Adhyaya 84
Bhumi KhandaAdhyaya 8422 Verses

Adhyaya 84

Description of the Greatness of the Mother-and-Father Tīrtha

Le chapitre 84 élève les parents (ainsi que le guru) au rang de tīrtha vivants : les servir avec piété procure un mérite exceptionnel. Par des exemples (les fils de Yayāti, Pūru et Turu ; et Yadu et Turu frappés de malédiction), il montre que la faveur ou la colère du père façonne puissamment la destinée des lignées, et que répondre avec respect à l’appel des parents équivaut au fruit d’un bain dans la Gaṅgā. Les services rendus—laver les pieds des êtres dignes, masser le maître, offrir nourriture, vêtements et bain—sont tenus pour l’égal d’un pèlerinage, voire d’un mérite comparable à celui de l’Aśvamedha. Le texte avertit aussi : outrager ses parents mène à l’enfer de Raurava ; négliger des parents âgés engendre la souffrance ; et blasphémer contre son guru est déclaré sans expiation possible. La conclusion, dans le cadre du récit de Vena, insiste sur une vénération quotidienne envers mère, père et maître, fondement de la connaissance, de la prospérité et de l’élévation spirituelle.

Shlokas

Verse 1

सुकर्मोवाच । एतत्ते सर्वमाख्यातं चरित्रं पापनाशनम् । पुत्राणां तारकं दिव्यं बहुपुण्यप्रदायकम्

Sukarma dit : « Tout cela t’a été entièrement exposé : un récit sacré qui détruit le péché, qui devient un libérateur divin pour les fils et qui confère d’abondants mérites ».

Verse 2

प्रत्यक्षं दृश्यते लोके ययातिचरितं श्रुतम् । पूरुणाप्तं महद्राज्यं दुर्गतिं गतवांस्तुरुः

En ce monde, l’histoire bien connue de Yayāti apparaît comme un exemple clair et vivant. Pūru obtint le grand royaume, tandis que Turu tomba dans l’infortune.

Verse 3

पितृप्रसादात्कोपाच्च यथा जातं तथा पुनः । पुत्राणां तारकं पुण्यं यशस्यं धनधान्यदम्

Qu’il naisse de la faveur du père ou de sa colère, il redevient pourtant un saint libérateur pour les fils, accordant mérite, renommée et le don des richesses et des grains.

Verse 4

शापयुक्ताविमौ चोभौ तुरुश्च यदुरेव च । पितृमातृसमं नास्ति अभीष्टफलदायकम्

Tous deux, Turu et Yadu aussi, étaient sous le coup d’une malédiction. Rien n’égale le père et la mère, car ils accordent le fruit désiré.

Verse 5

साभिलाषेण भावेन पिता पुत्रं समाह्वयेत् । माता च पुत्रपुत्रेति तस्य पुण्यफलं शृणु

Si, avec un élan d’amour et de tendresse, un père appelle son fils, et qu’une mère appelle son fils en disant : « Mon fils, mon fils », écoute le fruit de mérite qui en découle.

Verse 6

समाहूतो यथा पुत्रः प्रयाति मातरं प्रति । यो याति हर्षसंयुक्तो गंगास्नानफलं लभेत्

De même que le fils, lorsqu’il est appelé, se rend vers sa mère, ainsi celui qui s’avance rempli de joie obtient le mérite du bain dans la Gaṅgā.

Verse 7

पादप्रक्षालनं यस्तु कुरुते च महायशाः । सर्वतीर्थफलं भुंक्ते प्रसादात्तु तयोः सुतः

Celui qui, ô illustre, lave les pieds (des êtres dignes) goûte au mérite de tous les tīrtha, lieux saints de pèlerinage ; et par la grâce de ceux ainsi honorés, son fils aussi en reçoit le bienfait.

Verse 8

अंगसंवाहनाच्चान्यदश्वमेधफलं लभेत् । भोजनाच्छादनस्नानैर्गुरुं यः पोषयेत्सुतः

En massant les membres (du maître), on obtient le mérite du sacrifice Aśvamedha. Le fils qui soutient son guru par la nourriture, le vêtement et le service du bain reçoit une grande récompense.

Verse 9

पृथ्वीदानसमं पुण्यं तत्पुत्रे हि प्रजायते । सर्वतीर्थमयी गंगा तथा माता न संशयः

Un mérite égal au don de la terre naît véritablement en son fils. La Gaṅgā contient en elle tous les gués sacrés; de même la mère — sans aucun doute.

Verse 10

बहुपुण्यमयः सिंधुर्यथा लोके प्रतिष्ठितः । अस्मिल्लोंके पिता तद्वत्पुराणकवयो विदुः

De même que le Sindhu est établi dans le monde comme surabondant de mérite, de même, en ce monde même, les sages des Purāṇa reconnaissent le père comme d’égale grandeur.

Verse 11

सुकर्मोवाच । भ्रंशते क्रोशते यस्तु पितरं मातरं पुनः । स पुत्रो नरकं याति रौरवाख्यं न संशयः

Sukarma dit : Le fils qui outrage et, sans cesse, crie contre son père et sa mère va en l’enfer nommé Raurava — sans aucun doute.

Verse 12

मातरं पितरं वृद्धौ गृहस्थो यो न पोषयेत् । स पुत्रो नरकं याति वेदनां प्राप्नुयाद्ध्रुवम्

Le maître de maison qui ne nourrit pas sa mère et son père dans leur vieillesse — un tel fils va en enfer et, assurément, reçoit la souffrance.

Verse 13

कुत्सते पापकर्ता यो गुरुं पुत्रः सुदुर्मतिः । निष्कृतिर्नैव दृष्टा वै पुराणैः कविभिः कदा

Ce fils à l’esprit mauvais qui, auteur de péché, outrage son propre guru : pour lui, les Purāṇa et les voyants-poètes n’ont jamais, à aucun moment, décrit d’expiation.

Verse 14

एवंज्ञात्वाह्यहंविप्रपूजयामिदिनेदिने । मातरं पितरं नित्यं भक्त्या नमितकंधरः

Sachant ainsi, ô brāhmane, je te vénère et t’honore jour après jour ; et chaque jour je m’incline avec dévotion devant ma mère et mon père, la nuque courbée en révérence.

Verse 15

कृत्याकृत्यं वदेच्चैव समाहूय गुरुर्मम । तत्करोम्यविचारेण शक्त्या स्वस्य च पिप्पल

Mon maître, m’ayant fait appeler, me dit ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire ; et je l’accomplis sans hésitation, selon ma propre capacité, ô Pippala.

Verse 16

तेन मे परमं ज्ञानं संजातं गतिदायकम् । एतयोश्च प्रसादेन संसारे परिवर्तते

Par cela, la connaissance suprême s’est éveillée en moi, celle qui confère le but le plus élevé. Et par la grâce de ces deux, la marche de l’être dans le saṃsāra se trouve transfigurée.

Verse 17

यच्चकिंचित्प्रकुर्वंति मानवा भुवि संस्थिताः । गृहस्थस्तदहं जाने यच्च स्वर्गे प्रवर्तते

Tout ce que font les humains en demeurant sur la terre, je sais que le gṛhastha, le maître de maison, en est la cause même ; et de même pour tout ce qui se déploie au ciel.

Verse 18

नागानां च इहस्थोपि चारं जानामि पिप्पल । एतयोश्च प्रसादाच्च त्रैलोक्यं मम वश्यताम्

Ô Pippala, tout en demeurant ici, je connais les mouvements des Nāgas ; et par la grâce de ces deux, que les trois mondes soient soumis à mon pouvoir.

Verse 19

गतं विद्याधरश्रेष्ठ भवानर्चतु माधवम् । विष्णुरुवाच । एवं संचोदितस्तेन पिप्पलो हि स्वकर्मणा

«Va, ô le meilleur des Vidyādharas ; adore Mādhava (Viṣṇu).» Viṣṇu dit : «Ainsi exhorté par lui, Pippala—poussé par ses propres actes d’autrefois—agit en conséquence.»

Verse 20

आनम्य तं द्विजश्रेष्ठं लज्जितोऽपि दिवं ययौ । सुकर्मासोऽपि धर्मात्मा गुरुं शुश्रूषते नृप

S’inclinant devant le meilleur des deux-fois-nés, il partit pour le ciel, quoique encore honteux. Ô roi, même Sukarmāsa—à l’âme droite—servit son maître avec une assidue dévotion.

Verse 21

एतत्ते सर्वमाख्यातं पितृतीर्थानुगं मया । अन्यत्किं ते प्रवक्ष्यामि वद वेन महामते

Tout cela, je te l’ai exposé entièrement, selon les tīrthas sacrés liés aux ancêtres. Que puis-je encore te dire ? Parle, ô Vena, toi au grand esprit.

Verse 84

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडेवेनोपाख्याने मातापितृतीर्थमाहात्म्यवर्णनंनाम चतुरशीतितमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa, dans le récit de Vena, s’achève le quatre-vingt-quatrième chapitre, intitulé «Description de la grandeur du Tīrtha de la Mère et du Père».