
Kiṃpuruṣa–Harivarṣa–Ilāvṛta-varṣa-varṇanam (Description of the Varṣas: Kiṃpuruṣa, Hari, and Ilāvṛta)
Cet adhyāya est construit en questions–réponses : les ṛṣis demandent à Sūta d’éclaircir les régions voisines de Bhārata évoquées auparavant, notamment Kiṃpuruṣa-varṣa et Harivarṣa, puis la région centrale, Ilāvṛta-varṣa. Sūta, relayant la cosmographie purānique, énumère pour chaque varṣa ses conditions propres : beauté et abondance du pays, qualités corporelles des habitants, alimentation et saveurs (rasa), longévité extraordinaire, absence de maladie et de chagrin. Le propos se tourne ensuite vers Ilāvṛta-varṣa, « région médiane » du modèle du monde centré sur le mont Meru, avec des conditions lumineuses particulières (absence de chaleur/lumière solaire ordinaires, selon l’extrait) et des traits humains idéalisés. Un passage technique de mesures apparaît : étendue de Meru selon les directions et grandes dimensions en yojanas, comme une grille spatiale systématique plutôt qu’un récit de voyage. L’ensemble fait office d’entrée de micro-atlas : ethnographie + environnement + durée de vie + mesures, ancrée dans un dialogue didactique.
Verse 1
इति श्रीब्रदृमहापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे भारतवर्मतं नाम षोडशो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः यच्च किंपुरुषं वर्षं हरिवर्षं तथैव च / आचक्ष्व नो यथातत्त्वं कीर्त्तितं भारतं त्वया
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie antérieure enseignée par Vāyu, au second anuṣaṅga-pāda, le seizième chapitre nommé « Bhāratavarmata ». Les ṛṣi dirent : « Expose-nous selon la vérité Kiṃpuruṣa-varṣa et aussi Hari-varṣa ; tu as déjà célébré Bhārata-varṣa. »
Verse 2
सूत उवाच शुश्रूषा यत्र वो विप्रास्तच्छृणुध्वमतन्द्रिताः / प्लक्षखण्डः किंपुरुषे सुमहान्नन्दनोपमः
Sūta dit : « Ô vipra, écoutez sans négligence ce que vous désirez entendre. Dans Kiṃpuruṣa-varṣa se trouve Plakṣa-khaṇḍa, très vaste, semblable au jardin céleste de Nandana. »
Verse 3
दशवर्षसहस्राणि स्थितिः किंपुरुषे स्मृता / सुवर्णवर्णाः पुरुषाः स्त्रियश्चाप्सरसो पमाः
Dans Kiṃpuruṣa-varṣa, la durée de vie est tenue pour dix mille ans. Les hommes y sont de couleur d’or, et les femmes, pareilles aux apsarās.
Verse 4
अनामया अशोकाश्च नित्यं मुदितमानसाः / जायन्ते मानवास्तत्र निस्तप्तकनकप्रभाः
Là, les humains sont sans maladie, sans chagrin, et l’esprit toujours joyeux. Ceux qui y naissent resplendissent comme l’or chauffé au feu.
Verse 5
वर्षे किंपुरुषे पुण्ये वृक्षो मधुवहः शुभः / तस्य किंपुरुषाः सर्वे ऽपिबन् हि रसमुत्तमम्
Dans le vertueux Kiṃpuruṣa-varṣa se dresse un arbre propice nommé Madhuvaha. Tous les kiṃpuruṣas y boivent son suc suprême, tel un nectar.
Verse 6
ततः परं किंपुरुषो हरिवर्षः प्रचक्षते / महारजतसंकाशा जायन्ते तत्र मानवाः
Au-delà, après la contrée des Kimpuruṣa, on nomme ce pays Harivarṣa ; là, les humains naissent éclatants, pareils à l’argent majestueux.
Verse 7
देवलोकच्युताः सर्वे देवानूकाश्च सर्वेशः / हरिवर्षे नराः सर्वे पिबन्तीक्षुरसं शुफम्
Ô Seigneur de tout ! Là, tous sont déchus du monde des dieux et demeurent au service des devas ; en Harivarṣa, tous les hommes boivent le pur suc de la canne à sucre.
Verse 8
एकादश सहस्राणि वर्षाणां तु निरामयाः / हरिवर्षे तु जीवन्ति सर्वे मुदितमानसाः
En Harivarṣa, tous vivent sans maladie pendant onze mille ans, l’esprit empli de joie.
Verse 9
न जरा बाधते तत्र न म्रियन्ते च ते ऽचिरात् / मध्यमं यन्मया प्रोक्तं नाम्ना वर्षमिलावृतम्
Là, la vieillesse ne les tourmente pas, et ils ne meurent pas de sitôt. La varṣa centrale dont j’ai parlé porte le nom d’Ilāvṛta.
Verse 10
न तत्र सूर्यस्तपति न तु जीर्यन्ति मानवाः / चन्द्रसूर्यै सनक्षत्रौ न प्रकाशाविला वृते
Là, le soleil ne brûle pas et les humains ne dépérissent pas ; en Ilāvṛta, il n’y a ni lumière de la lune, ni du soleil, ni des étoiles.
Verse 11
पद्मप्रभाः पद्बवर्णास्तथा पद्बनिभेक्षणाः / पद्मपत्रसुगन्धाश्च जायन्ते तत्र मानवाः
Là naissent des hommes à l’éclat de lotus, à la couleur de lotus, aux yeux pareils au lotus, et parfumés de la senteur des feuilles de lotus.
Verse 12
जंबूफलरसाहारा अनिष्यन्दाः सुगन्धिनः / मनस्विनो भुक्तभोगाः सत्कर्मफलभोगिनः
Ils se nourrissent du suc du fruit jambu, sans dépérissement, parfumés, l’esprit ferme; ils ont goûté aux jouissances et jouissent du fruit des bonnes actions.
Verse 13
देवलोकच्यताश्चैव महारजतवाससः / त्रयोदशसहस्राणि वर्षाणां ते नरोत्तमाः
Bien qu’ils soient déchus du monde des dieux, ils portent de grands vêtements d’argent; ces hommes d’élite vivent treize mille ans.
Verse 14
आयुः प्रमाणं जीवन्ति ये तु वर्ष इलावृते / मेरोः प्रतिदिशं यच्च नवसाहस्रविस्तृतम्
Ceux qui vivent en Ilāvṛta-varṣa atteignent la pleine mesure de leur vie; et depuis le Meru vers chaque direction, l’étendue est de neuf mille yojanas.
Verse 15
योजनानां सहस्राणि षट्त्रिंशत्तस्य विस्तरः / यतुरस्रं समन्ताच्च शरावाकारसंस्थितम्
Son étendue est de trente-six mille yojanas; il est quadrangulaire de tous côtés et disposé en forme de coupe (śarāva).
Verse 16
मेरोः पश्चिमभागे तु नवसाहस्रसम्मिते / चतुस्त्रिंशत्सहस्राणि गन्धमादनपर्वतः
Sur le versant occidental du mont Meru, dans une contrée mesurée à neuf mille yojanas, s’étend le mont Gandhamādana sur trente-deux mille yojanas.
Verse 17
उदग्दक्षिणतश्चैव आनीलनिषधायतः / चत्वारिंशत्सहस्राणि परिवृद्धो महीतलात्
Vers le nord et le sud, selon l’étendue des chaînes Ānīla et Niṣadha, il s’élève depuis le sol terrestre à quarante mille yojanas.
Verse 18
सहस्रमवगाढश्च तावदेव च विस्तृतः / पूर्वेण माल्यवाञ्छैलस्तत्प्रमाणः प्रकीर्त्तितः
Il s’enfonce sur mille yojanas et s’étend d’autant; à l’est, le mont Mālyavān est célébré comme ayant la même mesure.
Verse 19
दक्षिणेन तु नीलश्च निषधश्चोत्तरेण तु / तेषां मध्ये महामेरुः स्वैः प्रमाणैः प्रतिष्ठितः
Au sud se tient le mont Nīla et au nord le mont Niṣadha; entre eux se dresse le grand Meru, établi selon ses propres mesures.
Verse 20
सर्वेषामेव शैलानामवगाढो यथा भवेत् / विस्तरस्तत्प्रमाणः स्यादायामो नियुतं स्मृतः
Pour toutes les montagnes, selon leur profondeur (avagāha) doit être la mesure de leur largeur; quant à leur longueur, la Smṛti la nomme ‘niyuta’.
Verse 21
वृत्तभावास्समुद्रस्य महीमण्डलभावतः / आयामाः परिहीयन्ते चतुरस्रसमाः स्मृताः
Par la nature circulaire de l’océan et la condition du disque terrestre, ses étendues diminuent peu à peu ; on les tient pour égales à un quadrilatère.
Verse 22
इलावृतं चतुष्कोणं भिन्दन्ती मध्यभागतः / प्रभिन्नाञ्जनसंकाशा जम्बूरसवती नदी
Du milieu, la rivière Jambūrasavatī fend Ilāvṛta, contrée quadrangulaire, avec un éclat sombre tel l’anjana brisé.
Verse 23
मेरोस्तु दक्षिणे पार्श्वे निषधस्योत्तरेण च / सुदर्शनो नाम महाञ्जम्बूवृक्षः सनातनः
Sur le flanc sud du Méru et au nord du mont Niṣadha se tient l’éternel grand arbre de jambu, nommé Sudarśana.
Verse 24
नित्यपुष्पफलोपेतः सिद्धचारणसेवितः / तस्य नाम्ना समा ख्यातो जम्बूद्वीपो वनस्पतेः
Toujours pourvu de fleurs et de fruits, honoré par les Siddha et les Cāraṇa ; du nom de cet arbre, cette contrée est renommée Jambūdvīpa.
Verse 25
योजनानां सहस्रं च शतं चान्यन्महात्मनः / उत्सेधो वृक्षराजस्य दिवं स्पृशति सर्वतः
La hauteur de ce magnanime roi des arbres est de mille et cent yojanas ; de toutes parts il effleure le ciel.
Verse 26
अरत्नीनां शतान्यष्टावेकषष्ट्यधिकानि तु / फलप्रमाणं संख्यातमृषिभिस्तत्त्वदर्शिभिः
Les rishis qui voient la vérité en ont fixé le compte : la mesure du fruit du Jambû est de huit cent soixante-huit aratni (coudées).
Verse 27
पतमानानि तान्युर्व्यां कुर्वन्ति विपुलं स्वनम् / तस्या जम्ब्वाः फलरसो नदी भूत्वा प्रसर्प्पति
Quand ces fruits tombent sur la terre, ils font un fracas immense; et le suc du fruit du Jambû se répand en devenant une rivière.
Verse 28
मेरुं प्रदक्षिणं कृत्वा जम्बूमूलं विशत्यधः / तं पिबन्ति सदा त्दृष्टा जंबूरसमिलावृते
Cette rivière fait la pradakshina autour du Méru puis descend et pénètre sous la racine du Jambû; les habitants d’Ilāvṛta en boivent sans cesse.
Verse 29
जंबूफलरसे पीते न जरा बाधते तु तान् / न क्षुधा न श्रमश्चापि न मृत्युर्न च तन्द्रि तम्
En buvant le suc du fruit du Jambû, la vieillesse ne les tourmente pas; ni faim ni fatigue; ni mort ni torpe somnolence.
Verse 30
तत्र जांबूनदं नाम कनकं देवभूषमम् / इन्द्रगोपकसंकाशं जायते भास्वरं तु तत्
Là naît l’or nommé Jāmbūnada, digne d’orner les dieux; il resplendit tel l’indragopaka.
Verse 31
सर्वेषां वर्षवृक्षाणां शुभः फलरसः स्तुतः / स्कन्नं भवति तच्छुभ्रं कनकं देवभूषणम्
Parmi tous les arbres des régions, on loue le suc благоприятный des fruits ; en s’écoulant, il devient un or pur et éclatant, parure des dieux.
Verse 32
तेषां मूत्रं पुरीषं च दिक्षु सर्वासु सर्वशः / ईश्वरानुग्रहाद्भूमिर्मृताश्च ग्रसते तु तान्
Leur urine et leurs excréments se répandent en tous sens ; par la grâce du Seigneur, la terre et même les morts les engloutissent.
Verse 33
रक्षःपिशाचयक्षाश्च सर्वे हैमवतः स्मृताः / हेमकूटे तु गन्धर्वा विज्ञेयाः साप्सरोगणाः
Rākṣasas, piśācas et yakṣas : tous sont tenus pour demeurer à Haimavata ; à Hemakūṭa, il faut reconnaître les gandharvas avec les troupes d’apsarās.
Verse 34
सर्वे नागस्तु निषधे शेषवासुकितक्षकाः / महामेरौ त्रयस्त्रिंशत्क्रीडन्ते यज्ञियाः सुराः
À Niṣadha se trouvent tous les nāgas : Śeṣa, Vāsuki et Takṣaka ; sur le Mahāmeru, les trente-trois dieux, dignes du yajña, se livrent au jeu sacré.
Verse 35
नीले तु वैदूर्यमये सिद्धा ब्रह्मर्षयो ऽमलाः / दैत्यानां दानवानां चर् श्वेतः पर्वत उच्यते
Sur le mont Nīla, fait de gemmes vaidūrya, demeurent des siddhas et des brahmarṣis sans tache ; et la demeure des daityas et des dānavas est dite le mont Śveta.
Verse 36
शृङ्गवान्पर्वतश्रेष्ठः पितॄणां प्रतिसंचरः / नवस्वेतेषु वर्षेषु यथाभागं स्थितेषु वै
Śṛṅgavān, le plus noble des monts, est la voie de passage des Pitṛ; et dans les neuf Śveta-varṣa, chacun demeure selon sa part.
Verse 37
भूतान्युपनिविष्टानि गतिमन्ति ध्रुवाणि च / तेषां विवृद्धिर्बहुधा दृश्यते दिव्यमानुषी / न संख्या परिसंख्यातुं श्रद्धेया तु बुभूषताम्
Là se tiennent d’innombrables êtres—les uns mouvants, les autres immuables; leur accroissement se voit de multiples façons, divines et humaines. Leur nombre ne peut être entièrement dénombré; pour qui veut connaître, cela doit être reçu avec foi.
Kiṃpuruṣa-varṣa, Harivarṣa, and the central Ilāvṛta-varṣa are presented as adjacent/related zones within Jambūdvīpa’s Meru-centered arrangement, enabling a comparative cosmographic profile around Bhārata-varṣa.
The sample indicates Meru’s directional spread (prati-diśam) and yojana-based dimensions (including very large numerical extents and a described geometric form), reflecting the Purāṇic practice of mapping space via standardized units.
No. The provided verses are predominantly geographic and ethnographic (varṣa descriptions, lifespans, environmental features, Meru measurements) rather than dynastic catalogs or Śākta narrative cycles like Lalitopākhyāna.