
Brahma-dhyāna: From Purification to Samādhi (Meditation on Brahman and Viṣṇu)
Dans ce chapitre, selon la manière purānique où Hari (Viṣṇu) instruit le chercheur, l’accent se déplace de la sanctification extérieure (pavitra et rites associés) vers la réalisation intérieure : la méditation sur Brahman qui démantèle le mécanisme de Māyā. Hari définit le Soi (Ātman) comme au-delà du corps, des sens, du mental, des prāṇa, des guṇa et de tout état conditionné, et identifie le samādhi au fait de demeurer dans l’intuition « Je suis Brahman » (turīya). Pour rendre cela opérant, il enseigne le modèle du char — le Soi comme cavalier, l’intellect (buddhi) comme cocher, le mental comme rênes — montrant qu’un mental discipliné, guidé par le discernement, mène à la Demeure Suprême et à la liberté hors de la renaissance. Il expose ensuite les disciplines du yoga (de yama/niyama jusqu’au samādhi) et ajoute une concession compatissante : si la stabilité est difficile, contempler la forme de Viṣṇu dans le lotus du cœur. Le chapitre relie la contemplation intérieure à la pratique du temple et de l’icône en affirmant la présence de Viṣṇu dans le Śālagrāma et d’autres pierres sacrées, puis conclut en opposant les récompenses célestes fondées sur le désir à la libération sans désir obtenue par méditation, louange et nāma-japa, préparant l’enseignement suivant pour approfondir bhakti et jñāna.
Verse 1
नाम त्रिचत्वारिंशो ऽध्यायः हरिरुवाच / पूजयित्वा पवित्राद्यैर्ब्रह्म ध्यात्वा हरिर्भवेत् / ब्रह्मध्यानं प्रवक्ष्यामि मायायन्त्रप्रमर्दकम्
Chapitre quarante-quatre. Hari (le Seigneur Vishnu) dit : Après avoir adoré au moyen des rites et des objets sanctifiants, à commencer par le pavitra, qu’on médite sur le Brahman et l’on s’établira ainsi en Hari. Je vais maintenant enseigner la méditation sur le Brahman, qui broie le mécanisme de Māyā (l’illusion).
Verse 2
यच्छेद्वाङ्मनसं प्राज्ञस्तं यजेज्ज्ञानमात्मनि / ज्ञानं महति संयच्छेद्य इच्छेज्ज्ञानमात्मानि
Le sage doit retenir la parole et le mental, et vénérer en l’Âtman cette connaissance intérieure. Qu’il fonde cette connaissance dans le Grand (la Réalité suprême) et recherche la connaissance établie dans le Soi.
Verse 3
देहेन्द्रियमनोबुद्धिप्राणाहङ्करावर्जितम् / वर्जितं भूततन्मात्रैर्गुणजन्माशनादिभिः
Cette Réalité est dépourvue de corps, de sens, de mental, d’intellect, de souffles vitaux (prāṇa) et d’ego (ahaṅkāra). Elle est aussi libre des éléments et de leurs essences subtiles (tanmātra), des guṇa, et des conditions telles que la naissance, l’alimentation, et autres semblables.
Verse 4
स्वप्रकाशं निराकारं सदानं दमनादि यत् / नित्यं शुद्धं बुद्धमृद्धं सत्यमानन्दमद्वयम्
Cette Réalité est lumineuse par elle-même et sans forme ; toujours dispensatrice et source de la maîtrise de soi et autres vertus. Elle est éternelle, pure, pleinement consciente et accomplie : Vérité même, Béatitude (Ānanda) et Non-dualité.
Verse 5
तुरीयमक्षरं ब्रह्म अहमस्मि परं पदम् / अहं ब्रह्मेत्यवस्थानं समाधिरपि (रिति) गीयते
«Je suis le Quatrième (turīya), le Brahman impérissable ; je suis la demeure suprême. Demeurer dans la réalisation “Je suis Brahman” — cet état aussi est loué comme samādhi.»
Verse 6
आत्मानं रथिनं विद्धि शरीरं रथमेव तु / बुद्धिं च सारथिं विद्धि मनः प्रग्रहमेव च / इन्द्रियाणि हयानाहुर्विषयास्तेषु गोचराः
Sache que le Soi (Ātman) est le cavalier, et que le corps est, en vérité, le char. Sache que l’intellect (buddhi) est le cocher, et que le mental (manas) est les rênes. On dit que les sens sont les chevaux, et que les objets des sens sont leur domaine de course.
Verse 7
आत्मेन्द्रियमनोयुक्तो भोक्तेत्यार्मनीषिणः / यस्तु विज्ञान बाह्मेन युक्तेन मनसा सदा
Les sages au discernement déclarent : «Lorsque le Soi, uni aux sens et au mental, devient l’expérient (le jouisseur).» Mais celui qui demeure toujours uni—par le bras de la connaissance discriminante (vijñāna)—à un mental maîtrisé, n’est pas lié comme simple jouisseur.
Verse 8
स तु तत्पदमाप्नोति स हि भूयो न जायते / विज्ञानसारथिर्यस्तु मनः प्रग्रहवान्नरः
Mais cet homme atteint la Demeure Suprême ; en vérité, il ne renaît plus : celui dont le cocher est la connaissance discriminante (vijñāna) et qui tient fermement le mental par les rênes.
Verse 9
स्वर्धुन्याः पारमाप्नोति तद्विष्णोः परमं पदम् / अहिंसादिर्यमः प्रोक्तः शौचादिर्नियमः स्मृतः
On atteint l’autre rive du fleuve céleste : c’est la demeure suprême de Viṣṇu. La non-violence (ahiṃsā) et ce qui s’y apparente sont déclarées yamas (restrictions), tandis que la pureté et ce qui s’y apparente sont rappelées comme niyamas (observances).
Verse 10
आसनं पद्मकाद्युक्तं प्राणायामो मरुज्जयः / प्रत्याहा रो जयः प्रोक्तो ध्यानमीश्वरचिन्तनम्
La posture (āsana) est dite telle que Padmaka et autres ; la maîtrise du souffle (prāṇāyāma) est la conquête du vent vital. Le retrait (pratyāhāra) est déclaré victoire (sur les sens) ; et la méditation (dhyāna) est la contemplation du Seigneur (Īśvara).
Verse 11
मनोधृतिर्धारणा स्थात्समाधिर्ब्रह्मणि स्थितिः / पूर्वं चेतः स्थिरं न स्यात्ततोमूर्तिं विचिन्तयेत्
La stabilité du mental est appelée dhāraṇā (concentration), et le samādhi est le fait de demeurer, en conscience, en Brahman. Si d’abord l’esprit ne devient pas stable, qu’on contemple alors une mūrti sacrée comme soutien.
Verse 12
हृत्पद्मकर्णिकामध्ये शङ्खचक्रगदाब्जवान् / श्रीवत्सकौस्तुभयुतो वनमालाश्रिया युतः
Au cœur du lotus du cœur, dans son péricarpe, qu’on contemple le Seigneur portant la conque, le disque, la massue et le lotus—orné du signe Śrīvatsa et du joyau Kaustubha, rayonnant de l’éclat d’une guirlande de fleurs de la forêt.
Verse 13
नित्यः शुद्धो भूतियुक्तः सत्यानन्दाह्वयः परः / आत्माहं परमं ब्रह्म परमं ज्योतिरेव तु
Je suis éternel et pur, doté de puissance divine, le Suprême nommé Vérité-et-Félicité. Je suis l’Ātman : oui, le Brahman suprême, nul autre que la Lumière suprême.
Verse 14
चतुर्विशतिमूर्तिः स शालग्रामशिलास्थितः / द्वारकादिशिलासंस्थो ध्येयः पूज्यो ऽप्यहं च सः
Lui, le Seigneur aux vingt-quatre mūrtis, demeure dans la pierre Śālagrāma ; et de même, établi dans des pierres sacrées telles que celles de Dvārakā, il doit être médité et vénéré—car il est en vérité Moi.
Verse 15
मनसो ऽभीप्सितं प्राप्य देवो वैमानिको भवेत् / निष्कामो मुक्तिमाप्नोति मूर्तिं ध्याययंस्तुवञ्जपन्
En obtenant ce que le mental désire, on peut devenir un deva vaimānika voyageant dans un char aérien divin ; mais celui qui est sans désir obtient la délivrance, en méditant la mūrti du Seigneur, en le louant et en répétant ses noms sacrés.
Turīya is presented as the imperishable Brahman—beyond waking, dream, and deep sleep—where awareness rests in non-dual truth. The chapter praises samādhi as stabilization in the realization ‘I am Brahman,’ not as a new experience but as recognition of the ever-present Self.
They are the foundation for meditation: yamas (like ahiṃsā) and niyamas (like śauca) purify conduct and mind, enabling steadiness for dhāraṇā and dhyāna. The chapter treats them as integral limbs that support samādhi rather than optional moral add-ons.
Because the mind may initially lack steadiness, a sacred form serves as a stabilizing support (ālambana). Contemplation of Viṣṇu’s form in the heart-lotus trains attention and devotion, which then matures into absorption where awareness abides in Brahman.
They are affirmed as established abodes (adhiṣṭhāna) of the Lord—‘he is indeed Me’—legitimizing aniconic and iconic worship as valid supports for meditation. The mention of ‘twenty-four forms’ signals a theological mapping of Viṣṇu’s manifestations into worship practice.