
Praise of Digging Wells and Building Water-Reservoirs (The Merit of Water-Works)
Le chapitre 57 présente l’eau comme le support rituel et social du dharma : elle soutient la vie, la pureté, le śrāddha, l’agriculture et les actes quotidiens. C’est pourquoi creuser des puits, bâtir des étangs et des puṣkariṇī est loué comme la plus haute charité publique. Le texte mesure la récompense céleste — séjour au ciel durant un kalpa — et dépeint un mérite « goutte par goutte », dont les bienfaits se prolongent sur plusieurs naissances et touchent toutes les conditions. Un récit d’épreuve oppose l’aumône d’argent au mérite durable d’un réservoir sacré : une dalle de pierre est jetée dans l’ouvrage d’eau et, sous le témoignage de Dharma, le mérite est pesé, révélant la supériorité et l’inépuisable fruit du don d’eau. La conclusion avertit que l’irrespect engendre la peine, et que proclamer ou entendre cet enseignement détruit le péché, confère du mérite et peut mener à la délivrance.
Verse 1
द्विजा ऊचुः । कीर्तिर्धर्मोथ लोकेषु सर्वाणि प्रवराणि च । वद नो मुनिशार्दूल यदि नोऽस्ति त्वनुग्रहः
Les deux-fois-nés dirent : «Dis-nous, ô tigre parmi les sages, la gloire (kīrti) et le dharma dans les mondes, ainsi que tout ce qu’il y a de plus éminent, si vraiment tu nous accordes ta grâce».
Verse 2
व्यास उवाच । यस्य खाते वने गावस्तृप्यंति मासमेव च । यद्वा सप्तदिनात्पूतः सर्वदेवैः स पूजितः
Vyāsa dit : Dans la forêt, si, grâce à une fosse qu’il a creusée, les vaches sont rassasiées pendant un mois entier, ou même si en sept jours on devient purifié, un tel homme est honoré et adoré par tous les dieux.
Verse 3
पुष्करिण्या विशेषेण पूता या यज्ञकर्मणा । यत्फलं जलदानेन सर्वमत्रास्यि तच्छृणु
Écoute : le bassin sacré (puṣkariṇī), tout particulièrement sanctifié par les actes du yajña, accorde ici pleinement le mérite qui naît du don d’eau (dāna).
Verse 4
हायने हायने चैव कल्पं कल्पं विधीयते । दानात्स्वर्गमवाप्नोति तोयदः सर्वदो भुवि
Année après année, et âge après âge, le rite sacré est prescrit selon la règle. Par le dāna on obtient le ciel ; celui qui donne l’eau est, sur terre, celui qui donne tout.
Verse 5
मेघे वर्षति खाते च जायंते ये तु शीकराः । तावद्वर्षसहस्राणि दिवमश्नाति मानवः
Autant il naît de gouttelettes lorsque le nuage verse la pluie et qu’elle frappe le sol, autant de milliers d’années l’homme jouit du ciel.
Verse 6
तोयैरन्नादिपाकैश्च प्रसन्नो मानवो भवेत् । प्राणानां च विनान्नैश्च धारणन्नैव जायते
Par l’eau et par les mets cuits, tels le riz et autres, l’homme devient apaisé ; et sans nourriture, le maintien des souffles vitaux ne naît point.
Verse 7
पितॄणां तर्पणं शौचं रूपं वै गंध्यनाशनम् । बीजं त्विहार्जितं सर्वं सर्वं तोये प्रतिष्ठितम्
Les libations offertes aux Ancêtres, la pureté, la beauté et l’effacement des mauvaises odeurs—toute semence produite ici : tout cela est fondé dans l’eau.
Verse 8
वस्त्रस्य धावनं रुच्यं भाजनानां तथैव च । तेनैव सर्वकार्यं च पानीयं मेध्यमेव च
Laver les vêtements avec elle est agréable, et de même purifier les ustensiles ; par cette même eau s’accomplissent toutes les œuvres, et l’eau à boire devient vraiment pure.
Verse 9
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन वापीकूपतटाककम् । कारयेच्च बलैः सर्वैस्तथा सर्वधनेन च
C’est pourquoi, avec tout effort, qu’on fasse construire puits, étangs et réservoirs d’eau, en y mettant toutes ses forces et aussi tous ses biens.
Verse 10
ततो विनिर्जले देशो यो ददाति जलाशयम् । वासरे वासरे तस्य कल्पं स्वर्गं विनिर्दिशेत्
Ainsi, celui qui offre un réservoir d’eau en une contrée sans eau—jour après jour, pour lui l’on déclare un séjour au ciel durant un kalpa.
Verse 11
त्रिविष्टपाच्च्युतो विप्रो वेदशास्त्रार्थपारगः । लोकबंधुः स धर्मात्मा तपस्तप्त्वा दिवं व्रजेत्
Ce brahmane, déchu du séjour céleste mais versé dans le sens des Veda et des śāstra—ami et bienfaiteur du monde, l’âme droite—après avoir pratiqué l’austérité, doit remonter au ciel.
Verse 12
एवं जन्माष्टकं प्राप्य एकस्याक्षयमिष्यते । क्षत्त्रियाणां कुले जातः सार्वभौमो भवेन्नृपः
Ainsi, en obtenant (ou en observant) cet ensemble de huit naissances, on dit que le fruit d’un seul rite devient impérissable. Né dans la lignée des kṣatriya, un roi devient souverain universel.
Verse 13
विशोऽक्षयं धनं विद्याज्जन्मजन्मसु यत्प्रियम् । शूद्रादयोन्त्यजाश्चान्ये लभंते स्वर्गतिं मुहुः
Sache que, pour le Vaiśya, la richesse inépuisable est ce qui demeure cher naissance après naissance. Même les Śūdra, les dits antyaja et d’autres, atteignent maintes fois la voie du ciel.
Verse 14
चतुर्हस्तप्रमाणं तु कूपं खनति यः पुमान् । परोपकारकं नित्यं कल्पं स्वर्गं तु हायने
L’homme qui creuse un puits de quatre coudées de profondeur, toujours voué au bien d’autrui, atteint le ciel pour un kalpa entier; et même pour une année il jouit du mérite céleste.
Verse 15
द्विगुणे द्विगुणं विद्याच्छतं चैव चतुर्गुणे । विंशत्किष्कुप्रमाणां तु दद्यात्पुष्करिणीं तु यः
Qu’on comprenne ceci : quand on double, le fruit double ; et quand on quadruple, il devient cent. Et quiconque fait don d’une puṣkariṇī, un bassin de lotus, de la mesure de vingt kiṣkus—
Verse 16
विष्णोर्धाम लभेत्सोपि दिव्यभोगं तथैव च । अनंतरं नृपो जातो धनी वागीश्वरो भवेत्
Lui aussi obtient la demeure de Viṣṇu et jouit pareillement des délices divins ; puis, renaissant, il devient roi, riche et maître de la parole (éloquent).
Verse 17
एवं द्विस्त्रिश्चतुर्वापि गुणतो भोग्यमिष्यते । विस्तीर्णे प्रचुरं विद्धि सहस्रेणाच्युतो दिवः
Ainsi, dit-on, cela se goûte deux, trois, voire quatre fois, selon ses qualités. Sache que, lorsqu’il est vaste, il devient abondant—mesuré par mille ; et l’Immuable, Acyuta, est véritablement divin.
Verse 18
सहस्राद्द्विगुणेनैव सुरपूज्यो भवेन्नरः । जंतवस्तत्र ये संति यावंतो जीवनं ययुः
Par un mérite doublé au millième, l’homme devient digne d’être honoré même par les dieux. Et toutes les créatures qui y demeurent accomplissent entièrement la durée de vie qui leur est impartie.
Verse 19
तत्संख्याका जनास्तस्य किंकराः पृष्टलग्नकाः । भवंति सततं गेहे पुरे जनपदेषु च
Des gens en nombre égal à ce compte deviennent ses serviteurs, toujours attachés derrière lui—sans cesse dans sa maison, dans la cité et à travers les campagnes.
Verse 20
विहाय पितरं भोग्या धने क्षीणे यथा वनम् । पक्षिणस्सूकरश्चैव महिषी करिणी तथा
Quand la richesse s’épuise, les dépendants délaissent leur protecteur, comme les êtres quittent la forêt lorsque ses ressources sont taries : oiseaux, sangliers, ainsi que la bufflonne et l’éléphante.
Verse 21
उपदेष्टा च कर्त्ता च षडेते स्वर्गगामिनः । दिव्यं च पक्षिणां चैव शतं स्वर्गं विनिर्दिशेत्
L’instructeur et l’accomplisseur—ces six sortes d’êtres sont dits gagner le ciel. De plus, qu’on proclame aussi un ciel « divin » pour les oiseaux ; en vérité, l’on parle de cent cieux.
Verse 22
क्रोडो वर्षसहस्रं तु महिष्ययुतहायनम् । देवरूपं समास्थाय करिण्या लक्षमुच्यते
Un « kroḍa » est dit valoir mille ans ; un « mahiṣīyuta » est une durée de dix mille ans. Revêtant une forme divine, cette mesure est appelée « lakṣa » par l’éléphante.
Verse 23
कोट्येकमुपदेष्टुश्च कर्तुरक्षयमेव च । पुरा धनिसुतेनैव कृतः ख्यातो जलाशयः
Une seule instruction (en mérite) vaut un koṭi ; et pour celui qui accomplit l’œuvre, le fruit est vraiment inépuisable. Jadis, le fils de Dhani fit bâtir un réservoir d’eau renommé.
Verse 24
अयुतधनव्ययेनैव प्राणेनैव बलेन च । सर्वसत्वोपकाराय शिवश्रद्धायुतेन च
Par la dépense d’immenses richesses, et même de sa vie et de sa force—tout pour le bien de tous les êtres—animé d’une foi en Śiva.
Verse 25
कालेन कियता चापि क्षीणवित्तोऽभवत्किल । कश्चिदर्थी धनी तस्य मूल्यदानाय चोद्यतः
Au bout d’un certain temps, dit-on, il se trouva dépourvu de richesses. Alors un homme riche, en quête de quelque chose, l’exhorta, prêt à en payer le prix.
Verse 26
विमृश्य धनिना चोक्तं व्याहारं शृणुताधुना । दीनारस्यायुतं वा ते दास्याम्यस्याश्च कारणात्
Après mûre réflexion, l’homme fortuné dit : « Écoute maintenant ma proposition. Je te donnerai dix mille dīnāras, et cela, à cause d’elle. »
Verse 27
लब्धं ते पुष्करिण्याश्च पुण्यं लाभात्प्रमन्यसे । शक्त्या दत्वाथ मूल्यं तां स्वीयां कर्तुं व्यवस्थितः
Tu tiens pour un gain le mérite lié au bassin sacré ; puis, en en payant le prix selon tes moyens, tu as décidé de le faire tien.
Verse 28
एवमुक्ते स तं प्राह वासरेप्ययुतं पुनः । फलं भवति वै नित्यं पुण्यं पुण्यविदो विदुः
À ces mots, il lui répondit : « Même si l’on le fait dix mille fois en un seul jour, son fruit naît assurément sans défaillance, toujours comme mérite, ainsi que l’affirment les connaisseurs du mérite. »
Verse 29
एतस्मिन्निर्जले देशे शिवं खातं कृतं च मे । स्नानपानादिकं कर्म सर्वे कुर्वंत्यभीष्टतः
En ce pays sans eau, j’ai fait creuser et établir un puits de Śiva. Ici, tous accomplissent à leur gré des actes tels que le bain, la boisson et autres rites.
Verse 30
तस्मान्मेप्ययुतार्थस्य नैत्यकं फलमिष्यते । ततस्तस्याभवद्धास्यं तथैव च सभासदाम्
« Ainsi, même pour moi —bien que mon dessein ne soit pas pleinement accompli— aucun fruit durable ne naîtra. » Alors il devint objet de raillerie, et les membres de l’assemblée de même.
Verse 31
ह्रिया च पीडितः सोपि वाक्यमेतदुवाच ह । सत्यमेतद्वचोस्माकं परीक्षां कुरु धर्मतः
Accablé par la honte, lui aussi prononça ces paroles : « Notre déclaration est vraie ; éprouve-nous selon le dharma. »
Verse 32
मत्सरात्स तु तं प्राह शृणु मे वचनं पितः । दीनारायुत मे तत्ते दत्वा चानीय प्रस्तरम्
Mais, poussé par l’envie, il lui dit : « Père, écoute mes paroles. Donne-moi dix mille dīnāras, puis apporte une dalle de pierre. »
Verse 33
पातयिष्यामि ते खाते यथायोगं प्रमज्जतु । उन्मज्जति च यत्काले प्रस्तरः संतरत्यपि
« Je te jetterai dans la fosse ; enfonce-toi comme il convient. Et lorsque viendra l’heure de remonter, même une pierre pourra traverser en flottant. »
Verse 34
क्षयं यास्यति नो वित्तं नोचेन्मे धर्मतो हि सा । बाढमुक्त्वायुतं तस्य गृहीत्वा स्वगृहं गतः
« Ma richesse ne diminuera pas ; car cela est donné selon le dharma. » Disant : « Qu’il en soit ainsi », il prit de lui la somme de dix mille et retourna dans sa demeure.
Verse 35
साक्षिणामग्रतस्तेन प्रस्तरः पातितस्तथा । पुष्करिण्यां महत्यां च दृष्टं नरसुरासुरैः
Devant les témoins eux-mêmes, il fit de même jeter une dalle de pierre ; et, dans le grand bassin sacré, elle fut vue par les hommes, les dieux et les asuras.
Verse 36
ततो धर्मतुलायां तु तुलितं धर्मसाक्षिणा । दीनारायुतदानस्य पुष्करिण्या जलस्य तु
Alors, sur la balance du Dharma, cela fut pesé, Dharma lui‑même en étant le témoin : le mérite du don de dix mille dīnāras, et le mérite de l’eau du puṣkariṇī sacré.
Verse 37
न समं तु दिनैकं तु जलस्य धर्मतो भृशम् । धनिनो मानसं दुःखं मोघार्थं च परेऽहनि
Même un seul jour n’est pas vraiment égal à un autre quant à l’eau : sa nature change grandement ; et chez les riches naît une peine de l’esprit, et le lendemain leurs efforts deviennent eux aussi vains.
Verse 38
शिलोच्चयोऽभवत्तीर्णो द्वीपवच्च जलोपरि । ततः कोलाहलः शब्दो जनानां समुपस्थितः
Une haute masse de roche s’éleva, se tenant au‑dessus des eaux comme une île. Alors s’éleva de toutes parts un tumulte retentissant, la rumeur d’une foule rassemblée.
Verse 39
तच्छ्रुत्वाद्भुतवाक्यं च मुदा तौ चागतौ ततः । दृष्ट्वा शैलं तथाभूतं कृतं तेनायुतं तथा
Entendant ces paroles merveilleuses, tous deux, remplis de joie, s’y rendirent. Et voyant la montagne telle qu’elle était, ils virent aussi qu’elle avait réellement été façonnée par lui de cette même façon.
Verse 40
ततः खाताधिपेनैव शैलं दूरे निपातितम् । पुण्यं खातस्य चोत्खाते प्रलुप्तस्य सुतेन हि
Alors, par Khātādhipa lui‑même, la montagne fut jetée au loin. Et le puṇya lié à Khāta—par l’acte de creuser et d’excaver—fut réellement obtenu par le fils de Pralupta.
Verse 41
सोपि नाकं समारुह्य जन्मजन्मसु निर्वृतः । गोत्रमातृगणानां च नृपाणां सुहृदां तथा
Lui aussi, montant au ciel, demeure comblé et bienheureux de naissance en naissance, avec les groupes de sa lignée et de ses mères, ainsi qu’avec les rois et les amis.
Verse 42
सखीनां चोपकर्तॄणां खातं खात्वाऽक्षयं फलम् । तपस्विनामनाथानां ब्राह्मणानां विशेषतः
En creusant un puits ou un réservoir, on obtient un fruit impérissable—surtout lorsqu’on le fait pour des amis et des bienfaiteurs, et tout particulièrement pour des brāhmaṇas ascètes et sans soutien.
Verse 43
खातं तु जनयित्वा तु स्वर्गं चाक्षयमश्नुते । तस्मात्खातादिकं विप्राः शक्तितो यः करिष्यति
Ayant fait aménager un réservoir d’eau creusé, on atteint le ciel impérissable. C’est pourquoi, ô brāhmaṇas, que celui qui—selon ses moyens—entreprendra des œuvres telles que creuser puits, bassins et autres…
Verse 44
सर्वपापक्षयात्पुण्यं मोक्षं यायान्न संशयः । य इदं श्रावयेल्लोके धर्माख्यानं महोत्कटम्
Par l’anéantissement de tous les péchés, on acquiert le mérite et l’on atteint la délivrance (mokṣa) — sans aucun doute. Quiconque fait entendre dans le monde ce puissant récit du dharma…
Verse 45
सर्वखातप्रदानस्य फलमश्नाति धार्मिकः । ग्रहणे भास्करस्यैव भागीरथ्यां तटे वरे
L’homme juste goûte le fruit entier du don de toutes sortes d’aumônes—lorsque, au moment de l’éclipse du Soleil, il accomplit le rite sur la rive excellente de la Bhāgīrathī (Gaṅgā).
Verse 46
गवां कोटिप्रदानस्य फलं श्रुत्वा लभेन्नरः । न च दारिद्रतामेति न शोकं व्याधिसंचयम्
Celui qui écoute le fruit du don de dix millions de vaches obtient ce mérite; et il ne tombe ni dans la pauvreté, ni dans le chagrin, ni dans l’amoncellement des maladies.
Verse 57
असंमानं महद्दुःखमुभयोर्नाधिगच्छति । इति श्रीपाद्मपुराणे प्रथमे सृष्टिखंडे खातादिकीर्तनंनाम सप्तपंचाशत्तमोऽध्यायः
Le manque de respect est une grande souffrance; ainsi, ni l’un ni l’autre n’atteint le bien-être. Ainsi s’achève le cinquante-septième chapitre, nommé « Khātādikīrtana », dans le premier livre, le Sṛṣṭikhaṇḍa, du saint Padma Purāṇa.