
ऋषिसर्गवर्णन (Rishi-Sarga Varṇana) — Account of the Creation/Origination of Sages and Beings
Ce chapitre, rapporté par Sūta, expose un épisode de création gouvernée par l’administration de l’ordre cosmique. Après une phase de génération liée au contexte de Cākṣuṣa, Svayambhuva ordonne à Dakṣa : « crée les êtres (prajāḥ sṛja) ». Dakṣa produit d’abord une création mentale (mānasāḥ prajāḥ) comprenant ṛṣi, deva, gandharva, humains, nāga, rākṣasa, yakṣa, bhūta, piśāca, oiseaux et animaux ; mais ces progénitures nées de l’esprit ne prospèrent pas. Par une intervention correctrice de Mahādeva, Dakṣa adopte alors la génération sexuelle (maithuna-bhāva) en épousant Asiknī (Vairaṇī), figure dotée de tapas et soutien du monde. Le récit introduit ensuite sa descendance foisonnante—mille fils, rattachés à la tradition des Haryaśvas—et la présence décisive de Nārada, fils de Brahmā, dont le conseil entrave l’expansion directe de la lignée et devient un pivot pour les développements généalogiques ultérieurs. Le chapitre formule ainsi une logique purāṇique : lorsque le mānasa-sarga ne stabilise pas les populations, le maithunī-sarga est institué, et l’histoire des lignées commence véritablement.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते मध्यभागे तृतीय उपोद्धातपादे ऋषिसर्गवर्णनं नाम प्रथमो ऽध्यायः सूत उवाच विनिवृत्ते प्रजासर्गे षष्ठे वै चाक्षुषस्य ह / प्रजाः सृजेति व्यदिष्टः स्वयं दक्षः स्वयंभुवा
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, proclamé par Vāyu, dans la partie médiane, au troisième upoddhāta-pāda, se trouve le premier chapitre intitulé «Description de la création des ṛṣi». Sūta dit : lorsque prit fin la sixième création des êtres au temps de Cākṣuṣa, le Svayambhū ordonna à Dakṣa lui-même : «Crée les créatures».
Verse 2
ससर्ज सर्वभूतानि गतिमन्ति ध्रुवाणि च / मानसानि च भूतानि स पूर्वमसृजत्प्रभुः
Ce Seigneur créa tous les êtres—ceux qui se meuvent et ceux qui demeurent immobiles ; et d’abord il produisit les êtres nés de la pensée.
Verse 3
ऋषीन्देवांश्च गन्धर्वान्मनुष्योरगराक्षसान् / यक्षभूतपिशाचांश्च वयः पशुमृगांस्तथा
Les ṛṣi, les devas et les gandharvas; les humains, les nāgas et les rākṣasas; ainsi que les yakṣas, bhūtas et piśācas, les oiseaux, le bétail et les bêtes sauvages.
Verse 4
यदास्य मनसा सृष्टा न व्यवर्द्धन्त ताः प्रजाः / अपध्याता भगवता महादेवेन धीमता
Lorsque ces créatures, nées de sa pensée, ne se développèrent pas, le sage Bhagavān Mahādeva retira d’elles sa contemplation.
Verse 5
स मैथुनेन भावेन सिसृक्षुर्विविधाः प्रजाः / असिक्रीमावहद्भार्यां वीरणस्य प्रजापतेः
Alors, désireux de créer des êtres variés par l’élan de l’union, il prit pour épouse Asikrī, la compagne du Prajāpati Vīraṇa.
Verse 6
सुतां सुमहता युक्तां तपसा लोक धारिणीम् / यया धृतमिदं सर्वं जगत्स्थावरजङ्गमम्
C’était une fille dotée d’une grande austérité (tapas), soutien des mondes; par elle est maintenu tout cet univers, l’immobile comme le mobile.
Verse 7
अत्राप्युदाहरन्तीमौ श्लोकौ प्राचेतसां प्रति / दक्षस्योद्वहतो भार्यांमसिक्रीं वैरणीं पुरा
Ici encore, l’on cite ces deux ślokas à l’intention des Prācetas : jadis, lorsque Dakṣa prit pour épouse Vairaṇī Asikrī.
Verse 8
कृपानां नियुतं दक्षं सर्पिणां साभिमानिनाम् / नदीगिरिष्बसज्जन्तं पृष्ठतो ऽनुययौ प्रभुम्
Au milieu des kṛpāṇa et des serpents orgueilleux, Dakṣa, bien qu’attaché aux rivières et aux montagnes, suivit le Seigneur par-derrière.
Verse 9
तं दृष्ट्वा ऋषिभिः प्रोक्तं प्रतिष्ठास्यति वै प्रजाः / प्रथमो ऽत्र द्वितीयस्तु दक्षः स हि प्रजापतिः
En le voyant, les ṛṣi dirent : « Il établira assurément les créatures ; ici il est le premier, et le second est Dakṣa, car Dakṣa est Prajāpati. »
Verse 10
अथागच्छद्यथाकालं प्रहीनां नियुतं तु यत् / असिक्रीं वैरणीं तत्र दक्षः प्राचेतसो ऽवहत्
Puis, en son temps, advint la part restante du niyuta ; là, Dakṣa le Prācetasa prit pour épouse Asiknī, fille de Vairaṇī.
Verse 11
अथ पुत्रसहस्रं स वैरण्याममितौजसम् / असिक्न्यां जनयामास दक्षः प्राचे तसः प्रभुः
Alors le Seigneur Dakṣa le Prācetasa engendra en Asiknī, de la lignée de Vairaṇī, mille fils à la vigueur incommensurable.
Verse 12
तांस्तु दृष्ट्वा महातेजाः स विवर्द्धयिषुः प्रजाः / देवर्षिप्रियसंवादो नारदो ब्रह्मणः सुतः
Les voyant, survint Nārada, fils de Brahmā, d’un grand éclat, cher interlocuteur des devarṣi, désireux d’accroître les créatures.
Verse 13
नाशाय वचनं तेषां शापयैवात्मनो ऽब्रवीत् / यः कश्यपसुतस्याथ परमेष्ठी व्यजायत
Pour leur perte, il prononça une parole comme une malédiction issue de lui-même; et le Parameṣṭhī naquit alors chez le fils de Kaśyapa.
Verse 14
मानसः कश्यपस्यासीद्दक्षशापवशात्पुनः / तस्मात्स काश्यपस्याथ द्वितीयो मानसो ऽभवत्
Sous l’emprise de la malédiction de Dakṣa, il redevint un fils né de l’esprit de Kaśyapa; ainsi fut-il le second fils mental de Kāśyapa.
Verse 15
स हि पूर्वं समुत्पन्नो नारदः परमेष्ठिनः / तेन वृक्षस्य पुत्रा वै हर्यश्वा इति विश्रुताः
Ce Nārada naquit auparavant de Parameṣṭhī; par lui, les fils de Vṛkṣa furent connus sous le nom de « Haryaśva ».
Verse 16
धर्मार्थं नाशिताः सर्वे विधिना च न संशयः / तस्योद्यतस्तदा दक्षः क्रुद्धः शापाय वै प्रभुः
Pour le dharma, tous furent détruits par le décret de Vidhi—sans aucun doute; alors Dakṣa, le seigneur, se dressa, courroucé, prêt à maudire.
Verse 17
ब्रह्मर्षीन्वै पुरस्कृत्य याचितः परमेष्ठिना / ततो ऽभिसंधिं चक्रे वै दक्षश्च परमेष्ठिना
Plaçant les brahmarṣis au premier rang, Parameṣṭhī fit sa requête; alors Dakṣa conclut lui aussi un accord avec Parameṣṭhī.
Verse 18
कन्यायां नारदो मह्यं तव पुत्रो भवेदिति / ततो दक्षः सुतां प्रदात् प्रियां वै परमेष्ठिने / तस्मात्स नारदो जज्ञे भूयः शापभयदृषिः
Au sujet de la jeune fille, il dit : « Que Nārada soit mon fils. » Alors Daksha donna à Parameṣṭhī sa fille bien-aimée. De là Nārada naquit de nouveau, rishi qui voit la crainte de la malédiction.
Verse 19
शांशपायन उवाच कथं वै नाशिताः पूर्वं नारदेन सुरर्षिणा / प्रजापतिसुतास्ते वै श्रोतुमिच्छामि तत्त्वतः
Śāṃśapāyana dit : « Comment, jadis, Nārada, le rishi des dieux, les a-t-il anéantis ? Je veux entendre en vérité comment périrent ces fils de Prajāpati. »
Verse 20
सूत उवाच दक्षपुत्राश्च हर्यश्वा विवर्धयिषवः प्रजाः / समागता महावीर्या नारदस्तानुवाच ह
Sūta dit : Les fils de Daksha, les Haryaśva, s’assemblèrent, désireux de faire croître les créatures. Pleins de vaillance, Nārada leur adressa la parole.
Verse 21
बालिशा बत यूयं वै न प्रजानीथ भूतलम् / अन्तरूर्ध्वमधश्चैव कथं स्रक्ष्यथ वै प्रजाः
Hélas, vous êtes bien naïfs : vous ne connaissez pas la surface du monde. Sans savoir ce qui est au-dedans, en haut et en bas, comment engendrerez-vous les créatures ?
Verse 22
ते तु तद्वचन श्रुत्वा प्याताः सर्वतो दिशम् / अधापि म निवर्त्तन्ते समुद्रस्था इवापगाः
Ayant entendu ces paroles, ils partirent vers toutes les directions. Jusqu’à ce jour, ils ne sont pas revenus, tels des fleuves qui, une fois dans l’océan, ne retournent plus.
Verse 23
अथ तेषु प्रणष्टेषु दक्षः प्राचे तसः पुनः / वैरण्यामेव पुत्राणां सहस्रमसृजत्प्रभुः
Lorsqu’ils eurent péri, Daksha, fils de Pracetas, engendra de nouveau, par Vairanyā, mille fils.
Verse 24
प्रजा विवर्द्धयिषवः शबलाश्वाः पुनस्तु ते / पूर्वमुक्तं वचस्तद्वै श्राविता नारदेन ह
Eux, nommés Śabalāśva, voulaient accroître les créatures; mais Nārada leur fit entendre la parole jadis prononcée.
Verse 25
अन्योन्यमूचुस्ते सर्वे सम्यगाह ऋषिः स्वयम् / भ्रातॄणां पदवीं चैव गन्तव्या नात्र संशयः
Tous se dirent : «Le ṛṣi a parlé avec justesse; il nous faut suivre la voie de nos frères, sans aucun doute».
Verse 26
ज्ञात्वा प्रमाणं पृथ्व्या वै सुखं स्रक्ष्यामहे प्रजाः / प्रकाशाः स्वस्थमनसा यथावदनुशासिताः
Ayant connu la mesure de la terre, nous engendrerons les créatures dans la joie; lumineux, l’esprit paisible, instruits comme il se doit.
Verse 27
ते ऽपि तेनैव मार्गेण प्रयाताः सर्वतो दिशम् / अद्यापि न निवर्त्तन्ते विस्तारायमलिप्सवः
Eux aussi s’en allèrent par cette même voie vers toutes les directions; avides d’expansion, ils ne reviennent pas encore aujourd’hui.
Verse 28
ततः प्रभृति वै भ्राता भ्रातुरन्वेषणे रतः / प्रयतो नश्यति क्षिप्रं तन्न कार्यं विजानता
Dès lors, le frère se voua à la recherche de son frère. Même en s’efforçant, il périt vite ; celui qui sait ne doit pas agir ainsi.
Verse 29
नष्टेषु शबलाश्वेषु दक्षः क्रुद्धो ऽशपद्विभुः / नारदं नाशमेहीति गर्भवासं वसेति च
Lorsque les chevaux tachetés furent perdus, le puissant Daksha, courroucé, proféra une malédiction : « Narada, va vers la destruction ; et demeure en ‘garbhavāsa’. »
Verse 30
तदा तेष्वपि नष्टेषु महात्मा स प्रभुः किल / षष्टिं दक्षो ऽसृजत्कन्या वैरण्यामेव विश्रुताः
Alors, lorsque ceux-là aussi furent perdus, le grand seigneur Daksha engendra soixante filles, célèbres sous le nom de Vairāṇyā.
Verse 31
तास्तदा प्रतिजग्राह पत्न्यर्थं कश्यपः सुताः / धर्मः सोमश्च भगवांस्तथा चान्ये महर्षयः
Alors, Kashyapa les reçut pour épouses ; de même Dharma, le vénérable Soma et d’autres grands rishis (les) prirent aussi.
Verse 32
इमां विसृष्टिं दक्षस्य कृत्स्नां यो वेद तत्त्वतः / आयुष्मान्कीर्त्तिमान्धन्यः प्रजावाश्च भवत्युत
Celui qui connaît en vérité toute cette création de Daksha devient longévif, illustre, béni, et riche de descendance.
Dakṣa’s transition to maithunī-sarga through marriage with Asiknī (Vairaṇī) functions as the genealogical pivot, enabling stable progeny-lines and setting up later catalogues of descendants.
The chapter states the mind-created progenies do not ‘increase/flourish’ (na vyavarddhanta), prompting a shift to embodied, reproductive creation (maithuna-bhāva), a standard Purāṇic mechanism for stabilizing populations and lineages.
Nārada appears as a devarṣi whose counsel interrupts or redirects straightforward progeny-expansion, serving as a narrative hinge that prevents linear overpopulation and channels creation into alternative lineal or ascetic trajectories.