Adhyaya 109
Brahma KhandaAdhyaya 10954 Verses

Adhyaya 109

Nīti for Calamity, Wealth, Friendship, Charity, and Restraint of Kāma

Sūta présente un compendium de nīti destiné à soutenir le dharma en temps d’instabilité. Il établit d’abord les priorités : la richesse peut protéger la famille, mais l’Ātman, le Soi véritable, doit être préservé avant tout. Il recommande une prudence stratégique : ne pas quitter un terrain sûr sans examiner l’étape suivante, et s’éloigner des pays, des souverains et des amitiés marqués par le danger, l’avarice ou la tromperie. La réalité sociale est décrite sans détour : le pouvoir attire des alliés, mais le déclin révèle les fidèles ; le caractère se vérifie dans l’adversité, dans l’intimité, au combat et dans la pénurie. Le chapitre propose des moyens de persuasion adaptés aux tempéraments, ainsi que la discrétion concernant les pertes personnelles et les troubles domestiques. Une grande section condamne l’accaparement et la pingrerie, affirmant qu’une richesse sans dāna (don) engendre la peine, et que les fautes commises pour l’argent suivent l’être au-delà de la mort. Il se tourne ensuite vers la discipline : l’étude et le dharma croissent peu à peu ; le kāma, le désir, est insatiable, d’où la nécessité de retenue et de conduite juste. Enfin, il rappelle la subtilité du dharma, invite à s’appuyer sur la voie des grands (mahājana) et esquisse les « chutes » (de la richesse, de la vérité, du yoga et de la royauté) et leurs fruits, reliant l’éthique aux conséquences futures.

Shlokas

Verse 1

नामाष्टोत्तरशततमो ऽध्यायः सूत उवाच / आपदर्थे धनं रक्षेद्दारान्रक्षेद्धनैरपि / आत्मानं सततं रक्षेद्दारैरपि धनैरपि

Sūta dit : En temps de calamité, il faut préserver la richesse; et, par la richesse même, protéger la famille (épouse et personnes à charge). Mais il faut toujours préserver son propre être, fût-ce au prix d’abandonner famille et biens.

Verse 2

त्यजेदकं कुलस्यार्थे ग्रामस्यार्थे कुलं त्यजेत् / ग्रामं जनपदस्यार्थे आत्मार्थे पृथिवीं त्यजेत्

Pour le bien de la famille, on peut sacrifier un seul homme; pour le bien du village, on peut quitter la famille; pour le bien du pays, on peut quitter le village; et pour le bien du Soi (Ātman), il faut renoncer même à la terre entière.

Verse 3

वरं हि नरके वासो न तु दुश्चरिते गृहे / नरकात्क्षीयते पाप कुगृहान्न निवर्तते

Mieux vaut, en vérité, demeurer en enfer que vivre dans une maison de conduite mauvaise; car en enfer le péché s’épuise, tandis que d’un foyer corrompu on ne revient pas, tant il entraîne vers le bas.

Verse 4

चलत्येकेन पादेन तिष्ठत्येकेन बुद्धिमान् / न परीक्ष्य परं स्थानं पूर्वमायतनं त्यजेत्

Le sage avance d’un pied tout en gardant l’autre solidement posé ; sans avoir d’abord examiné la condition plus élevée, qu’il n’abandonne pas son ancienne demeure, son appui sûr.

Verse 5

त्यजेद्देशमसद्वृत्तं वासं सोपद्रवं त्यजेत् / त्यजेत्कृपणराजानं मित्रं मायामयं त्यजेत्

Qu’on abandonne le pays où les gens ont une conduite corrompue ; qu’on quitte la demeure pleine de dangers et de tourments. Qu’on se détourne d’un roi avare, et qu’on renonce à l’ami tissé de tromperie.

Verse 6

अर्थेन किं कृपणहस्तगतेन केन ज्ञानेन किं बहुशठाग्रहसंकुलेन / रूपेण किं गुणपराक्रमवर्जितेन मित्रेण किं व्यसनकालपराङ्मुखेन

À quoi sert la richesse si elle demeure dans la main d’un avare ? À quoi sert le savoir s’il s’emmêle dans de multiples entêtements trompeurs ? À quoi sert la beauté si elle est sans vertu ni vaillance ? Et à quoi sert un ami qui se détourne quand survient le malheur ?

Verse 7

अदृष्टपूर्वा बहवः सहायाः सर्वे पदस्थस्य भवन्ति मित्राः / अर्थैर्विहीनस्य पदच्युतस्य भवत्यकाले स्वजनो ऽपि शत्रुः

Bien des aides jamais vues auparavant surgissent ; pour celui qui tient une position, tous deviennent amis. Mais quand il est privé de richesses et déchu de son rang, au mauvais moment, même les siens deviennent ennemis.

Verse 8

आपत्सु मित्रं जानी याद्रणे शूरं रहः शुचिम् / मार्या च विभवे क्षीणे दुर्भिक्षे च प्रियातिथिम्

Dans l’adversité, on reconnaît l’ami ; au combat, le vaillant ; dans l’intimité, la pureté d’un homme ; quand la richesse s’épuise, l’épouse ; et en temps de famine, l’hôte bien-aimé.

Verse 9

वृक्षं क्षीणफलं त्यजन्ति विहगाः शुष्कं सरः सारसानिर्द्रव्यं पुरुषं त्यजन्ति गणिका भ्रष्टं नृपं मन्त्रिणः / पुष्पं पर्युषितं त्यजन्ति मधुपाः दर्ग्ध वनान्तं मृगाः सर्वः कार्यवशाज्जनो हि रमते कस्यास्ति को वल्लभः

Les oiseaux quittent l’arbre lorsque ses fruits sont épuisés; les grues délaissent l’étang quand il s’assèche. La courtisane abandonne l’homme sans richesse; les ministres désertent le roi déchu. Les abeilles renoncent à la fleur lorsqu’elle se fane; les cerfs fuient la forêt brûlée. Ainsi les hommes ne s’attachent que tant que l’intérêt demeure : qui donc est vraiment le « bien-aimé » de qui ?

Verse 10

लुब्धमर्थप्रदानेन श्लाध्यमञ्जलिकर्मणा / मूर्खं छन्दानुवृत्त्या च याथातथ्येन पण्डितम्

Gagne l’avide par le don de richesses; celui qui cherche la louange, par des gestes de salutation révérencieuse. Le sot, en flattant ses caprices; et le savant, en disant la vérité telle qu’elle est.

Verse 11

सद्भावेन हि तुष्यन्ति देवाः सत्पुरुषा द्विजाः / इतरेः खाद्यपानेन मानदानेन पण्डिताः

Les Devas, les hommes de bien et les dvija —les « deux-fois-nés »— se réjouissent d’une bienveillance sincère. Les autres se contentent de nourriture et de boisson; et les savants, d’honneurs et de dons.

Verse 12

उत्तमं प्रणिपातेन शठं भेदेन योजयेत् / नीचं स्वल्पप्रदानेन समं तुल्यपराक्रमैः

Gagne le noble par la prosternation respectueuse; traite le fourbe par la ruse et la division. Le vil se gouverne par de petits présents; et l’égal se rencontre avec une vaillance égale.

Verse 13

यस्ययस्य हि यो भावस्तस्यतस्य हितं वदन् / अनुप्रविश्य मेधावी क्षिप्रमात्मवशं नयेत्

Quelle que soit la disposition d’un homme, le sage—entrant dans son état d’esprit et lui disant ce qui lui est profitable—doit promptement l’amener sous son influence.

Verse 14

नदीनां च नखीनां च शृङ्गिणां शस्त्रपाणिनाम् / विश्वासो नैव गन्तव्यः स्त्रिषु राजकुलेषु च

Il ne faut point se fier aux rivières, aux êtres aux griffes, aux bêtes cornues ni à ceux qui portent des armes; de même, qu’on ne se fie ni aux femmes ni aux maisons royales.

Verse 15

अर्थनाशं मनस्तापं गृहे दुश्चरितानि च / वञ्चनं चाप मानं च मतिमान्न प्रिकाशयेत्

Le sage ne doit pas révéler la perte de richesses, la peine du cœur, les fautes commises au sein de la maison, ni la tromperie et l’humiliation subies.

Verse 16

हीनदुर्जनसंसर्ग अत्यन्तविरहादरः / स्नेहो ऽन्यगेहवासश्च नारीसच्छीलनाशनम्

Fréquenter les vils et les méchants, chérir à l’excès l’éloignement des devoirs et des siens, s’attacher à demeurer dans la maison d’autrui, et se livrer au commerce des femmes — tout cela ruine la bonne conduite et le caractère.

Verse 17

कस्य दोषः कुले नास्ति व्याधिना को पीडितः / केन न व्यसनं प्राप्तं श्रियः कस्य निरन्तराः

Dans quelle lignée n’y a-t-il pas de faute? Qui n’est pas tourmenté par la maladie? Qui n’a pas rencontré l’infortune? Et à qui la prospérité demeure-t-elle sans rupture à jamais?

Verse 18

कोर्ऽथं प्राप्य न गर्वितो भुवि नरः कस्यापदोनागताः स्त्रीभिः कस्य न खण्डितं भुवि मनः को नाम राज्ञां प्रियः / कः कालस्य न गोचरान्तरगतः कोर्ऽथो गतो गौरवं को वा दुर्जनवागुरानिपतितः क्षेमेण यातः पुमान्

Quel homme sur terre, ayant obtenu la prospérité, ne s’est pas enorgueilli? À qui les calamités ne sont-elles pas venues? De qui l’esprit n’a-t-il pas été brisé par les femmes? Qui est vraiment cher aux rois? Qui n’est pas tombé sous l’emprise du Temps, emporté vers un autre état? Quelle richesse a gardé sa gloire? Et qui, pris au piège tendu par les méchants, s’en est allé sain et sauf?

Verse 19

सुहृत्स्वजनबन्धुर्न बुद्धिर्यस्य न चात्मनि / यस्मिन्कर्मणि सिद्धे ऽपि न दृश्येत फलोदयः / विपत्तौ च महद्दुःखं तद्वुधः कथमाचरेत्

Si un homme n’a ni véritables bienveillants, ni parents, ni amis; s’il manque de discernement et de stabilité dans le Soi (Ātman); et si, même l’action accomplie, on ne voit pas s’élever son fruit—lorsque survient le malheur et qu’une grande peine s’abat, comment le sage doit-il se conduire ?

Verse 20

यस्मिन्देशे न संमानं न प्रीतिर्न च बान्धवाः / न च विद्यागमः कश्चित्तं देशं परिवर्जयेत्

Il faut éviter de demeurer en un lieu où il n’y a ni respect ni affection, où l’on n’a point de parents, et où n’existe aucune voie pour acquérir science et connaissance.

Verse 21

धनस्य यस्य राजतो भयं न चास्ति चौरतः / मृतं च यन्न मुच्यते समर्जयस्व तद्धनम्

Acquiers cette richesse qui n’inspire ni crainte du roi (de l’État) ni des voleurs, et qui n’est pas abandonnée au moment de la mort.

Verse 22

यदर्जितं प्राणहरैः परिश्रमैर्मृतस्य तं वै विभजन्तिरिक्थिनः / कृतं च यद्दुष्कृतमर्थलिप्सया तदेव दोषोपहतस्य यौतुकम्

Toute richesse acquise par des labeurs qui semblent ôter la vie—lorsque l’homme meurt, ses héritiers la partagent en vérité. Mais le mal commis par avidité de biens, cela seul devient la « dot » (yautuka) que l’être frappé par le péché emporte dans l’au-delà.

Verse 23

सञ्चितं निहितं द्रव्यं परामृश्यं मुहुर्मुहुः / आखोरिव कदर्यस्य धनं दुः खाय केवलम्

La richesse amassée et cachée, que l’on touche et recompte sans cesse—tel le rat de l’avare—ne devient que cause de peine.

Verse 24

नग्ना व्यसनिनो रूक्षाः कपालाङ्कितपाणयः / दर्शयन्तीह लोकस्य अदातुः फलमीदृशम्

Nus, adonnés aux vices et d’un naturel rude—les mains marquées de crânes—ils sont montrés ici au monde comme exemple du fruit qui échoit à celui qui ne fait pas l’aumône (dāna).

Verse 25

शिक्षयन्ति च याचन्ते देहीति कृपणा जनाः / अवस्थेयमदानस्य मा भूदेवं भवानपि

Les avares grondent et mendient à la fois, disant : « Donne ! » Tel est le terme pitoyable de celui qui ne fait pas dāna. Puisses-tu ne jamais devenir ainsi.

Verse 26

सञ्चितं क्रतुशतैर्न युज्यते याचितं गुणवते न दीयते / तत्कदर्यपरिरक्षितं धनं चोरपार्थिवगृहे प्रयुज्यते

La richesse amassée n’est pas utilisée même pour des centaines de sacrifices (yajña) ; lorsqu’un homme digne la demande, on ne la lui donne pas. Cet argent, gardé avec avarice, finit par être dépensé dans la maison d’un voleur ou dans celle du roi.

Verse 27

न देवेभ्यो न विप्रोभ्यो बन्धुभ्यो नैव चात्मने / कदर्यस्य धनं याति त्वग्नितस्करराजसु

La richesse de l’avare ne profite ni aux dieux, ni aux brahmanes, ni à ses proches, ni même à lui-même ; elle finit par aller aux maladies de peau, au feu, aux voleurs et au roi.

Verse 28

अतिक्लेशेन ये ऽप्यर्था धर्मस्यातिक्रमेण च / अरेर्वा प्रणिपातेन मा भूतस्ते कदाचन

Même les gains obtenus au prix d’un labeur excessif, par la transgression du dharma ou en se prosternant devant un ennemi—puissent de tels gains ne jamais être les tiens, en aucun temps.

Verse 29

विद्याघातो ह्यनभ्यासः स्त्रीणां घातः कुचैलता / व्याधीनां भोजनं जीर्णं शत्रोर्घातः प्रपञ्चता

Le défaut de pratique détruit le savoir; pour les femmes, une tenue négligée est ruine; pour le malade, une nourriture éventée est nuisible; et pour l’ennemi, ses propres paroles d’intrigue deviennent cause de chute.

Verse 30

तस्करस्य वधो दण्डः कुमित्रस्याल्पभाषणम् / पृथक् शय्या तु नारीणां ब्राह्मणस्यानिमन्त्रणम्

Pour le voleur, la peine est la mise à mort; avec un mauvais ami, il faut parler peu. Les femmes doivent dormir à part; et l’on ne doit pas laisser un brāhmaṇa sans invitation lorsque les rites l’exigent.

Verse 31

दुर्जनाः शिल्पिनो दासा दुष्टाश्च पटहाः स्त्रियः / ताडिता मार्दवं यान्ति न ते सत्कारभाजनम्

Les méchants, les artisans à gages, les esclaves, les batteurs de tambour dépravés et de telles femmes ne deviennent dociles que sous les coups; ils ne sont pas dignes d’honneur ni d’égards.

Verse 32

जानीयात्प्रेषणे भृत्यान्बान्धवान्व्यसनागमे / मित्रमापदि काले च भार्याञ्च विभवक्षये

On reconnaît les serviteurs quand on les envoie en mission; les parents quand survient le malheur; l’ami au temps du danger; et l’épouse lorsque la fortune décline.

Verse 33

स्त्रीणां द्विगुण आहारः प्रज्ञा चैव चतुर्गुणा / षड्गुणो व्यवसायश्च कामश्चाष्टगुणः स्मृतः

Chez les femmes, la nourriture est dite double; le discernement, quadruple; l’ardeur à entreprendre, sextuple; et le désir, selon la tradition, octuple.

Verse 34

न स्वप्नेन जयेन्निद्रां न कामेन स्त्रियं जयेत् / न चेन्धनैर्जयेद्वह्निं न मद्येन तृषां जयेत्

On ne doit pas tenter de vaincre le sommeil par le rêve, ni de conquérir une femme par la luxure ; on ne doit pas essayer d'éteindre le feu en y ajoutant du combustible, ni d'étancher la soif en buvant des enivrants.

Verse 35

समांसैर्भोजनैः स्निग्धैर्मद्यैर्गन्धविलेपनैः / वस्त्रैर्मनोरमैर्माल्यैः कामः स्त्रीषु विजृम्भते

Par des aliments chargés de viande, des plats riches et huileux, des boissons enivrantes, des parfums et onguents odorants, des vêtements charmants et des guirlandes, la luxure enfle et devient effrénée chez les femmes.

Verse 36

ब्रह्मचर्ये ऽपि वक्तव्यं प्राप्तं मन्मथचेष्टितम् / हृद्यं हि पुरुषं दृष्ट्वा योनिः प्रक्लिद्यते स्त्रियाः

Même dans le contexte du célibat, il faut dire que les œuvres de Kāma surgissent : car, à la vue d'un homme séduisant, le sein d'une femme s'humidifie.

Verse 37

सुवेषं पुरुषं दृष्ट्वा भ्रातरं यदि वा सुतम् / योनिः क्लिद्यति नारीणां सत्यंसत्यं हि शौनक !

En voyant un homme bien paré — même s'il s'agit de son frère ou de son fils — l'organe sexuel des femmes s'humidifie. C'est vraiment la vérité, ô Śaunaka.

Verse 38

नद्यश्च नार्यश्च समस्वभावाः स्वतन्त्रभावे गमनादिकेच / तोयैश्च दोषैश्च निपातयन्ति नद्यो हि कूलानि कुला नि नार्यः

On dit que les rivières et les femmes sont de nature similaire : lorsqu'elles agissent indépendamment dans leur cours et autres mouvements, elles causent la chute — les rivières par leurs eaux et leurs crues, et les femmes en faisant tomber les familles et les lignées.

Verse 39

नदी पातयते कूलं नारी पातयते कुलम् / नारीणाञ्च नदीनां च स्वच्छन्दा ललिता गतिः

Un fleuve peut faire tomber sa berge ; une femme peut faire choir une lignée. Chez les femmes comme chez les rivières, le mouvement est libre et gracieux, mais se laisse difficilement retenir.

Verse 40

नाग्निस्तृप्यति काष्ठानां नापगानां महोदधिः / नान्तकः सर्वभूतानां न पुंसां वामलोचनाः

Le feu ne se rassasie jamais de bois ; le grand océan ne se remplit jamais des fleuves. Antaka, la Mort, ne se contente jamais de tous les êtres—pas plus que l’homme ne se rassasie de femmes aux beaux yeux.

Verse 41

न तृप्तिरस्ति शिष्टानामिष्टानां प्रियवादिनाम् / सुखानाञ्च सुतानाञ्च जीवितस्य वरस्य च

Il n’est point de satiété ultime dans la compagnie des gens de bien, des êtres aimés et de ceux qui parlent avec douceur ; pas davantage dans les plaisirs, les enfants, la vie même et la richesse.

Verse 42

राजा न तप्तो धनसंचयेन न सागरस्तृप्तिमगाज्जलेन / न पण्डितस्तृप्यति भाषितेन तृप्तं न चक्षुर्नृपदर्शनेन

Le roi n’est pas rassasié par l’amoncellement des richesses ; l’océan ne trouve pas satiété dans l’eau. Le savant ne se contente pas de parler ; et l’œil ne se rassasie jamais de voir les rois.

Verse 43

स्वकर्म धर्मार्जितजीवितानां शास्त्रेषु दारेषु सदा रतानाम् / जितेन्द्रियाणामतिथिप्रियाणां गृहे ऽपि मोक्षः पुरुषोत्तमानाम्

Ceux qui vivent de leur propre devoir, soutenant leur vie par le dharma ; qui demeurent toujours attachés aux śāstras et fidèles à leur époux ou épouse ; qui ont vaincu les sens et se plaisent à honorer l’hôte—ces âmes nobles obtiennent la délivrance, même dans la vie de maison, par Purushottama.

Verse 44

मनो ऽनुकूलाः प्रमदारूपवत्यः स्वलङ्कृताः / वसः प्रासादपृष्ठेषु स्वर्गः स्याच्छुभकर्मणः

Pour celui qui a accompli des actes propices, le ciel est atteint : on y trouve des compagnes semblables à des jeunes filles, richement parées et agréables à l’esprit, et l’on demeure sur les terrasses de palais splendides.

Verse 45

न दानेन न मानेन नार्जवेन न सवया / न शस्त्रेण न शास्त्रेण सर्वथा विषमा स्त्रियः

Ni par les dons, ni par les honneurs, ni par la droiture, ni par le service ; ni par les armes, ni par les Écritures : les femmes, à tous égards, sont difficiles à sonder.

Verse 46

शनैर्विद्या शनैर्थाः शनैः पर्वतमारुहेत् / शनैः कामं च धर्मं च पञ्चैतानि शनैः शनैः

Le savoir s’acquiert peu à peu ; la richesse se gagne peu à peu ; on gravit une montagne peu à peu. De même, le désir et le dharma s’accomplissent graduellement : ces cinq choses se poursuivent pas à pas.

Verse 47

शाश्वतं देवपूजादि विप्रदानं च शाश्वतम् / शाश्वतं सगुणा विद्या सुहृन्मित्रं च शाश्वतम्

Éternels sont les actes qui commencent par le culte des Devas ; éternel est aussi le don fait aux brāhmaṇas. Éternelle est la connaissance pourvue de vertus ; et éternel est l’ami sincère, le bienveillant.

Verse 48

ये बालभावान्न पठन्ति विद्यां ये यौवनस्था ह्यधनात्मदाराः / ते शोचनीया इह जीवलोके मनुष्यरूपेण मृगाश्चरन्ति

Ceux qui, par esprit d’enfance, n’étudient pas ; et ceux qui, même dans la jeunesse, vivent sans biens et sans maîtrise de soi (ou sans devoir envers la famille) : ils sont à plaindre en ce monde des vivants, car ils errent comme des bêtes sous une forme humaine.

Verse 49

पठने भोजने चित्तं न कुर्याच्छास्त्रसेवकः / सुदूरमपि विद्यार्थो व्रजेद्गरुडवेगवान्

Le chercheur voué aux śāstra ne doit pas laisser son esprit se perdre dans le manger et la complaisance. Pour la connaissance, l’étudiant ira même au loin, rapide et ferme comme Garuḍa.

Verse 50

ये बालभावे न पठन्ति विद्यां कामातुरा यौवननष्टवित्ताः / ते वृद्धबावे परिभूयमानाः संदह्यमानाः शिशिरे यथाब्जम्

Ceux qui, dans l’enfance, n’étudient pas la connaissance, et qui, dans la jeunesse, tourmentés par le désir, dissipent leurs biens, sont, dans la vieillesse, méprisés et accablés, brûlant de regret, tels le lotus qui se fane en hiver.

Verse 51

तर्के ऽप्रतिष्ठा श्रुतयो विभिन्नाः नासावृषिर्यस्य मतं न भिन्नम् / धर्मस्य तत्त्वं निहितं गुहायां महाजनो येन गतः स पन्थाः

Le raisonnement n’a pas d’assise ultime, et les śruti sont multiples; nul ṛṣi n’est vraiment ṛṣi si son avis n’est pas distinct. La vérité du dharma est cachée dans une caverne de mystère; ainsi, la voie est celle qu’ont suivie les grands (mahājana).

Verse 52

आकारैरिङ्गितैर्गत्या चेष्टया भाषितेन च / नेत्रवक्रविकाराभ्यां लक्ष्यते ऽन्तर्गतं मनः

Par l’apparence, les gestes, la démarche, les actes et la parole—et aussi par les détours et les changements du regard—l’esprit caché au-dedans se laisse discerner.

Verse 53

अनुक्तमप्यूहति पण्डितो जनः परेङ्गितज्ञानफला हि बुद्धयः / उदीरितोर्थः पशुनापि गृह्यते हयाश्च नागाश्च वहन्ति दर्शितम्

Même ce qui n’est pas dit, l’homme savant le déduit; car l’intelligence qui connaît l’intention muette d’autrui porte pour fruit la compréhension. Mais un sens énoncé clairement est saisi même par un animal : chevaux et éléphants portent ce qu’on leur montre.

Verse 54

अर्थाद्भ्रष्टस्तीर्थयात्रां तु गच्छेत्सत्याद्भ्रष्टो रौरवं वै व्रजेच्च / योगाद्भ्रष्टः सत्यघृतिञ्च गच्छेद्राज्याद्भ्रष्टो मृगयायां व्रजेच्च

Celui qui déchoit de la richesse doit entreprendre un pèlerinage vers les tīrtha; celui qui déchoit de la véracité va certes à l’enfer Raurava. Celui qui déchoit du yoga va à Satyaghṛti; et celui qui déchoit de la royauté tombe dans la vie de chasseur.

Frequently Asked Questions

It recommends realism and discernment: recognize that many relationships are interest-based, test allies in adversity, avoid places lacking respect or learning, and pursue forms of wealth that do not invite fear from the king or thieves—while keeping one’s inner steadiness anchored in the Self.

The chapter contrasts inheritance (material assets divided by heirs) with moral causality: actions driven by greed generate pāpa that adheres to the doer and becomes the ‘carried portion’ after death, while wealth itself is left behind and often lost to external forces.