
Cet adhyāya est transmis sous forme de dialogue : les ṛṣis prient Sūta d’expliquer le « quatrième Jyotirliṅga », identifié à Oṃkāra/Parameśa et loué comme celui qui efface tous les péchés. Sūta ouvre alors un récit enchâssé : Nārada, grand dévot, se rend à Gokarṇa pour adorer Śiva. Le nœud de l’intrigue concerne l’orgueil du mont Vindhya, qui se croit absolu—« tout est en moi, rien ne me manque »—illustrant le māna (vanité). Nārada introduit une hiérarchie en rappelant que le mont Meru est plus élevé, brisant ainsi cette autosatisfaction. Vindhya, accablé, se repent, entreprend des tapas, vénère Viśveśvara/Śaṃbhu et cherche refuge (śaraṇāgati) auprès de Śaṅkara. L’enseignement souligne que l’orgueil empêche la juste relation à Śiva, tandis que le discernement (viveka) et l’abandon à Śiva rectifient l’erreur morale et métaphysique, menant au salut.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । त्वया सूत महाभाग श्राविता ह्यद्भुता कथा । महाकालाख्यलिंगस्य निजभक्तसुरक्षिकः
Les sages dirent : « Ô Sūta, ô toi le très fortuné, tu nous as vraiment fait entendre un récit merveilleux : comment le Liṅga nommé Mahākāla demeure le protecteur inébranlable de ses propres dévots ».
Verse 2
ज्योतिर्लिंगं चतुर्थं च कृपया वद वित्तम । ओंकारं परमेशस्य सर्वपातकहारिणः
Ô le meilleur des sages, daigne, par compassion, nous dire quel est le quatrième Jyotirlinga : Oṃkāra, appartenant au Seigneur Suprême (Parameśvara), celui qui efface tous les péchés.
Verse 4
सूत उवाच । ओंकारे परमेशाख्यं लिंगमासीद्यथा द्विजाः । तथा वक्ष्यामि वः प्रीत्या श्रूयतां परमर्षयः । कस्मिंश्चित्समये चाञ नारदो भगवान्मुनिः । गोकर्णाख्यं शिवं गत्वा सिषेवे परभक्तिमान्
Sūta dit : « Ô vous, deux-fois-nés, de même que le Liṅga nommé Parameśvara se manifesta à Oṃkāra, ainsi vous le raconterai-je avec amour ; écoutez, ô grands sages. En un temps donné, le vénérable muni Nārada, rempli de dévotion suprême, se rendit auprès de Śiva à Gokarṇa et l’adora. »
Verse 5
ततस्स आगतो विन्ध्यं नगेशं मुनिसत्तमः । तत्रैव पूजितस्तेन बहुमानपुरस्सरम्
Ensuite, le plus éminent des sages parvint au Vindhya, seigneur des montagnes. Là même, il fut honoré et vénéré par lui, avec une haute considération et un profond respect.
Verse 6
मयि सर्वं विद्यते च न न्यूनं हि कदाचन । इति भावं समास्थाय संस्थितो नारदाग्रतः
S’étant établi dans la conviction : «En moi tout existe, et jamais je ne manque de rien, en aucun temps», il demeura ferme, se tenant devant Nārada.
Verse 7
तन्मानं तत्तदा श्रुत्वा नारदो मानहा ततः । निश्श्वस्य संस्थितस्तत्र श्रुत्वाविन्ध्योऽब्रवीदिदम्
Entendant sur-le-champ cette parole orgueilleuse, Nārada—celui qui abat l’orgueil—poussa un profond soupir et demeura immobile en ce lieu. Alors Vindhya, l’ayant perçu, parla ainsi.
Verse 8
विन्ध्य उवाच । किं न्यूनं च त्वया दृष्टं मयि निश्श्वासकारणम् । तच्छ्रुत्वा नारदो वाक्यमब्रवीत्स महामुनिः
Vindhya dit : «Quelle insuffisance as-tu vue en moi pour que ton soupir en soit la cause ?» À ces mots, le grand sage Nārada répondit.
Verse 9
नारद उवाच । विद्यते त्वयि सर्वं हि मेरुरुच्चतरः पुनः । देवेष्वपि विभागोऽस्य न तवास्ति कदाचन
Nārada dit : «En vérité, tout se trouve en toi, et tu es plus élevé encore que le mont Meru. Même parmi les dieux il y a distinctions et partages ; mais en toi, jamais, à aucun moment, il n’y a pareille division.»
Verse 10
सूत उवाच । इत्युक्त्वा नारदस्तस्माज्जगाम च यथागतम् । विन्ध्यश्च परितप्तो वै धिग्वै मे जीवितादिकम्
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, Nārada quitta ce lieu et s’en alla comme il était venu. Et Vindhya, brûlé par le remords, s’écria : « Honte à ma vie et à tout ce qui s’y rattache ! »
Verse 11
विश्वेश्वरं तथा शंभुमाराध्य च तपाम्यहम् । इति निश्चित्य मनसा शंकर शरणं गतः
Résolu en son cœur : « J’accomplirai des austérités et j’adorerai Viśveśvara — Śambhu Lui-même », il alla vers Śaṅkara et prit refuge en Lui.
Verse 12
जगाम तत्र सुप्रीत्या ह्योंकारो यत्र वै स्वयम् । चकार च पुनस्तत्र शिवमूर्तिश्च पार्थिवीम्
Avec une grande joie, Oṃkāra se rendit en ce lieu même où il s’était manifesté. Et là, de nouveau, il façonna une effigie terrestre de Śiva.
Verse 13
आराध्य च तदा शंभुं षण्मासं स निरन्तरम् । न चचाल तपस्थानाच्छिवध्यानपरायणः
Alors il adora Śambhu sans relâche durant six mois. Il ne quitta pas son lieu d’austérité, entièrement voué à la méditation sur Śiva.
Verse 14
एवं विंध्यतपो दृष्ट्वा प्रसन्नः पार्वतीपतिः । स्वरूपं दर्शयामास दुर्ल्लभं योगिनामपि
Voyant l’austérité accomplie au Vindhya, le Seigneur de Pārvatī fut comblé de grâce; et Il manifesta Sa propre forme véritable, difficile à atteindre même pour les yogins.
Verse 15
प्रसन्नस्स तदोवाच ब्रूहि त्वं मनसेप्सितम् । तपसा ते प्रसन्नोस्मि भक्तानामीप्सितप्रदः
Satisfait, Il dit alors : «Dis-Moi ce que ton cœur désire. Par ton tapas (austérité), Je suis content de toi ; Je suis Celui qui accorde les vœux chers de Mes dévots.»
Verse 16
विन्ध्य उवाच । यदि प्रसन्नो देवेश बुद्धिं देहि यथेप्सिताम् । स्वकार्यसाधिनीं शंभो त्वं सदा भक्तवत्सलः
Vindhya dit : «Ô Seigneur des dieux, si Tu es satisfait, accorde-moi l’intelligence que je désire — une compréhension qui accomplira mon dessein. Ô Śambhu, Tu es toujours plein d’affection pour Tes dévots.»
Verse 17
सूत उवाच । तच्छ्रुत्वा भगवाञ्छंभुश्चिचेत हृदये चिरम् । परोपतापदं विन्ध्यो वरमिच्छति मूढधीः
Sūta dit : L’ayant entendu, le Seigneur bienheureux Śambhu réfléchit longuement en Son cœur : «Vindhya, à l’intelligence égarée, demande une grâce qui deviendrait cause de tourment pour autrui.»
Verse 18
इति श्रीशिवमहापुराणे चतुर्थ्यां कोटिरुद्रसंहितायामोंकारेश्वरज्योतिर्लिंगमाहात्म्यवर्णनं नामाष्टादशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la quatrième section, la Koṭirudra Saṃhitā, s’achève le dix-huitième chapitre intitulé « Description de la grandeur du Jyotirliṅga d’Oṃkāreśvara ».
Verse 19
सूत उवाच । तथापि दत्तवाञ् शंभुस्तस्मै तद्वरमुत्तमम् । विध्यपर्वतराज त्वं यथेच्छसि तथा कुरु
Sūta dit : Malgré tout, Śambhu lui accorda ce don suprême en disant : « Ô roi de la montagne Vindhya, fais exactement selon ton désir. »
Verse 20
एवं च समये देवा ऋपयश्चामलाशयाः । संपूज्य शंकरं तत्र स्थातव्यमिति चाबुवन्
En cet instant même, les dieux et les sages, au cœur pur, après avoir dûment adoré Śaṅkara en ce lieu, déclarèrent : « C’est ici même que nous devons demeurer. »
Verse 21
तच्छुत्वा देववचनं प्रसन्नः परमेश्वरः । तथैव कृतवान्प्रीत्या लोकानां सुखहेतवे
Entendant les paroles des dieux, Parameśvara (le Seigneur Śiva) devint gracieux et comblé de joie ; et, par bienveillance aimante, Il fit exactement ce qui était demandé, pour le bonheur et le bien de tous les mondes.
Verse 22
ॐ कारं चैव यल्लिंगमेकं तच्च द्विधा गतम् । प्रणवे चैव ओंकारनामासीत्स सदाशिवः
Ce Liṅga unique, qui est la syllabe Oṁ, devint en vérité double. Dans le Praṇava, celui nommé « Oṅkāra » n’est autre que Sadāśiva Lui‑même.
Verse 23
पार्थिवे चैव यज्जातं तदासीत्परमेश्वरः । भक्ताभीष्टप्रदौ चोभौ भुक्तिमुक्तिप्रदौ द्विजाः
Ô brāhmanes, tout ce qui se manifesta là sous la forme terrestre (pārthiva) était en vérité Parameśvara Lui‑même. Tous deux devinrent dispensateurs des vœux des dévots, accordant bhukti (jouissance) et mukti (délivrance).
Verse 24
तत्पूजां च तदा चक्रुर्देवाश्च ऋषयस्तथा । प्रापुर्वराननेकांश्च संतोष्य वृषभध्वजम्
Alors les dieux et les sages accomplirent ce culte. Ayant satisfait le Seigneur au drapeau du Taureau (Śiva), ils obtinrent de nombreuses grâces.
Verse 25
स्वस्वस्थानं ययुर्देवा विन्ध्योपि मुदितोऽधिकम् । कार्य्यं साधितवान्स्वीयं परितापं जहौ द्विजाः
Ô deux-fois-nés, les dieux retournèrent chacun à sa demeure; même le mont Vindhya se réjouit grandement. Ayant accompli son dessein, il rejeta sa peine.
Verse 26
य एवं पूजयेच्छंभुं मातृगर्भं वसेन्न हि । यदभीष्टफलं तच्च प्राप्नुयान्नात्र संशय
Quiconque vénère ainsi Śambhu (le Seigneur Śiva) n’aura certes plus à demeurer dans le sein maternel. Il obtient le fruit même qu’il désire—sans aucun doute.
Verse 27
सूत उवाच । एतत्ते सर्वमाख्यातमोंकारप्रभवे फलम् । अतः परं प्रवक्ष्यामि केदारं लिंगमुत्तमम्
Sūta dit : «Je t’ai exposé entièrement le fruit issu de la manifestation de l’Oṃkāra. À présent, je décrirai le Liṅga suprême de Kedāra».
It introduces the Oṃkāra/Parameśa Jyotirliṅga frame and narrates how Nārada’s intervention exposes Vindhya’s pride (māna) by invoking Meru’s superiority, catalyzing Vindhya’s resolve to seek Śiva through tapas and refuge (śaraṇāgati).
Oṃkāra signifies Śiva as the sonic-ontological ground (praṇava as consciousness), while the “mountain hierarchy” functions as an ethical allegory: elevation becomes a metaphor for spiritual maturity, and the correction of māna is presented as necessary for receiving the liṅga’s purificatory power.
Śiva is referenced through the Oṃkāra-Parameśa Liṅga (Jyotirliṅga framing) and through epithets Viśveśvara, Śaṃbhu, and Śaṅkara—names that emphasize sovereignty (lord of all), beneficence, and the refuge-giving aspect of the deity.