Dans le dialogue Vasu–Mohinī, Mohinī demande le récit dispensateur de mérite sur Gaṅgādvāra (Haridvāra) après avoir entendu la grandeur de Kurukṣetra. Vasu raconte la descente de la Devī Gaṅgā (sous le nom de Lakānandā) à la suite de Bhagīratha, et affirme que la région fut sanctifiée par le sacrifice de Dakṣa Prajāpati. Le récit se tourne vers la crise du Dakṣa-yajña : Śiva est exclu, Satī n’est pas honorée et abandonne sa vie ; le lieu devient un tīrtha puissant pour le bain sacré (snāna) et les libations (tarpaṇa). Vīrabhadra détruit le yajña, puis, sur la supplication de Brahmā, l’ordre est rétabli. Le chapitre énumère ensuite les sous-tīrthas de Haridvāra et leurs fruits—Hari-tīrtha (Hari-pāda), Trigagā, Kanakhala, Jahnu-tīrtha, Koṭitīrtha/Koṭīśa, Saptagaṅgā et les āśramas des Sept Ṛṣis, un āvarta, le lac Kapilā, Nāgarāja-tīrtha, Lalitaka, le tīrtha de Śaṃtanu, Bhīmasthala—en les reliant à des vœux, des dons et des résultats promis. Une insistance particulière est mise sur le bain lors des transitions solaires liées au Kumbha et des yogas rares (Vāruṇa, Mahā-Vāruṇaka, etc.), sur l’honneur rendu aux brāhmaṇas, et sur l’efficacité du souvenir, de la récitation (Gaṅgā-sahasranāma) et de l’écoute du Purāṇa à Haridvāra, y compris le pouvoir apotropaïque de conserver par écrit le māhātmya.
Verse 1
अथ गङ्गाद्वारमाहात्म्यं प्रारभ्यते । मोहिन्युवाच । कुरुक्षेत्रस्य माहात्म्यं श्रुतं पापापहं महत् । त्वत्तो द्विजवरश्रेष्ठ सर्वसिद्धिप्रदं नृणाम् ॥ १ ॥
À présent commence la glorification de Gaṅgādvāra. Mohinī dit : «De toi, ô le plus éminent des brāhmaṇa, j’ai entendu la grande et sublime grandeur de Kurukṣetra, qui efface les péchés et accorde aux hommes toutes les réalisations (siddhi).»
Verse 2
गंगाद्वारेति यत्ख्यातं तीर्थं पुण्यावहं गुरो । तत्समाख्याहि भद्रं ते श्रोतुं वांछास्ति मे हृदि ॥ २ ॥
Ô Guru, daigne décrire le tīrtha renommé « Gaṅgādvāra », ce lieu saint porteur de mérite. Bénédiction sur toi : dans mon cœur demeure un ardent désir de l’entendre.
Verse 3
वसुरुवाच । श्रृणु भद्रे प्रवक्ष्यामि माहात्म्यं पापनाशनम् । गंगाद्वारस्य ते पुण्यं श्रृण्वतां पठतां शुभम् ॥ ३ ॥
Vasu dit : «Écoute, ô dame de bon augure. Je vais proclamer la gloire qui détruit les péchés : le mérite sacré de Gaṅgādvāra, bénéfique à ceux qui l’entendent et à ceux qui le récitent.»
Verse 4
यत्र भूमिमनुप्राप्ता भगीरथरथानुगा । श्रीगंगालकनंदाख्या नगान्भित्त्वा सहस्रशः ॥ ४ ॥
Là, l’auspicieuse Gaṅgā—appelée aussi Lakānandā—suivit la trace du char de Bhagīratha et, fendant des milliers de montagnes, parvint jusqu’à la terre.
Verse 5
यत्रायजत यज्ञेशं पुरा दक्षः प्रजापतिः । तत्क्षेत्रं पुण्यदं नॄणां सर्वपातकनाशनम् ॥ ५ ॥
C’est le kṣetra sacré où, jadis, Dakṣa Prajāpati accomplit un sacrifice pour Yajñeśa, le Seigneur du sacrifice; ce lieu confère du mérite aux hommes et anéantit tous les péchés.
Verse 6
यस्मिन्यज्ञे समाहूता देवा इंद्रपुरोगमाः । स्वैः स्वैर्गणैः समायाता यज्ञभागजिघृक्षया ॥ ६ ॥
Dans ce sacrifice, les dieux—conduits par Indra—furent dûment conviés; et chacun, venu avec sa suite, arriva désireux de recevoir sa part assignée de l’offrande sacrificielle.
Verse 7
तत्र देवर्षयः प्राप्तास्तथा ब्रह्मर्षयोऽमलाः । शिष्यप्रशिष्यैः सहितास्तथा राजर्षयः शुभे ॥ ७ ॥
Là arrivèrent les devaṛṣi, ainsi que les brahmaṛṣi sans tache; et les rājaṛṣi vinrent aussi en ce lieu propice, accompagnés de leurs disciples et des disciples de leurs disciples, ô être de bon augure.
Verse 8
सर्वेनिमंत्रितास्तेन ब्रह्मपुत्रेण धीमता । गंधर्वाप्सरसो यक्षाः सिद्धविद्याधरोरगाः ॥ ८ ॥
Tous furent conviés par ce sage fils de Brahmā : Gandharva et Apsaras, Yakṣa, Siddha, Vidyādhara, et les êtres-serpents, les Nāga.
Verse 9
संप्राप्ता यज्ञसदनमृते शर्वं पिनाकिनम् । ततस्तु गच्छतां तेषां सप्रियाणां विमानिनाम् ॥ ९ ॥
Ils parvinrent au pavillon du yajña—à l’exception de Śarva (Śiva), le porteur de l’arc Pināka. Puis, lorsque ceux qui voyageaient sur des vimānas s’en allèrent avec leurs bien-aimées, le récit se poursuit.
Verse 10
दक्षयज्ञोत्सवं प्रीत्यान्योन्यं वर्णयतां सती । श्रुत्वा सोत्का महादेवं प्रार्थयामास भामिनी ॥ १० ॥
Tandis que, dans la joie, les uns et les autres se racontaient la fête du yajña de Dakṣa, Satī, en l’entendant, fut saisie d’empressement ; et cette dame au cœur ardent se mit à implorer Mahādeva (Śiva).
Verse 11
तच्छत्वा भगवानाह न श्रेयो गमनं ततः । अथ देवमनादृत्य भाविनोऽर्थस्य गौरवात् ॥ ११ ॥
L’ayant entendu, le Seigneur Bienheureux dit : « Aller là-bas n’est pas salutaire. » Pourtant, accordant un grand prix au gain annoncé, il méprisa la parole du Seigneur et poursuivit sa route.
Verse 12
जगामैकाकिनी भद्रे द्रष्टुं पितृमखोत्सवम् । ततः सा तत्र संप्राप्ता न केनापि सभाजिता ॥ १२ ॥
Ô douce dame, elle s’y rendit seule pour voir la fête du rite offert aux ancêtres ; mais, arrivée en ce lieu, nul ne l’accueillit ni ne lui rendit honneur.
Verse 13
प्राणांस्तत्याज तन्वंगी तज्जातं क्षेत्रमुत्तम् । तस्मिंस्तीर्थे तु ये स्नात्वा तर्पयंति सुरान्पितॄन् ॥ १३ ॥
La dame aux membres gracieux abandonna la vie ; et de cet événement naquit une région sacrée d’excellence. Ceux qui se baignent en ce tīrtha et y offrent le tarpaṇa aux devas et aux ancêtres obtiennent la plénitude du mérite.
Verse 14
ते स्युर्देव्याः प्रियतमा भोगमोक्षैकभागिनः । येऽन्येऽपि तत्र स्वान्प्राणांस्त्यजंत्यनशनादिभिः ॥ १४ ॥
Ces dévots deviennent les plus chers à la Déesse et reçoivent une part unique, à la fois de la jouissance en ce monde et de la délivrance; et même d’autres, qui là, en ce lieu sacré, abandonnent leur propre vie par le jeûne et des austérités semblables, parviennent au même état béni.
Verse 15
तेऽपि साक्षाच्छिवं प्राप्य नाप्नुवंति पुनर्जनिम् । अथ तन्नारदाच्छ्रुत्वा भगवान्नीललोहितः ॥ १५ ॥
Eux aussi—ayant atteint directement Śiva Lui-même—n’obtiennent plus de nouvelle naissance. Alors, l’ayant entendu de Nārada, le Seigneur Bienheureux Nīlalohita (Śiva) …
Verse 16
मरणं स्वप्रियायास्तु वीरभद्रं विनिर्ममे । स सर्वैः प्रमथैर्युक्तस्तं यज्ञं समनाशयत् ॥ १६ ॥
À la mort de sa bien-aimée, il fit surgir Vīrabhadra; et celui-ci, accompagné de tous les Pramathas, anéantit entièrement ce sacrifice (yajña).
Verse 17
पुनर्विधेः प्रार्थनया मीढ्वान्सद्यः प्रसादितः । संदधे च पुनर्यज्ञं विकृतं प्रकृतिस्थितम् ॥ १७ ॥
De nouveau, à la prière de Vidhi (Brahmā), le Seigneur prodigue fut aussitôt apaisé; et Il rétablit le sacrifice, devenu difforme, le ramenant à son ordre naturel et juste.
Verse 18
ततस्तत्तीर्थमतुलं सर्वपातकनाशनम् । जातं यत्राप्लुतः सोमो मुक्तो यक्ष्मग्रहादभूत् ॥ १८ ॥
Alors naquit ce tīrtha incomparable, lieu sacré d’ablution qui détruit tous les péchés—là où Soma, après s’être baigné, fut délivré de l’emprise de Yakṣmā (la consomption).
Verse 19
तत्र यो विधिवत्स्नात्वा यं यं कामं विचिंतयेत् । तं तमाप्नोति विधिजे नात्र कार्या विचारणा ॥ १९ ॥
Là, quiconque se baigne selon le rite prescrit et médite le désir qu’il souhaite—ô fils de Brahmā—obtient exactement cela; nul besoin de douter ni de délibérer davantage.
Verse 20
यत्र यज्ञेश्वरः साक्षाद्भगवान्विष्णुरव्ययः । स्तुतो दक्षेण देवैश्च तत्तीर्थं हरिसंज्ञितम् ॥ २० ॥
Ce gué sacré où Bhagavān Viṣṇu—impérissable, manifesté comme le Seigneur du sacrifice—fut loué directement par Dakṣa et par les dieux, est connu comme le Tīrtha nommé « Hari ».
Verse 21
तत्र यो विधिवन्मर्त्यः स्नायाद्धरिपदे सति । स विष्णोर्वल्लभो भूयाद्भुक्तिमुक्तयकभाजनम् ॥ २१ ॥
Là, tant que le saint Hari-pada est présent, le mortel qui se baigne selon le rite devient cher à Viṣṇu et reçoit d’une manière unique à la fois la jouissance terrestre et la délivrance (mukti).
Verse 22
अतः पूर्वदिशि क्षेत्रं त्रिगगं नाम विश्रुतम् । यत्र त्रिपथगा साक्षादृश्यते सकलैर्जनैः ॥ २२ ॥
Ainsi, à l’est se trouve une région sacrée renommée sous le nom de Trigagā, où Tripathagā—la Déesse Gaṅgā aux trois voies—est vue directement par tous les êtres.
Verse 23
तत्र स्नात्वाथ संतर्प्य देवर्षिपितृमानवान् । सम्यक्छ्रद्धायुतो मर्त्यो मोदते दिवि देववत् ॥ २३ ॥
Après s’y être baigné, puis avoir offert comme il se doit le tarpana pour satisfaire les dieux, les devarṣis, les ancêtres et les humains, le mortel, pourvu d’une foi juste, se réjouit au ciel tel un dieu.
Verse 24
तत्र यस्त्यजति प्राणान्प्रवाहे पतितः सति । स व्रजेद्वैष्णवं धाम देवैः सम्यक्सभाजितः ॥ २४ ॥
Là, quiconque abandonne sa vie après être tombé dans le courant du fleuve—va certes au Séjour vaiṣṇava, dûment honoré par les dieux.
Verse 25
ततः कनखले तीर्थे दक्षिणीं दिशमाश्रिते । त्रिरात्रोपोषितः स्नात्वा मुच्यते सर्वकिल्बिषैः ॥ २५ ॥
Ensuite, au tīrtha sacré de Kanakhala, situé vers le sud, celui qui jeûne trois nuits puis se baigne est délivré de toutes les fautes.
Verse 26
अथ यास्तत्रगां दद्याद्बाह्यणे वेदपारगे । स कदाचिन्न पश्येत्तु देवि वैतरणीं यमम् ॥ २६ ॥
Or, ô Déesse, quiconque y offre une vache à un brāhmaṇa versé dans les Veda—ne verra jamais la Vaitaraṇī, ni n’aura à faire face à Yama.
Verse 27
अत्र जप्तं हुतं तप्तं दत्तमानंत्यमश्नुते । अत्रैव जहुतीर्थँ च यत्र वै जह्रुना पुरा ॥ २७ ॥
Ici, ce qui est récité en japa, offert au feu en homa, pratiqué en tapas ou donné en dāna procure un mérite inépuisable. Ici même se trouve le tīrtha nommé Jahnu-tīrtha, où jadis le sage Jahnu accomplit cet acte.
Verse 28
राजर्षिणा निपीताभूद्गंडूषीकृत्य सा नदी । प्रसादितेन सा तेन मुक्ता कर्णाद्विनिर्गता ॥ २८ ॥
Ce fleuve fut bu par le sage royal, comme s’il n’en prenait qu’une gorgée. Puis, apaisée par lui, elle fut relâchée et se remit à couler en sortant de son oreille.
Verse 29
तत्र स्नात्वा महाभागे यो नरः श्रद्धयान्वितः । सोपवासः समभ्यर्चेद्बाह्यणं वेदपारगम् ॥ २९ ॥
Ô noble dame, quiconque s’y baigne avec foi et, observant le jeûne, honore comme il se doit un brāhmaṇa parfaitement versé dans les Veda, obtient le fruit prescrit pour cet acte sacré.
Verse 30
भोजयेत्परमान्नेन स्वर्गे कल्पं वसेत्स तु । अथ पश्चाद्दिशि गतं कोटितीर्थँ सुमध्यमे ॥ ३० ॥
Celui qui nourrit un digne bénéficiaire des mets les plus exquis demeure au ciel durant un kalpa entier. Ensuite, se rendant vers l’occident—ô taille gracieuse—il obtient le mérite de Koṭitīrtha.
Verse 31
यत्र कोटिगुणं पुण्यं भवेत्कोटीशदर्शनात् । ओष्यैकां रजनीं तत्र पुंडरीकमवाप्नुयात् ॥ ३१ ॥
En ce lieu, la seule vision de Koṭīśa multiplie le mérite par dix millions. Si l’on y demeure une seule nuit, on obtient Puṇḍarīka, le fruit sacré de ce lieu.
Verse 32
तथैवोत्तरदिग्भागे सप्तगंगेति विश्रुतम् । तीर्थं परमकं देवि सर्वपातकनाशनम् ॥ ३२ ॥
De même, dans le quartier du nord se trouve un tīrtha renommé « Saptagaṅgā », les Sept Gaṅgā. Ô Déesse, c’est un lieu de pèlerinage suprême, qui détruit tous les péchés.
Verse 33
यत्राश्रमाश्च पुण्या वै सप्तर्षीणां महामते । तेषु सर्वेषु तु पृथक् स्नात्वा संतर्प्य देवताः ॥ ३३ ॥
Ô grand d’esprit, il s’y trouve en vérité les āśrama sacrés des Sept Ṛṣi. Après s’être baigné séparément dans chacun d’eux, on doit accomplir le santarpaṇa, offrant satisfaction aux divinités.
Verse 34
पितॄंश्च लभते मर्त्य ऋषिलोकं सनातनम् । भगीरथेन वै राज्ञा यदानीता सुरापगा ॥ ३४ ॥
Un mortel aussi obtient la rencontre de ses ancêtres et parvient au monde éternel des ṛṣi, en se réfugiant auprès du fleuve sacré Surāpaga (Gaṅgā), que le roi Bhagīratha fit réellement descendre.
Verse 35
तदा सा प्रीतये तेषां सप्तधारागताभवत् । सप्तगंगं ततस्तीर्थं भुवि विख्यातिमागतम् ॥ ३५ ॥
Alors, pour leur plaire, elle s’écoula en sept courants. De là, ce tīrtha sur la terre fut connu sous le nom de Saptagaṅgā et acquit une vaste renommée.
Verse 36
स आवर्तं ततः प्राप्य संतर्प्यामरपूर्वकान् । स्रात्वा देवेंद्रभवने मोदते युगमेव च ॥ ३६ ॥
Puis, parvenu à ce tourbillon sacré (āvarta), il satisfait d’abord les devas et les êtres célestes par des offrandes; et, après s’y être baigné, il se réjouit dans la demeure d’Indra durant un yuga entier.
Verse 37
ततो भद्रे समासाद्य कपिलाह्रदमुत्तमम् । धेनुं दत्त्वा द्विजाग्र्याय गोसहस्रफलं लभेत् ॥ ३७ ॥
Ensuite, ô dame de bon augure, parvenu au lac excellent de Kapilā, celui qui offre une vache laitière à un brāhmane éminent obtient un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 38
अत्रैव नागराजस्य तीर्थं परमपावनम् । अत्राभिषेकं यः कुर्यात्सोऽभयं सर्पतो लभेत् ॥ ३८ ॥
Ici même se trouve le tīrtha du Roi des Nāgas, d’une pureté suprême. Quiconque y accomplit l’abhiṣeka obtient l’absence de crainte face aux serpents.
Verse 39
ततो ललितकं प्राप्य शंतनोस्तीर्थमुत्तमम् । स्नात्वा संतर्प्य विधिवत्सुरादील्लँभते गतिम् ॥ ३९ ॥
Puis, parvenu à Lalitaka et au gué sacré excellent nommé le Tīrtha de Śaṃtanu, celui qui s’y baigne et accomplit selon le rite l’offrande de tarpaṇa obtient l’état bienheureux des devas et des êtres élevés.
Verse 40
यत्र शंतनुनां लब्धा गंगा मानुष्यमागता । तत्रैव तत्यजे देहं वसून्सूत्वानुवत्सरम् ॥ ४० ॥
Au lieu même où Gaṅgā—obtenue par Śaṃtanu—entra dans la condition humaine, c’est là qu’elle abandonna son corps, après avoir enfanté les Vasus année après année.
Verse 41
तद्देहो न्यपतत्तत्र तत्राभूद्दक्षजन्म च । तत्र यः स्नाति मनुजो भक्षयेदोषधीं च ताम् ॥ ४१ ॥
Son corps tomba là, et là même naquit aussi Dakṣa. Quiconque s’y baigne et, de plus, consomme cette herbe médicinale, est purifié par la puissance de ce lieu sacré.
Verse 42
स न दुर्गतिमाप्नोति गंगादेवीप्रसादतः । भीमस्थलं ततः प्राप्य यः स्नायात्सुकृती नरः ॥ ४२ ॥
Par la grâce de la Déesse Gaṅgā, il ne tombe pas dans une destinée funeste. Puis, l’homme méritant qui parvient à Bhīmasthala et s’y baigne obtient cette protection de bon augure.
Verse 43
भोगान्भुक्त्वेह देहांते स्वर्गतिं समवाप्नुयात् । एतान्युद्देशतो देवि तीर्थानि गदितानि ते ॥ ४३ ॥
Après avoir goûté ici aux jouissances du monde, à la fin du corps on peut atteindre la voie du ciel. Ô Déesse, ainsi ces tīrthas sacrés t’ont été exposés brièvement, sous forme d’énumération.
Verse 44
अन्यानि वै महाभागे संति तत्रल सहस्रशः । योऽस्मिन्क्षेत्रे नरः स्नायात्कुंभगेज्येऽजगे रवौ ॥ ४४ ॥
Ô très fortunée, il s’y trouve en vérité des milliers d’autres mérites et observances sacrées. Pourtant, quiconque se baigne dans ce kṣetra saint lorsque le Soleil est en Kumbha (Verseau), au moment propice du passage Makara–Kumbha, obtient un fruit spirituel tout à fait exceptionnel.
Verse 45
स तु स्याद्वाक्पतिः साक्षात्प्रभाकर इवापरः । अथ याते प्रयागादिपुण्यतीर्थे पृथूके ॥ ४५ ॥
Il deviendrait, de façon évidente, un seigneur de la parole, tel un autre Prabhākara. Puis, lorsque Pṛthūka se rendit aux tīrtha sacrés de pèlerinage, à commencer par Prayāga, ces fruits se manifestèrent.
Verse 46
अथ यो वारुणे योगे महावारुणके तथा । महामहावारुणे च स्नायात्तत्र विधानतः ॥ ४६ ॥
Or, quiconque s’y baigne lors du Varuṇa-yoga, de même lors du Mahā-Vāruṇaka et aussi du Mahāmahā-Vāruṇa, selon le rite prescrit, obtient le fruit sacré recherché.
Verse 47
संपूज्य ब्राह्मणान् भक्त्या स लभेद्ब्रह्मणः पदम् । संक्रान्तौ वाप्यमायां वा व्यतीपाते युगादिके ॥ ४७ ॥
Après avoir honoré comme il se doit les brāhmaṇa avec dévotion (bhakti), on atteint l’état suprême de Brahman. Et cela tout particulièrement si ce culte est accompli lors d’une saṅkrānti, au jour d’amāvāsyā, durant vyatīpāta, ou aux grandes jonctions telles que le commencement d’un yuga.
Verse 48
पुण्येऽहनि तथान्यद्वै यत्किंचिद्दानमाचरेत् । तत्तु कोटिगुणं भूयात्सत्यमेतन्मयोदितम् ॥ ४८ ॥
En vérité, en un jour propice, quel que soit le don que l’on accomplit—toute aumône—son fruit devient un million de fois plus grand. Telle est la vérité que j’ai proclamée.
Verse 49
गंगाद्वारं स्मरेद्यो वै दूरसंस्थोऽपि मानवः । सद्गतिं स समाप्नोति स्मरन्नंते यथा हरिम् ॥ ४९ ॥
Même au loin, celui qui se souvient avec vérité de Gaṅgādvāra (Haridvāra) obtient une destinée bénie, comme celui qui se rappelle Hari à l’instant de la mort.
Verse 50
यं यं देवं हरिद्वारे पूजयेत्प्रयतो नरः । स स देवः सुप्रसन्नः पूरयेत्तन्मनोरथान् ॥ ५० ॥
À Haridvāra, l’homme discipliné qui, avec un soin sincère, vénère quelque divinité que ce soit, cette divinité même, pleinement satisfaite, accomplit les vœux de son cœur.
Verse 51
एतदेव तपःस्थानमेतदेव जपस्थलम् । एतदेव हुतस्थानं यत्र गंगा भुवं गता ॥ ५१ ॥
Ce lieu même est le siège de l’austérité; ce lieu même est le terrain du japa; ce lieu même est l’endroit juste pour les offrandes au feu, là où la Gaṅgā est descendue sur la terre.
Verse 52
यस्तत्र नियतो मर्त्यो गंगानामसहस्रकम् । त्रिकालं पठति स्नात्वा सोऽक्षयां संततिं लभेत् ॥ ५२ ॥
Celui qui, discipliné en ce lieu, après s’être baigné, récite trois fois par jour le «Millier de Noms de la Gaṅgā», obtient une lignée impérissable, une continuité sans défaillance.
Verse 53
गंगाद्वारे पुराणं तु श्रृणुयाद्यश्च भक्तितः । नियमेन महाभागे स याति पदमव्ययम् ॥ ५३ ॥
Et celui qui, avec dévotion, écoute le Purāṇa à Gaṅgādvāra, en observant les disciplines prescrites, ô très fortuné, atteint la demeure impérissable, l’état qui ne décline pas.
Verse 54
हरिद्वारस्य माहात्म्यं यः श्रृणोति नरोत्तमः । पठेद्वा भक्तिसंयुक्तः सोऽपि स्नानफलं लभेत् ॥ ५४ ॥
Ô le meilleur des hommes, quiconque écoute la grandeur de Haridvāra, ou la récite avec bhakti, obtient lui aussi le mérite issu du bain sacré en ce lieu.
Verse 55
देवि तिष्ठति यद्गेहे माहात्म्यं लिखितं त्विदम् । तद्गृहे सर्पचौराग्निग्रहराजभयं नहि ॥ ५५ ॥
Ô Déesse, dans toute maison où l’on garde ce māhātmya sacré mis par écrit, il n’y a crainte ni des serpents, ni des voleurs, ni du feu, ni des afflictions des planètes ou de l’autorité royale.
Verse 56
वर्द्धतेसंपदः सर्वा विष्णुदेवप्रसादतः ॥ ५६ ॥
Toute prospérité et tout bien-être s’accroissent par la grâce bienveillante du Seigneur Viṣṇu.
Verse 57
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने उत्तरभागे वसुमोहिनीसंवादे हरिद्वारमाहात्म्यं नाम षट्षष्टितमोऽध्यायः ॥ ६६ ॥
Ainsi s’achève le soixante-sixième chapitre, intitulé « La Grandeur de Haridvāra », dans l’Uttara-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Bṛhad-upākhyāna, dans le dialogue entre Vasu et Mohinī.
It sacralizes the landscape by anchoring Haridvāra’s tīrtha-power in a major Purāṇic theodicy: Satī’s abandonment of the body generates an ‘excellent sacred region’ for snāna and tarpaṇa; Vīrabhadra’s destruction and the later restoration of the yajña frame the site as both fearsome (sin-destroying) and ritually normative (restored order), legitimizing pilgrimage rites as conduits to bhoga and mokṣa.
Prescribed bathing, tarpaṇa to gods/ṛṣis/pitṛs, fasting (including three-night observance at Kanakhala), gifting cows and feeding worthy recipients, japa/homa/tapas/dāna as ‘inexhaustible’ here, reciting Gaṅgā-sahasranāma after bathing, and listening to/reciting the māhātmya—especially during saṅkrānti, amāvāsyā, vyatīpāta, yuga-junctions, and Kumbha-related transitions.
It enumerates directional and sequential sub-tīrthas (east: Trigagā; south: Kanakhala; west: Koṭitīrtha; north: Saptagaṅgā) and then adds named nodes (Jahnu-tīrtha, Kapilā lake, Nāgarāja tīrtha, Śaṃtanu’s tīrtha, Bhīmasthala), assigning each a specific rite and fruit, effectively functioning as a vrata-kalpa itinerary for tīrtha-yātrā.