Adhyaya 42
Brahma KhandaAdhyaya 4225 Verses

Adhyaya 42

Pavitrāropaṇa-vidhi (Rite of Investing/Offering the Pavitra Sacred Thread)

Poursuivant les enseignements axés sur l’ācāra, Hari décrit une observance śaiva de correction et de protection : la manière d’accomplir le Pavitrāropaṇa afin que le culte ne soit pas entravé. Le chapitre précise comment l’ācārya/sādhaka (ainsi que les initiés qualifiés, tels putraka et samayī) doit procéder, en indiquant les périodes favorables selon les mois et les tithis. Il énumère les matériaux (or/argent/cuivre et fils de coton, idéalement préparés par une jeune fille non mariée) et les règles de fabrication (pliage, triple torsion, purification des nœuds par des mantras). Il mentionne les tantu-devas présidant aux fils, fixe le nombre de récitations, l’espacement et les nœuds nommés de Prakṛti à Sarvamukhī. Le rite s’étend à une adoration complète du liṅga : ablutions, offrandes, dépôts protecteurs selon les directions, fil entourant la maison et protecteurs perforés, puis homa et bhūta-bali, invocation et veille nocturne, avant l’installation des pavitras consacrés. Il s’achève par des salutations mantriques orientées vers les tattvas (Śiva-tattva, Vidyā-tattva, Ātman), des prières pour purifier les omissions, l’offrande au feu, la dakṣiṇā au guru, le repas offert aux brāhmaṇas et la congé formelle, établissant un modèle pour les chapitres rituels suivants sur la levée des obstacles et l’achèvement des rites.

Shlokas

Verse 1

नामैकचत्वारिंशो ऽध्यायः हरिरुवाच / पवित्रारोपणं वक्ष्ये सिवस्याशिवनाशनम् / आचार्यः साधकः कुर्यात्पुत्रकः समयी हर

Chapitre nommé «Eka-catvāriṃśa». Hari dit: «J’exposerai le rite de la pose du pavitra (fil/amulette sacrée), qui—relevant de Śiva—détruit l’inauspice. L’ācārya (précepteur) ou le sādhaka (pratiquant) doit l’accomplir; de même le putraka (disciple initié) et le samayī (lié par les observances), ô Hara.»

Verse 2

संवत्सरकृतां पूजां विघ्नेशो हरते ऽन्यथा / आषाढे श्रावणे माघे कुर्याद्भाद्रपदे ऽपि वा

Autrement, Vighneśa (Seigneur des Obstacles) efface la pūjā accomplie durant une année entière; c’est pourquoi on doit l’exécuter en Āṣāḍha, Śrāvaṇa, Māgha, ou même en Bhādrapada.

Verse 3

सौवर्णरौप्यताम्रं च सूत्रं कार्पासिकं क्रमात् / ज्ञेयं कुजादौ संग्राह्यं कन्यया कर्तितं च यत्

Selon l’ordre requis, on doit se procurer un fil d’or, d’argent et de cuivre, ainsi qu’un fil de coton; qu’on sache qu’ils doivent être rassemblés à partir du mardi (jour de Kuja/Maṅgala), et que le fil torsadé/préparé par une jeune fille non mariée est tout particulièrement prescrit.

Verse 4

त्रिगुणं त्रिगुणीकृत्य ततः कुर्यात्पवित्रकम् / ग्रन्थयो वामदेवेन सत्येन क्षालयेच्छिव

L’ayant rendu triple puis de nouveau triplé, qu’on prépare le pavitraka, le purificateur sacré. Par le mantra de Vāmadeva et par le mantra de la Vérité (Satya), ô Śiva, qu’on lave et purifie les nœuds (liens) du fil/amulette.

Verse 5

अघोरेण तु संशोध्य बद्धस्तत्पुरुषाद्भवेत् / धूपयेदीशमन्त्रेण तन्तुदेवा इति (मे) स्मृताः

Après purification par le mantra Aghora, qu’on lie le cordon sacré selon le mantra Tatpuruṣa. Ensuite, qu’on offre l’encens par le mantra Īśa—ceux-ci sont, selon mon souvenir, les «Tantu-deva», divinités du fil.

Verse 6

ॐ कारश्चन्द्रमा वह्निर्ब्रह्ना नागः शिखिध्वजः / रविर्विष्णुः शिवः प्रोक्तः क्रमात्तन्तुषु देवताः

Dans les fils (tantu) sont proclamées, dans l’ordre prescrit, les divinités présidantes : Oṃkāra, la Lune, le Feu, Brahmā, le Nāga, celui à l’étendard du paon (Kārttikeya), le Soleil, Viṣṇu et Śiva.

Verse 7

अष्टोत्तरशतं कुर्यात्पञ्चाशत्पञ्चविंशतिम् / रुद्रो ऽत्तमादि विज्ञेयं मानं च ग्रन्थयो दश

Qu’on accomplisse la récitation/le rite cent huit fois—ou cinquante, ou vingt-cinq. La mesure dite «Rudra» et les semblables doivent être comprises comme norme; et la mesure d’un «grantha» est de dix (unités).

Verse 8

चतुरङ्गुलान्तराः स्युर्ग्रन्थिनामानि च क्रमात् / प्रकृतिः पौरुषी वीरा चतुर्थो चापराजिता

Ils sont placés à des intervalles de quatre aṅgulas (largeurs de doigt), et les noms des nœuds, dans l’ordre, sont : Prakṛti, Pauruṣī, Vīrā, et le quatrième, Aparājitā.

Verse 9

जया च विजया रुद्रा अजिता च सदाशिवा / मनोन्मनी सर्वमुखी द्व्यङ्गुलाङ्गुलतो ऽथवा

Jaya et Vijaya; Rudrā; Ajitā et Sadāśivā; ainsi que Manonmanī et Sarvamukhī—toutes sont invoquées; et de même (est requis) ce qui a la mesure de deux aṅgulas ou d’un aṅgula.

Verse 10

रञ्जयेत्कुङ्कुमाद्यैस्तु कुर्याद्रन्धैः पवित्रकम् / सप्तम्यां वा त्रयोदश्यां शुक्लपक्षे तथेतरे

Qu’on le teigne de kuṅkuma (safran) et d’autres substances, puis qu’on prépare le pavitraka—fil/amulette sacrée—avec des nœuds. Qu’on le fasse au septième ou au treizième jour lunaire, durant la quinzaine claire, et de même durant l’autre quinzaine.

Verse 11

क्षीरादिभिश्च संस्नाप्य लिङ्गं गन्धादिभिर्यजेत् / दद्याद्रन्धपवित्रं तु आत्मने ब्रह्मणे हर

Après avoir baigné le liṅga avec du lait et autres substances, qu’on l’honore par des parfums et d’autres offrandes. Qu’on offre aussi le randhra‑pavitra en oblation au Soi (Ātman), à Brahman et à Hara (Śiva).

Verse 12

पुष्पं गन्धयुतं दद्यान्मूलेनेशानगोचरे / पूर्वे च दण्डकाष्ठं तु उत्तरे चामलकीफलम्

Qu’on dépose une fleur parfumée à la base, dans le quartier nord-est (Īśāna). À l’est, qu’on place un morceau de bois de daṇḍaka (bois du bâton sacré), et au nord un fruit d’āmalakī.

Verse 13

मृत्तिकां पश्चिमे दद्याद्दक्षिणे भस्म भूतयः / नैरृतेह्यगुरुं दद्याच्छिखामन्त्रेण मन्त्रवित्

Le connaisseur des mantras doit placer la terre purificatrice (mṛttikā) à l’ouest; au sud, la cendre (bhasma) pour apaiser les bhūtas; et au sud‑ouest (Nairṛta), déposer l’aguru (bois aromatique) en récitant le mantra Śikhā.

Verse 14

वायव्यां सर्षपं दद्यात्कवचेन वृषध्वज / गृहं संवेष्ट्य सूत्रेण दद्याद्रन्धपवित्रकम्

Ô Vṛṣadhvaja (Śiva), vers le nord-ouest qu’on offre des graines de moutarde comme kavaca de protection; puis, après avoir ceint la maison d’un fil, qu’on dispose un pavitraka perforé, purificateur de bon augure pour les ouvertures.

Verse 15

होमं कृत्वा ग्नेय दत्त्वा दद्याद्भूतबलिं तथा / आमन्त्रितो ऽसि देवेश गणैः सार्धं महेश्वर

Après avoir accompli le homa (offrande au feu) et donné ce qui doit être offert, qu’on présente aussi le bhūta-bali, l’oblation destinée aux êtres élémentaires. Puis l’on prie : « Tu as été convié, ô Seigneur des dieux—Mahādeva, Mahēśvara—avec tes troupes de gaṇas. »

Verse 16

प्रातस्त्वां पूजयिष्यामि अत्र सन्निहितो भव / निमन्त्र्यानेन तिष्ठेत्तु कुर्वन् गीतादिकं निशि

« Au matin je te rendrai un culte; demeure ici présent. » L’ayant ainsi invoqué, qu’on veille la nuit, en accomplissant des chants dévotionnels et autres pratiques semblables.

Verse 17

मन्त्रितानि पवित्राणि स्थापयेद्देवपार्श्वतः / स्नात्वादित्यं चतुर्दश्यां प्राग्रुद्रं च प्रपूजयेत्

Qu’on place près de la divinité les pavitra, fils sacrés consacrés par les mantras. Puis, après le bain au quatorzième jour lunaire, qu’on vénère Āditya (le Soleil) et qu’on honore aussi Rudra, tourné vers l’est.

Verse 18

ललाटस्थं विश्वरूपं ध्यात्वात्मानं प्रपूजयेत् / अस्त्रेण प्रोक्षितान्येवं हृदयेनार्चितान्यथ

En méditant le Viśvarūpa, la Forme universelle présente au front, qu’on adore l’Ātman, le Soi. Ainsi, après avoir aspergé les offrandes par le mantra de l’Astra (l’arme divine), qu’on les honore ensuite par le mantra du Hṛdaya (Cœur).

Verse 19

संहितामन्त्रितान्येव धूपितानि समर्पयेत् / शिवतत्त्वात्मकं चादौ विद्यातत्त्वात्मकं ततः

On ne doit offrir les objets prescrits qu’après les avoir consacrés par les mantras de la Saṃhitā et les avoir parfumés de l’encens : d’abord comme porteurs du principe de Śiva (Śiva-tattva), puis comme porteurs du principe de Vidyā, la connaissance sacrée (Vidyā-tattva).

Verse 20

आत्मतत्त्वात्मकं पश्चाद्देवकाख्यं ततोर्ऽचयेत् / ॐ हौं हौं शिवतत्त्वाय नमः / ॐ हीं(हीः) विद्यातत्त्वाय नमः

Après avoir vénéré ce qui est de la nature de l’Ātma-tattva (principe du Soi), qu’on vénère ensuite ce qu’on nomme Devaka, le principe divin. (Qu’on récite :) « Oṃ hauṃ hauṃ—namaḥ au Śiva-tattva ». « Oṃ hīṃ (hīḥ)—namaḥ au Vidyā-tattva ».

Verse 21

ॐ हां (हौः) आत्मतत्त्वाय नमः / ॐ हां हीं हूं क्षैं सर्वतत्त्वाय नमः / कालात्मना त्वया देव यद्दृष्टं मामके विधौ

« Oṃ hāṃ (hauḥ)—namaḥ à l’Ātma-tattva ». « Oṃ hāṃ hīṃ hūṃ kṣaiṃ—namaḥ au Sarva-tattva, principe de toutes les réalités ». Ô Seigneur, dans Ta forme de Kāla, le Temps lui-même, tout ce que Tu as montré selon mon rite prescrit, je le reconnais et m’y prosterne.

Verse 22

कृतं क्लिष्टं समुत्सृष्टं हुतं गुप्त च यत्कृतम् / सर्वात्मनात्मना शम्भो पवित्रेण त्वदिच्छया

Ô Śambhu, tout ce qui a été accompli—dans la peine, abandonné en cours de route, offert au feu, ou fait en secret—que tout cela, par Ta volonté, soit purifié par le Soi qui pénètre tout (Toi), par la puissance du Purificateur.

Verse 23

पूरयपूरय मखव्रतं तन्नियमेश्वराय सर्वतत्त्वात्मकाय सर्वकारणपालिताय ॐ हां हीं हूं हैं हौं शिवाय नमः

« Accomplis, accomplis ce vœu sacrificiel et ses observances ; je l’offre au Seigneur des disciplines, essence même de tous les tattvas, soutien qui préserve toutes les causes. Oṃ : hāṃ hīṃ hūṃ haiṃ hauṃ—namaḥ à Śiva ».

Verse 24

पूर्वैरनेन यो दद्यात्पवित्राणां चतुष्टयम् / दत्त्वा वह्नेः (वरे) पवित्रं च गुरवे दक्षिणां दिशेत्

Celui qui, selon la procédure exposée auparavant, offre l’ensemble des quatre «pavitra» sacrés; après avoir offert le pavitra au feu (ou selon la manière prescrite), doit remettre au guru la dakṣiṇā, l’offrande due au prêtre.

Verse 25

बलिं दत्त्वा द्विजान् भोज्य चण्डं प्राच्यै विसर्जयेत्

Après avoir offert le bali (oblations rituelles) et nourri les dvija (brāhmaṇa), qu’on renvoie le caṇḍa, l’agent du rite, vers l’orient.

Frequently Asked Questions

The chapter places specific presiding deities ‘in the threads’ in a stated order—Oṃkāra, Moon, Fire, Brahmā, Nāga, Kārttikeya, Sun, Viṣṇu, and Śiva—so the pavitra becomes a sanctified support of worship. Invoking them sacralizes the cord as a carrier of cosmic and protective powers, aligning the offering with a deity-filled ritual body rather than a mere material thread.

Measured spacing and named knots function as a formal ritual grammar: the pavitra is structured into discrete sanctified nodes, each identified and invoked, so the rite is repeatable, auditable, and symbolically ordered. This also supports the chapter’s emphasis on removing defects—precision in measure and naming reduces ritual ambiguity and strengthens saṅkalpa (vow-intent).

It includes explicit prayers asking Śambhu to purify whatever was done with strain, abandoned midway, offered into fire, or performed in secret—requesting that the all-pervading Self, through the ‘power of the purifier’ (pavitra), rectify deficiencies. This is a built-in prāyaścitta-like closure to ensure ritual wholeness.