स्वास्थ्यं प्रापाखिलं जगत्
Alors, par la compassion du Seigneur Śiva, les grands sages obtinrent la paix. Tous les dieux—à commencer par Śakra (Indra)—retrouvèrent le bien-être, et le monde entier recouvra sa plénitude et sa stabilité.
Verse 48
क्रोधज्वाला महेशस्य निस्ससार वनाद्वनम् । राक्षसानां च तद्भस्म सर्वं व्याप्तं वनेऽखिलम्
De la colère de Maheśa jaillit une flamme ardente, se répandant de forêt en forêt. Et la cendre de ces rākṣasas envahit tout le bois, le couvrant en tous sens.
Verse 49
ततश्चौषधयो जाता नानाकार्यकरास्तथा । रूपान्तरं ततो नॄणां भवेद्वेषांतरं तथा
Alors naquirent des herbes médicinales de maintes sortes, chacune capable de produire de multiples effets. Ensuite, parmi les humains, apparurent des différences de forme, ainsi que des différences d’apparence extérieure et de vêtement.
Verse 50
भूतप्रेतपिशाचादि दूरतश्च ततो व्रजेत् । तन्न कार्यं च यच्चैव ततो न भवति द्विजाः
De ce lieu, il faut s’éloigner au loin des bhūta, preta, piśāca et autres semblables. Ô dvija, n’y entreprenez aucun acte, car d’un tel endroit ne naît aucun accomplissement favorable.
Verse 51
ततः प्रार्थितश्शम्भुर्मुनिभिश्च विशेषतः । स्थातव्यं स्वामिना ह्यत्र लोकानां सुखहेतवे
Alors Śambhu (Śiva), ardemment sollicité par les munis en particulier, fut supplié : «Ô Seigneur, demeure ici, car Tu es le Maître ; reste pour le bien et le bonheur des mondes.»
Verse 52
अयं वै कुत्सितो देश अयोध्यालोकदुःखदः । भवंतं च तदा दृष्ट्वा कल्याणं संभविष्यति
«Ce lieu est vraiment méprisable, dispensateur de peine au peuple d’Ayodhyā. Pourtant, en Te voyant alors, l’auspice naîtra assurément.»
Verse 53
भीमशंकरनामा त्वं भविता सर्वसाधकः । एतल्लिंगं सदा पूज्यं सर्वापद्विनिवारकम्
Tu seras renommé sous le nom de Bhīmaśaṅkara, celui qui accomplit tous les buts. Ce Liṅga doit être vénéré sans cesse, car il écarte toute calamité.
Verse 54
सूत उवाच । इत्येवं प्रार्थितश्शम्भुर्लोकानां हितकारकः । तत्रैवास्थितवान्प्रीत्या स्वतन्त्रो भक्तवत्सलः
Sūta dit : Ainsi imploré, Śambhu—toujours tourné vers le bien des mondes—demeura là même, dans une joie aimante ; bien que pleinement souverain, il est tendre envers ses dévots.
A rākṣasa (Bhīma) advances to harm a king after hearing of an alleged ābhicārika act, while Śiva—arriving with gaṇas—stays concealed near His devotee; the theological argument contrasts prārabdha’s inevitability with the lived certainty of Śiva’s protective presence.
Śiva’s ‘hidden’ proximity (gupta-sthiti) symbolizes transcendence that remains immanent: the divine may be unseen yet causally decisive. The rākṣasa’s sword and threats encode the volatility of tamasic force, while the devotee’s internal reflection models śiva-viśvāsa as a yogic stabilizer that converts crisis into surrender.
The chapter highlights Śiva as Śaṅkara—the compassionate protector who operates through gaṇas and providential concealment. Gaurī is not foregrounded in the sampled passage; the emphasis is on Śiva’s rakṣā-śakti rather than a paired theophany.