
Mṛtyvaṣṭaka of Mārkaṇḍeya: Refuge in Viṣṇu and the Withdrawal of Death
Poursuivant l’attention du Preta Kalpa portée à la mortalité et aux forces qui gouvernent la durée de la vie, Sūta présente un hymne prononcé par Mārkaṇḍeya, centré sur la śaraṇāgati—l’abandon confiant et le refuge en Dāmodara/Viṣṇu. Les vers invoquent Viṣṇu comme Adhokṣaja (au-delà des sens), porteur de la conque et du disque, et le célèbrent par de nombreux noms d’avatāra—Varāha, Vāmana, Nārasiṃha, Janārdana, Mādhava—jusqu’à des épithètes cosmiques (aux mille têtes, manifeste–non manifeste, Soi immanent, corps-univers). L’issue est immédiate : à l’écoute de l’hymne, la Mort recule, repoussée par les messagers de Viṣṇu, signe d’une protection divine éveillée par la bhakti. Le chapitre énonce ensuite le fruit de cet hymne : il est auspicious, producteur de mérite et « apaisant de la mort » ; sa récitation disciplinée aux trois moments du jour prévient la mort prématurée chez le dévot dont l’esprit demeure fixé sur Acyuta. Il se conclut en reliant la récitation au yoga intérieur—méditation sur Nārāyaṇa, radieux et incommensurable, dans le lotus du cœur—par laquelle le yogin « vainc la Mort », établissant un pont dévotionnel et yogique vers les enseignements suivants sur les rites liés à la mort et les états de l’au-delà.
Verse 1
सूत उवाच / स्तोत्रं तत्सं प्रवक्ष्यामि मार्कण्डेयन भाषितम् / दामोदरं प्रपन्नो ऽस्मि किन्नो मृत्युः करिष्यति
Sūta dit : Je vais maintenant proclamer comme il se doit l’hymne prononcé par Mārkaṇḍeya : «Je me suis réfugié en Dāmodara — que peut donc la Mort contre moi ?»
Verse 2
शङ्खचक्रधरं देवं व्यक्तरूपिणमव्ययम् / अधो ऽक्षजं प्रपन्नोस्मि किन्नो मृत्युः करिष्यति
Je me suis réfugié dans le Seigneur qui porte la conque et le disque—manifesté en forme et pourtant impérissable—Adhokṣaja, au-delà de la portée des sens. Que peut donc la Mort contre moi ?
Verse 3
वराहं वामनं विष्णुं नारसिंहं जनार्दनम् / माधवं च प्रपन्नो ऽस्मि किन्नो मृत्युः करिष्यति
Je me suis réfugié en Varāha, Vāmana, Viṣṇu, Nārasiṃha, Janārdana et Mādhava — que peut donc la Mort contre moi ?
Verse 4
पुरुषं पुष्करक्षेत्रबीजं पुण्यं जगत्पतिम् / लोकनाथं प्रपन्नो ऽस्मि किन्नो मृत्युः करिष्यति
Je prends refuge en la Personne suprême—sainte, Seigneur du monde, semence et source du saint Puṣkara-kṣetra, Protecteur de tous les êtres. M’étant abandonné au Maître des mondes, que pourrait la Mort contre moi ?
Verse 5
सहस्रशिरसं देवं व्यक्ताव्यक्तं सनातनम् / महायोगं प्रपन्नो ऽस्मि किन्नो मृत्युः करिष्यति
Je prends refuge dans la Divinité aux mille têtes—éternelle, à la fois manifestée et non manifestée—qui est elle-même le Mahāyoga suprême. Que peut encore la Mort contre moi ?
Verse 6
भूतात्मानं महात्मानं यज्ञयोनिमयोनिजम् / विश्वरूपं प्रपन्नो ऽस्मि किन्नो मूत्युः करिष्यति
Je prends refuge en le Soi suprême qui demeure en tous les êtres — la Grande Âme, source du sacrifice et pourtant non née, Celui dont la forme est l’univers entier. Que peut donc la Mort contre moi ?
Verse 7
इत्युदीरितमाकर्ण्य स्तोत्रं तस्य महात्मनुः / अपयातस्ततो मृत्युर्विष्णुदूतैः प्रपीडितः
Entendant l’hymne ainsi proclamé par ce grand être, la Mort se retira, refoulée et vaincue par les messagers du Seigneur Viṣṇu.
Verse 8
प्रसन्ने पुण्डरीकाक्षे नृसिंहे नास्तिदुर्लभम्
Quand Puṇḍarīkākṣa — le Seigneur Narasiṁha aux yeux de lotus — est satisfait, rien ne demeure hors d’atteinte.
Verse 9
मृत्य्वष्टकमिदं पुण्यं मृत्युप्रशमनं शुभम् / मार्कण्डेयहितार्थाय स्वयं विष्णुरुवाच ह
Ce saint « Mṛtyvaṣṭaka » est méritoire, auspicious et apaise la Mort. Pour le bien de Mārkaṇḍeya, Viṣṇu Lui-même l’énonça.
Verse 10
इदं यः पठते भक्त्या त्रिकालं नियतं शुचिः / नाकाले तस्य मृत्युः स्यान्नरस्याच्युतचेतसः
Quiconque, pur et observant la discipline, le récite avec dévotion aux trois moments prescrits, pour cet homme dont l’esprit demeure fixé sur Acyuta (Viṣṇu), la mort ne viendra pas avant l’heure.
Verse 11
हृत्पद्ममध्ये पुरुषं पुराणं नारायणं शाश्वतमप्रमेयम् / विचिन्त्य सूर्यादतिराजमानं मृत्युं स योगि जितवांस्तथैव
Méditant, au sein du lotus du cœur, sur la Personne primordiale—Nārāyaṇa, éternel et incommensurable—rayonnant au-delà du soleil, ce yogin conquiert réellement la Mort, lui aussi.
They embody the Purāṇic principle that divine protection operates through dharmic authority: when the devotee takes refuge in Viṣṇu, Death is shown withdrawing under the pressure of Viṣṇu’s attendants, symbolizing the supremacy of bhakti over fear of mortality.
The text links disciplined, regular remembrance (smaraṇa) at the three daily junctions to steadiness of mind in Acyuta; such regulated devotion is presented as a protective sādhana that guards against akalā-mṛtyu (premature death), while still acknowledging death as inevitable in due time.