Adhyaya 71
Bhumi KhandaAdhyaya 7128 Verses

Adhyaya 71

Yayāti and Mātali on the Order of Divine Worlds, the Merit of Śiva’s Name, and the Unity of Śiva and Viṣṇu

Le chapitre s’ouvre sur Yayāti, qui affirme une foi renouvelée après avoir entendu un exposé pénétrant sur le dharma et l’adharma. Une question est alors adressée à Mātali au sujet des nombres célèbres, des degrés et des accomplissements propres aux mondes des dieux. Mātali expose une hiérarchie de souverainetés et de royaumes : des classes telles que les Rākṣasas, Gandharvas et Yakṣas, jusqu’aux sphères d’Indra, de Soma et de Brahmā, pour culminer en Śivapura. Il relie ces atteintes au tapas, à la discipline du yoga et à une splendeur héritée. Le propos se tourne ensuite vers la bhakti : les salutations à Śiva, et même la simple invocation fortuite de Son Nom, procurent un mérite puissant et sans déchéance, ouvrant sur des images d’ascension céleste—char divin et étoiles aux formes innombrables. Enfin, l’unité doctrinale est proclamée : les formes śaiva et vaiṣṇava ne sont qu’une seule essence ; Śiva est en Viṣṇu et Viṣṇu en Śiva, et la triade Brahmā–Viṣṇu–Maheśvara est dite une unique réalité incarnée. Sukarma clôt en notant le silence de Mātali après avoir instruit Yayāti.

Shlokas

Verse 1

ययातिरुवाच । यत्त्वया सर्वमाख्यातं धर्माधर्ममनुत्तमम् । शृण्वतोऽथ मम श्रद्धा पुनरेव प्रवर्तते

Yayāti dit : «Puisque tu as tout exposé—sans égal pour distinguer le dharma de l’adharma—à mesure que j’écoute, ma foi se remet en marche, ravivée.»

Verse 2

देवानां लोकसंस्थानां वद संख्याः प्रकीर्तिताः । यस्य पुण्यप्रसंगेन येन प्राप्तं च मातले

Dis-moi les nombres réputés et l’ordonnance des mondes des devas : par quelle fréquentation méritoire, et par l’entremise de qui, ô Mātali, ce (séjour) a été atteint.

Verse 3

मातलिरुवाच । योगयुक्तं प्रवक्ष्यामि तपसा यदुपार्जितम् । देवानां लोकसंस्थानं सुखभोगप्रदायकम्

Mātali dit : «Je vais te dire, l’esprit établi dans le yoga, l’ordonnance divine des mondes des devas, acquise par l’austérité (tapas), qui dispense la félicité et la jouissance des plaisirs.»

Verse 4

धर्मभावं प्रवक्ष्यामि आयासैरर्जितं पृथक् । उपरिष्टाच्च लोकानां स्वरूपं चाप्यनुक्रमात्

J’exposerai la nature du dharma—distinctement, telle qu’elle s’acquiert par l’effort—et aussi, selon l’ordre convenable, les formes des mondes situés au-dessus.

Verse 5

तत्राष्टगुणमैश्वर्यं पार्थिवं पिशिताशिनाम् । तस्मात्सद्यो गतानां च नराणां तत्समं स्मृतम्

Là, il est dit que les mangeurs de chair possèdent une seigneurie terrestre aux huit qualités. Ainsi, pour les hommes qui viennent de quitter ce monde, cet état même est tenu pour comparable à celui-là.

Verse 6

रक्षसां षोडशगुणं पार्थिवानां च तद्विधम् । एवं निरवशेषं च यच्छेषं कुलतेजसाम्

Pour les Rākṣasas, c’est seize fois; et pour les rois terrestres, de même nature. Ainsi, sans rien omettre, tout ce qui demeure relève de l’éclat hérité des nobles lignées.

Verse 7

गंधर्वाणां च वायव्यं याक्षं च सकलं स्मृतम् । पांचभौतिकमिंद्रस्य चत्वारिंशद्गुणं महत्

Pour les Gandharvas, on dit que c’est de nature aérienne; et pour les Yakṣas, on le tient pour entièrement de cette classe. Pour Indra, il est proclamé qu’il est formé des cinq éléments et, magnifiquement, qu’il est quarante fois en qualité.

Verse 8

सोमस्य मानसं दिव्यं विश्वेशं पांचभौतिकम् । सौम्यं प्रजापतीशानामहंकारगुणाधिकम्

De Soma, la forme née du mental est divine—Seigneur de l’univers, constituée des cinq éléments; de nature douce, seigneur parmi les Prajāpatis, et principalement pourvue de la qualité d’ahaṅkāra (principe du moi).

Verse 9

चतुष्षष्टिगुणं ब्राह्मं बौधमैश्वर्यमुत्तमम् । विष्णोः प्राधानिकं तंत्रमैश्वर्यं ब्रह्मणः पदम्

La souveraineté de Brahmā est dite soixante-quatre fois; celle du Buddha est suprême. Celle de Viṣṇu est le tantra primordial et principal; et la souveraineté elle-même est le séjour de Brahmā.

Verse 10

श्रीमच्छिवपुरे दिव्ये ऐश्वर्यं सर्वकामिकम् । अनंतगुणमैश्वर्यं शिवस्यात्मगुणं महत्

Dans la Śivapura divine et resplendissante se trouve une prospérité seigneuriale qui exauce tous les désirs. Cette souveraineté, pourvue de qualités sans fin, est le grand attribut intrinsèque de Śiva Lui-même.

Verse 11

आदिमध्यांतरहितं विशुद्धं तत्त्वलक्षणम् । सर्वावभासकं सूक्ष्ममनौपम्यं परात्परम्

Cette Réalité est sans commencement, sans milieu ni fin; absolument pure, caractérisée comme la Vérité suprême. Elle illumine tout, est subtile, incomparable, et au-delà même de l’au-delà.

Verse 12

सुसंपूर्णं जगद्वेषं पशुपाशाविमोक्षणम् । यो यत्स्थानमनुप्राप्तस्तस्य भोगस्तदात्मकः

Cet enseignement explique pleinement les répulsions du monde et la délivrance des liens (pāśa) qui attachent les êtres comme du bétail. Quel que soit l’état qu’une personne atteint, l’expérience qui s’ensuit—jouissance ou souffrance—est de même nature que cet état.

Verse 13

विमानं तत्समानं च भवेदीशप्रसादतः । नानारूपाणि ताराणां दृश्यंते कोटयस्त्विमा

Par la grâce du Seigneur, on obtiendrait un vimāna céleste égal à celui-là. Et là se voient ces étoiles—par millions—aux formes multiples et variées.

Verse 14

अष्टविंशतिरेवं ते संदीप्ताः सुकृतात्मनाम् । ये कुर्वंति नमस्कारमीश्वराय क्वचित्क्वचित्

Ainsi, ces vingt-huit fruits resplendissent pour les âmes vertueuses : celles qui, de temps à autre, offrent leur prosternation au Seigneur.

Verse 15

संपर्कात्कौतुकाल्लोभात्तद्विमानं लभंति ते । नामसंकीर्तनाद्वापि प्रसंगेन शिवस्य यः

Par simple fréquentation, par curiosité ou même par avidité, ils obtiennent ce vimāna céleste ; de même, quiconque—fût-ce par hasard—chante le Nom de Śiva l’obtient aussi.

Verse 16

कुर्याद्वापि नमस्कारं न तस्य विलयो भवेत् । इत्येता गतयस्तत्र महत्यः शिवकर्मणि

Quand bien même on n’offrirait qu’une seule prosternation, il n’y aura pas de déchéance pour cette personne. Tels sont, en vérité, les grands aboutissements spirituels issus des actes voués à Śiva.

Verse 17

कर्मणाभ्यंतरेणापि पुंसामीशानभावतः । प्रसंगेनापि ये कुर्युः शंकरस्मरणं नराः

Même au cœur de leurs occupations, les hommes qui, par dévotion à Īśāna (Śiva), et même incidemment, font naître le souvenir de Śaṅkara—ceux-là acquièrent du mérite.

Verse 18

तैर्लभ्यं त्वतुलं सौख्यं किं पुनस्तत्परायणैः । विष्णुचिंतां प्रकुर्वंति ध्यानेन गतमानसाः

Par eux s’obtient une félicité sans égale—combien plus encore par ceux qui se vouent entièrement à Lui ! L’esprit absorbé dans la méditation, ils demeurent sans cesse dans la contemplation de Viṣṇu.

Verse 19

ते यांति परमं स्थानं तद्विष्णोः परमं पदम् । शैवं च वैष्णवं रूपमेकरूपं नरोत्तम

Ils atteignent la demeure suprême, l’état le plus élevé de Viṣṇu. La forme śaiva et la forme vaiṣṇava ne sont en vérité qu’une seule et même forme, ô meilleur des hommes.

Verse 20

द्वयोश्च अंतरं नास्ति एकरूपमहात्मनोः । शिवाय विष्णुरूपाय शिवरूपाय विष्णवे

Entre les deux êtres magnanimes, d’une seule essence, il n’y a aucune différence : hommage à Śiva sous la forme de Viṣṇu, et à Viṣṇu sous la forme de Śiva.

Verse 21

शिवस्य हृदयं विष्णुर्विष्णोश्च हृदयं शिवः । एकमूर्तिस्त्रयो देवा ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः

Viṣṇu est le cœur même de Śiva, et Śiva est le cœur même de Viṣṇu. Bien qu’ils paraissent trois—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—les dieux sont une unique réalité incarnée.

Verse 22

त्रयाणामंतरं नास्ति गुणभेदाः प्रकीर्तिताः । शिवभक्तोसि राजेंद्र तथा भागवतोसि वै

Il n’y a pas de différence réelle entre les trois ; les distinctions des guṇa ne sont que dites. Ô seigneur des rois, tu es dévot de Śiva, et tu es aussi, en vérité, dévot de Bhagavān (Viṣṇu).

Verse 23

तेन देवाः प्रसन्नास्ते ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । सुप्रीता वरदा राजन्कर्मणस्तव सुव्रत

Par cet acte, ces dieux—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—furent satisfaits de toi. Pleinement réjouis, ils devinrent dispensateurs de grâces, ô roi, à cause de ton action, ô homme aux vœux excellents.

Verse 24

इंद्रादेशात्समायातः सन्निधौ तव मानद । ऐंद्रमेनं पदं याहि पश्चाद्ब्राह्मं महेश्वरम्

Sur l’ordre d’Indra, il est venu en ta présence, ô dispensateur d’honneur. Conduis-le d’abord au séjour d’Indra, puis au monde de Brahmā, ô Maheśvara.

Verse 25

वैष्णवं च प्रयाहि त्वं दाहप्रलयवर्जितम् । अनेनापि विमानेन दिव्येन सर्वगामिना

Et toi aussi, rends-toi au royaume de Viṣṇu, exempt du cataclysme du feu et de la dissolution, grâce à ce vimāna divin, char céleste qui va partout.

Verse 26

दिव्यमूर्तिरतो भुंक्ष्व दिव्यभोगान्मनोरमान् । समारुह्य विमानं त्वं पुष्पकं सुखगामिनम्

Ainsi, revêts une forme divine et goûte aux plaisirs célestes, charmants à l’esprit. Puis, montant sur le vimāna Puṣpaka, qui se déplace aisément, avance dans la félicité.

Verse 27

सुकर्मोवाच । एवमुक्त्वा द्विजश्रेष्ठ मौनवान्मातलिस्तदा । राजानं धर्मतत्त्वज्ञं ययातिं नहुषात्मजम्

Sukarma dit : Ayant ainsi parlé, ô le meilleur des deux-fois-nés, Mātali se tut alors devant le roi Yayāti, fils de Nahusha, connaisseur des véritables principes du dharma.

Verse 71

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने मातापितृतीर्थवर्णने ययाति । चरित्रे एकसप्ततितमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Padma Purāṇa, au sein du Bhūmi-khaṇḍa—dans l’épisode de Vena, dans la description du gué sacré de la Mère et du Père, et dans le récit de Yayāti—s’achève le soixante et onzième chapitre.