Adhyaya 12
Srishti KhandaAdhyaya 12139 Verses

Adhyaya 12

Origin of the Lunar Dynasty: Soma’s Rise, the Tārā Abduction War, Budha–Purūravas Genealogy, and Kārtavīrya Arjuna

Bhīṣma demande à Pulastya comment naquit la Dynastie lunaire et quels rois illustres y parurent. Pulastya raconte l’austérité d’Atri et la manifestation de Soma (Candra), son éclat et sa souveraineté sur les plantes et les herbes. Sous la vigilance des dieux, Soma est élevé par les rites jusqu’à l’accomplissement d’un Rājasūya établi selon l’ordre sacré. Mais Soma enlève Tārā, l’épouse de Bṛhaspati, et une guerre désastreuse éclate, impliquant même Śiva ; Brahmā intervient finalement et Soma rend Tārā. De Tārā naît Budha, qui engendre Purūravas ; sont évoqués le règne de Purūravas, son lien avec Urvaśī et la suite de la lignée. Le récit suit ensuite les branches dynastiques, dont les lignées de Yadu et de Pūru, et culmine dans la glorification de Kārtavīrya Arjuna, le Haihaya aux mille bras. Ses grâces, ses conquêtes, son conflit et sa malédiction sont rapportés, puis une phalaśruti loue la récitation de sa naissance comme porteuse de mérite.

Shlokas

Verse 1

भीष्म उवाच । सोमवंशः कथं जातः कथयात्र विशारद । तद्वंशे केतुराजानो बभूवुः कीर्तिवर्द्धनाः

Bhīṣma dit : «Comment la Dynastie Lunaire (Somavaṃśa) prit-elle naissance ? Dis-le ici, ô savant. Et dans cette lignée, quels rois au noble étendard s’élevèrent, accroissant la renommée ?»

Verse 2

पुलस्त्य उवाच । आदिष्टो ब्रह्मणा पूर्वमत्रिः सर्गविधौ पुरा । अनंतरं नाम तपः सृष्ट्यर्थं तप्तवान्विभुः

Pulastya dit : Jadis, selon l’antique rite de la création, Atri—sur l’ordre de Brahmā—accomplit une austérité puissante nommée Anantara, afin de faire advenir la création.

Verse 3

यदानंदकरं ब्रह्म भगवन्क्लेशनाशनं । ब्रह्मरुद्रेन्द्रसूर्याणामभ्यंतरमतींद्रियं

Ce Brahman—Seigneur bienheureux, destructeur des peines—qui dispense la béatitude; qui est la réalité intime de Brahmā, Rudra, Indra et du Soleil; et qui demeure au-delà de la portée des sens.

Verse 4

शान्तिं कृत्वात्ममनसा तदत्रिः संयमे स्थितः । माहात्म्यं तपसो वापि परमानंदकारकं

Ayant établi la paix dans son propre esprit, le sage Atri, demeurant dans la maîtrise de soi, (reconnut et enseigna) la grandeur de l’ascèse (tapas), véritable cause de la béatitude suprême.

Verse 5

यस्माद्वंशपतिः सार्द्धं समये तदधिष्ठितः । तं दृष्ट्वाचष्ट सोमेन तस्मात्सोमोभवद्विभुः

Parce que le seigneur de cette lignée y fut établi comme il se doit au moment convenable, Soma, le voyant, lui adressa la parole ; ainsi le Puissant fut connu sous le nom de «Soma».

Verse 6

अथ सुस्राव नेत्राभ्यां जलं तत्रात्रिसंभवम् । द्योतयद्विश्वमखिलं ज्योत्स्नया सचराचरम्

Alors, de ses yeux s’écoula une eau—née là d’Atri—dont l’éclat, pareil à la clarté lunaire, illumina l’univers tout entier, le mobile comme l’immobile.

Verse 7

तद्दिशो जगृहुस्तत्र स्त्रीरूपेणासहृच्छयाः । गर्भो भूत्वोदरे तासां स्थितः सोप्यत्रिसंभवः

Là, les Directions le saisirent sous forme de femmes, sans désir au cœur. Devenu embryon, il demeura dans leurs ventres—lui aussi, né d’Atri.

Verse 8

आशाश्च मुमुचुर्गर्भमशक्ता धारणे ततः । समादायाथ तं गर्भमेकीकृत्य चतुर्मुखः

Alors, les Espérances divines, incapables de le porter, relâchèrent l’embryon. Puis le Quatre-Visages (Brahmā) le prit et le rassembla, le faisant un.

Verse 9

युवानमकरोद्ब्रह्मा सर्वायुधधरं नरम् । स्यंदनेथ सहस्तेन वेदशक्तिमये प्रभुः

Brahmā rendit cet homme jeune et porteur de toutes les armes; et le Seigneur, dont la puissance était de la nature des Veda, lui accorda aussi un char.

Verse 10

आरोप्य लोकमनयदात्मीयं स पितामहः । ततो ब्रह्मर्षिभिः प्रोक्तं ह्यस्मत्स्वामीभवत्वयम्

L’ayant établi et conduit dans son propre monde, tel fut l’acte du Grand-Père (Brahmā). Alors les Brahmarṣi dirent : «Vraiment, sois notre seigneur».

Verse 11

ऋषिभिर्देवगंधर्वैरप्सरोभिस्तथैव च । स्तूयमानस्य तस्याभूदधिकं महदंतरम्

Tandis qu’il était loué par les rishis, par les Gandharvas divins et de même par les Apsaras, l’écart entre lui et eux devint plus grand encore.

Verse 12

तेजोवितानादभवद्भुवि दिव्यौषधीगणः । तद्दीप्तिरधिका तस्माद्रात्रौ भवति सर्वदा

Du dais de splendeur naquit sur la terre une multitude d’herbes médicinales divines ; c’est pourquoi leur lueur est plus intense et se voit toujours la nuit.

Verse 13

तेनौषधीशः सोमोभूद्द्विजेष्वपि हि गण्यते । वेदधामा रसश्चायं यदिदं मंडलं शुभम्

Ainsi Soma devint le seigneur des plantes médicinales, et il est vraiment compté aussi parmi les dvija. Cet orbe de bon augure est la demeure des Védas et il est lui-même l’essence, le rasa.

Verse 14

कार्त्तवीर्यस्य राजर्षेर्महिमानं निरीक्ष्य सः । न नूनं कार्त्तवीर्यस्य गतिं यास्यंति पार्थिवाः

Voyant la grandeur du rājarṣi Kārttavīrya, il pensa : «Assurément, nul roi de la terre n’atteindra la voie de Kārttavīrya».

Verse 15

रूपलावण्यसंयुक्तास्तस्मै कन्याः सुवर्चसः । ततः शक्तिसहस्राणां सहस्राणि दशैव तु

Alors lui furent offertes des jeunes filles rayonnantes, unies à la beauté et à la grâce ; puis vinrent dix mille milliers de śakti, puissances et énergies.

Verse 16

तपश्चकार शीतांशुर्विष्णुध्यानैकतत्परः । ततस्तुष्टश्च भगवांस्तस्मै नारायणो हरिः

Śītāṃśu accomplit des austérités, tout entier voué à la méditation de Viṣṇu. Alors le Seigneur bienheureux—Nārāyaṇa Hari—satisfait, se manifesta à lui.

Verse 17

वरं वृणीष्व चोवाच परमात्मा जनार्दनः । ततो वव्रे वरं सोमः शक्रलोके यजाम्यहम्

«Choisis une grâce», dit Janārdana, le Soi suprême. Alors Soma choisit cette grâce : «Puissé-je accomplir le sacrifice dans le monde de Śakra, le ciel d’Indra».

Verse 18

प्रत्यक्षमेव भोक्तारो भवंतु मम मंदिरे । राजसूये सुरगणा ब्रह्माद्या ये चतुर्विधाः

«Que ceux qui prennent part au repas soient présents en personne dans mon temple. Au Rājasūya, que les troupes des dieux—à commencer par Brahmā—des quatre catégories, y prennent part».

Verse 19

रक्षपालः सुरोस्माकमास्तां शूलधरो हरः । तथेत्युक्तः समाजह्रे राजसूयं तु विष्णुना

«Que Hara (Śiva), porteur du trident, soit notre gardien divin». Ainsi sollicité, il y consentit ; et, par la volonté de Viṣṇu, le sacrifice du Rājasūya fut dûment ordonné.

Verse 20

होतात्रिर्भृगुरध्वर्युरुद्गाता च चतुर्मुखः । ब्रह्मत्वमगमत्तस्य उपद्रष्टा हरिः स्वयम्

Atri officia comme Hotṛ, Bhṛgu comme Adhvaryu, et le Quatre-Visages comme Udgātṛ. Il obtint la charge de prêtre Brahmā, avec Hari lui-même pour témoin et surveillant du rite.

Verse 21

सदस्याः सर्वदेवास्तु राजसूयविधिः स्मृतः । वसवोध्वर्यवस्तद्वद्विश्वेदेवास्तथैव च

Tous les dieux doivent être tenus pour les membres officiants du rite : telle est la règle proclamée pour le sacrifice du Rājasūya. De même, les Vasus servent comme prêtres Adhvaryu, et de même encore les Viśvedevas.

Verse 22

त्रैलोक्यं दक्षिणा तेन ऋत्विग्भ्यः प्रतिपादिता । सोमः प्राप्याथदुष्प्राप्यमैश्वर्यं सृष्टिसत्कृतं

Par lui, les trois mondes furent donnés en dakṣiṇā, l’honoraire sacrificiel, aux prêtres officiants. Alors Soma obtint cette prospérité souveraine, si difficile à atteindre, honorée par l’ordre même de la création.

Verse 23

सप्तलोकैकनाथत्वं प्राप्तस्स्वतपसा तदा । कदाचिदुद्यानगतामपश्यदनेकपुष्पाभरणोपशोभाम्

Ayant obtenu, par ses propres austérités, l’unique souveraineté sur les sept mondes, il vit un jour, dans un jardin, une femme rayonnante de multiples parures de fleurs.

Verse 24

बृहन्नितंबस्तनभारखेदां पुष्पावभंगेप्यतिदुर्बलांगीं । भार्यां च तां देवगुरोरनंगबाणाभिरामायत चारुनेत्रां

Il vit l’épouse du précepteur des dieux : lasse du poids de ses larges hanches et de ses seins, si frêle de membres que même la chute d’une fleur pouvait l’accabler ; charmante comme transpercée des flèches de Kāma, aux longs yeux magnifiques.

Verse 25

तारां स ताराधिपतिः स्मरार्तः केशेषु जग्राह विविक्तभूमौ । सापि स्मरार्ता सहते न रेमे तद्रूपकांत्याहृतमानसैव

Tourmenté par le désir, le seigneur des astres saisit Tārā par les cheveux en un lieu retiré. Elle aussi, blessée par la passion, ne résista point et ne se retint point, l’esprit déjà ravi par la beauté et l’éclat de sa forme.

Verse 26

चिरं विहृत्याथ जगाम तारां विधुर्गृहीत्वा स्वगृहं ततोपि । न तृप्तिरासीत्स्वगृहेपि तस्य तारानुरक्तस्य सुखागमेषु

Après s’être longtemps diverti, la Lune prit Tārā et regagna sa propre demeure. Pourtant, même chez lui, il ne trouva point de contentement, tant il était attaché à Tārā dans la quête des plaisirs.

Verse 27

बृहस्पतिस्तद्विरहाग्निदग्धस्तद्ध्याननिष्ठैकमना बभूव । शशाक शापं न च दातुमस्मै न मंत्रशस्त्राग्निविषैरनेकैः

Bṛhaspati, brûlé par le feu de la séparation, devint tout entier absorbé, l’esprit unifié et ferme dans la méditation sur lui. Pourtant, il ne put lui infliger de malédiction, fût-ce par maints moyens — mantras, armes, feu ou poisons divers.

Verse 28

तस्यापकर्तुं विविधैरुपायैर्नैवाभिचारैरपि वागधीशः । स याचयामास ततस्तु देवं सोमं स्वभार्यार्थमनंगतप्तः

Ne pouvant lui nuire par quelque moyen que ce fût, ni même par enchantements et sortilèges, Vāgadhīśa, tourmenté par le dieu de l’Amour, implora alors le deva Soma afin de retrouver sa propre épouse.

Verse 29

स याच्यमानोपि ददौ न भार्यां बृहस्पतेः कामवशेन मोहितः । महेश्वरेणाथ चतुर्मुखेन साध्यैर्मरुद्भिः सह लोकपालैः

Bien qu’on le suppliât maintes fois, il ne rendit pas l’épouse à Bṛhaspati, égaré par le désir. Et ce refus demeura même en présence de Maheśvara et de Brahmā aux quatre visages, avec les Sādhyas, les Maruts et les gardiens des mondes.

Verse 30

ददौ यदा तां न कथंचिदिंदुस्तदा शिवः क्रोधपरो बभूव । यो वामदेवप्रथितः पृथिव्यामनेकरुद्रार्चितपादपद्मः

Lorsque la Lune (Indu) ne voulut en aucune manière la rendre, alors Śiva s’emplit de courroux — Śiva, renommé sur la terre sous le nom de Vāmadeva, dont les pieds de lotus sont adorés par de nombreux Rudras.

Verse 31

ततः सशिष्यो गिरिशः पिनाकी बृहस्पतेः स्नेहवशानुबद्धः । धनुर्गृहीत्वाजगवं पुरारिर्जगाम भूतेश्वरसिद्धजुष्टः

Alors Girīśa (Śiva), brandissant Pināka, accompagné de son disciple et lié par l’affection envers Bṛhaspati, saisit l’arc Ajagava ; l’ennemi des Trois Cités se mit en route, entouré du Seigneur des êtres et des Siddhas.

Verse 32

युद्धाय सोमेन विशेषदीप्तस्तृतीयनेत्रानलभीमवक्त्रः । सहैव जग्मुश्च गणेश्वराणां विंशाधिका षष्टिरथोग्रमूर्तिः

Flamboyant d’une splendeur accrue, le visage terrible comme issu du feu de son troisième œil, il s’avança au combat avec Soma ; et avec lui partirent les Gaṇeśvaras—soixante et vingt de plus—tandis que lui-même avait une forme farouche.

Verse 33

यक्षेश्वराणां सगणैरनेकैर्युतोन्वगात्स्यंदनसंस्थितानां । वेतालयक्षोरगकिन्नराणां पद्मेन चैकेन तथार्बुदानाम्

Accompagné de nombreuses troupes des seigneurs des Yakṣas, avec maintes cohortes, il s’avança, avec ceux qui se tenaient sur des chars ; avec des Vetālas, des Yakṣas, des Nāgas (serpents) et des Kinnaras, ainsi qu’avec un unique Padma (une troupe ainsi nommée), et encore des multitudes (arbuda).

Verse 34

लक्षैस्त्रिभिर्द्वा दशभी रथानां सोमोप्यगात्तत्र विवृद्धमन्युः । शनैश्चरांगारकवृद्धतेजा नक्षत्रदैत्यासुरसैन्ययुक्तः

Soma (la Lune) s’avança aussi en ce lieu avec trente-deux lakh de chars, la colère fortement accrue ; et Śanaiścara (Saturne), avec Aṅgāraka (Mars), flamboyant d’un éclat augmenté, vint accompagné des armées des Nakṣatras, des Daityas et des Asuras.

Verse 35

जग्मुर्भयं सप्त तथैव लोका धरावनद्वीपसमुद्रगर्भाः । ससोममेवाभ्यगमत्पिनाकी गृहीतदीप्तास्त्रविशालवह्निः

Alors la peur saisit les sept mondes—avec la terre, les forêts, les îles et les profondeurs des océans. Pinākī (Śiva), embrasé par l’immense feu de ses armes resplendissantes brandies, s’avança vers Soma.

Verse 36

अथाभवद्भीषण भीम सोम सैन्यद्वयस्याथ महाहवोसौ । अशेषसत्वक्षयकृत्प्रवृद्धस्तीक्ष्णप्रधानो ज्वलनैकरूपः

Alors s’éleva, entre les deux armées, un grand combat terrible et effrayant, d’un éclat semblable à la lune : il grandit en fureur, causa la perte d’innombrables êtres, fut dominé par des armes tranchantes et prit l’unique forme d’un feu flamboyant.

Verse 37

शस्त्रैरथान्योन्यमशेषसैन्यं द्वयोर्जगामक्षयमुग्रतीक्ष्णैः । पतंति शस्त्राणि तथोज्वलानि स्वर्भूमिपातालमलं दहंति

Puis, par des armes farouches et tranchantes comme des rasoirs, les armées entières des deux camps s’exterminèrent l’une l’autre. Les armes flamboyantes ne cessaient de tomber, brûlant le ciel, la terre et les mondes inferieurs.

Verse 38

रुद्रः क्रोधाद्ब्रह्मशिरो मुमोच सोमोपि सोमास्त्रममोघवीर्यं । तयोर्निपातेन समुद्रभूम्योरथांतरिक्षस्य च भीतिरासीत्

Rudra, dans sa colère, lança l’arme Brahmaśiras ; et Soma, lui aussi, décocha l’arme de Soma, à la puissance infaillible. À la chute de ces deux armes, la crainte saisit l’océan, la terre et même la région médiane de l’atmosphère.

Verse 39

तदा सुयुद्धं जगतां क्षयाय प्रवृद्धमालोक्य पितामहोपि । ततः प्रविश्याथ कथंचिदेव निवारयामास सुरैः सहैव

Alors, voyant que le combat farouche s’était accru jusqu’à tendre vers la destruction des mondes, Pitāmaha (Brahmā) lui-même entra en scène. Puis, d’une manière ou d’une autre, il parvint à le contenir, avec les dieux.

Verse 40

अकारणं किं क्षयकृज्जनानां सोम त्वयापीदमकार्यकार्यं । यस्मात्परस्त्रीहरणाय सोम त्वया कृतं युद्धमतीव भीमम्

Ô Soma, pourquoi, sans raison, es-tu devenu le destructeur des hommes en accomplissant cet acte injuste ? Car, ô Soma, c’est pour avoir enlevé l’épouse d’un autre que tu as mené une guerre des plus effroyables.

Verse 41

पापग्रहस्त्वं भविता जनेषु पापोस्यलं वह्निमुखाशिनां त्वं । भार्यामिमामर्पय वाक्पतेस्त्वं प्रमाणयन्नेव मदीय वाचम्

Parmi les hommes, tu seras tenu pour saisi par le péché ; parmi ceux qui nourrissent le feu, tu seras pleinement pécheur. Remets donc cette épouse à Vākpati, attestant ainsi la vérité de mes paroles.

Verse 42

तथेति चोवाच हिमांशुमाली युद्धादपाक्रामदतः प्रशांतः । बृहस्पतिस्तामथ गृह्य तारां हृष्टो जगाम स्वगृहं च रुद्रः

« Qu’il en soit ainsi », dit Celui qui porte la lune en son diadème ; puis, apaisé, il se retira du combat. Alors Bṛhaspati prit Tārā et, plein de joie, regagna sa demeure ; et Rudra aussi s’en alla vers son séjour.

Verse 43

पुलस्त्य उवाच । ततः संवत्सरस्यांते द्वादशादित्यसन्निभः । दिव्यपीताम्बरधरो दिव्याभरणभूषितः

Pulastya dit : Alors, à la fin de l’année, apparut un être, éclatant comme douze soleils, revêtu de vêtements jaunes divins et paré d’ornements célestes.

Verse 44

तारोदरविनिष्क्रान्तः कुमारस्सूर्यसन्निभः । सर्वार्थशास्त्रविद्विद्वान्हस्तिशास्त्रप्रवर्त्तकः

Du sein de Tārā sortit un prince éclatant, brillant comme le soleil : savant en tous les traités des buts pratiques, et initiateur de la science des éléphants.

Verse 45

नामयद्राजपुत्रोयं विश्रुतो राजवैद्यकः । राज्ञः सोमस्य पुत्रत्वाद्राजपुत्रो बुधः स्मृतः

Celui-ci, renommé comme médecin des rois, fut nommé « Rājaputra » ; et parce qu’il était fils du roi Soma, Budha est rappelé sous le nom de « Rājaputra », le prince.

Verse 46

जनानां तु स तेजांसि सर्वाण्येवाक्षिपद्बली । ब्रह्माद्यास्तत्र चाजग्मुर्देवा देवर्षिभिः सह

Mais ce Puissant ravit toutes les splendeurs des hommes. Alors Brahmā et les autres dieux s’y rendirent, accompagnés des ṛṣi divins.

Verse 47

बृहस्पतिगृहे सर्वे जातकर्मोत्सवे तदा । पप्रच्छुस्ते सुरास्तारां केन जातः कुमारकः

Alors, dans la demeure de Bṛhaspati, lors de la fête du jātakarma, tous les dieux interrogèrent Tārā : «De qui cet enfant a-t-il été engendré ?»

Verse 48

ततः सा लज्जिता तेषां न किंचिदवदत्तदा । पुनः पुनस्तदा पृष्टा लज्जयंती वरांगना

Alors, honteuse devant eux, elle ne dit rien en cet instant. Interrogée maintes fois, la noble dame, toujours pudique, demeura silencieuse.

Verse 49

सोमस्येति चिरादाह ततो गृह्णाद्विधुः सुतं । बुध इत्यकरोन्नाम प्रादाद्राज्यं च भूतले

Après longtemps, il dit : «(Il est) de Soma.» Alors la Lune accepta l’enfant comme son fils. Il lui donna le nom de Budha et lui accorda un royaume sur la terre.

Verse 50

अभिषेकं ततः कृत्वा प्रदानमकरोद्विभुः । ग्रहमध्यं प्रदायाथ ब्रह्मा ब्रह्मर्षिभिर्युतः

Puis, après avoir accompli l’abhiṣeka, le Tout-Puissant fit le don sacré. Ensuite Brahmā—accompagné des Brahmarṣis—l’accorda au cœur même de la demeure.

Verse 51

पश्यतां सर्वभूतानां तत्रैवांतरधीयत । इलोदरे च धर्मिष्ठं बुधः पुत्रमजीजनत्

Sous les yeux de tous les êtres, il disparut sur-le-champ. Et en Ilodarā, Budha engendra un fils très juste, ferme dans le dharma.

Verse 52

अश्वमेधशतंसाग्रमकरोद्यस्स्वतेजसा । पुरूरवा इति ख्यातः सर्वलोकनमस्कृतः

Par sa propre splendeur, il accomplit cent sacrifices d’Aśvamedha ; il devint célèbre sous le nom de Purūravas, honoré par tous les mondes.

Verse 53

हिमवच्छिखरे रम्ये समाराध्य पितामहं । लोकैश्वर्यमगाद्राजन्सप्तद्वीपपतिस्तदा

Après avoir honoré comme il se doit le Pitāmaha (Brahmā) sur un charmant sommet de l’Himālaya, ce roi obtint la souveraineté des mondes, devenant le seigneur des sept continents.

Verse 54

केशिप्रभृतयो दैत्यास्तद्भृत्यत्वं समागताः । उर्वशी यस्य पत्नीत्वमगमद्रूपमोहिता

Des Daitya tels que Keśin et d’autres se mirent à son service ; et Urvaśī, séduite par sa beauté, devint son épouse.

Verse 55

सप्तद्वीपावसुमती सशैलवनकानना । धर्मेण पालिता तेन सर्वलोकहितैषिणा

Cette terre—aux sept continents, avec ses montagnes, ses forêts et ses bosquets—fut gouvernée par lui selon le dharma, car il recherchait le bien de tous les mondes.

Verse 56

चामरग्रहणाकीर्तिः स्वयं चैवांगवाहिका । ब्रह्मप्रसादाद्देवेंद्रो ददावर्द्धासनं तदा

Célèbre pour tenir le chasse-mouches royal et pour servir elle-même comme suivante intime, par la faveur de Brahmā, Indra lui accorda alors un demi-siège, marque d’honneur.

Verse 57

धर्मार्थकामान्धर्मेण समवेतोभ्यपालयत् । धर्मार्थकामास्तं द्रष्टुमाजग्मुः कौतुकान्विताः

Uni à la droiture, il gouverna et protégea le dharma, l’artha et le kāma. Alors Dharma, Artha et Kāma, saisis de curiosité, vinrent le voir.

Verse 58

जिज्ञासवस्तच्चरितं कथं पश्यति नः समम् । भक्त्या चक्रे ततस्तेषामर्घ्यपाद्यादिकं ततः

Désireux de connaître sa conduite, il se dit : «Comment pourrons-nous contempler pleinement et également ses actes ?» Alors, avec dévotion, il leur rendit les honneurs rituels, à commencer par l’arghya et le pādya.

Verse 59

आसनत्रयमानीय दिव्यं कनकभूषणम् । निवेश्याथाकरोत्पूजामीषद्धर्मेधिकां पुनः

Ayant fait apporter trois sièges—divins, ornés de parures d’or—il les installa, puis accomplit de nouveau le culte, selon un rite un peu plus conforme au dharma.

Verse 60

जग्मतुस्तौ च कामार्थावतिकोपं नृपं प्रति । अर्थः शापमदात्तस्मै लोभात्त्वं नाशमेष्यसि

Alors Kāma et Artha allèrent vers le roi, en proie à une colère extrême. Artha prononça sur lui une malédiction : «Par avidité, tu iras à ta perte».

Verse 61

कामोप्याह तवोन्मादो भविता गंधमादने । कुमारवनमाश्रित्य वियोगाच्चोर्वशीभवात्

Kāma parla aussi : «Dans le Gandhamādana, tu tomberas dans la folie ; et, prenant refuge dans le bosquet nommé Kumāravana, elle naîtra de la séparation d’Urvaśī.»

Verse 62

धर्मोप्याह चिरायुस्त्वं धार्मिकश्च भविष्यसि । संततिस्तव राजेंद्र यावदाचंद्रतारकम्

Dharma déclara aussi : «Tu vivras longtemps et tu seras vertueux ; et ta lignée, ô roi, subsistera tant que demeureront la lune et les étoiles.»

Verse 63

शतशो वृद्धिमायाति न नाशं भुवि यास्यति । षष्टिं वर्षाणि चोन्माद ऊर्वशीकामसंभवः

Elle croîtra au centuple et ne connaîtra pas la ruine sur la terre. Et durant soixante ans il y aura folie, née du désir pour Urvaśī.

Verse 64

अचिरादेव भार्यापि वशमेष्यति चाप्सराः । इत्युक्त्वांतर्दधुः सर्वे राजा राज्यं तदान्वभूत्

«Bientôt, même ton épouse —et les apsarās aussi— viendront sous ton pouvoir.» Ayant dit cela, tous disparurent ; et le roi gouverna alors son royaume.

Verse 65

अहन्यहनि देवेंद्रं द्रष्टुं याति पुरूरवाः । कदाचिदारुह्य रथं दक्षिणांबरचारिणा

Jour après jour, Purūravas allait voir Devendra (Indra). Un jour, montant sur un char, il s’avança accompagné de quelqu’un vêtu d’un habit du Sud.

Verse 66

सार्धं शक्रेण सोऽपश्यन्नीयमानामथांबरे । केशिना दानवेंद्रेण चित्रलेखामथोर्वशीम्

Avec Śakra (Indra), il vit alors dans le ciel Citralekhā et Urvaśī emportées par Keśin, le seigneur des Dānavas.

Verse 67

तं विनिर्जित्य समरे विविधायुधपातनैः । पुरा शक्रोपि समरे येन वज्री विनिर्जितः

L’ayant vaincu au combat par le jet de diverses armes—lui par qui jadis même Śakra, porteur du foudre, fut défait—il demeura vainqueur.

Verse 68

मित्रत्वमगमत्तेन प्रादादिंद्राय चोर्वशीं । ततःप्रभृति मित्रत्वमगमत्पाकशासनः

Ainsi l’amitié fut scellée, et il remit Urvaśī à Indra. Dès lors, Pākaśāsana (Indra) entra en amitié avec lui.

Verse 69

सर्वलोकेतिशयितं पुरूरवसमेव तम् । प्राह वज्री तु संतुष्टो नीयतामियमेव च

Satisfait, le porteur du foudre parla de ce Purūravas, qui surpassait tous les mondes en excellence : «Qu’on l’emmène ; oui, que celle-ci même soit conduite vers lui».

Verse 70

सा पुरूरवसः प्रीत्यै चागायच्चरितं महत् । लक्ष्मीस्वयंवरंनाम भरतेन प्रवर्तितम्

Pour réjouir Purūravas, elle chanta aussi un grand récit, nommé «Le Svayaṃvara de Lakṣmī», que Bharata avait fait connaître.

Verse 71

मेनकां चोर्वशीं रंभां नृत्यध्वमिति चादिशत् । ननर्त सलयं तत्र लक्ष्मीरूपेण चोर्वशी

Alors il ordonna à Menakā, Urvaśī et Rambhā : « Dansez ! » Là, Urvaśī dansa, revêtant la forme et la beauté de Lakṣmī.

Verse 72

सा पुरूरवसं दृष्ट्वा नृत्यंती कामपीडिता । विस्मृताभिनयं सर्वं यत्पुरातनचोदितम्

En voyant Purūravas, elle—dansant, tourmentée par le désir—oublia tous les gestes et toutes les expressions de l’art appris jadis.

Verse 73

शशाप भरतः क्रोधाद्वियोगात्तस्य भूतले । पंचपंचाशदब्दानि लताभूता भविष्यसि

Bharata, enflammé de colère par la douleur de la séparation d’avec lui, la maudit sur la terre : « Pendant cinquante-cinq ans, tu deviendras une liane ».

Verse 74

ततस्तमुर्वशी गत्वा भर्त्तारमकरोच्चिरं । शापानुभवनांते च उर्वशी बुधसूनुना

Alors Urvaśī alla vers lui et, après longtemps, le prit pour époux ; et lorsque l’épreuve de la malédiction prit fin, Urvaśī fut de nouveau réunie au fils de Budha.

Verse 75

अजीजनत्सुतानष्टौ नामतस्तान्निबोध मे । आयुर्दृढायुर्वश्यायुर्बलायुर्धृतिमान्वसुः

Il engendra huit fils ; apprends de moi leurs noms : Āyu, Dṛḍhāyu, Vaśyāyu, Balāyu, Dhṛtimān et Vasu.

Verse 76

दिव्यजायुः शतायुश्च सर्वे दिव्यबलौजसः । आयुषो नहुषः पुत्रो वृद्धशर्मा तथैव च

Divyajāyu et Śatāyu—et, en vérité, tous étaient pourvus d’une force et d’une vigueur divines—ainsi que Nahuṣa, fils d’Āyuṣa, et Vṛddhaśarmā également.

Verse 77

रजिर्दंडो विशाखश्च वीराः पंचमहारथाः । रजेः पुत्रशतं जज्ञे राजेया इति विश्रुतं

Raji, Daṇḍa et Viśākha—héros, grands guerriers de char—naquirent. De Raji naquirent cent fils, célèbres sous le nom de « Rājeyas ».

Verse 78

रजिराराधयामास नारायणमकल्मषं । तपसा तोषितो विष्णुर्वरं प्रादान्महीपतेः

Raji vénéra Nārāyaṇa, le Seigneur sans souillure. Viṣṇu, satisfait par ses austérités, accorda une grâce à ce roi.

Verse 79

देवासुरमनुष्याणामभूत्स विजयी तदा । अथ देवासुरं युद्धमभूद्वर्षशतत्रयम्

Alors il triompha des devas, des asuras et des hommes. Ensuite, la guerre entre devas et asuras se poursuivit durant trois cents ans.

Verse 80

प्रह्लादशक्रयोर्भीमं न कश्चिद्विजयी तयोः । ततो देवासुरैः पृष्टः पृथग्देवश्चतुर्मुखः

Dans l’effroyable affrontement entre Prahlāda et Śakra (Indra), nul des deux ne remporta la victoire. Alors les dieux et les asuras, séparément, interrogèrent le dieu aux quatre visages, Brahmā.

Verse 81

अनयोर्विजयी कः स्याद्रजिर्यत्रेति सोब्रवीत् । जयाय प्रार्थितो राजा सहायस्त्वं भवस्व नः

Il dit : « Lequel de ces deux-là sera victorieux, et en quel lieu aura lieu l’épreuve ? » Puis, ayant imploré du roi la victoire, ils dirent : « Sois notre soutien ».

Verse 82

दैत्यैः प्राह यदि स्वामी वो भवामि ततस्त्वलम् । नासुरैः प्रतिपन्नं तत्प्रतिपन्नं सुरैस्तदा

Il dit aux Daityas : « Si je deviens votre seigneur, que cela vous suffise. » Ce que les Asuras n’avaient pas accepté, les Devas l’acceptèrent alors.

Verse 83

स्वामी भव त्वमस्माकं बलनाशय विद्विषः । ततो विनाशिताः सर्वे ये वध्या वज्रपाणिनः

« Sois notre seigneur ; anéantis la force de nos ennemis. » Alors furent détruits tous ceux que Vajrapāṇi (Indra) devait abattre.

Verse 84

पुत्रत्वमगमत्तुष्टस्तस्येंद्रः कर्मणा ततः । दत्त्वेंद्राय पुरा राज्यं जगाम तपसे रजिः

Satisfait de son mérite, Indra obtint alors la condition d’être son fils. Et Raji, après avoir jadis remis à Indra la royauté, s’en alla accomplir des austérités.

Verse 85

रजिपुत्रैस्तदाछिन्नं बलादिंद्रस्य वैयदा । यज्ञभागश्च राज्यं च तपोबलगुणान्वितैः

Lorsque les fils de Raji —doués de puissance d’austérité, de force et de vertu— l’arrachèrent de force à Indra, ils prirent à la fois sa part du sacrifice et sa royauté.

Verse 86

राज्यभ्रष्टस्ततः शक्रो रजिपुत्रनिपीडितः । प्राह वाचस्पतिं दीनः पीडितोऽस्मि रजेः सुतैः

Alors Śakra (Indra), privé de son royaume et accablé par les fils de Raji, dit avec détresse à Vācaspati (Bṛhaspati) : «Je suis affligé, tourmenté par les fils de Raji.»

Verse 87

न यज्ञभागो राज्यं मे पीडितस्य बृहस्पते । राज्यलाभाय मे यत्नं विधत्स्व धिषणाधिप

Ô Bṛhaspati, dans ma détresse je n’ai ni part aux yajñas ni royaume. Ô seigneur de la sagesse, conçois pour moi un moyen de recouvrer la souveraineté.

Verse 88

ततो बृहस्पतिः शक्रमकरोद्बलदर्पितम् । ग्रहशांतिविधानेन पौष्टिकेन च कर्मणा

Alors Bṛhaspati apaisa et fortifia Śakra (Indra), enivré de puissance et d’orgueil, au moyen des rites prescrits d’apaisement des grahas (planètes) et d’actes rituels nourrissants, dispensateurs de prospérité.

Verse 89

गत्वाथ मोहयामास रजिपुत्रान्बृहस्पतिः । जिनधर्मं समास्थाय वेदबाह्यं स धर्मवित्

Puis Bṛhaspati s’en alla et égara les fils de Raji ; bien qu’il fût connaisseur du dharma, il adopta la doctrine du Jina, située hors du Veda.

Verse 90

वेदत्रयीपरिभ्रष्टांश्चकार धिषणाधिपः । वेदबाह्यान्परिज्ञाय हेतुवादसमन्वितान्

Le Seigneur de l’intelligence les fit déchoir des trois Vedas ; les reconnaissant comme hors du Veda, il les rendit partisans du hetuvāda, la controverse fondée sur le seul raisonnement.

Verse 91

जघान शक्रो वज्रेण सर्वान्धर्मबहिष्कृतान् । नहुषस्य प्रवक्ष्यामि पुत्रान्सप्तैव धार्मिकान्

Indra, de son foudre, abattit tous ceux qui avaient été exclus du dharma. À présent, je vais raconter les sept fils de Nahusha, vraiment vertueux.

Verse 92

यतिर्ययातिश्शर्यातिरुत्तरः पर एव च । अयतिर्वियतिश्चैव सप्तैते वंशवर्द्धनाः

Yati, Yayāti, Śaryāti, Uttara, et aussi Para; avec Ayati et Viyati : ces sept-là font croître la lignée.

Verse 93

यतिः कुमारभावेपि योगी वैखानसोभवत् । ययातिरकरोद्राज्यं धर्मैकशरणः सदा

Même dans l’enfance, Yati devint un yogi vaikhānasa; et Yayāti régna sur son royaume, prenant toujours refuge en le Dharma seul.

Verse 94

शर्मिष्ठा तस्य भार्याभूद्दुहिता वृषपर्वणः । भार्गवस्यात्मजा चैव देवयानी च सुव्रता

Śarmiṣṭhā, fille de Vṛṣaparvan, devint son épouse; et Devayānī aussi—fille de Bhārgava—était une femme de haute vertu.

Verse 95

ययातेः पंचदायादास्तान्प्रवक्ष्यामि नामतः । देवयानी यदुं पुत्रं तुर्वसुं चाप्यजीजनत्

Je vais maintenant nommer les cinq héritiers de Yayāti. Devayānī enfanta les fils Yadu et Turvasu.

Verse 96

तथा द्रुह्यमणं पूरुं शर्मिष्ठाजनयत्सुतान् । यदुः पूरूश्च भरतस्ते वै वंशविवर्द्धनाः

De même, Śarmiṣṭhā enfanta des fils—Druhyamaṇa, Pūru, Yadu, Pūrū et Bharata ; en vérité, ils furent les accroisseurs de la lignée (dynastie).

Verse 97

पूरोर्वंशं प्रवक्ष्यामि यत्र जातोसि पार्थिव । यदोस्तु यादवा जाता यत्र तौ बलकेशवौ

Je vais exposer la lignée de Pūru, ô roi, dans laquelle tu es né ; et aussi celle de Yadu, d’où naquirent les Yādava, où virent le jour ces deux-là, Balarāma et Keśava (Kṛṣṇa).

Verse 98

भारावतारणार्थाय पांडवानां हिताय च । यदोः पुत्रा बभूवुश्च पंच देवसुतोपमाः

Afin d’alléger le fardeau de la terre, et aussi pour le bien des Pāṇḍava, cinq fils naquirent dans la lignée de Yadu, pareils aux fils des dieux.

Verse 99

सहस्रजित्तथा ज्येष्ठः क्रोष्टा नीलोञ्जिको रघुः । सहस्रजितो दायादः शतजिन्नाम पार्थिवः

Et il y eut Sahasrajit ; de même Jyeṣṭha, Kroṣṭā, Nīloñjika et Raghu. L’héritier de Sahasrajit fut le roi nommé Śatajit.

Verse 100

शतजितश्च दायादास्त्रयः परमधार्मिकाः । हैहयश्च हयश्चैव तथा तालहयश्च यः

Śatajit eut trois héritiers, tous éminemment vertueux : Haihaya, Haya, et aussi celui qu’on nomme Tālahaya.

Verse 101

हैहयस्य तु दायादो धर्मनेत्रः प्रतिश्रुतः । धर्मनेत्रस्य कुंतिस्तु संहतस्तस्य चात्मजः

Or, l’héritier de Haihaya est proclamé être Dharmanetra. Et le fils de Dharmanetra est Kunti ; Saṃhata est le fils de Kunti.

Verse 102

संहतस्य तु दायादो महिष्मान्नाम पार्थिवः । आसीन्महिष्मतः पुत्रो भद्रसेनः प्रतापवान्

Or, l’héritier de Saṃhata fut un roi nommé Mahiṣmān. Et le fils de Mahiṣmān fut le vaillant Bhadrasena.

Verse 103

वाराणस्यामभूद्राजा कथितः पूर्वमेव हि । भद्रसेनस्य पुत्रस्तु दुर्दमो नाम धार्मिकः

À Vārāṇasī régna un roi — déjà évoqué auparavant — fils de Bhadrasena : le juste nommé Durdama.

Verse 104

दुर्दमस्य सुतो भीमो धनको नाम वीर्यवान् । धनकस्य सुता ह्यासन्चत्वारो लोकविश्रुताः

Durdama eut un fils, Bhīma, un homme puissant nommé Dhanaka. Et Dhanaka eut quatre fils, renommés dans le monde entier.

Verse 105

कृताग्निः कृतवीर्यश्च कृतधर्मा तथैव च । कृतौजाश्च चतुर्थोभूत्कृतवीर्याच्च सोर्जुनः

Naquirent Kṛtāgni, Kṛtavīrya, Kṛtadharmā et, comme quatrième, Kṛtaujā ; et de Kṛtavīrya naquit cet Arjuna.

Verse 106

जातो बाहुसहस्रेण सप्तद्वीपेश्वरो नृपः । वर्षायुतं तपस्तेपे दुश्चरं पृथिवीपतिः

Né avec mille bras, ce roi devint le souverain des sept dvīpas. Puis le maître de la terre accomplit de rudes austérités durant dix mille ans.

Verse 107

दत्तमाराधयामास कार्त्तवीर्योत्रिसंभवम् । तस्मै दत्तो वरान्प्रादाच्चतुरः पुरुषोत्तमः

Kārttavīrya, né dans la lignée d’Atri, vénéra Datta ; et Datta —la Personne Suprême— lui accorda quatre grâces.

Verse 108

पूर्वं बाहुसहस्रं तु स वव्रे राजसत्तमः । अधर्मं ध्यायमानस्य भीतिश्चापि निवारणम्

D’abord, le meilleur des rois choisit pour grâce mille bras ; et aussi l’abolition de la crainte pour celui qui, en son esprit, méditait l’adharma.

Verse 109

युद्धेन पृथिवीं जित्वा धर्मेणावाप्य वै बलम् । संग्रामे वर्तमानस्य वधश्चैवाधिकाद्भवेत्

Ayant conquis la terre par la guerre et, certes, obtenu la puissance par le dharma, pourtant, pour celui qui demeure au combat, le meurtre devient d’autant plus démesuré.

Verse 110

एतेनेयं वसुमती सप्तद्वीपा सपत्तना । सप्तोदधि परिक्षिप्ता क्षात्रेण विधिना जिता

Par lui, cette Terre —avec ses sept dvīpas et ses cités—, ceinte des sept océans, fut conquise selon la loi des kṣatriyas et l’ordre prescrit.

Verse 111

जज्ञे बाहुसहस्रं च इच्छतस्तस्य धीमतः । सर्वे यज्ञा महाबाहोस्तस्यासन्भूरिदक्षिणाः

Selon la volonté de ce sage, mille bras naquirent en lui. Et tous les sacrifices de ce héros aux bras puissants furent pourvus d’abondantes dakṣiṇā, larges dons offerts aux prêtres.

Verse 112

सर्वे कांचनयूपास्ते सर्वे कांचनवेदिकाः । सर्वे देवैश्च संप्राप्ता विमानस्थैरलंकृतैः

Tous avaient des poteaux sacrificiels d’or; tous avaient des autels d’or. Tous furent servis par les devas, ornés par ceux qui se tenaient dans des chars célestes.

Verse 113

गंधर्वैरप्सरोभिश्च नित्यमेवापि सेविताः । यस्य यज्ञे जगौ गाथा गंधंर्वो नारदस्तथा

Il est sans cesse servi par les Gandharvas et les Apsaras. Et dans son yajña, les Gandharvas chantèrent des hymnes sacrés; Nārada aussi y chanta.

Verse 115

यज्ञैर्दानैस्तपोभिश्च विक्रमेण श्रुतेन च । सप्तद्वीपाननुचरन्वेगेन पवनोपमः

Par les sacrifices, les dons et les austérités—par la vaillance et par l’étude sacrée—il parcourut les sept continents, rapide comme le vent dans son élan.

Verse 116

पंचाशीतिसहस्राणि वर्षाणां च नराधिपः । सप्तद्वीपपृथिव्याश्च चक्रवर्ती बभूव ह

Pendant quatre-vingt-cinq mille ans, ce seigneur des hommes devint cakravartin, souverain universel, sur la terre aux sept continents.

Verse 117

स एव पशुपालोभूत्क्षेत्रपालः स एव हि । स एव वृष्ट्या पर्जन्यो योगित्वादर्जुनोभवत्

Lui seul devint le gardien des vaches; lui-même fut le protecteur des champs. Par sa maîtrise de la pluie il fut Parjanya, et par l’accomplissement du yoga il devint Arjuna.

Verse 118

योसौ बाहुसहस्रेण ज्याघातकठिनत्वचा । भाति रश्मिसहस्रेण शारदेनेव भास्करः

Lui, dont la peau s’est endurcie sous les coups répétés de la corde de l’arc sur ses mille bras, resplendit de mille rayons, tel le soleil en la saison d’automne.

Verse 119

एष नाम मनुष्येषु माहिष्मत्यां महाद्युतिः । एष वेगं समुद्रस्य प्रावृट्काले भजेत वै

Parmi les hommes, il en est un nommé Eṣa à Māhiṣmatī, d’un éclat immense; en vérité, il égalerait la puissance de l’océan au temps des pluies.

Verse 120

क्रीडते स्वसुखा ये विप्रतिस्रोतो महीपतिः । ललनाः क्रीडता तेन प्रतिबद्धोर्मिमालिनी

Là, le roi souverain se livre au jeu selon son bon plaisir, allant à contre-courant; et tandis qu’il s’ébat, les femmes s’ébattent avec lui, et le fleuve, ceint d’une guirlande de vagues, semble retenu par leurs ébats.

Verse 121

ऊर्मिभ्रुकुटिमाला सा शंकिताभ्येति नर्मदा । एष एव मनोर्वंशे त्ववगाहेन्महार्णवम्

Avec des rangées de vagues telles des sourcils froncés, la Narmadā s’avance avec appréhension. Et c’est ce même être qui, dans la lignée de Manu, plongera dans le grand océan.

Verse 122

करेणोद्धृत्य वेगं तु कामिनीप्रीणनेन तु । तस्य बाहुसहस्रेण क्षोभ्यमाणे महोदधौ

Saisissant de sa main et soulevant l’élan des eaux, désireux de réjouir la jeune fille, il bouleversa le grand océan : sous ses mille bras, il fut baratté et mis en tumulte.

Verse 123

भवंति लीना निश्चेष्टाः पातालस्था महासुराः । तदूरुक्षोभचकिता अमृतोत्पादशंकिताः

Les grands Asuras demeurant en Pātāla restèrent dissimulés et sans mouvement ; effrayés par ce violent bouleversement, ils soupçonnèrent que l’amṛta, le nectar d’immortalité, était en train de naître.

Verse 124

नता निश्चलमूर्द्धानो भवंति च महोरगाः । एष धन्वी च चिक्षेप रावणं प्रति सायकान्

Les grands serpents s’inclinèrent, la tête parfaitement immobile. Alors cet archer lança ses flèches vers Rāvaṇa.

Verse 125

एष धन्वी धनुर्गृह्य उत्सिक्तं पंचभिः शरैः । लंकेशं मोहयित्वा तु सबलं रावणं बलात्

Ce puissant archer, saisissant son arc, décocha cinq flèches et, le maîtrisant par la force, plongea dans la confusion le seigneur de Laṅkā, Rāvaṇa, avec toute son armée.

Verse 126

निर्जित्य बद्ध्वा त्वानीय माहिष्मत्याम्बबंध तम् । ततो गतोहं तस्याग्रे अर्जुनं संप्रसादयन्

L’ayant vaincu et ligoté, je t’ai amené et je l’ai tenu captif à Māhiṣmatī. Puis je suis allé devant lui, apaisant Arjuna.

Verse 127

मुमोच राजन्पौत्रं मे सख्यं कृत्वा च पार्थिवः । तस्य बाहुसहस्रस्य बभूव ज्यातलस्वनः

Ô roi, le souverain de la terre relâcha mon petit-fils après avoir scellé avec lui une amitié ; et pour celui aux mille bras, la corde de l’arc rendit alors un son tendu et retentissant.

Verse 128

युगांताग्नेः प्रवृत्तस्य यथा ज्यातलनिःस्वनः । अहो बलं विधेर्वीर्यं भार्गवः स यदाच्छिनत्

Tel le claquement de la corde de l’arc lorsque s’est levé le feu de la fin des âges, ainsi retentit l’acte. Ah, merveilleuse est la puissance du destin : ce Bhārgava le trancha en un instant.

Verse 129

मृधे सहस्रं बाहूनां हेमतालवनं यथा । यं वसिष्ठस्तु संक्रुद्धो ह्यर्जुनं शप्तवान्विभुः

Au combat, ses mille bras étaient tels une forêt de palmiers d’or. C’est cet Arjuna que le puissant sage Vasiṣṭha, courroucé, frappa d’une malédiction.

Verse 130

यस्माद्वनं प्रदग्धं ते विश्रुतं मम हैहय । तस्मात्ते दुष्कृतं कर्म कृतमन्यो हनिष्यति

Puisque toi, ô Haihaya, tu as brûlé la forêt renommée comme mienne, pour ce méfait que tu as accompli, un autre te donnera la mort.

Verse 131

छित्वा बाहुसहस्रं ते प्रमथ्य तरसा बली । तपस्वी ब्राह्मणस्त्वां वै वधिष्यति स भार्गवः

Après avoir tranché tes mille bras et brisé avec force ton orgueil, ce puissant brāhmane ascète—le Bhārgava—te mettra assurément à mort.

Verse 132

तस्य रामोथ हंतासीन्मुनिशापेन धीमतः । तस्य पुत्रशतं त्वासीत्पंच तत्र महारथाः

Alors Rāma devint son meurtrier, sous l’effet de la malédiction d’un sage muni. Il eut cent fils ; parmi eux, cinq furent de grands guerriers.

Verse 133

कृतास्त्रा बलिनः शूरा धर्मात्मानो महाबल । शूरसेनश्च शूरश्च धृष्टो वै कृष्ण एव च

Ils étaient exercés aux armes : forts, héroïques, justes d’âme et très puissants : Śūrasena, Śūra, Dhṛṣṭa, et aussi, en vérité, Kṛṣṇa.

Verse 134

जयद्ध्वजः स वै कर्ता अवन्तिश्च रसापतिः । जयध्वजस्य पुत्रस्तु तालजंघो महाबलः

Jayaddhvaja, certes, devint le souverain, et Avanti devint le seigneur de Rasā ; et le fils de Jayadhvaja fut Tālajaṅgha, homme d’une grande force.

Verse 135

तस्य पुत्राश्शतान्येव तालजंघा इति स्मृताः । तेषां पंचकुलान्यासन्हैहयानां महात्मनाम्

Il eut des centaines de fils, connus sous le nom de Tālajaṅghas. Parmi ces Haihayas magnanimes, il y eut cinq clans.

Verse 136

वीतिहोत्राश्च संजाता भोजाश्चावंतयस्तथा । तुंडकेराश्च विक्रांतास्तालजंघाः प्रकीर्तिताः

Naquirent les Vītihotras ; de même les Bhojas et les Avantis ; et l’on célèbre aussi les vaillants Tuṇḍakeras, ainsi que les Tāla-jaṅghas.

Verse 137

वीतिहोत्रसुतश्चापि अनंतो नाम वीर्यवान् । दुर्जयस्तस्य पुत्रस्तु बभूवामित्रकर्षणः

Et le fils de Vītihotra fut un homme vaillant nommé Ananta ; et son fils fut Durjaya, l’écraseur des ennemis.

Verse 138

सद्भावेन महाराजः प्रजाधर्मेण पालयन् । कार्तवीर्यार्जुनो नाम राजा बाहुसहस्रधृत्

Avec une intention noble, le grand roi—protégeant ses sujets selon le dharma dû au peuple—était un souverain nommé Kārtavīrya Arjuna, renommé comme le roi aux mille bras.

Verse 139

येन सागरपर्यंता धनुषा निर्जिता मही । यस्तस्यकीर्तयेन्नाम कल्यमुत्थाय मानवः

Celui par l’arc duquel la terre, bornée par l’océan, fut conquise : l’homme qui se lève à l’aube et célèbre son nom obtient l’auspice.

Verse 140

न तस्य वित्तनाशः स्यान्नष्टं च लभते पुनः । कार्तवीर्यस्य यो जन्म कथयेदिह धीमतः । यथा यष्टा यथा दाता स्वर्गलोके महीयते

Pour lui, il n’y aura point de perte de richesse, et ce qui fut perdu, il le retrouve encore. Le sage qui, ici, raconte la naissance de Kārtavīrya est honoré dans le monde céleste, tel celui qui accomplit les sacrifices et tel celui qui fait le don.