Ramayana Ayodhya Kanda Sarga 103
Ayodhya KandaSarga 10332 Verses

Sarga 103

पिण्डदानदर्शनम् — The Queens Behold Rama’s Śrāddha Offering

अयोध्याकाण्ड

Vasiṣṭha se met en route à pied vers le tīrtha sur la rive de la Mandākinī, conduisant les reines de Daśaratha, avides de voir Rāma. Ils atteignent le lieu de baignade fréquenté par Rāma et Lakṣmaṇa. Kauśalyā, en larmes et brisée par le chagrin, désigne l’endroit sacré au bord de la forêt où les trois exilés ont été contraints de vivre dans la peine. Elle évoque le service infatigable de Lakṣmaṇa, allant chercher l’eau pour Rāma, et souhaite qu’il soit épargné d’un labeur si avilissant. Kauśalyā aperçoit alors les piṇḍa—gâteaux faits de pulpe d’iṅgudī—déposés sur l’herbe darbha, les pointes tournées vers le sud, offerts par Rāma à son père selon le rite du śrāddha. Le contraste entre l’ancienne splendeur impériale de Daśaratha et cette offrande austère de la forêt suscite sa plainte : elle doute qu’une telle nourriture convienne à un roi « semblable à un dieu » et affirme que rien n’est plus douloureux que l’abaissement de Rāma. Vient ensuite une maxime : telle est la nourriture de l’homme, telle est celle de ses dieux—ici, vérité ressentie comme tragiquement vérifiée. Les coépouses consolent Kauśalyā et voient Rāma dans l’āśrama, rayonnant, mais tel un dieu « tombé du ciel ». Les mères pleurent ; Rāma se lève, touche leurs pieds avec révérence, et elles essuient la poussière de son dos. Lakṣmaṇa s’incline à son tour, et les reines lui témoignent la même affection qu’à Rāma. Sītā, accablée, saisit les pieds de ses belles-mères ; Kauśalyā l’étreint comme une fille et pleure ses épreuves, décrivant le chagrin comme un feu allumé par l’araṇi qui consume son propre support. Puis Rāma prend les pieds de Vasiṣṭha et s’assied auprès de lui ; Bharata s’assied non loin, les mains jointes, et l’assemblée se demande ce qu’il dira. Rāma, Lakṣmaṇa et Bharata, entourés de leurs proches, brillent comme trois feux sacrificiels entourés des officiants.

Shlokas

Verse 1

वसिष्ठः पुरतः कृत्वा दारान्दशरथस्य च।अभिचक्राम तं देशं रामदर्शनतर्षितः।।2.103.1।।

Vasiṣṭha, plaçant en tête les épouses de Daśaratha, se mit en route vers ce lieu, brûlant du désir de voir Rāma.

Verse 2

राजपत्न्यश्च गच्छन्त्यो मन्दं मन्दाकिनीं प्रति।ददृशु स्तत्र तत् तीर्थं रामलक्ष्मणसेवितम्।।2.103.2।।

Les épouses du roi, avançant lentement vers la Mandākinī, virent là ce gué sacré, ce lieu d’ablutions, fréquenté par Rāma et Lakṣmaṇa.

Verse 3

कौसल्या बाष्पपूर्णेन मुखेन परिशुष्यता।सुमित्रामब्रवीद्दीना याश्चान्या राजयोषितः।।2.103.3।।

Kausalyā, le visage inondé de larmes et desséché par la douleur, parla, accablée, à Sumitrā et aux autres épouses du roi.

Verse 4

इदं तेषामनाथानां क्लिष्टमक्लिष्टकर्मणाम्।वने प्राक्कलनं तीर्थं ये ते निर्विषयीकृताः।।2.103.4।।

Voici le gué sacré à l’est, dans la forêt, associé à ces êtres sans appui qui, bien que meurtris, ne se lassaient point d’agir, et qui furent chassés de leur royaume, dépouillés de leur domaine.

Verse 5

इत स्सुमित्रे पुत्रस्ते सदा जलमतन्द्रितः।स्वयं हरति सौमित्रिर्मम पुत्रस्य कारणात्।।2.103.5।।

Ô Sumitrā, d’ici ton fils Saumitri, toujours vigilant, va lui-même chercher l’eau sans cesse, pour le bien de mon fils.

Verse 6

जघन्यमपि ते पुत्रः कृतवान् न तु गर्हितः।भ्रातुर्यदर्थरहितं सर्वं तद् गर्हितंं गुणैः।।2.103.6।।

Même si ton fils a accompli une tâche qui paraît humble, il n’est pas blâmable ; car tout ce qu’il fait pour le bien de son frère est, en vérité, ennobli par la vertu.

Verse 7

अद्यायमपि ते पुत्रः क्लेशानामतथोचितः।नीचानर्थ समाचारं सज्जं कर्म प्रमुञ्चतु।।2.103.7।।

Aujourd’hui encore, ce fils qui est le tien—peu accoutumé à la peine et non fait pour elle—doit renoncer à cette tâche rude et avilissante qu’on lui a imposée.

Verse 8

दक्षिणाग्रेषु दर्भेषु सा ददर्श महीतले।पितुरिङ्गुदिपिण्याकं न्यस्तमायतलोचना।।2.103.8।।

Kausalyā aux grands yeux vit sur le sol les galettes de pulpe d’iṅgudī, déposées pour son époux sur des brins de darbha dont les pointes étaient tournées vers le sud.

Verse 9

तं भूमौ पितुरार्तेन न्यस्तं रामेण वीक्ष्य सा।उवाच देवी कौसल्या सर्वा दशरथस्त्रियः।।2.103.9।।

Voyant l’offrande déposée à même le sol pour son père par Rāma, accablé de chagrin, la reine Kausalyā prit la parole, s’adressant à toutes les épouses de Daśaratha.

Verse 10

इदमिक्ष्वाकुनाथस्य राघवस्य महात्मनः।राघवेण पितुर्दत्तं पश्यतैतद्यथाविधि।।2.103.10।।

Voyez, selon le rite prescrit, cette offrande que Rāghava (Rāma) a donnée à son père, Daśaratha, le grand d’âme, seigneur de la lignée d’Ikṣvāku.

Verse 11

तस्य देवसमानस्य पार्थिवस्य महात्मनः।नैतदौपयिकं मन्ये भुक्तभोगस्य भोजनम्।।2.103.11।।

Je ne pense pas que cette nourriture convienne à ce grand roi, semblable à un deva, qui jadis jouit de tous les plaisirs et des fastes.

Verse 12

चतुरन्तां महीं भुक्त्वा महेन्द्रसदृशो विभुः।कथमिङ्गुदिपिण्याकं स भुक्ते वसुधाधिपः।।2.103.12।।

Comment le seigneur de la terre—puissant, semblable à Indra—qui jadis jouit de la souveraineté sur tout le pays, pourrait-il manger un gâteau fait de pulpe d’iṅgudī ?

Verse 13

अतो दुःखतरं लोके न किञ्चित्प्रतिभाति मा।यत्र रामः पितुर्दद्यादिङ्गुदिक्षोदमृद्धिमान्।।2.103.13।।

Rien ne m’apparaît plus douloureux en ce monde que ceci : que Rāma—jadis dans l’abondance—doive offrir à son père un gâteau d’iṅgudī écrasé.

Verse 14

रामेणेङ्गुदिपिण्याकं पितुर्दत्तं समीक्ष्य मे।कथं दुःखेन हृदयं न स्फोटति सहस्रधा।।2.103.14।।

Voyant Rāma offrir à son père un simple gâteau fait de pulpe d’iṅgudī, comment mon cœur ne se brise-t-il pas en mille morceaux de chagrin ?

Verse 15

श्रुतिस्तु खल्वियं सत्या लौकिकी प्रतिभाति मा।यदन्नः पुरुषो भवति तदन्नास्तस्य देवताः।।2.103.15।।

Une parole du monde me paraît à présent vraie : de la nourriture dont vit un homme, de cette même nourriture participent les divinités qui lui sont liées.

Verse 16

एवमार्तां सपत्न्यस्ता जग्मुराश्वास्य तां तदा।ददृशुश्चाश्रमे रामं स्वर्गच्युतमिवामरम्।।2.103.16।।

Ainsi, après avoir réconforté la douloureuse Kausalyā, les coépouses poursuivirent leur route ; et, à l’ermitage, elles virent Rāma, tel un dieu déchu du ciel.

Verse 17

सर्वभोगैः परित्यक्तं रामं सम्प्रेक्ष्य मातरः।आर्ता मुमुचुरश्रूणि सस्वरं शोककर्शिताः।।2.103.17।।

Voyant Rāma privé de tout confort royal, les mères, amaigries par le chagrin, éclatèrent en sanglots et, à haute voix, laissèrent couler leurs larmes.

Verse 18

तासां रामस्समुत्थाय जग्राह चरणान् शुभान्।मात्रूणां मनुजव्याघ्रस्सर्वासां सत्यसङ्गरः।।2.103.18।।

Alors Rāma, tigre parmi les hommes, inébranlable dans la vérité, se leva et saisit avec révérence les pieds bénis de toutes ses mères.

Verse 19

ताः पाणिभि स्सुखस्पर्शैर्मृद्वङ्गुलितलै श्शुभैः।प्रममार्जू रजः पृष्ठाद्रामस्यायतलोचनाः।।2.103.19।।

Ces reines aux grands yeux, de leurs mains bénies au toucher doux et aux doigts délicats, essuyèrent la poussière du dos de Rāma.

Verse 20

सौमित्रिरपि ता स्सर्वा मातृ़स्सम्प्रेक्ष्य दुःखितः।अभ्यवादयतासक्तं शनै रामादनन्तरम्।।2.103.20।।

Lakṣmaṇa aussi, voyant toutes ces mères, fut accablé de douleur ; suivant Rāma, il les salua lentement, avec une révérence pleine de dévotion.

Verse 21

यथा रामे तथा तस्मिन्सर्वा ववृतिरे स्त्रियः।वृत्तिं दशरथाज्जाते लक्ष्मणे शुभलक्षणे।।2.103.21।।

Comme elles le faisaient pour Rāma, ainsi toutes les reines entourèrent Lakṣmaṇa—fils de Daśaratha, marqué de signes heureux—de la même affection et du même respect.

Verse 22

सीताऽपि चरणांस्तासामुपसङ्गृह्य दुःखिता।श्वश्रूणामश्रुपूर्णाक्षी सा बभूवाग्रतः स्थिता।।2.103.22।।

Sītā aussi, accablée de chagrin, saisit les pieds de ses belles-mères ; les yeux pleins de larmes, elle se tint debout devant elles.

Verse 23

तां परिष्वज्य दुःखार्तां माता दुहितरं यथा।वनवासकृशां दीनां कौसल्या वाक्यमब्रवीत्।।2.103.23।।

Étreignant Sītā, misérable, meurtrie de douleur et amaigrie par la vie en forêt, Kausalyā lui parla comme une mère à sa propre fille.

Verse 24

विदेहराजस्य सुता स्नुषा दशरथस्य च।रामपत्नी कथं दुःखं सम्प्राप्ता निर्जने वने।।2.103.24।।

Comment se fait-il qu’elle—fille du roi de Videha, bru de Daśaratha et épouse de Rāma—soit tombée dans une telle souffrance, seule, en une forêt déserte ?

Verse 25

पद्ममातपसन्तप्तं परिक्लिष्टमिवोत्पलम्।काञ्चनं रजसा ध्वस्तं क्लिष्टं चन्द्रमिवाम्बुदैः।।2.103.25।।मुखं ते प्रेक्ष्य मां शोको दहत्यग्निरिवाऽश्रयम्।भृशं मनसि वैदेहि व्यसनारणिसम्भवः।।2.103.26।।

Ton visage ressemble à un lotus brûlé par le soleil, à un nénuphar flétri ; à de l’or terni par la poussière, à la lune obscurcie par les nuages.

Verse 26

पद्ममातपसन्तप्तं परिक्लिष्टमिवोत्पलम्।काञ्चनं रजसा ध्वस्तं क्लिष्टं चन्द्रमिवाम्बुदैः।।2.103.25।।मुखं ते प्रेक्ष्य मां शोको दहत्यग्निरिवाऽश्रयम्।भृशं मनसि वैदेहि व्यसनारणिसम्भवः।।2.103.26।।

En voyant ton visage, ô Vaidehī, le chagrin me brûle violemment au cœur, tel un feu né des bâtons arani du malheur, consumant jusqu’à son propre appui.

Verse 27

ब्रुवन्त्यामेवमार्तायां जनन्यां भरताग्रजः।पादावासाद्य जग्राह वसिष्ठस्य च राघवः।।2.103.27।।

Tandis que sa mère, accablée, parlait ainsi, Rāghava—l’aîné de Bharata—s’approcha de Vasiṣṭha et, avec révérence, saisit ses pieds.

Verse 28

पुरोहितस्याग्निसमस्य वै तदा बृहस्पतेरिन्द्रमिवामराधिपः।प्रगृह्य पादौ सुसमृद्धतेजसस्सहैव तेनोपविवेश राघवः।।2.103.28।।

Alors Rāghava, après avoir saisi les pieds de ce prêtre de famille dont l’éclat était pareil au feu, s’assit auprès de lui—comme Indra, seigneur des dieux, s’assied auprès de Bṛhaspati.

Verse 29

ततो जघन्यं सहितै स्समन्त्रिभिः पुरप्रधानैश्च सहैव सैनिकैः।जनेन धर्मज्ञतमेन धर्मवानुपोपविष्टो भरत स्तदाऽग्रजम्।।2.103.29।।

Ensuite, le vertueux Bharata s’assit tout près de son frère aîné ; derrière lui prirent place les conseillers, les notables de la cité, les soldats et les hommes les plus versés dans le dharma.

Verse 30

उपोपविष्ट स्तु तदा स वीर्यवांस्तपस्विवेषेण समीक्ष्य राघवम्।श्रिया ज्वलन्तं भरतः कृताञ्जलिर्यथा महेन्द्रः प्रयतः प्रजापतिम्।।2.103.30।।

Alors le vaillant Bharata, voyant Rāghava vêtu en ascète et pourtant rayonnant de majesté, s’assit près de lui, les paumes jointes, tel Mahendra, purifié, auprès de Prajāpati.

Verse 31

किमेष वाक्यं भरतोऽद्य राघवं प्रणम्य सत्कृत्य च साधु वक्ष्यति।इतीव तस्यार्यजनस्य तत्त्वतो बभूव कौतूहलमुत्तमं तदा।।2.103.31।।

Alors une profonde attente naquit parmi les nobles : «Après s’être incliné devant Rāghava et l’avoir honoré, quelles paroles justes Bharata dira-t-il aujourd’hui ?»

Verse 32

स राघव स्सत्यधृति श्च लक्ष्मणो महानुभावो भरत श्च धार्मिकः।वृताः सुहृद्भि श्च विरेजुरध्वरे यथा सदस्यै स्सहितास्त्रयोऽग्नयः।।2.103.32।।

Rāma, ferme dans la vérité, Lakṣmaṇa au grand éclat, et Bharata, juste selon le dharma, entourés de leurs proches bienveillants, resplendissaient en ce rite tels trois feux du yajña servis par les officiants.

Frequently Asked Questions

The pivotal action is Rāma’s performance of pitṛ-rites (piṇḍadāna) for Daśaratha under exile conditions, highlighting how dharma is upheld even when resources are meager and the performer is personally distressed.

Kauśalyā’s lament and the proverb about ‘a man’s food and his gods’ underscore the moral realism of dharma: ritual duty persists amid suffering, and grief becomes a lens that reveals impermanence, status-reversal, and the ethical nobility of endurance.

The Mandākinī-associated tīrtha and the āśrama setting frame the scene; culturally, the śrāddha protocol is signaled through darbha grass oriented southward and the piṇḍa offering, with araṇi imagery used to interpret grief as a self-consuming fire.

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