Adhyaya 113
Bhumi KhandaAdhyaya 11349 Verses

Adhyaya 113

Within the Greatness of Guru-tīrtha: The Episode of Nahuṣa and Aśokasundarī (in the Cyavana account)

Dans l’Adhyaya 113, la tension entre tapas (austérité) et désir est mise en relief. Rambhā avertit Aśokasundarī que le simple fait de penser à un homme peut amoindrir la pénitence; mais Aśokasundarī (Śiva-nandinī), dite fille de Śiva, affirme que son tapas demeure inébranlable malgré le désir de Nahuṣa. Le chapitre mêle des enseignements sur l’ātman, Brahman éternel, et sur le nœud de l’illusion (moha) qui enchaîne les êtres incarnés. Puis vient une résolution sociale et dharmique : Nahuṣa est reconnu comme l’époux destiné, et l’on recommande la prudence envers les autres hommes. S’ensuit une mission de messagère : Rambhā va trouver Nahuṣa. Il accepte la vérité du récit (connue par Vasiṣṭha), mais diffère l’union jusqu’à ce qu’il ait abattu le Dānava Huṇḍa. Le colophon rattache l’épisode au récit de Vena et à la grandeur de Guru-tīrtha, unissant le dharma personnel à la sainteté du tīrtha.

Shlokas

Verse 1

रंभोवाच । तप एतत्परित्यज्य किंवा लोकयसे शुभे । तपसः क्षरणं स्याद्वै पुरुषस्यापि चिंतनात्

Rambhā dit : «Ô dame de bon augure, pourquoi le regardes-tu après avoir délaissé cette austérité ? Car même la pensée d’un homme peut, en vérité, faire décroître la force du tapas.»

Verse 2

अशोकसुंदर्युवाच । तपसि मे मनो लीनं नहुषस्यापि काम्यया । न मां चालयितुं शक्ता देवासुरमहोरगाः

Aśokasundarī dit : «Mon esprit est plongé dans le tapas, bien que Nahuṣa me convoite. Ni les dieux, ni les asuras, ni même les grands serpents ne peuvent m’en détourner.»

Verse 3

एनं दृष्ट्वा महाभागे मे मनश्चलते भृशम् । रंतुमिच्छाम्यहं गत्वा एवमुत्सुकतां गतम्

«Pourtant, ô dame noble, en le voyant mon esprit s’émeut violemment ; je veux aller et me divertir avec lui, tant je suis tombée dans une ardente impatience.»

Verse 4

एवं विपर्ययश्चासीन्मनसो मे वरावने । तन्मे त्वं कारणं ब्रूहि यद्यस्ति ज्ञानमुत्तमम्

«Ainsi, ô la meilleure des habitantes de la forêt, mon esprit est tombé dans le trouble. Si tu détiens la connaissance suprême, dis-moi la cause de cela.»

Verse 5

आयुपुत्रस्य भार्याहं देवैः सृष्टा महात्मभिः । कस्मान्मे धावते चेत उत्सुकं रंतुमेव च

«Je suis l’épouse du fils d’Āyu, créée par les dieux, ces âmes magnanimes. Pourquoi donc mon esprit s’élance-t-il, agité, avide seulement de plaisir ?»

Verse 6

रंभोवाच । सर्वेष्वेव महाभागे देहरूपेषु भामिनि । वसत्यात्मा स्वयं ब्रह्मज्ञानरूपः सनातनः

Rambhā dit : «Ô très fortunée, ô dame rayonnante — en toutes les formes incarnées demeure le Soi ; il est éternel, et il est Brahman lui-même, de la nature même de la connaissance spirituelle.»

Verse 7

यद्यपि प्रक्रियाबद्धैरिंद्रियैरुपकारिभिः । मोहपाशमयैर्बद्धस्तथा सिद्धस्तु सर्वदा

Bien qu’il soit lié par les sens —secourables dans leurs fonctions mais enchaînés aux procédés du monde— et bien qu’il soit tenu par le lacet de l’illusion, l’être accompli demeure toujours parfait.

Verse 8

प्रकृतिं नैव जानाति ज्ञानविज्ञानकीं कलाम् । अयं शुद्धश्च धर्मज्ञ आत्मा वेत्ति च सुंदरि

Il ne connaît nullement Prakṛti, ni la puissance faite de connaissance et de discernement réalisé. Ce Soi, ô belle, est pur et connaisseur du dharma ; lui seul connaît véritablement.

Verse 9

गच्छंत्यपि मनस्तापमेनं दृष्ट्वा महामतिम् । पापमेवं परित्यज्य सत्यमेवं प्रधावति

Même ceux qui s’en allaient, en voyant ce sage magnanime, voient s’apaiser la brûlure de leur esprit ; ainsi, délaissant le péché, ils courent vers la vérité.

Verse 10

भर्तायमायुपुत्रस्ते एतत्सत्यं न संशयः । अन्यं दृष्ट्वा विशंकेत पुरुषं पापलक्षणम्

Cet homme est ton époux, le fils d’Āyu : c’est la vérité, sans aucun doute. En voyant tout autre homme, sois sur tes gardes, car il peut être un être marqué par le péché.

Verse 11

एवं विधिः कृतो देवैः सत्यपाशेन बंधितः । यदस्या आयुपुत्रोपि भर्तृत्वमुपयास्यति

Ainsi l’ordonnance fut établie par les dieux, liée par le lasso de la Vérité : que même le fils d’Āyu viendrait assumer la condition d’époux pour elle.

Verse 12

एवमाकर्णितं भद्रे आत्मना तं च सुंदरि । तद्भावसत्यसंबंधं परिगृह्य स्थितः स्वयम्

Ainsi, ô douce—ô belle dame—l’ayant entendu en lui-même, il demeura de lui-même inébranlable, embrassant le lien véridique avec cet état même de l’être.

Verse 13

अन्यं भावं न जानाति आयुपुत्रं च विंदति । प्रकृतिर्नैव ते देवि पतिं जानाति चागतम्

Elle ne connaît nul autre état ni dessein, et elle enfante un fils nommé Āyu. Ô Déesse, cette Prakṛti primordiale ne reconnaît pas l’époux qui est venu.

Verse 14

एवं ज्ञात्वा प्रधानात्मा तवाद्यैव प्रधावति । आत्मा सर्वं प्रजानाति आत्मा देवः सनातनः

L’ayant su ainsi, le Soi suprême accourt vers toi dès ce jour. Le Soi connaît tout ; le Soi est le Dieu éternel.

Verse 15

अयमेष स वीरेंद्रो नहुषो नाम वीर्यवान् । तस्माद्गच्छति चेतस्ते सत्यं संबंधमिच्छते

«Le voici, ce seigneur héroïque—Nahuṣa est son nom, puissant en vaillance. C’est pourquoi ton esprit se tourne vers lui, désirant en vérité un lien.»

Verse 16

ज्ञात्वा चायोः सुतं भद्रे अन्यं चैव न गच्छति । एतत्ते सर्वमाख्यातं शाश्वतं त्वन्मनोगतम्

Ô dame de bon augure, ayant reconnu le fils d’Ayoḥ, il ne se tourne vers nul autre. Tout cela t’a été pleinement exposé : vérité éternelle, demeurée en ton cœur.

Verse 17

हुंडं हत्वा महाघोरं समरे दानवाधमम् । त्वां नयिष्यति स्वस्थानमायोश्च गृहमुत्तमम्

Après avoir abattu au combat le très terrible Huṇḍa, le plus vil des Dānavas, il te conduira en sa propre demeure, et aussi vers l’excellente maison d’Āyu.

Verse 18

हृतो दैत्येन वीरेंद्रो निजपुण्येन शेषितः । बाल्यात्प्रभृति वीरेंद्रो वियुक्तः स्वजनेन वै

Le vaillant Indra fut enlevé par un daitya, mais il fut préservé par le reste de son propre mérite. Dès l’enfance, ce héros Indra demeura vraiment séparé des siens.

Verse 19

पितृमातृविहीनस्तु गतो वृद्धिं महावने । यास्यत्येव पितुर्गेहं त्वयैव सह सांप्रतम्

Privé de père et de mère, il a grandi dans la grande forêt. À présent, certes, il ira à la demeure de son père, avec toi, en cet instant même.

Verse 20

एवमाभाषितं श्रुत्वा रंभायाः शिवनंदिनी । हर्षेण महताविष्टा तामुवाच समुद्रजाम्

Entendant ces paroles ainsi dites, la fille bénie de Śiva, envahie d’une grande joie, s’adressa à Rambhā, fille de l’océan.

Verse 21

अयमेव स सत्यात्मा मम भर्ता सुवीर्यवान् । मनो मे धावतेऽत्यर्थं शोकाकुलितविह्वलम्

C’est bien lui, l’âme véridique, mon époux au grand courage. Mon esprit s’élance éperdument, tout bouleversé, agité et accablé par le chagrin.

Verse 22

नास्ति चित्तसमो देवो जानाति सुविनिश्चितम् । सत्यमेतन्मया दृष्टं सुचित्रं चारुहासिनि

Il n’est point de divinité égale au mental ; sache-le comme une certitude établie. C’est vérité : je l’ai vu de mes propres yeux, ô Sucitrā au doux sourire.

Verse 23

मनोभवसमानं तु पुरुषं दिव्यलक्षणम् । न धावति महाचेत एनं दृष्ट्वा यथा सखि

Mais, voyant cet homme aux signes divins, égal à Manobhava (l’Amour), celle au grand esprit ne courut pas vers lui comme on court vers un ami, ô chère amie.

Verse 24

तथा न धावते भद्रे पुंसमन्यं न मन्यते । एनं गंतव्यमावाभ्यां सखीभिर्गृहमेव हि

«De même, ô chère, elle ne court après personne ; elle ne tient aucun autre homme pour sien. Ainsi, avec nos compagnes, il nous faut vraiment aller à sa demeure.»

Verse 25

एवमाभाष्य सा रंभा गमनायोपचक्रमे । गमनायोत्सुकां ज्ञात्वा नहुषस्यांतिकं प्रति

Ayant ainsi parlé, Rambhā se mit en route pour partir. Sachant qu’elle brûlait d’y aller, elle se dirigea vers la présence de Nahusha.

Verse 26

तामुवाच ततो रंभा कस्माद्देवि न गम्यते । सूत उवाच । सख्या च रंभया सार्द्धं नहुषं वीरलक्षणम्

Alors Rambhā lui dit : «Ô déesse, pourquoi ne pars-tu pas ?» Sūta dit : Et l’amie, avec Rambhā, s’approcha de Nahuṣa, portant les marques d’un héros.

Verse 27

तस्यांतिकं सुसंप्राप्य प्रेषयामास तां सखीम् । एनं गच्छ महाभागे नहुषं देवरूपिणम्

S’étant approchée tout près de lui, elle envoya sa compagne en messagère, disant : «Va vers lui, ô noble dame — vers Nahuṣa, au visage divin.»

Verse 28

कथयस्व कथामेतां तवार्थे आगता यतः । रंभोवाच । एवं सखि करिष्यामि सुप्रियं तव सुव्रते

«Raconte-lui cette histoire, car c’est pour toi que je suis venue ici.» Rambhā dit : «Ainsi soit-il, mon amie ; j’accomplirai ce qui t’est le plus cher, ô femme aux vœux nobles.»

Verse 29

एवमुक्त्वा गता रंभा नहुषं राजनंदनम् । चापबाणधरं वीरं द्वितीयमिव वासवम्

Ayant ainsi parlé, Rambhā s’en alla vers Nahuṣa, fils du roi, héros portant arc et flèches, tel un second Vāsava (Indra).

Verse 30

प्रत्युवाच गता रंभा सख्या वचनमुत्तमम् । आयुपुत्र महाभाग रंभाहंसमुपागता

Rambhā, étant arrivée, transmit la noble parole de son amie : «Ô illustre fils d’Āyu, le cygne est venu vers Rambhā.»

Verse 31

शिवस्य कन्यया वीर तयाहं परिप्रेषिता । तवार्थं देवदेवेन देव्या देवेन वै पुरा

Ô héros, j’ai été dépêchée par la fille de Śiva. Jadis, pour toi, le Dieu des dieux—avec la Déesse—m’envoya.

Verse 32

भार्यारूपं वरं श्रेष्ठं सृष्टं लोकेषु दुर्लभम् । दुष्प्राप्यं तु नरश्रेष्ठैर्देवै सेंद्रैस्तपोधनैः

L’épouse—ce don excellent et suprême—a été créée comme chose rare dans les mondes ; en vérité, elle est difficile à obtenir même pour les meilleurs des hommes, pour les dieux avec Indra, et pour les ascètes riches en austérités.

Verse 33

गंधर्वैः पन्नगैः सिद्धैश्चारणैः पुण्यलक्षणैः । स्वयमेव समायातं तवार्थे शृणु सांप्रतम्

Accompagné des Gandharvas, des Nāgas, des Siddhas et des Cāraṇas—êtres aux marques auspiciennes—il est venu ici de lui-même pour toi. Écoute maintenant ce qui suit.

Verse 34

स्त्रीरत्नं तन्महाप्राज्ञ संपूर्णं पुण्यनिर्मितम् । अशोकसुंदरी नाम तवार्थं तपसि स्थिता

Ô grand sage à l’intelligence élevée, ce joyau parmi les femmes—parfait et façonné par le mérite—se nomme Aśokasundarī ; pour toi, elle demeure établie dans les austérités.

Verse 35

अत्यर्थं तु तपस्तप्तं भवंतमिच्छते सदा । एवं ज्ञात्वा महाभाग भजमानां भजस्व हि

En vérité, ayant pratiqué d’intenses austérités, elle te désire sans cesse. Sachant cela, ô très fortuné, rends au dévot ce qu’il t’offre : réponds à celle qui t’adore.

Verse 36

त्वामृते सा वरारोहा पुरुषं नैव याचते । नहुषेण तयोक्तं तु श्रुत्वावधारितं वचः

Hors toi, cette dame aux belles hanches ne sollicite aucun homme. Mais Nahusha, ayant entendu leurs paroles, les grava dans son cœur.

Verse 37

प्रत्युत्तरं ददौ चाथ रंभे मे श्रूयतां वचः । तत्तु सर्वं विजानामि यत्त्वयोक्तं ममाग्रतः

Alors il répondit : «Ô Rambhā, écoute mes paroles. Je sais pleinement tout ce que tu as dit en ma présence.»

Verse 38

ममाग्रे कथितं पूर्वं वशिष्ठेन महात्मना । सर्वमेव विजानामि अस्यास्तु तप उत्तमम्

Cela m’a été jadis rapporté par le grand d’âme Vasiṣṭha. Je sais tout ; que son austérité soit vraiment suprême.

Verse 39

श्रूयतां कारणं भद्रे यथासौख्यं भविष्यति । अहत्वा दानवं हुंडं न गच्छामि वरांगनाम्

Écoute, noble dame, la raison, afin que tout s’accomplisse heureusement. Tant que je n’aurai pas terrassé le démon Huṇḍa, je n’irai pas vers cette femme d’excellence.

Verse 40

सर्वमेतत्सुवृत्तांतमहं जाने तथैव हि । ममार्थे तव संभूतिस्तपश्च चरितं त्वया

Oui, je connais tout ce récit véridique. C’est pour moi que tu es née, et tu as aussi accompli des austérités.

Verse 41

मम भार्या न संदेहो भवती विधिना कृता । ममार्थे निश्चयं कृत्वा तप आचरितं त्वया

Sans aucun doute, le destin a fait de toi mon épouse. Résolue à cela pour moi, tu as entrepris des austérités.

Verse 42

हृता तस्मात्सुपापेन भवती नियमान्विता । सूतिगृहादहं तेन दानवेनाधमेन वै

C'est pourquoi toi, bien que dévouée aux vœux sacrés, as été enlevée par ce Dānava vil et pécheur ; et moi aussi, j'ai été ravi par lui de la chambre de naissance.

Verse 43

बालभावस्थितो देवि पितृमातृविना कृतः । तस्मात्तं तु हनिष्यामि हुंडं वै दानवाधमम्

Ô Déesse, j'ai grandi dans une condition enfantine, sans père ni mère. C'est pourquoi je tuerai assurément ce Huṇḍa, le plus vil des Dānavas.

Verse 44

पश्चात्त्वामुपनेष्येऽहं वशिष्ठस्याश्रमं प्रति । एवं कथय भद्रं ते रंभे मत्प्रियकारिणीम्

Ensuite, je te conduirai à l'ermitage de Vasiṣṭha. Maintenant, parle ainsi —que le bien soit avec toi, ô Rambhā— en disant des mots qui me plairont.

Verse 45

एवं विसर्जिता तेन सत्वरं सा गता पुनः । अशोकसुंदरीं देवीं कथयामास तस्य च

Ainsi congédiée par lui, elle repartit rapidement et parla également de lui à la déesse Aśokasundarī.

Verse 46

समासेन तथा सर्वं रंभा सा द्विजसत्तम । अशोकसुंदरी सा तु अवधार्य सुभाषितम्

Ainsi, en bref, Rambhā rapporta tout, ô le meilleur des deux-fois-nés. Et Aśokasundarī, ayant gravé en son cœur ces paroles bien dites, s’y recueillit.

Verse 47

नहुषस्य सुवीरस्य हर्षेण च समन्विता । तस्थौ तत्र तया सार्द्धं सुसख्या रंभया तदा

Alors, remplie de joie à cause du vaillant Nahuṣa, elle demeura là, auprès de sa chère amie Rambhā.

Verse 48

भर्तुश्च कीदृशं वीर्यमिति पश्यामि वै सदा

«Et moi, sans cesse, j’observe quelle vaillance, quelle puissance possède mon époux.»

Verse 113

इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने गुरुतीर्थमाहात्म्ये च्यवनचरित्रे नहुषाख्याने त्रयोदशाधिकशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cent-treizième chapitre du Śrī Padma Purāṇa, dans le Bhūmi-khaṇḍa, au sein du récit de Vena—décrivant la grandeur du Guru-tīrtha, avec l’histoire de Cyavana et l’épisode concernant Nahuṣa.