
गान्धर्वमूर्छनालक्षणवर्णनम् (Description of Gandharva Mūrchanā Characteristics)
Ce chapitre propose un exposé technique de la structure musicale gandharva (musique classique), présenté fidèlement comme l’enseignement des anciens ācārya (pūrvācārya-mata). Il définit la manière d’exécuter les ornements/figures sonores (alaṅkāra) selon les types de varṇa et leurs emplacements, et explique qu’un gītaka (forme de chant) s’achève par le vākyārtha/pada-yoga et l’ornementation. Il distingue les lieux d’exécution (notamment des placements liés à la gorge et à la tête) puis énumère des classifications : quatre varṇa fondamentaux, affinés par la pratique humaine et étendus dans des systèmes divins (schémas en huit et en seize). Le texte définit ensuite les mouvements—sañcāra (circulation), avarohaṇa (descente) et ārohaṇa (montée)—et présente quatre alaṅkāra majeurs (sthāpanī, kramarejana, pramāda, apramāda), en détaillant leurs lakṣaṇa. L’ensemble se lit comme un bref manuel ordonnant le son par une taxinomie rigoureuse afin de préserver la tradition.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते मध्यमाभागे तृतीय उपोद्धातपादे गान्धर्वमूर्छनालक्षणवर्णनं नामैकषष्टितमो ऽध्यायः // ६१// पूर्वाचार्यमतं बुद्ध्वा प्रवक्ष्याम्यनुपूर्वशः / विख्यातान्वै अलङ्कारांस्तन्मे निगदतः श्रुणु
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie médiane proclamée par Vāyu, au troisième upoddhāta-pāda, s’achève le soixante et unième chapitre intitulé « Description des caractéristiques des mūrchanā gāndharva ». À présent, ayant compris l’avis des anciens ācārya, j’exposerai dans l’ordre les alaṅkāra renommés; écoute mes paroles.
Verse 2
अलङ्कारास्तु वक्तव्याः स्वैः स्वैर्वर्णैः प्रहेतवः / संस्था नयोगैश्च तथा सदा नाढ्याद्यवेक्षया
Les alaṅkāra doivent être énoncés avec leurs varṇa propres et leurs causes; et, selon les prescriptions de la saṃhitā-niyoga, en considérant toujours la nāḍī et le reste.
Verse 3
वाक्यार्थपदयोगार्थैरलङ्कारैश्च पूरणम् / पदानि गीतकस्याहुः पुरस्तात्पृष्ठतो ऽथ वा
L’achèvement par le sens de la phrase, le sens du mot, le sens de l’assemblage des mots et par les alaṅkāra, voilà ce qu’on appelle les « pada » du gītaka; ils peuvent être placés devant ou derrière.
Verse 4
स्थातोनित्रीनरो नीड्डीमनःकण्ठशिरस्थया / एतेषु त्रिषु स्थानेषु प्रवृत्तो विधिरुत्तमः
Sthāto, nitrī, naro et nīḍḍī sont dits établis dans le mental, la gorge et la tête; la règle qui opère en ces trois lieux est la plus excellente.
Verse 5
चत्त्वारः प्रकृतौ वर्णाः प्रविचारस्य नुर्विधा / विकल्पमष्टधा चैव देवाः षोडशधा विदुः
Dans la Prakriti, il est quatre varna, et les distinctions de l’examen sont multiples; le vikalpa est dit en huit formes, et les dieux le connaissent en seize formes.
Verse 6
सृष्टो वर्मः प्रसंचारी तृतीयमवरोहणम् / आरोहणं चतुर्थं तु वर्णं वर्मविदो विदुः
‘Sṛṣṭa’ et ‘prasaṃcārī’ sont des modalités du varma; la troisième est ‘avarohana’ et la quatrième ‘ārohana’, ainsi les connaisseurs du varma les reconnaissent comme des varna.
Verse 7
तत्रैकः संचरस्थायी संचरस्तु चरो ऽभवत् / अवरोहणवर्णानामवरोहं विनिर्दिशेत्
Là, l’un est ‘saṃcara-sthāyī’, tandis que ‘saṃcara’ devient mouvant; pour les varna d’avarohana, il faut indiquer l’‘avaroha’, la descente.
Verse 8
आरोहणेन वारोहान्वर्णान्वर्णविदो विदुः / एतेषामेव वर्णानामलङ्कारन्निबोधत
Par l’ārohana, les connaisseurs des varna reconnaissent les varna d’‘āroha’; apprenez maintenant l’alaṅkāra, l’ornement, de ces mêmes varna.
Verse 9
अलङ्कारास्तु चत्वारस्थापनी क्रमरेजनः / प्रमादस्याप्रमादश्च तेषां वक्ष्यामि लक्षणम्
Les alaṅkāra sont au nombre de quatre : sthāpanī, kramarejana, pramāda et apramāda; j’en dirai maintenant les caractères distinctifs.
Verse 10
विस्वरो ऽष्टकलाश्चैव स्थानं द्व्येकतरागतः / आवर्त्तस्याक्रमो त्वाक्षी वेकार्यां परिमाणतः
Visvaro est pourvu des huit kalā ; sa demeure est dite établie dans l’un des deux états. Le mouvement de l’āvarta est semblable aux yeux, et dans l’acte sa mesure est fixée.
Verse 11
कुमारं संपरं विद्धि द्विस्तरं वामनं गतः / एष वै एष चैवस्यकुतरेकः कुलाधिकः
Sache que Kumāra est le saṃpara ; de double degré, il parvient à l’état de Vāmana. C’est bien lui : on y voit un signe particulier de la prééminence du lignage.
Verse 12
स्वेत स्वे कातरे जातकलामग्नितरैषितः / तस्मिंश्चैव स्वरे वृद्धिर्निष्टप्ते तद्विचक्षणः
Śveta, dans sa propre inquiétude, attise par le feu la kalā née, la poussant davantage. Dans ce même son, lorsqu’elle est chauffée, survient la croissance : les clairvoyants le savent.
Verse 13
स्येनस्तु अपरो हस्त उत्तरः कमलाकलः / प्रमाणघसबिन्दुर्ना जायते विदुरे पुनः
Śyena est une autre mesure de hasta, et le nord est associé à la kalā du lotus. Le point dense de la mesure ne renaît plus au loin.
Verse 14
कला कार्या तु वर्णानां तदा नुः स्थापितो भवेत् / विपर्ययस्य रोपिस्या द्यस्य प्रादुर्घटी मम
La kalā des varṇa doit être accomplie ; alors elle se trouve établie. Mais par la plantation du renversement (viparyaya), dans mon ordre surgit une manifestation âpre et difficile.
Verse 15
एकोत्तरः स्वरस्तु स्यात्षड्जतः परमः स्वरः / अक्षेपस्कन्दनाकार्यं काकस्योयचपुष्कलम्
Qu’il y ait un son de plus; le Ṣaḍja est le ton suprême. Qu’on accomplisse “ākṣepa” et “skandana”, tels les élans de la gorge du corbeau, pleins et puissants.
Verse 16
संतारौ तौनुसर्वाय्यौ कार्यं वा कारणं तथा / आक्षिप्तमवरोह्यासीत्प्रोक्षमद्यस्तथैव च
Les deux, “saṃtāra” et “sarvāyya”, sont tenus pour acte ou pour cause. “ākṣipta” doit aller avec la descente (avarohana); “prokṣa” et “madhya” de même.
Verse 17
द्वादशे च कलास्थानामेकान्तरगतस् तथा / प्रेशोल्लिखितमलङ्कारमेवस्वरसमन्विता
Au douzième siège des kalā aussi, il se tient en alternance. L’ornement (alaṅkāra) nommé “preśollikhita”, accordé aux sons, est cela même.
Verse 18
स्वरस्वरबहुग्रामकाप्रयोष्टनुपत्कला / प्रक्षिप्तमेव कलयाचोपादानारयो भवेत्
Dans les nombreux groupes de sons se trouve une kalā nommée “kāprayoṣṭanupat”. Par cette kalā advient le “prakṣipta”; et elle devient upādāna (support) ainsi que cause de l’état d’opposition (ari-bhāva).
Verse 19
द्विकथंवावथाभूतयत्रभाषितमुच्यते / उच्चराद्विश्वरारूढातथायाष्टस्वरातथा
Ce qui est énoncé tel qu’il est, sous la forme “dvikatha”, part de “uccara”, s’élève vers “viśvara” et se conforme aussi à l’ordre de “aṣṭasvara”.
Verse 20
वापः स्यादवरोहेण नारतो भवति ध्रुवम् / एकान्तरं च ह्येतेवैतमेवस्वरसत्तमः
Par la descente (avaroha) naît le « vāpa » ; le « nārata » devient assurément stable. Leur alternance—voilà ce qui est tenu pour le plus excellent parmi les svara.
Verse 21
सक्षिप्रच्छेदनामाचचतुष्कलगणः स्मृतः / अलङ्कारा भवन्त्येते त्रिंशद्देवैः प्रकीर्त्तिताः
Le groupe catuṣkala nommé « sākṣi » et « pracchedana » est mentionné dans la smṛti. Ce sont des ornements (alaṅkāra) célébrés par les trente dieux.
Verse 22
वर्णास्थानप्रयोगेण कलामात्राप्रमाणतः / संस्थानं च प्रमाणं च विकारो लक्षणस्तथा
Par l’emploi du lieu d’articulation des lettres et selon la mesure de la kalā-mātrā, se déterminent la forme (saṃsthāna), la mesure (pramāṇa), la variation (vikāra) et le signe distinctif (lakṣaṇa).
Verse 23
चतुर्विधमिदं ज्ञेय मलङ्कारप्रयोजनम् / यथात्मनो ह्यलङ्कारो विपयस्तो विगर्हितः
Il faut savoir que la finalité du mal-alaṅkāra est quadruple. Car l’ornement contraire à sa propre nature devient dévoyé et blâmable.
Verse 24
वर्ममेवाप्यलङ्कर्त्तुं विषमाह्यात्मसंभवाः / नानाभरणसंयोगा यथा नार्या विभूषणम्
Même pour parer une cuirasse, il existe des disparités nées de soi-même ; ainsi la parure d’une femme s’accomplit par l’union de multiples bijoux.
Verse 25
वर्मस्य चैवालङ्कारो विभूषा ह्यात्मसंभवः / न पादे कुण्डलं दृष्टं न कण्ठे रसना तथा
L’armure aussi possède son ornement propre; sa parure naît d’elle-même. On ne voit pas de boucle à un pied, ni de corde ainsi au cou.
Verse 26
एवमेवाद्यलङ्कारे विपर्यस्तो विगर्हितः / क्रियमाणो ऽप्यलङ्कारो नागं यश्चैव दर्शयत्
Ainsi, l’ornement premier fut renversé et blâmable; même façonné en parure, il semblait révéler le Nāga lui-même.
Verse 27
यथादृष्टस्य मार्गस्यकर्त्तव्यस्यविधीयते / लक्षणंपर्यवस्यापिवर्त्तिका मपिवर्त्तते
Selon le chemin aperçu, ainsi se prescrit ce qui doit être fait; même les signes établis, la conduite se règle encore sur cela.
Verse 28
याथातथ्येन वक्ष्यामि मासोद्भवमुखोद्भव / त्रयोविंशतिशीतिस्तु विज्ञातपवदैवतम्
Ô Māsodbhava, ô Mukhodbhava, je parlerai selon la vérité; la divinité de la vingt-troisième condition de « śīti » est aussi connue.
Verse 29
नगोनातुपुरस्तानुमध्यमांशस्तु पर्ययः / तयोर्विभागो देवानां लावण्ये मार्गसंस्थितः
La partie antérieure et la portion médiane de Naga-Ona sont la permutation; la répartition des deux demeure sur la voie de la beauté des dieux.
Verse 30
अनुषङ्गमयो दृष्टं स्वसारं वस्वरातर / विपर्ययः संवर्त्तो च सप्तस्वरपदक्रमम्
On voit l’ordre issu de l’enchaînement, avec les intervalles entre les groupes de sons; l’inversion et le retour s’accomplissent aussi dans la marche des sept swaras.
Verse 31
गान्धारसेतुगीयन्ते वरोमद्भगवानिच / पञ्चमंमध्यमञ्चैवधैवतं तु निषादतः
Les ‘ponts’ de Gandhāra sont chantés par les nobles dévots du Bhagavān; et le pañcama, le madhyama et le dhaivata sont tenus pour liés au niṣāda.
Verse 32
षड्जर्षभश्चजानीमोमद्रकेष्वेवनान्तरे / द्वेव्द्यपरतुकिंविद्याद्द्वयमुष्णन्तिकस्यतु
Nous connaissons ṣaḍja et ṛṣabha, dans l’usage madra-ka, sans différence; mais quelle est la distinction du dvyapara, et quelle est la dualité de l’uṣṇantika ?
Verse 33
प्राकृते वैकृते चैव गान्धारः स प्रयुज्यते / पदस्यात्ययरूपन्तुसप्तरूपन्तुकौशिकीम्
Dans le prākṛta comme dans le vaikṛta, on emploie le gandhāra; pour le pada on dit la forme ‘atyaya’, et pour la kauśikī la forme ‘sapta’.
Verse 34
गान्धारस्येनकार्त्स्येन चायं यस्यविधिः स्मृतः / एषचैवक्रमोद्दिष्टोमध्यमांशस्य मध्यमः
Concernant le gandhāra, cette règle est conservée dans son intégralité; et c’est ce même ordre qui est indiqué comme le ‘madhyama’ de la section madhyama.
Verse 35
यानि प्रोक्तानि गीतानिवतुरूपं विशेषतः / ततः सप्तस्वरङ्कार्यंसप्तरूपञ्चकौशिकी
Les chants ainsi énoncés, spécialement dits de quatre formes; puis Kaushikī est célébrée comme façonnée de sept notes et pourvue de sept aspects.
Verse 36
अगदर्शनमित्याहुर्मानुद्वैममकेतथा / द्वितीयामासमात्राणाभिः सर्वाः प्रतिष्ठिताः
Les uns l’appellent « Agadarśana », d’autres aussi « Mānudvaimamaka » ; par les mesures du second mois, toutes choses sont établies et affermies.
Verse 37
उत्तरेवप्रकृत्येवंमाताब्राह्मतलायत / तथाहतानोपिडकेयत्रमायांनिवर्त्तते
Vers le nord aussi, ainsi, la Mère Brahmī parvint jusqu’à Brahmatala ; et là où la māyā se retire, même les blessés trouvent l’apaisement.
Verse 38
पादेनैकेनमायात्रा पादोनामतिवारिमः / संख्यापनोपहूतांवैतत्रपानमिति स्मृतम्
Avec un pāda on l’appelle « Māyātrā », et il est aussi un « Pāda » d’abondance extrême ; ce qui est invoqué par le décompte des nombres y est tenu pour « pāna ».
Verse 39
द्वितीयपादभङ्गञ्चग्रहेनामप्रतिष्ठितम् / पूर्वमष्ठतीटती नद्वितीयं चापरान्तिकैः
La rupture du second pāda est établie sous le nom de « Graha » ; le premier est dit « Aṣṭhatīṭatī », mais le second n’est pas admis par les Aparāntikas.
Verse 40
पादभागसपादं तु प्रकृत्यमपि संस्थितम् / चतुर्थमुत्तरं चैवमद्रवत्पावमद्रकौ
Avec la part du pied et sa portion, cela demeure établi dans sa nature même. Ainsi en va-t-il de la quatrième réponse ; Madravat et Pāvamadraka sont énoncés selon la règle.
Verse 41
मद्रकोदक्षिणस्यापि यथोक्ता वर्त्तते कला / सर्वमेवानुयोगं तु द्वितीयं बुद्धिमिष्यते
La règle (kalā) du Madraka du sud demeure telle qu’elle a été énoncée. L’ensemble de l’anuyoga est tenu pour la seconde intelligence.
Verse 42
पादौवाहरणं चास्यात्पारं नात्र विधीयते / एकत्वं मुनुयोगस्य द्वयोर्यद्यद्द्विजोत्तम
Ici se fait l’extraction du ‘pāda’ (pādoddharaṇa) ; mais nul rivage final (pāra) n’est prescrit. Ô meilleur des deux-fois-nés, dans les deux, là où l’unité du muni-yoga est admise.
Verse 43
अनेकसमवायस्तु पातका हरिणा स्मृताः / तिसृणां चैव वृत्तीनां वृत्तौ वृत्ते च दक्षिणः
Les nombreux samavāya furent rappelés par Hari comme des pātaka (fautes). Et au sujet des trois vṛtti—dans la vṛtti et en son sein—est indiqué le ‘dakṣiṇa’ (sud/dakṣiṇā).
Verse 44
अष्टौ तु समवायस्तु वीरा संमूर्छना तथा / कस्यनासुतराचैव स्वरशाखा प्रकीर्त्तिता
Les samavāya sont au nombre de huit ; ainsi que ‘Vīrā’ et ‘Saṃmūrchanā’. De même sont célébrées ‘Kasyanāsutarā’ et la ‘Svara-śākhā’.
It is a technical chapter on Gandharva music, focusing on mūrchanā-lakṣaṇa (characteristics of modal/scale progressions) and the definition and application of musical alaṅkāras (ornamental figures), alongside classifications of varṇa and movement-types such as ārohaṇa and avarohaṇa.
The sample indicates: (1) four foundational varṇas with further human/divine differentiations, (2) movement categories including sañcāra (circulation), avarohaṇa (descent), and ārohaṇa (ascent), and (3) four named alaṅkāras—sthāpanī, kramarejana, pramāda, and apramāda—whose defining features are then discussed.
By treating ordered sound as a disciplined system grounded in authoritative tradition, it models the same taxonomic impulse used in cosmology (ordered worlds/time-cycles) and genealogy (ordered lineages). In Puranic knowledge design, such auxiliary sciences function as cultural infrastructure that preserves transmission fidelity for cosmological and vamsha materials.