Adhyaya 38
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Adhyaya 38

Cākṣuṣa–Vaivasvata Manvantara Transition, Deva-Gaṇa Taxonomy, and Loka-Triad Etymology (Bhūr–Antarikṣa–Dyu)

Cet adhyāya (dans une narration conduite par Sūta) s’articule autour de la logique des manvantaras et de la sémantique cosmographique. Il situe l’exposé dans le cycle de Vaivasvata Manu et introduit un contexte généalogique Marīci–Kaśyapa pour l’émergence des groupes de devas et des paramarṣis. Le texte énumère les grands collectifs divins—Ādityas, Vasus, Rudras, Sādhyas, Viśvedevas, Maruts—en rattachant certains à la descendance de Kaśyapa et d’autres aux fils de Dharma, mêlant ainsi logique de lignée (vaṃśa) et taxonomie fonctionnelle (classification des deva-gaṇa). Il généralise ensuite le modèle des Indra à travers les manvantaras : des souverains aux qualités comparables, soutenant les mondes par tapas, tejas, buddhi, bala et śruta. Le chapitre propose enfin une explication doctrinale des trois mondes (loka-traya) comme catégories temporelles (bhūta/bhavat/bhavya) et comme domaines nommés Bhūr (terre), Antarikṣa (région médiane) et Dyu/Div (ciel). Il fonde l’étymologie de « Bhūr » sur la racine bhū (être/existence), et présente la vyāhṛti primordiale de Brahmā comme un acte de nomination qui stabilise l’ontologie cosmique.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे चाक्षुषसर्गवर्णनं नाम सप्तत्रिंशत्तमो ऽध्यायः सूत उवाच सप्तम त्वथ पर्याये मनोर्वैवस्वतस्य ह / मारीचात्कश्यपाद्देवा जज्ञिरे परमर्षयः

Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, enseigné par Vāyu, dans la partie antérieure, au second anuṣaṅga-pāda, se trouve le trente-septième chapitre intitulé « Description de la création de Cākṣuṣa ». Sūta dit : Au septième cycle de Manu Vaivasvata, de Kaśyapa, issu de Marīci, naquirent les dieux et les ṛṣis suprêmes.

Verse 2

आदित्या वसवी रुद्राः साध्या विश्वे मरुद्गणाः / भृगवोंऽगिरसश्चैव ते ऽष्ठौ देवगणाः स्मृताः

Les Āditya, les Vasu, les Rudra, les Sādhya, les Viśvedevas, les troupes des Marut, les Bhṛgu et les Aṅgiras : tels sont, dit-on, les huit classes de dieux.

Verse 3

आदित्या मरुतो रुद्रा विज्ञेयाः कश्यपात्मजाः / साध्याश्य वसवो विश्वे धर्मपुत्रास्त्रयो गणाः

Les Āditya, les Marut et les Rudra doivent être connus comme fils de Kaśyapa ; tandis que les Sādhya, les Vasu et les Viśvedevas—ces trois classes—sont fils de Dharma.

Verse 4

भृगोस्तु भृगवो देवा ह्यङ्गिरसोंऽगिरः सुताः / वैवस्वतेंऽतरे ह्यस्मिन्नित्ये ते छन्दजा मताः

De Bhṛgu naquirent les Bhṛgu en tant que dieux, et d’Aṅgiras les fils d’Aṅgiras ; en ce manvantara de Vaivasvata, on les tient pour éternels et nés du chandas (mètre sacré).

Verse 5

एते ऽपि च गमिष्यन्ति महान्तं कालपर्ययात् / एवं सर्गस्तु मारीचो विज्ञेयः सांप्रतः शुभः

Eux aussi iront vers une grande fin par la révolution du temps ; ainsi faut-il connaître, pour l’heure, cette création liée à Marīci comme de bon augure.

Verse 6

तेजस्वी सांप्रतस्तेषामिन्द्रो नाम्ना महाबलः / अतीतानागता ये च वर्त्तन्ते सांप्रतं च ये

En leur temps présent règne un Indra portant ce nom, puissant et rayonnant. Ceux du passé, ceux de l’avenir et ceux qui existent maintenant—tous ont en lui leur souverain.

Verse 7

सर्वे मन्वन्तरेद्रास्ते विज्ञेयास्तुल्यलक्षणाः / भूतभव्यभवन्नाथाः सहस्राक्षाः पुरन्दराः

Tous les Indra de chaque manvantara doivent être reconnus comme portant des traits semblables. Ils sont les seigneurs du passé, du futur et du présent, aux mille yeux, appelés Purandara.

Verse 8

सघवन्तश्चते सर्वे शृङ्गिणो वज्रपाणयः / सर्वैः क्रतुशतेनेष्टं पृथक्छतगुणेन तु

Tous sont Saghavanta, pourvus de cornes et tenant le vajra. Tous ont accompli cent kratu (sacrifices), et chacun, séparément, a offert l’iṣṭi avec un mérite centuplé.

Verse 9

त्रैलोक्ये यानि सत्त्वानि गतिमन्ति ध्रुवाणि च / अभिभूयावतिष्ठन्ति धर्माद्यैः कारणैरपि

Dans les trois mondes, les êtres qui vont vers leur destinée, comme ceux qui demeurent fixes et constants, sont dominés par des causes telles que le dharma et autres, et restent ainsi en leur condition propre.

Verse 10

तेजसा तपसा बुद्ध्या बलश्रुतपराक्रमैः / भूतभव्यभवन्नाथा यथा ते प्रभविष्णवः

Par leur tejas (splendeur), leur tapas (austérité), leur intelligence, leur force, la śruti (révélation sacrée) et leur vaillance, eux—seigneurs du passé, du futur et du présent—deviennent ainsi puissants et agissants.

Verse 11

एतत्सर्वं प्रवक्ष्यामि ब्रुवतो मे निबोधत / भूतभव्यभवद्ध्येत त्समृतं लोकत्रयं द्विजैः

Je vais tout exposer; écoutez attentivement mes paroles. Par la contemplation du passé, du futur et du présent, les dvija ont gardé en mémoire les trois mondes.

Verse 12

भूर्लोको ऽयं स्मृतो भूतमन्तरिक्षं भवत्स्मृतम् / भव्यं स्मृतं दिवं ह्येतत्तेषां वक्ष्यामि साधनम्

Ce Bhūrloka est tenu pour ‘le passé’, et l’antarikṣa pour ‘le présent’. Le ciel est tenu pour ‘l’avenir’; j’exposerai maintenant les moyens d’y parvenir.

Verse 13

ध्यायता लोकनामानि ब्रह्मणाग्रे विभाषितम् / भूरिति व्याहृतं पूर्वं भूर्लोको ऽयमभूत्तदा

Méditant les noms des mondes, Brahmā les prononça au commencement. D’abord fut énoncée la vyāhṛti « bhūḥ »; alors naquit ce Bhūrloka.

Verse 14

भू सत्तायां स्मृतो धातुस्तथासौ लोकदर्शने / भूतत्वाद्दर्शनाच्चैव भूर्लोको ऽयमभूत्ततः

La racine « bhū » est tenue pour signifier « l’existence », et elle est ainsi connue dans la vision du monde. Par son caractère de « bhūta » et parce qu’il se manifeste à la vue, ce Bhūrloka advint.

Verse 15

अतो ऽयं प्रथमो लोको भूतत्वाद्भूर्द्वजैः स्मृतः / भूते ऽस्मिन्भवदित्युक्तं द्वितीयं ब्रह्मणा पुनः

Ainsi, ce premier monde, en raison de sa nature de bhūta, fut retenu par les dvija sous le nom de « bhūḥ ». Et dans ce même bhūta, Brahmā nomma de nouveau le second « bhavaḥ ».

Verse 16

भवदित्यत्पद्यमाने काले शब्दो ऽयमुच्यते / भवनात्तु भुवल्लोको निरुत्तया हि निरुच्यते

Lorsque ‘bhavat’ naît au moment voulu, ce mot est prononcé. De ‘bhavana’ est expliqué, selon la nirukta, le monde nommé ‘bhuvaḥ’.

Verse 17

अन्तरिक्षं भवत्तस्माद्द्वितीयो लोक उच्यते / उत्पन्ने तु तथा लोके द्वितीये ब्रह्मणा पुनः

De là naquit l’antarikṣa ; c’est pourquoi on l’appelle le second monde. Et lorsque ce second monde fut engendré, Brahmā de nouveau…

Verse 18

भव्येति व्याहृतं पश्चाद्भव्यो लोकस्ततो ऽभवत् / अनागते भव्य इत शब्द एष विभाव्यते

Ensuite fut prononcée la vyāhṛti « bhavya » ; de là naquit le monde nommé Bhavya. Le mot « bhavya » se comprend aussi comme « ce qui n’est pas encore venu », le futur.

Verse 19

तस्माद्भव्यो ह्यसौ लोको नामतस्त्रिदिवं स्मृतम् / भूरितीयं स्मृता भूमिरन्तरिक्षं भुवः स्मृतम्

Ainsi ce monde Bhavya est rappelé, de nom, comme « tridiva ». « Bhūḥ » est tenu pour la terre, et « bhuvaḥ » pour l’espace intermédiaire (antarikṣa).

Verse 20

दिवं स्मृतं तथा भव्यं त्रलोक्यस्यैष निर्णयः / त्रैलोक्ययुक्तैर्व्याहारैस्तिस्रो व्याहृतयो ऽभवन्

« Diva » est également rappelé comme Bhavya : telle est la décision concernant les trois mondes. Par ces formules liées au triloka, les trois vyāhṛtis prirent forme.

Verse 21

नाथ इत्येष धातुर्वै धातुज्ञैः पालने स्मृतः / यस्माद्भूतस्य लोकस्य भव्यस्य भवतस्तथा

Le terme ‘nātha’, selon les connaisseurs des racines, signifie ‘protéger et nourrir’; car Il soutient le monde du passé, du présent et de l’avenir.

Verse 22

लोकत्रयस्य नाथास्ते तस्मादिन्द्राद्विजैः स्मृताः / प्रधानभूता देवेन्द्रा गुणभूतास्तथैव च

Ils sont les Seigneurs des trois mondes; c’est pourquoi les deux-fois-nés les nomment ‘Indra’. Les Devendra relèvent du Pradhāna et, de même, des Guṇa.

Verse 23

मन्वन्तरेषु ये देवा यज्ञभाजो भवन्ति हि / यज्ञगन्धर्वरक्षांसि पिशाचो रगमानुषाः

Dans les manvantara, les dieux qui reçoivent leur part du yajña—les Gandharva du sacrifice, les Rākṣasa, les Piśāca et les Ragamānuṣa—sont bien ceux-là.

Verse 24

महिमानः स्मृता ह्येते देवेन्द्राणां तु सर्वशः / देवेन्द्रा गुरवो नाथा राजानः पितरो हि ते

Telles sont, en totalité, les gloires des Devendra : les Devendra sont des maîtres, des seigneurs protecteurs, des rois et, en vérité, comme des pères.

Verse 25

रक्षन्तीमाः प्रजा ह्येते धर्मेणेह सुरोत्तमाः / इत्येतल्लक्षणं प्रोक्तं देवेन्द्राणां समासतः

Ces Suróttama protègent ici les créatures selon le dharma; ainsi a été énoncée, en bref, la caractéristique des Devendra.

Verse 26

सप्तर्षीन्संप्रवक्ष्यामि सांप्रतं ये दिवं श्रिताः / गाधिजः कौशिको धीमान्विश्वामित्रो महातपाः

Je vais maintenant énoncer les Sept Ṛṣi qui, en ce temps, demeurent au ciel : Viśvāmitra, fils de Gādhi, du lignage Kauśika, sage et d’une grande austérité.

Verse 27

भार्गवो जमदग्निश्च ह्यौर्वपुत्रः प्रतापवान् / बृहस्पतिसुतश्चापि भरद्वाजो महा यशाः

Jamadagni, du lignage Bhārgava, ainsi que le fils d’Aurva, plein de vaillance; et Bharadvāja, fils de Bṛhaspati, d’une grande renommée.

Verse 28

औतथ्यो गौतमो विद्वाञ्शरद्वान्नाम धार्मिकः / स्वायंभुवो ऽत्रिर्भगवान्ब्रह्मकोशः सपञ्चमः

Autathya, Gautama le savant, et le vertueux nommé Śaradvān; et Atri, le Bhagavān né de Svayambhū : il est le cinquième, appelé Brahmakośa.

Verse 29

षष्ठो वसिष्ठपुत्रस्तु वसुमांल्लोकविश्रुतः / वत्सरः काश्यपश्यैव सप्तैते साधुसंमताः

Le sixième est Vasumān, fils de Vasiṣṭha, célèbre dans le monde; et Vatsara et Kāśyapa : ces sept-là sont reconnus par les saints.

Verse 30

एते सप्तर्षयश्योक्ता वर्त्तन्ते सांप्रतेंऽतरे / इक्ष्वाकुश्च नृगश्चैव धृष्टः शर्यातिरेब च

Ainsi ont été nommés ces Sept Ṛṣi ; à présent ils demeurent dans l’entre-deux (en leurs propres domaines). Et aussi Ikṣvāku, Nṛga, Dhṛṣṭa et Śaryāti.

Verse 31

नरिष्यन्तश्चविख्यातो नाभागो दिष्ट एव च / करूषश्च पृषध्रश्च पांशुश्चनवमः स्मृतः

Nariṣyanta fut illustre; Nābhāga et Diṣṭa également; puis Karūṣa, Pṛṣadhra et Pāṃśu, dont on se souvient comme du neuvième.

Verse 32

मनोर्वैवस्वतस्यैते नव पुत्राः सुधार्मिकाः / कीर्तिता वै तथा ह्येते सप्तमं चैतदन्तरम्

Ces neuf fils de Manu Vaivasvata furent éminemment fidèles au dharma; ainsi sont-ils célébrés, et voici le septième manvantara.

Verse 33

इत्येष ह मया पादो द्वितीयः कथितोद्विजाः / विस्तरेणानुपूर्व्या च भूयः किं कथयाम्यहम्

Ô dvijas, ainsi ai-je exposé le second pāda, dans l’ordre et avec détail; que pourrais-je dire de plus ?

Frequently Asked Questions

The chapter anchors certain divine groups in a Marīci–Kaśyapa lineage (Kaśyapa as a key progenitor), while also attributing some collectives (e.g., Sādhyas/Vasus/Viśvedevas in the sample) to Dharma’s sons—showing how Purāṇic taxonomy often blends descent and function.

Indra is presented as a recurring office rather than a single unchanging individual: manvantara-Indras are said to be similar in marks and sustain the worlds through tapas, tejas, intellect, strength, and valor—supporting a cyclic-time model of divine governance.

They are framed as the three worlds (loka-traya) and also correlated with temporal categories (bhūta/bhavat/bhavya). “Bhūr” is etymologized from the root bhū (to be), and Brahmā’s primordial utterance (vyāhṛti) is treated as a naming-act that fixes cosmic ontology.