Adhyaya 15
Kailasa SamhitaAdhyaya 1551 Verses

सृष्टिपद्धतिवर्णनम् (Exposition of the Supreme Method of Creation and the Tirodhāna-Cakra)

Ce chapitre prend la forme d’un enseignement doctrinal donné par Īśvara, qui annonce une « excellente méthode de création » (sṛṣṭi-paddhati). Les vers exposent une cosmologie śaiva technique : Sadāśiva est décrit comme le Seigneur collectif (samaṣṭi) de l’ākāśa, tandis qu’une tétrade (catuṣṭaya) telle que Maheśa et ses formes apparentées constitue la manifestation particulière/distribuée (vyaṣṭi). Le texte distingue ensuite d’autres modalités divines (dont une tétrade d’Īśvara) et introduit la fonction de tirodhāna comme un cakra ordonné à deux modes : l’un accessible aux divinités de la classe Rudra, l’autre opérant, par la limitation incarnée, chez les êtres liés (paśu). Le voilement est relié à l’expérience karmique, et il est dit qu’à l’équilibre du karma le Seigneur devient tout de grâce (anugrahamaya). Les divinités « Sarveśvara » sont caractérisées comme réalité non-duelle, sans maladie, nirvikalpa, et un tirodhāna-cakra est associé à Maheśvara. Enfin, l’obtention du « pada » de Maheśa est présentée comme une voie de libération pour les dévots de Maheśvara, s’achevant par des étapes telles que sālokya.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । ततः परं प्रवक्ष्यामि सृष्टिपद्धतिमुत्तमाम् । सदाशिवान्महेशादिचतुष्कस्य वरानने

Īśvara dit : «À présent, ô toi au visage gracieux, je vais exposer la voie suprême de la création : comment le principe quadruple, commençant par Maheśa, procède de Sadāśiva.»

Verse 2

सदाशिवस्समष्टिस्स्यादाकाशधिपतिः प्रभुः । अस्यैव व्यष्टितापन्नम्महेशादिचतुष्टयम्

Sadāśiva est la Totalité intégrale et indivise (samasti), le Seigneur souverain qui préside à l’ākāśa, l’éther omniprésent. De Lui seul, en assumant des modes différenciés (vyashti), naît l’ensemble quadruple commençant par Maheśa.

Verse 3

सदाशिवसहस्रांशान्महेशस्य समुद्भवः । पुरुषाननरूपत्वाद्वायोरधिपतिश्च सः

Il naît de Maheśa comme la manifestation d’une millième part de Sadāśiva. Parce qu’il porte la forme au visage d’homme (puruṣānana), il est aussi le seigneur et le gouverneur de Vāyu, le principe du vent.

Verse 4

मायाशक्तियुतो वामे सकलश्च क्रियाधिकः । अस्यैव व्यष्टिरूपं स्यादीश्वरादिचतुष्टयम्

À gauche se tient le Seigneur uni à la puissance de Māyā — manifeste (sakala) et prépondérant dans l’acte divin. De cette même réalité naît, dans son aspect individuel (vyaṣṭi), le groupe quadruple commençant par Īśvara.

Verse 5

ईशो विश्वेश्वरः पश्चात्परमेशस्ततः परम् । सर्वेश्वर इतीदन्तु तिरोधाचक्रमुत्तमम्

On l’appelle Īśa; puis Viśveśvara; ensuite Parameśa; et au-delà, Sarveśvara. Ces appellations successives relèvent en vérité du suprême « Tirodhāna-cakra » — le pouvoir exalté du Seigneur de voiler, de cacher et de régir la révélation.

Verse 6

तिरोभावो द्विधा भिन्न एको रुद्रादिगोचरः । अन्यश्च देहभावेन पशुवर्गस्य सन्ततेः

Le voilement (tirobhāva) est de deux sortes distinctes. L’une est perceptible à Rudra et aux autres êtres divins; l’autre, née de l’identification au corps, appartient à la lignée continue des âmes liées (paśu).

Verse 7

भोगानुरंजनपरः कर्मसाम्यक्षणावधि । कर्मसाम्ये स एकः स्यादनुग्रहमयो विभुः

Celui qui se complaît dans la jouissance des expériences (bhoga) demeure lié seulement jusqu’à l’instant où ses karmas parviennent à l’équilibre. Quand cet équilibre karmique est atteint, l’Unique Seigneur, qui pénètre tout, devient pure grâce et accorde sa faveur.

Verse 8

तत्र सर्वेश्वरा यास्ते देवताः परिकीर्त्तिताः । परब्रह्मात्मकाः साक्षान्निर्विकल्पा निरामयाः

Là, ces divinités célébrées comme les Seigneurs de tout sont, en vérité, de la nature même du Brahman suprême : manifestes en personne, sans aucune distinction conceptuelle, et intactes, sans la moindre souillure de souffrance ni de maladie.

Verse 9

तिरोभावात्मकं चक्रं भवेच्छान्तिकलामयम् । महेश्वराधिष्ठितं च पदमेतदनुत्तमम्

La roue dont l’essence est le voilement (tirobhāva) se compose de la puissance de la paix (śānti-kalā). Cet état (pada) sans égal est présidé par Maheśvara Lui-même.

Verse 10

एतदेव पदं प्राप्यं महेशपदसेविनाम् । माहेश्वराणां सालोक्यक्रमादेव विमुक्तिदम्

Cet état seul est à atteindre pour ceux qui servent aux pieds (la demeure suprême) de Mahesha. Pour les dévots de Maheshvara, la délivrance est accordée par la progression même qui commence par sālokya—demeurer dans Son monde—et se poursuit ensuite.

Verse 11

महेश्वरसहस्रांशाद्रुद्रमूर्तिरजायत । अघोरवदनाकारस्तेजस्तत्त्वाधिपश्च सः

D’un rayon mille fois déployé de Maheshvara se manifesta la forme de Rudra. Il portait le visage d’Aghora et présidait, en seigneur, au principe de Tejas, le feu rayonnant.

Verse 12

गौरीशक्तियुतो वामे सर्व्वसंहारकृत्प्रभुः । अस्यैव व्यष्टिरूपं स्याच्छिवाद्यथ चतुष्टयम्

À Sa gauche est unie la Śakti de Gaurī ; ce Seigneur est le souverain qui accomplit la dissolution de tout. De ce même Suprême, la manifestation différenciée (vyasṭi) est dite être la réalité quadruple commençant par Śiva.

Verse 13

शिवो हरो मृडभवौ विदितं चक्रमद्भुतम् । संहाराख्यं महादिव्यं परमं हि मुनीश्वर

Ô seigneur des sages, il est bien connu que Śiva—Hara, Mṛḍa le bienveillant, source de l’auguste devenir—possède un disque merveilleux, suprêmement divin et sans égal, nommé « Saṃhāra », puissance/arme de la dissolution.

Verse 14

स संहारस्त्रिधा प्रोक्तो बुधैर्नित्यादिभेदतः । नित्यो जीवसुषुप्त्याख्यो विधेर्नैमित्तिकः स्मृतः

Les sages déclarent que la dissolution (saṃhāra) est triple, distinguée comme « éternelle » et les autres formes. La dissolution éternelle est appelée l’état de sommeil profond (suṣupti) de l’âme ; tandis que la dissolution occasionnelle (naimittika) est dite relever de Brahmā, l’Ordonnateur (Vidhī).

Verse 15

इति श्रीशिवमहापुराणे षष्ठ्यां कैलाससंहितायामुपासनामूर्त्तिवर्णनं नाम पंचदशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein du Sixième Livre, la Kailāsa Saṃhitā—s’achève le quinzième chapitre, intitulé «Description de la Forme de l’adoration (de Śiva)».

Verse 16

विश्रांत्यर्थं मुनिश्रेष्ठ कर्मणां पाकहेतवे । संहारः कल्पितस्त्रेधा रुद्रेणामिततेजसा

Ô le meilleur des sages, pour le repos et afin que les actes parviennent à maturité dans leurs fruits, la dissolution (saṃhāra) fut instituée en trois modes par Rudra, à l’éclat incommensurable.

Verse 17

रुद्रस्यैव तु कृत्यानां त्रयमेतदुदाहृतम् । संहृतवपि सृष्ट्यादिकृत्यानां पञ्चकं विभोः

Ainsi, cette triade a été déclarée comme les fonctions divines de Rudra. Pourtant, ô Seigneur qui pénètre tout, même dans l’état de dissolution, les cinq actes—à commencer par la création—lui appartiennent aussi.

Verse 18

मुने तत्र भवाद्यास्ते देवताः परिकीर्त्तिताः । परब्रह्मस्वरूपाश्च लोकानुग्रहकारकाः

Ô sage, là sont célébrées les divinités, à commencer par Bhava (Śiva) : celles dont la vraie nature est le Parabrahman, et qui agissent pour la grâce et le bien des mondes.

Verse 19

संहाराख्यमिदं चक्रं विद्यारूपकलामयम् । अधिष्ठितं च रुद्रेण पदमेतन्निरामयम्

Cette roue, nommée «Saṃhāra» (dissolution), est constituée des puissances de la connaissance sous forme de kalā divines. Elle est présidée par Rudra; cet état (pada) est exempt de toute affliction et de toute maladie.

Verse 20

एतदेव पदं प्राप्यं रुद्राराधनकांक्षिणाम् । रुद्राणां तद्धि सालोक्यक्रमात्सायुज्यदम्मुने

Ceci seul est l’état suprême que doivent atteindre ceux qui aspirent à adorer Rudra. Pour les dévots de Rudra, c’est un accomplissement véritablement merveilleux : demeurer dans le monde de Rudra (sālokya) et, par degrés, parvenir à l’union totale avec Lui (sāyujya), ô sage.

Verse 21

रुद्रमूर्त्तेस्सहस्रांशाद्विष्णोश्चैवाभवज्जनिः । स वामदेवचक्रात्मा वारितत्त्वैकनायकः

D’une millième part de la forme manifestée de Rudra naquit, en vérité, Viṣṇu. Il est de la nature du Vāmadeva-cakra, l’unique souverain du principe de l’Eau — la puissance de soutien qui préside à ce tattva.

Verse 22

रमाशाक्तियुतो वामे सर्व्वरक्षाकरो महान् । चतुर्भुजोऽरविंदाक्षः श्यामश्शंखादिचिह्नभृत्

À gauche se tient le grand Seigneur qui accorde une protection totale, accompagné de Ramā (Lakṣmī) et de Śakti. Il a quatre bras, des yeux de lotus, une teinte sombre, et porte les emblèmes à commencer par la conque—se manifestant ainsi comme une forme de grâce et de sauvegarde dans la vision sacrée.

Verse 23

अस्यैव वासुदेवादिचतुष्कं व्यष्टितां गतम् । उपासनरतानां वै वैष्णवानां विमुक्तिदम्

Cette Réalité suprême elle-même se différencie en la tétrade commençant par Vāsudeva. Pour les Vaiṣṇava voués à l’adoration, cette manifestation quadruple est véritablement dispensatrice de libération (mokṣa).

Verse 24

वासुदेवोऽनिरुद्धश्च ततस्संकर्षणः परः । प्रद्युम्नश्चेति विख्यातं स्थितिचक्रमनुत्तमम्

« Vāsudeva et Aniruddha, puis le suprême Saṅkarṣaṇa, et Pradyumna : ainsi est renommée l’incomparable roue du maintien (sthiti-chakra). » Du point de vue śaiva, ces puissances de soutien agissent sous la souveraineté du Seigneur, tandis que Śiva demeure le Pati transcendant, au-delà de tous les cycles.

Verse 25

स्थितिस्सृष्टस्य जगतस्तत्कर्त्रा सह पालनम् । आरब्धकर्मभोगान्तं जीवानां फलभोगिनाम्

Le « maintien » (sthiti) de l’univers créé est sa protection et son entretien ordonné, accomplis avec son Créateur. Pour les âmes incarnées qui goûtent les fruits du karma, cela se poursuit jusqu’à l’épuisement du karma déjà engagé (ārabdha) par l’expérience vécue.

Verse 26

विष्णोरेवेदमाख्यातं कृत्यं रक्षाविधायिनः । स्थितावपि तु सृष्ट्यादि कृत्यानां पंचकं विभोः

Ceci a été proclamé comme la fonction de Viṣṇu, l’ordonnateur de la protection. Et même dans l’état de conservation, ô Puissant, les cinq actes divins—à commencer par la création—demeurent présents en Lui.

Verse 27

तत्र प्रद्युम्नमुख्यास्ते देवताः परिकीर्तिताः । निर्विकल्पा निरातंका मुक्तानंदकरास्सदा

Là, les divinités conduites par Pradyumna sont célébrées. Toujours libres des constructions mentales et sans crainte, elles dispensent sans cesse la béatitude de la délivrance.

Verse 28

स्थितिचक्रमिदं ब्रह्मन्प्रतिष्ठारूपमुत्तमम् । जनार्दनाधिष्ठितं च परमं पदमुच्यते

Ô Brahmane, cette roue de sustentation est de la plus haute nature, ayant pour essence l’établissement ferme. Présidée par Janārdana (Viṣṇu), elle est dite la demeure suprême.

Verse 29

एवदेव पदं प्राप्यं विष्णुपादाब्जसेविनाम् । वैष्णवानां चक्रमिदं सालोक्यादिपदप्रदम्

C’est bien là l’état que doivent atteindre ceux qui servent les pieds de lotus de Viṣṇu. Ce cakra divin, chéri des vaiṣṇava, confère les demeures commençant par sālokya et les autres (formes de délivrance).

Verse 30

विष्णोरेव सहस्रांशात्संबभूव पितामहः । सद्योजातमुखात्मा यः पृथिवीतत्त्वनायकः

De Viṣṇu lui-même, d’un millième de sa puissance, naquit Pitāmaha (Brahmā) : celui dont l’être même est le visage Sadyojāta de Śiva, et qui préside au principe de la terre (pṛthivī-tattva).

Verse 31

वाग्देवीसहितो वामे सृष्टिकर्त्ता जगत्प्रभुः । चतुर्मुखो रक्तवर्णो रजोरूपस्वरूपवान्

À gauche se tient le Seigneur du monde, le Créateur, accompagné de la Déesse de la Parole (Vāgdevī). Il a quatre visages, une teinte rouge, et sa nature essentielle est la forme du rajas.

Verse 32

हिण्यगर्भाद्यस्यैव व्यष्टिरूपं चतुष्टयम् । हिरण्यगर्भोथ विराट् पुरुषः काल एव च

En vérité est proclamée la manifestation individuelle (vyaṣṭi) en quatre formes, commençant par Hiraṇyagarbha : Hiraṇyagarbha, puis Virāṭ, le Puruṣa, et aussi Kāla, le Temps.

Verse 33

सृष्टि चक्रमिदं ब्रह्म पुत्रादिऋषिसेवितम् । सर्व्वकामार्थदं ब्रह्मन्परिवारसुखप्रदम्

Ô Brahmā, cette roue de la création est servie et soutenue par tes fils et par les ṛṣi. Elle accorde l’accomplissement de tous les buts désirés et, ô Brahmā, elle donne bonheur et prospérité à la famille et à l’entourage.

Verse 34

सृष्टिस्तु संहृतस्यास्य जीवस्य प्रकृतौ बहिः । आनीय कर्मभोगार्थ साधनांगफलैस्सह

La création consiste à faire surgir—au-dehors, dans la Prakṛti—cette âme incarnée qui avait été résorbée (lors de la dissolution), afin qu’elle goûte les fruits de ses actes, avec le corps, les sens et les autres instruments qui en sont les moyens.

Verse 35

संयोजनमितीदं तु कृत्यं पैतामहं विदुः । जगत्सृष्टिक्रियाविज्ञा यावद्व्यूहं सुखावहम्

Cet acte est, en vérité, connu sous le nom de « saṃyojana » (l’union, l’assemblage), une œuvre relevant du Grand Aïeul (Brahmā). Ceux qui sont versés dans les opérations de la création cosmique comprennent que tout l’agencement (vyūha) de la manifestation est porteur de bien-être et de quiétude.

Verse 36

जगत्सृष्टावपि मुने कृत्यानां च पंचकं विभोः । अस्ति कालोदयस्तत्र देवताः परिकीर्त्तिताः

Ô sage, même dans la création de l’univers, il existe pour le Seigneur qui pénètre tout un ensemble quintuple de fonctions cosmiques. Là aussi se manifeste l’avènement du Temps (Kāla), et les divinités présidantes ont été dûment énumérées.

Verse 37

निवृत्तिरूपमाख्यातं सृष्टिचक्रमिदं बुधैः । पितामहाधिष्ठितं च पदमेतद्धि शोभनम्

Les sages déclarent que ce cycle tournoyant de la création est de la nature de la nivṛtti, le retrait qui ramène vers la délivrance. C’est aussi la demeure splendide présidée par Pitāmaha (Brahmā).

Verse 38

एतदेव प्रदं प्राप्यं ब्रह्मार्पितधियां नृणाम् । पैतामहानामेतद्धि सालोक्या दिविमुक्तिदम्

Ceci est véritablement le don suprême à obtenir pour les hommes dont l’intelligence est offerte à Brahman, le Suprême. Pour les adeptes de Pitāmaha (Brahmā) aussi, cela seul confère en vérité le Sālokya—demeurer dans le même royaume divin—et accorde la délivrance au ciel.

Verse 39

अस्मिन्नपि चतुष्के तु चक्राणां प्रणवो भवेत् । महेशादिक्रमादेव गौण्या वृत्त्या स वाचकः

Même dans cet ensemble de quatre, on dit que le Praṇava, « Oṁ », est la désignation des cakras. En vérité, selon la suite commençant par Maheśa, ce Praṇava devient leur signe dans un sens secondaire (figuratif).

Verse 40

इदं खलु जगच्चक्रं श्रुतिविश्रुतवैभवम् । पञ्चारं चक्रमिति ह स्तौति श्रुतिरिदम्मुने

Ô sage, ceci est véritablement la roue tournoyante de l’univers, dont la grandeur est renommée dans les Védas. La Śruti elle-même la célèbre comme « la roue à cinq rayons », indiquant l’ordre du processus cosmique sous le Seigneur (Pati), compris par la sagesse révélée.

Verse 41

एकमेव जगच्चक्रं शम्भोश्शक्तिविजृंभितम् । सृष्ट्यादिपंचांवयवं पंचारमिति कथ्यते

Cette roue entière de l’univers est une et unique : vaste déploiement de la Puissance (Śakti) de Śambhu. Ayant cinq membres, à commencer par la création, elle est dite la roue « aux cinq rayons » (pañcāra).

Verse 42

अलातचक्रभ्रमिवदविच्छिन्नलयोदयम् । परितो वर्तते यस्मात्तस्माच्चक्रमितीरितम्

Tel le tourbillon d’un brandon ardent dessinant une roue, cela apparaît comme un continuum ininterrompu de dissolution et de manifestation. Puisque cela se meut ainsi tout autour, on l’appelle donc « chakra » (roue/cycle).

Verse 43

सृष्ट्यादिपृथुसृष्टित्वात्पृथुत्वेनोपदृश्यते । हिरण्मयस्य देवस्य शम्भोरमिततेजसः

Parce que, dès l’aube de la création, Sa manifestation est immense, on Le perçoit comme « l’Expansif ». Ainsi est compris Śambhu, le Dieu d’or, à l’éclat incommensurable.

Verse 44

शक्तिकार्यमिदं चक्रं हिरण्यज्योतिराश्रितम् । सलिलेनावृतमिदं सलिलं वह्निनावृतम्

Cette roue cosmique—œuvre de Śakti—demeure dans une radiance dorée. Elle est voilée par l’eau, et cette eau, à son tour, est voilée par le feu.

Verse 45

आवृतो वायुना वह्निराकाशेनावृतं महत् । भूतादिना तथाकाशो भूतादिर्महतावृतः

Le feu est enveloppé par l’air ; le Grand Principe (mahat) est enveloppé par l’espace. De même, l’espace est enveloppé par bhūtādi, la source des éléments, et ce bhūtādi est enveloppé par mahat ; ainsi les principes cosmiques sont décrits comme s’enveloppant mutuellement selon l’ordre gradué de la manifestation.

Verse 46

अव्यक्तेनावृतस्तद्वन्महानित्येवमास्तिकैः । ब्रह्माण्डमिति संप्रोक्तमाचार्य्यैर्मुनिसत्तम

Ô meilleur des sages, le Grand (l’œuf cosmique) est lui aussi enveloppé par l’Inmanifesté (avyakta). C’est pourquoi les maîtres théistes l’ont déclaré « Brahmāṇḍa », l’œuf cosmique de Brahmā.

Verse 47

उक्तानि सप्तावरणान्यस्य विश्वस्य गुप्तये । चक्राद्दशगुणाधिक्यं सलिलस्य विधीयते

Pour le voilement et la sauvegarde de cet univers, sept enveloppes ont été décrites. Au-delà du cercle cosmique, l’étendue de l’enveloppe d’eau est ordonnée dix fois plus grande.

Verse 48

उपर्युपरि चान्योन्यमेवं दशगुणाधिकम् । ब्रह्माण्डमिति विज्ञेयं तद्द्विजैर्मुनिनायक

Couche après couche, chaque monde qui suit est dix fois plus grand que celui d’en bas. Sache que cet ensemble est le « Brahmāṇḍa » (l’Œuf cosmique), ô chef des sages ; ainsi l’entendent les deux-fois-nés.

Verse 49

इममर्थमुरीकृत्य चक्रसामीप्यवर्त्तनात् । सलिलस्य च तन्मध्ये इति प्राह श्रुतिस्स्वयम्

Adoptant ce sens même, la Śruti déclare d’elle-même : en raison du mouvement de l’eau près de la roue tournoyante, la réalité (subtile) est comprise comme demeurant « au milieu de cette eau ».

Verse 50

अनुग्रहतिरोभावसंहृतिस्थितिसृष्टिभिः । करोत्यविरतं लीलामेकश्शक्तियुतश्शिवः

Uni à son unique Puissance suprême (Śakti), l’unique Seigneur Śiva accomplit sans cesse son līlā divin par les cinq actes : création, maintien, résorption, voilement (dissimulation) et grâce.

Verse 51

बहुनेह किमुक्तेन मुने सारं वदामि ते । शिव एवेदमखिलं शक्तिमानिति निश्चितम्

Ô sage, à quoi bon tant de paroles ici ? Je te dirai l’essence : cet univers tout entier n’est véritablement que Śiva—Śiva, pourvu de la Puissance suprême (Śakti) ; cela est solidement établi.

Frequently Asked Questions

It systematizes creation and divine governance by mapping Sadāśiva as the collective principle and presenting tetrads (catuṣṭaya) as particularized manifestations, culminating in the doctrine of tirodhāna (concealment) as a structured cosmic function.

Tirodhāna is treated as a controlled concealment that produces experiential limitation: one mode pertains to higher divine domains, while another binds paśu through embodiment, bhoga, and karma—yet it is teleological, since karmic equilibrium becomes a condition for the rise of anugraha (grace).

The chapter foregrounds Sadāśiva, Maheśa/Maheśvara, and the ascending designations Īśa → Viśveśvara → Parameśa → Sarveśvara, presenting them as non-dual (parabrahmātmaka), nirvikalpa modalities within a Shaiva hierarchy.