Adhyaya 119
Bhumi KhandaAdhyaya 11944 Verses

Adhyaya 119

The Kāmodā Episode: Ocean-Churning Maiden, Tulasī Identity, and the Merit of Proper Flower-Offerings

Le chapitre s’ouvre par l’éloge d’une source merveilleuse de fleurs divines, nées de la joie et du rire de Kāmodā. Il est dit que Śaṅkara (Śiva) est promptement satisfait lorsque le culte est accompli avec allégresse et des offrandes parfumées. On interroge la vertu singulière de cette fleur et l’identité de Kāmodā. Kuṁjala raconte le barattage de l’Océan, d’où surgissent quatre jeunes filles-trésors : Sulakṣmī, Vāruṇī, Jyeṣṭhā et Kāmodā. Liée à la vāruṇī/écume et aux vagues d’amṛta, Kāmodā est annoncée comme devant devenir Tulasī, éternellement chère à Viṣṇu ; même une seule feuille de tulasī offerte à Kṛṣṇa est hautement louée. Le récit met ensuite en garde contre un culte rendu avec des fleurs sans parfum ou inappropriées, qui engendre la peine. Un nouvel épisode commence : Kṛṣṇa envoie Nārada pour égarer le pécheur Vihuṇḍa, qui recherche les fleurs de Kāmodā afin de gagner une femme. Nārada le détourne vers des fleurs portées par la Gaṅgā, puis se met en route vers Kāmodā, méditant sur la manière d’arrêter ses larmes.

Shlokas

Verse 1

एकोनविंशत्यधिकशततमोऽध्यायः । कपिंजल उवाच । यस्याः प्रहसनात्तात सुहृद्यानि भवंति वै । पुष्पाणि दिव्यगंधीनि दुर्लभानि सुरासुरैः

Kapiñjala dit : «Mon cher, de son rire naissent des fleurs ravissantes au parfum divin, des fleurs difficiles à obtenir même pour les dieux et les asuras.»

Verse 2

कस्मात्तु देवताः सर्वाः प्रवांछंति महामते । शंकरः सुखमायाति हास्यपुष्पैः सुपूजितः

Ô grand d’esprit, pourquoi donc tous les dieux le désirent-ils ? Lorsque Śaṅkara est dûment honoré par des fleurs offertes dans la joie et le rire, il vient aisément, plein de grâce.

Verse 3

को गुणस्तस्य पुष्पस्य तन्मे कथय विस्तरात् । कामोदा सा भवेत्का तु कस्य पुत्री वरांगना

«Quelle est la vertu, la qualité singulière, de cette fleur ? Dis-le-moi en détail. Et cette belle jeune femme nommée Kāmodā, de qui est-elle la fille ?»

Verse 4

हास्यात्तस्या महाभाग सुपुष्पाणि भवंति च । को गुणस्तत्कथां ब्रूहि सकलां विस्तरेण च

Ô noble seigneur, de son sourire même naissent des fleurs d’une excellence parfaite. Quelle vertu se cache derrière cela ? Raconte-moi toute son histoire en détail.

Verse 5

कुंजल उवाच । पुरा देवैर्महादैत्यैः कृत्वा सौहार्दमुत्तमम् । ममंथुः सागरं क्षीरममृतार्थं समुद्यताः

Kuṁjala dit : Jadis, les Devas et les puissants Dānavas, ayant conclu un pacte d’amitié des plus nobles, entreprirent de baratter l’Océan de Lait afin d’obtenir l’amṛta, le nectar d’immortalité.

Verse 6

मथनाद्देवदैत्यानां कन्यारत्नचतुष्टयम् । वरुणेन दर्शितं पूर्वं सोमेनैव तथा पुनः

Du barattage accompli par les Devas et les Daityas surgit un quadruple trésor de jeunes filles, joyaux vivants ; Varuṇa le révéla d’abord, puis Soma le manifesta de nouveau, de même.

Verse 7

पश्चात्संदर्शितं पुण्यममृतं कलशे स्थितम् । कन्या चतुष्टयं पूर्वं देवानां हितमिच्छति

Ensuite fut montré l’amṛta sacré, demeurant dans une jarre ; et auparavant, le groupe des quatre jeunes filles désirait le bien des Devas.

Verse 8

सुलक्ष्मीर्नाम सा चैका द्वितीया वारुणी तथा । ज्येष्ठा नाम तथा ख्याता कामोदान्या प्रचक्षते

L’une d’elles se nomme Sulakṣmī ; la seconde est pareillement appelée Vāruṇī. Une autre est renommée sous le nom de Jyeṣṭhā, et une autre encore est dite Kāmodā.

Verse 9

तासां मध्ये वरा श्रेष्ठा पूर्वं जाता महामते । तस्माज्ज्येष्ठेति विख्याता लोके पूज्या सदैव हि

Parmi elles, ô grand d’esprit, la meilleure et la plus excellente naquit la première ; c’est pourquoi elle est connue sous le nom de « Jyeṣṭhā » et demeure toujours digne de vénération dans le monde.

Verse 10

वारुणीपानरूपा च पयःफेनसमुद्भवा । अमृतस्य तरंगाच्च कामोदाख्या बभूव ह

Prenant la forme de Vāruṇī, la boisson enivrante, née de l’écume du lait, et des vagues de l’amṛta, elle fut en vérité connue sous le nom de Kāmodā.

Verse 11

सोमो राजा तथा लक्ष्मीर्जज्ञाते अमृतादपि । त्रैलोक्यभूषणः सोमः संजातः शंकरप्रियः

Le roi Soma et Lakṣmī naquirent eux aussi du nectar. Soma—ornement des trois mondes—prit naissance, bien-aimé de Śaṅkara.

Verse 12

मृत्युरोगहरा जाता सुराणां वारुणी तथा । ज्येष्ठासु पुण्यदा जाता लोकानां हितमिच्छताम्

Vāruṇī naquit pour les devas comme celle qui écarte la mort et la maladie ; et parmi les aînées, Jyeṣṭhā apparut comme dispensatrice de mérite pour ceux qui souhaitent le bien du monde.

Verse 13

अमृतादुत्थिता देवी कामोदा नाम पुण्यदा । विष्णोः प्रीत्यै भविष्ये तु वृक्षरूपं प्रयास्यति

Du nectar surgit la déesse nommée Kāmodā, dispensatrice de mérite; et, dans l’avenir, pour la joie de Viṣṇu, elle prendra la forme d’un arbre.

Verse 14

विष्णुप्रीतिकरी सा तु भविष्यति सदैव हि । तुलसी नाम सा पुण्या भविष्यति न संशयः

Assurément, elle sera toujours celle qui réjouit Viṣṇu. Elle deviendra la sainte nommée Tulasī; il n’y a aucun doute.

Verse 15

तया सह जगन्नाथो रमिष्यति न संशयः । तुलस्याः पत्रमेकं यो नीत्वा कृष्णाय दास्यति

Avec elle, Jagannātha se réjouira assurément. Quiconque apporte ne fût-ce qu’une seule feuille de Tulasī et l’offre à Kṛṣṇa obtient Sa grâce.

Verse 16

मेने तस्योपकाराणां किमस्मै च ददाम्यहम् । इत्येवं चिंतयेन्नित्यं तस्य प्रीतिकरो भवेत्

Qu’on pense sans cesse : «J’ai reconnu ses bienfaits; que puis-je donc lui offrir en retour ?» En méditant ainsi chaque jour, on devient cause de sa joie.

Verse 17

एवं कामोद नामासौ पूर्वं जाता समुद्रजा । यदा सा हसते देवी हर्षगद्गदभाषिणी

Ainsi, cette déesse nommée Kāmodā naquit jadis de l’océan. Lorsque la déesse rit, sa parole se brise, étouffée par l’allégresse.

Verse 18

सौहृद्यानि सुगंधीनि मुखात्तस्याः पतंति वै । अम्लानानि सुपुष्पाणि यो गृह्णाति समुद्यतः

De sa bouche tombent vraiment de fragrants signes de bienveillance : des fleurs belles, non flétries, qu’un dévot empressé recueille.

Verse 19

पूजयेच्छंकरं देवं ब्रह्माणं माधवं तथा । तस्य देवाः प्रतुष्यंति यदिच्छति ददंति तत्

Il faut vénérer le Seigneur Śaṅkara, ainsi que Brahmā et Mādhava ; lorsqu’ils sont satisfaits, les dieux accordent tout ce que l’on souhaite.

Verse 20

रोदित्येषा यदा सा च केन दुःखेन दुःखिता । नेत्राश्रुभ्यो हि तस्यास्तु प्रभवंति पतंति च

Chaque fois qu’elle pleure, accablée par quelque peine, des larmes naissent de ses yeux et tombent.

Verse 21

तानि चैव महाभाग हृद्यानि सुमहांति च । सौरभेण विना तैस्तु यः पूजयति शंकरम्

Et ces offrandes, ô très fortuné, sont vraiment agréables et d’une grande excellence. Mais celui qui adore Śaṅkara avec elles, privées de parfum (du juste arôme)…

Verse 22

तस्य दुःखं च संतापो जायते नात्र संशयः । पुष्पैस्तु तादृशैर्देवान्सकृदर्चति पापधीः

Pour lui naissent la douleur et l’ardeur de la souffrance, sans aucun doute. L’homme à l’esprit pécheur adore les dieux ne fût-ce qu’une fois avec de telles fleurs (indignes).

Verse 23

तस्य दुःखं प्रकुर्वंति देवास्तत्र न संशयः । एतत्ते सर्वमाख्यातं कामोदाख्यानमुत्तमम्

Assurément, les dieux causent sa souffrance : il n’y a là aucun doute. Ainsi t’ai-je tout exposé, le sublime récit appelé l’épisode de Kāmoda.

Verse 24

अथ कृष्णो विचिंत्यैव दृष्ट्वा विक्रमसाहसम् । विहुंडस्यापि पापस्य उद्यमं साहसं तदा

Alors Kṛṣṇa, après avoir un instant médité, vit la vaillance audacieuse et l’entreprise téméraire que le pécheur Vihuṇḍa avait alors entreprise.

Verse 25

नारदं प्रेषयामास मोहयैनं दुरासदम् । नारदस्त्वथ संश्रुत्य वाक्यं विष्णोर्महात्मनः

Il dépêcha Nārada afin d’illusionner cet être redoutable et difficile d’accès. Et Nārada, ayant entendu les paroles du magnanime Viṣṇu, s’en alla selon son ordre.

Verse 26

गच्छमानं दुरात्मानं कामोदां प्रति दानवम् । गत्वा तमाह दैत्येंद्रं नारदः प्रहसन्निव

Tandis que ce Dānava à l’âme mauvaise se mettait en route vers Kāmodā, Nārada s’approcha de lui et s’adressa au seigneur des Daityas, comme en souriant.

Verse 27

क्व यासि त्वं च दैत्येंद्र सत्वरं च समातुरः । सांप्रतं केन कार्येण कस्यार्थं केन नोदितः

Où vas-tu, ô seigneur des Daityas, si prompt et comme troublé ? À présent, pour quelle œuvre te mets-tu en route — pour qui, et poussé par qui ?

Verse 28

ब्रह्मात्मजं नमस्कृत्य प्रत्युवाच कृतांजलि । कामोदपुष्पार्थमहं प्रस्थितो द्विजसत्तम

S’étant prosterné devant le fils de Brahmā, il répondit, les mains jointes : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, je suis parti à la recherche des fleurs de Kāmoda.»

Verse 29

तमुवाच स धर्मात्मा पुष्पैः किं ते प्रयोजनम् । विप्रवर्यं पुनः प्राह कार्यकारणमात्मनः

Cet homme à l’âme juste lui dit : «Quel usage as-tu des fleurs ?» Puis, s’adressant de nouveau au meilleur des brāhmaṇas, il exposa la cause et l’intention de son acte.

Verse 30

नंदनस्य वनोद्देशे काचिन्नारी वरानना । तस्या दर्शनमात्रेण गतोऽहं कामवश्यताम्

Dans un recoin de la forêt de Nandana se trouvait une femme au visage splendide. À sa seule vue, je tombai sous l’emprise du désir.

Verse 31

तया प्रोक्तोऽस्मि विप्रेंद्र पुष्पैः कामोदसंभवैः । पूजयस्व महादेवं पुष्पैस्तु सप्तकोटिभिः

Ô meilleur des brāhmanes, elle me dit : «Adore Mahādeva avec des fleurs nées de Kāmoda, oui, avec sept crores de fleurs.»

Verse 32

ततस्ते सुप्रिया भार्या भविष्यामि न संशयः । तदर्थे प्रस्थितोऽस्म्यद्य कामोदाख्यं पुरं प्रति

Alors je deviendrai ton épouse la plus chère, sans aucun doute. C’est pourquoi, aujourd’hui, je me mets en route vers la cité nommée Kāmoda.»

Verse 33

तामहं कामयिष्यामि सिंधुजां शुणु सांप्रतम् । मनोल्लासैर्महाहासैर्हासयिष्याम्यहं पुनः

Écoute à présent : je désire la jeune fille née du Sindhu. De nouveau, par les joies de l’esprit et de grands éclats de rire, je la ferai rire encore.

Verse 34

प्रीता सती महाभागा हसिष्यति पुनः पुनः । तद्धास्यं गद्गदं विप्र मम कार्यप्रवर्द्धनम्

Cette dame vertueuse et grandement fortunée, le cœur comblé, rira encore et encore. Ô brāhmaṇa, son rire—tremblant et étranglé d’émotion—fera croître mon dessein.

Verse 35

तस्माद्धास्यात्पतिष्यंति दिव्यानि कुसुमानि च । तैस्तु देवमुमाकांतं पूजयिष्यामि सांप्रतम्

Ainsi, de ce rire tomberont des fleurs divines ; et avec elles, j’adorerai maintenant le Seigneur, l’Aimé d’Umā.

Verse 36

तेन पूजाप्रदानेन तुष्टो दास्यति मे फलम् । ईश्वरः सर्वभूतेशः शंकरो लोकभावनः

Satisfait par cette offrande de culte, le Seigneur m’accordera le fruit. Il est Śaṅkara, le souverain de tous les êtres, le bienfaiteur des mondes.

Verse 37

नारद उवाच । तत्र दैत्य न गंतव्यं कामोदाख्ये पुरोत्तमे । विष्णुरस्ति सुमेधावी सर्वदैत्यक्षयावहः

Nārada dit : «Ô Daitya, tu ne dois pas t’y rendre, dans l’excellente cité nommée Kāmodā, car Viṣṇu y demeure, le très sage, qui cause la ruine de tous les daityas».

Verse 38

येनोपायेन पुष्पाणि कामोदाख्यानि दानव । तव हस्ते प्रयास्यंति तमुपायं वदाम्यहम्

Ô Dānava, je vais te dire le moyen par lequel les fleurs nommées « Kāmoda » viendront jusqu’à ta main.

Verse 39

गंगातोयेषु दिव्यानि पतिष्यंति न संशयः । वाहितानि जलैर्दिव्यैरागमिष्यंति सांप्रतम्

Il n’y a nul doute que les offrandes divines tomberont dans les eaux du Gaṅgā ; portées par ces eaux sacrées, elles arriveront ici à l’instant.

Verse 40

तानि त्वं तु प्रतिगृहाण सुहृद्यानि महांति च । गृहीत्वा तानि पुष्पाणि साधयस्व मनीप्सितम्

Ainsi donc, reçois ces grands présents, chers au cœur. Ayant pris ces fleurs, accomplis ce que tu désires.

Verse 41

नारदो दानवश्रेष्ठं मोहयित्वा ततः पुनः । ततश्च स तु धर्मात्मा चिंतयामास वै पुनः

Après avoir abusé le plus éminent des Dānavas, Nārada se retira de nouveau ; puis cet être à l’âme droite se remit à méditer.

Verse 42

कथमश्रूणि सा मुंचेत्केनोपायेन दुःखिता । चिंतयानस्य तस्यैवं क्षणं वै नारदस्य च

«Comment cette femme accablée pourrait-elle cesser ses larmes, par quel moyen ?» Ainsi, pensant de la sorte, Nārada demeura silencieux un instant.

Verse 43

ततो बुद्धिः समुत्पन्ना कामोदाख्यं पुरं गतः

Alors l’intelligence s’éveilla en lui, et il se rendit à la cité nommée Kāmoda.

Verse 119

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने गुरुतीर्थमाहात्म्ये च्यवनचरित्रे कामोदाख्याने एकोनविंशत्यधिकशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cent dix-neuvième chapitre du Śrī Padma Purāṇa, dans le Bhūmi-khaṇḍa : au sein du récit de Vena, de la glorification du Guru-tīrtha, de l’histoire de Cyavana et de l’épisode nommé « Kāmodā ».