Adhyaya 10
Dvitiya SkandhaAdhyaya 1051 Verses

Adhyaya 10

Daśa-lakṣaṇam: The Ten Topics, Virāṭ-Puruṣa Sense-Manifestation, and the Supreme Shelter (Āśraya)

Ce chapitre sert de charnière interprétative dans le Skandha 2. Śukadeva Gosvāmī y énumère d’abord les dix sujets constitutifs du Bhāgavatam (daśa-lakṣaṇam), précisant que les neuf autres sont décrits afin de mettre en lumière la transcendance du dixième—āśraya, le Seigneur Suprême, refuge ultime. Il distingue sarga (création première des catégories élémentaires et des sens) de visarga (création secondaire par l’interaction des guṇa) et évoque des thèmes de gouvernance tels que manvantara et poṣaṇa. Le récit se tourne ensuite vers une présentation cosmologico-théologique : Mahā-Viṣṇu pénètre chaque univers en tant que Garbhodakaśāyī, l’étymologie de Nārāyaṇa est établie, et l’on affirme la dépendance absolue de tout—ingrédients, temps, modes, et jīva—qui n’existent que par Sa miséricorde. Suit une ‘anatomie cosmique’ détaillée, décrivant comment les désirs du virāṭ-puruṣa manifestent les sens, leurs objets et les divinités présidantes. Le chapitre s’achève en dépassant la forme universelle grossière, affirmant que les dévots purs acceptent la forme personnelle transcendante du Seigneur, puis il déplace le cadre narratif vers les échanges Vidura–Maitreya, préparant l’exposé fondé sur l’enquête de la section suivante.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच अत्र सर्गो विसर्गश्च स्थानं पोषणमूतय: । मन्वन्तरेशानुकथा निरोधो मुक्तिराश्रय: ॥ १ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Dans le Śrīmad-Bhāgavatam sont enseignés dix thèmes : sarga et visarga, l’ordonnance des mondes, la protection du Seigneur, les impulsions de l’action, les manvantaras, les récits du Seigneur, la résorption, la délivrance et l’āśraya, le Souverain Bien.

Verse 2

दशमस्य विशुद्ध्यर्थं नवानामिह लक्षणम् । वर्णयन्ति महात्मान: श्रुतेनार्थेन चाञ्जसा ॥ २ ॥

Afin de faire ressortir la pureté transcendante du dixième thème, l’āśraya, les grands sages décrivent les signes des neuf autres : tantôt selon la śruti, tantôt par l’explication du sens, tantôt par des résumés limpides.

Verse 3

भूतमात्रेन्द्रियधियां जन्म सर्ग उदाहृत: । ब्रह्मणो गुणवैषम्याद्विसर्ग: पौरुष: स्मृत: ॥ ३ ॥

La création première des seize éléments—cinq bhūtas, cinq tanmātras, cinq sens de connaissance et le mental—est appelée sarga ; tandis que la création ultérieure opérée par Brahmā, née de la diversité des guṇas, est dite visarga, la création secondaire.

Verse 4

स्थितिर्वैकुण्ठविजय: पोषणं तदनुग्रह: । मन्वन्तराणि सद्धर्म ऊतय: कर्मवासना: ॥ ४ ॥

La juste condition de l’être vivant est la « victoire de Vaikuṇṭha » : obéir aux lois du Seigneur et demeurer en paix ; la protection est Sa grâce. Les manvantaras ordonnent le sadharma, et les ūtis sont les impulsions issues de la vāsanā karmique, le désir des fruits.

Verse 5

अवतारानुचरितं हरेश्चास्यानुवर्तिनाम् । पुंसामीशकथा: प्रोक्ता नानाख्यानोपबृंहिता: ॥ ५ ॥

L’īśa-kathā, la science de Dieu, raconte les avatāras de Hari et Ses actes, ainsi que les actions de Ses grands dévots qui Le suivent, enrichie de nombreux récits sacrés.

Verse 6

निरोधोऽस्यानुशयनमात्मन: सह शक्तिभि: । मुक्तिर्हित्वान्यथारूपं स्वरूपेण व्यवस्थिति: ॥ ६ ॥

Le nirodha est la résorption où le jīva, avec ses tendances conditionnées et ses énergies, se fond dans le yoga‑nidrā de Mahā‑Viṣṇu, entraînant l’enroulement de la manifestation cosmique. La mukti est l’établissement définitif du jīva dans son propre svarūpa après avoir quitté les corps grossier et subtil, changeants.

Verse 7

आभासश्च निरोधश्च यतोऽस्त्यध्यवसीयते । स आश्रय: परं ब्रह्म परमात्मेति शब्द्यते ॥ ७ ॥

Celui de qui l’on établit l’apparition de la création, son soutien et son nirodha (résorption) est l’Āśraya. Il est glorifié comme Parabrahman et Paramātmā; Il est la Vérité absolue, la Source suprême.

Verse 8

योऽध्यात्मिकोऽयं पुरुष: सोऽसावेवाधिदैविक: । यस्तत्रोभयविच्छेद: पुरुषो ह्याधिभौतिक: ॥ ८ ॥

Le jīva individuel muni des instruments des sens est appelé puruṣa adhyātmika. La divinité qui préside aux sens est dite adhidaivika. Et la forme corporelle visible, issue de l’union et de la séparation des deux, est appelée puruṣa adhibhautika.

Verse 9

एकमेकतराभावे यदा नोपलभामहे । त्रितयं तत्र यो वेद स आत्मा स्वाश्रयाश्रय: ॥ ९ ॥

En l’absence de l’un de ces trois états, les autres ne se comprennent pas; tous trois sont interdépendants. Mais l’Être suprême, témoin de chacun comme « refuge du refuge », est indépendant de tout; Il est l’abri suprême.

Verse 10

पुरुषोऽण्डं विनिर्भिद्य यदासौ स विनिर्गत: । आत्मनोऽयनमन्विच्छन्नपोऽस्राक्षीच्छुचि: शुची: ॥ १० ॥

Mahā‑Viṣṇu, sous la forme de puruṣa, sortit de l’Océan Causal, sépara les univers; puis, désirant un lieu de repos dans chacun, Il créa les eaux pures de Garbhodaka et entra dans chaque univers.

Verse 11

तास्ववात्सीत् स्वसृष्टासु सहस्रंपरिवत्सरान् । तेन नारायणो नाम यदाप: पुरुषोद्भवा: ॥ ११ ॥

Le Seigneur demeura des milliers d’années dans les eaux qu’Il avait Lui-même créées. Les eaux issues du Purusha suprême sont appelées ‘nāra’, et parce qu’Il s’y étend, Il est connu sous le nom de ‘Nārāyaṇa’.

Verse 12

द्रव्यं कर्म च कालश्च स्वभावो जीव एव च । यदनुग्रहत: सन्ति न सन्ति यदुपेक्षया ॥ १२ ॥

La matière, l’action, le temps, la nature (les guṇa) et les êtres vivants n’existent que par Sa miséricorde; dès qu’Il cesse de les soutenir, tout devient inexistant.

Verse 13

एको नानात्वमन्विच्छन् योगतल्पात् समुत्थित: । वीर्यं हिरण्मयं देवो मायया व्यसृजत् त्रिधा ॥ १३ ॥

Le Seigneur unique, étendu sur le lit de yoga-nidrā, voulut manifester la diversité; par Son énergie de māyā, Il fit surgir le germe puruṣique, d’or, et le déploya en trois formes.

Verse 14

अधिदैवमथाध्यात्ममधिभूतमिति प्रभु: । अथैकं पौरुषं वीर्यं त्रिधाभिद्यत तच्छृणु ॥ १४ ॥

L’unique puissance puruṣique du Seigneur se divise en trois : adhidaiva, adhyātma et adhibhūta. Écoute de moi comment s’opère cette triple division.

Verse 15

अन्त:शरीर आकाशात् पुरुषस्य विचेष्टत: । ओज: सहो बलं जज्ञे तत: प्राणो महानसु: ॥ १५ ॥

De l’éther situé au sein du corps transcendantal du Mahā-Viṣṇu manifesté, par Son mouvement, naquirent l’énergie des sens, la force mentale et la vigueur du corps; puis apparut le Mahā-prāṇa, source de la force vitale totale.

Verse 16

अनुप्राणन्ति यं प्राणा: प्राणन्तं सर्वजन्तुषु । अपानन्तमपानन्ति नरदेवमिवानुगा: ॥ १६ ॥

Comme les serviteurs suivent leur roi, ainsi, lorsque l’énergie totale du prāṇa se met en mouvement, tous les êtres s’animent; et lorsqu’elle s’arrête, les activités des sens s’apaisent aussi.

Verse 17

प्राणेनाक्षिपता क्षुत् तृडन्तरा जायते विभो: । पिपासतो जक्षतश्च प्राङ्‍मुखं निरभिद्यत ॥ १७ ॥

Lorsque la force vitale fut agitée par le Virāṭ-Puruṣa, la faim et la soif surgirent; et quand Il voulut boire et manger, la bouche s’ouvrit et se manifesta.

Verse 18

मुखतस्तालु निर्भिन्नं जिह्वा तत्रोपजायते । ततो नानारसो जज्ञे जिह्वया योऽधिगम्यते ॥ १८ ॥

De la bouche se manifesta le palais, et là naquit aussi la langue; puis apparurent les saveurs multiples afin que la langue puisse les goûter.

Verse 19

विवक्षोर्मुखतो भूम्नो वह्निर्वाग् व्याहृतं तयो: । जले चैतस्य सुचिरं निरोध: समजायत ॥ १९ ॥

Quand le Suprême voulut parler, la parole vibra depuis la bouche; et de cette même bouche naquit la divinité régente, Agni, le feu. Mais lorsqu’Il reposait dans les eaux, toutes ces fonctions demeurèrent longtemps suspendues.

Verse 20

नासिके निरभिद्येतां दोधूयति नभस्वति । तत्र वायुर्गन्धवहो घ्राणो नसि जिघृक्षत: ॥ २० ॥

Ensuite, lorsque le Puruṣa suprême voulut sentir les parfums, les narines et le souffle se manifestèrent; l’organe de l’odorat et les odeurs apparurent, et la divinité de l’air, porteuse des senteurs, se révéla aussi.

Verse 21

यदात्मनि निरालोकमात्मानं च दिद‍ृक्षत: । निर्भिन्ने ह्यक्षिणी तस्य ज्योतिश्चक्षुर्गुणग्रह: ॥ २१ ॥

Quand tout était plongé dans l’obscurité, le Bhagavān voulut se contempler Lui-même ainsi que la création. Alors les yeux se manifestèrent; Sūrya, divinité de la lumière, la puissance de voir et l’objet visible apparurent aussi.

Verse 22

बोध्यमानस्य ऋषिभिरात्मनस्तज्जिघृक्षत: । कर्णौ च निरभिद्येतां दिश: श्रोत्रं गुणग्रह: ॥ २२ ॥

Lorsque les grands ṛṣis aspirèrent à connaître l’Ātman, naquit le désir d’entendre. Alors les oreilles se manifestèrent; les directions comme divinités tutélaires, la faculté d’entendre et l’objet audible apparurent aussi.

Verse 23

वस्तुनो मृदुकाठिन्यलघुगुर्वोष्णशीतताम् । जिघृक्षतस्त्वङ् निर्भिन्ना तस्यां रोममहीरुहा: । तत्र चान्तर्बहिर्वातस्त्वचा लब्धगुणो वृत: ॥ २३ ॥

Quand naquit le désir de percevoir les qualités de la matière — douceur et dureté, légèreté et pesanteur, chaleur et froid — la peau, support du toucher, se manifesta; les pores, les poils du corps et leurs divinités tutélaires (les divinités des arbres) apparurent aussi. Au-dedans et au-dehors de la peau se trouve un voile d’air, par lequel la qualité du toucher devint manifeste.

Verse 24

हस्तौ रुरुहतुस्तस्य नानाकर्मचिकीर्षया । तयोस्तु बलवानिन्द्र आदानमुभयाश्रयम् ॥ २४ ॥

Ensuite, lorsque la Personne Suprême voulut accomplir des œuvres variées, les deux mains se manifestèrent. Avec elles apparurent la force des mains, Indra, divinité du ciel, et les actes dépendant des deux (prendre, donner, etc.).

Verse 25

गतिं जिगीषत: पादौ रुरुहातेऽभिकामिकाम् । पद्‍भ्यां यज्ञ: स्वयं हव्यं कर्मभि: क्रियते नृभि: ॥ २५ ॥

Puis, désirant maîtriser le mouvement, Ses jambes se manifestèrent; et des jambes naquit la divinité régente nommée Viṣṇu. Sous Sa propre supervision, les humains s’emploient avec ardeur à offrir le havi dans le yajña par leurs devoirs et leurs actes.

Verse 26

निरभिद्यत शिश्नो वै प्रजानन्दामृतार्थिन: । उपस्थ आसीत् कामानां प्रियं तदुभयाश्रयम् ॥ २६ ॥

Alors, pour la jouissance du désir, la procréation et la saveur du nectar céleste, le Seigneur manifesta l’organe génital (upastha) ; l’objet du plaisir et la divinité régente, Prajāpati, y trouvent tous deux leur appui.

Verse 27

उत्सिसृक्षोर्धातुमलं निरभिद्यत वै गुदम् । तत: पायुस्ततो मित्र उत्सर्ग उभयाश्रय: ॥ २७ ॥

Ensuite, lorsqu’Il voulut évacuer les résidus de la nourriture, apparurent l’anus et l’organe de l’excrétion, avec sa divinité régente, Mitra ; l’organe et ce qui est expulsé reposent tous deux sous cette protection.

Verse 28

आसिसृप्सो: पुर: पुर्या नाभिद्वारमपानत: । तत्रापानस्ततो मृत्यु: पृथक्त्वमुभयाश्रयम् ॥ २८ ॥

Puis, lorsqu’apparut le désir de passer d’un corps à un autre, furent créés ensemble la porte du nombril, le souffle apāna et la mort ; le nombril est le refuge de la mort et de la force de séparation.

Verse 29

आदित्सोरन्नपानानामासन् कुक्ष्यन्त्रनाडय: । नद्य: समुद्राश्च तयोस्तुष्टि: पुष्टिस्तदाश्रये ॥ २९ ॥

Quand naquit le désir de nourriture et de boisson, l’abdomen, les intestins et les canaux se manifestèrent ; les rivières et les mers devinrent le support de leur satiété et de leur nutrition.

Verse 30

निदिध्यासोरात्ममायां हृदयं निरभिद्यत । ततो मनश्चन्द्र इति सङ्कल्प: काम एव च ॥ ३० ॥

Quand naquit le désir de méditer les activités de Sa propre énergie (ātma-māyā), le cœur se manifesta ; puis apparurent le mental, la lune comme divinité régente du mental, la détermination (saṅkalpa) et le désir (kāma).

Verse 31

त्वक्‍चर्ममांसरुधिरमेदोमज्जास्थिधातव: । भूम्यप्तेजोमया: सप्त प्राणो व्योमाम्बुवायुभि: ॥ ३१ ॥

La fine pellicule de la peau, la peau, la chair, le sang, la graisse, la moelle et l’os—ces sept éléments du corps sont faits de terre, d’eau et de feu; tandis que le prāṇa naît de l’éther, de l’eau et de l’air.

Verse 32

गुणात्मकानीन्द्रियाणि भूतादिप्रभवा गुणा: । मन: सर्वविकारात्मा बुद्धिर्विज्ञानरूपिणी ॥ ३२ ॥

Les sens sont de nature guṇa, et les guṇa proviennent du bhūtādi (le faux ego). Le mental est le siège de toutes les modifications, et l’intelligence est la forme du discernement conscient (vijñāna).

Verse 33

एतद्भगवतो रूपं स्थूलं ते व्याहृतं मया । मह्यादिभिश्चावरणैरष्टभिर्बहिरावृतम् ॥ ३३ ॥

Ainsi t’ai-je exposé la forme grossière du Bhagavān, recouverte au-dehors par huit enveloppes, telles que la terre (mahī) et les autres.

Verse 34

अत: परं सूक्ष्मतममव्यक्तं निर्विशेषणम् । अनादिमध्यनिधनं नित्यं वाङ्‍मनस: परम् ॥ ३४ ॥

Au-delà de cela se tient une manifestation transcendante, plus subtile que le plus subtil: avyakta et nirviśeṣa; sans commencement, sans milieu ni fin; éternelle, au-delà de la parole et de l’esprit.

Verse 35

अमुनी भगवद्रूपे मया ते ह्यनुवर्णिते । उभे अपि न गृह्णन्ति मायासृष्टे विपश्चित: ॥ ३५ ॥

Aucune de ces deux formes du Seigneur, que je viens de décrire selon l’angle matériel, n’est acceptée par les dévots purs qui Le connaissent vraiment, car ils les voient comme des créations de māyā.

Verse 36

स वाच्यवाचकतया भगवान् ब्रह्मरूपधृक् । नामरूपक्रिया धत्ते सकर्माकर्मक: पर: ॥ ३६ ॥

Lui, le Bhagavān, revêtant la forme de Brahman, manifeste Son saint nom, Sa forme, Ses qualités, Ses līlā, Son entourage et Sa diversité transcendante; bien qu’inaffecté par toute action, Il paraît comme engagé en elle.

Verse 37

प्रजापतीन्मनून् देवानृषीन् पितृगणान् पृथक् । सिद्धचारणगन्धर्वान् विद्याध्रासुरगुह्यकान् ॥ ३७ ॥ किन्नराप्सरसो नागान् सर्पान् किम्पुरुषान्नरान् । मातृ रक्ष:पिशाचांश्च प्रेतभूतविनायकान् ॥ ३८ ॥ कूष्माण्डोन्मादवेतालान् यातुधानान् ग्रहानपि । खगान्मृगान् पशून् वृक्षान् गिरीन्नृप सरीसृपान् ॥ ३९ ॥ द्विविधाश्चतुर्विधा येऽन्ये जलस्थलनभौकस: । कुशलाकुशला मिश्रा: कर्मणां गतयस्त्विमा: ॥ ४० ॥

Ô roi, les Prajāpati, les Manu, les devas, les ṛṣi, les Pitṛ, les Siddha, Cāraṇa et Gandharva, les Vidyādhara, Asura et Guhyaka, les Kinnara et Apsara, les Nāga et serpents, les Kimpuruṣa, les humains, les habitants de Mātṛloka, les rākṣasa, piśāca, preta-bhūta-vināyaka, les kūṣmāṇḍa, les possédés, les vetāla, les yātudhāna et même les astres—tous sont créés par le Seigneur Suprême selon leurs actes passés.

Verse 38

प्रजापतीन्मनून् देवानृषीन् पितृगणान् पृथक् । सिद्धचारणगन्धर्वान् विद्याध्रासुरगुह्यकान् ॥ ३७ ॥ किन्नराप्सरसो नागान् सर्पान् किम्पुरुषान्नरान् । मातृ रक्ष:पिशाचांश्च प्रेतभूतविनायकान् ॥ ३८ ॥ कूष्माण्डोन्मादवेतालान् यातुधानान् ग्रहानपि । खगान्मृगान् पशून् वृक्षान् गिरीन्नृप सरीसृपान् ॥ ३९ ॥ द्विविधाश्चतुर्विधा येऽन्ये जलस्थलनभौकस: । कुशलाकुशला मिश्रा: कर्मणां गतयस्त्विमा: ॥ ४० ॥

Ô roi, les Kinnara et les Apsarās, les Nāga et serpents, les Kimpuruṣa et les humains, les habitants de Mātṛloka, les rākṣasa et piśāca, ainsi que les preta-bhūta-vināyaka—tout cela est créé par le Seigneur Suprême selon le karma antérieur.

Verse 39

प्रजापतीन्मनून् देवानृषीन् पितृगणान् पृथक् । सिद्धचारणगन्धर्वान् विद्याध्रासुरगुह्यकान् ॥ ३७ ॥ किन्नराप्सरसो नागान् सर्पान् किम्पुरुषान्नरान् । मातृ रक्ष:पिशाचांश्च प्रेतभूतविनायकान् ॥ ३८ ॥ कूष्माण्डोन्मादवेतालान् यातुधानान् ग्रहानपि । खगान्मृगान् पशून् वृक्षान् गिरीन्नृप सरीसृपान् ॥ ३९ ॥ द्विविधाश्चतुर्विधा येऽन्ये जलस्थलनभौकस: । कुशलाकुशला मिश्रा: कर्मणां गतयस्त्विमा: ॥ ४० ॥

Ô roi, les kūṣmāṇḍa, les possédés, les vetāla, les yātudhāna et les astres; ainsi que les oiseaux, les bêtes, les animaux, les arbres, les montagnes et les reptiles—tout cela est créé par le Seigneur Suprême selon le karma.

Verse 40

प्रजापतीन्मनून् देवानृषीन् पितृगणान् पृथक् । सिद्धचारणगन्धर्वान् विद्याध्रासुरगुह्यकान् ॥ ३७ ॥ किन्नराप्सरसो नागान् सर्पान् किम्पुरुषान्नरान् । मातृ रक्ष:पिशाचांश्च प्रेतभूतविनायकान् ॥ ३८ ॥ कूष्माण्डोन्मादवेतालान् यातुधानान् ग्रहानपि । खगान्मृगान् पशून् वृक्षान् गिरीन्नृप सरीसृपान् ॥ ३९ ॥ द्विविधाश्चतुर्विधा येऽन्ये जलस्थलनभौकस: । कुशलाकुशला मिश्रा: कर्मणां गतयस्त्विमा: ॥ ४० ॥

Ô roi, les autres êtres qui demeurent dans l’eau, sur la terre et dans le ciel—de deux et de quatre sortes, en état favorable, défavorable ou mêlé—tels sont les chemins du karma; tous sont créés par le Seigneur Suprême selon leurs actes passés.

Verse 41

सत्त्वं रजस्तम इति तिस्र: सुरनृनारका: । तत्राप्येकैकशो राजन् भिद्यन्ते गतयस्त्रिधा । यदैकैकतरोऽन्याभ्यां स्वभाव उपहन्यते ॥ ४१ ॥

Selon les trois guṇa—sattva, rajas et tamas—il existe des êtres dits demi-dieux, humains et créatures infernales. Ô Roi, même chaque guṇa, mêlé aux deux autres, se divise en trois; lorsqu’un guṇa est voilé par les autres, la destinée et les dispositions de l’être se façonnent selon ce mélange.

Verse 42

स एवेदं जगद्धाता भगवान् धर्मरूपधृक् । पुष्णाति स्थापयन् विश्वं तिर्यङ्‍नरसुरादिभि: ॥ ४२ ॥

Lui-même est Bhagavān, le soutien de l’univers, revêtu de la forme du Dharma. Après avoir établi la création, Il nourrit et maintient le monde par des formes d’animaux, d’humains et de devas, et descend en avatāra pour relever les âmes conditionnées.

Verse 43

तत: कालाग्निरुद्रात्मा यत्सृष्टमिदमात्मन: । संनियच्छति तत् काले घनानीकमिवानिल: ॥ ४३ ॥

Ensuite, à la fin du kalpa, le Seigneur Lui-même, sous la forme de Kālāgni-Rudra, anéantit toute Sa création, comme le vent disperse les amas de nuages.

Verse 44

इत्थंभावेन कथितो भगवान् भगवत्तम: । नेत्थंभावेन हि परं द्रष्टुमर्हन्ति सूरय: ॥ ४४ ॥

Ainsi les grands transcendantalistes décrivent les actes de Bhagavān, le plus sublime. Mais les dévots purs méritent de contempler une gloire spirituelle plus haute encore, au-delà de ces aspects.

Verse 45

नास्य कर्मणि जन्मादौ परस्यानुविधीयते । कर्तृत्वप्रतिषेधार्थं माययारोपितं हि तत् ॥ ४५ ॥

On n’attribue pas au Seigneur Suprême une action d’ingénierie directe dans la création et la destruction du monde matériel. Ce que les Vedas décrivent comme Son intervention directe vise seulement à réfuter l’idée que la prakṛti serait la créatrice; c’est une attribution posée par māyā à cette fin.

Verse 46

अयं तु ब्रह्मण: कल्प: सविकल्प उदाहृत: । विधि: साधारणो यत्र सर्गा: प्राकृतवैकृता: ॥ ४६ ॥

Voici le kalpa de Brahmā, décrit avec ses variations : la règle commune qui, durant un jour de Brahmā, gouverne les créations prākṛta et vaīkṛta ; et, lors de la manifestation du mahat-tattva, la nature matérielle s’y déploie et s’y disperse selon ce même principe.

Verse 47

परिमाणं च कालस्य कल्पलक्षणविग्रहम् । यथा पुरस्ताद्व्याख्यास्ये पाद्मं कल्पमथो श‍ृणु ॥ ४७ ॥

Ô roi, j’expliquerai en temps voulu la mesure du temps, dans ses aspects grossiers et subtils, avec les signes propres à chacun ; mais pour l’instant, écoute le Pādma-kalpa.

Verse 48

शौनक उवाच यदाह नो भवान् सूत क्षत्ता भागवतोत्तम: । चचार तीर्थानि भुवस्त्यक्त्वा बन्धून् सुदुस्त्यजान् ॥ ४८ ॥

Śaunaka Ṛṣi dit : Ô Sūta, tu nous as déjà raconté que Vidura, le plus éminent des bhāgavata (kṣattā), abandonna des proches si difficiles à quitter et parcourut les lieux de pèlerinage de la terre. C’est donc au sujet de Vidura que je m’enquiers à présent.

Verse 49

क्षत्तु: कौशारवेस्तस्य संवादोऽध्यात्मसंश्रित: । यद्वा स भगवांस्तस्मै पृष्टस्तत्त्वमुवाच ह ॥ ४९ ॥ ब्रूहि नस्तदिदं सौम्य विदुरस्य विचेष्टितम् । बन्धुत्यागनिमित्तं च यथैवागतवान् पुन: ॥ ५० ॥

Śaunaka Ṛṣi dit : Ô bienveillant, fais-nous connaître l’entretien d’ordre spirituel entre Vidura (kṣattā) et Maitreya Kaushāravi : ce que Vidura demanda et quelle vérité (tattva) Maitreya répondit. Dis-nous aussi pourquoi Vidura rompit les liens familiaux, pourquoi il revint ensuite au foyer, et quelles furent ses actions dans les lieux saints de pèlerinage.

Verse 50

क्षत्तु: कौशारवेस्तस्य संवादोऽध्यात्मसंश्रित: । यद्वा स भगवांस्तस्मै पृष्टस्तत्त्वमुवाच ह ॥ ४९ ॥ ब्रूहि नस्तदिदं सौम्य विदुरस्य विचेष्टितम् । बन्धुत्यागनिमित्तं च यथैवागतवान् पुन: ॥ ५० ॥

Ô bienveillant, dis-nous toutes les actions de Vidura : pourquoi il abandonna les liens familiaux, comment il revint ensuite au foyer et quelles pratiques il accomplit dans les lieux saints ; et expose aussi fidèlement l’essence de l’enseignement de Maitreya.

Verse 51

सूत उवाच राज्ञा परीक्षिता पृष्टो यदवोचन्महामुनि: । तद्वोऽभिधास्ये श‍ृणुत राज्ञ: प्रश्नानुसारत: ॥ ५१ ॥ यच्च व्रजन्त्यनिमिषामृषभानुवृत्त्या दूरेयमा ह्युपरि न: स्पृहणीयशीला: । भर्तुर्मिथ: सुयशस: कथनानुराग- वैक्लव्यबाष्पकलया पुलकीकृताङ्गा: ॥

Śrī Sūta Gosvāmī déclara : Je vais maintenant vous exposer, selon les questions du roi Parīkṣit, les mêmes sujets que le grand sage a enseignés ; écoutez avec une attention recueillie.

Frequently Asked Questions

Because āśraya (Bhagavān) is transcendental and independent, the Bhāgavatam uses the dependent categories—creation, time, guṇas, karmic governance, and dissolution—as inferential and direct teaching tools. By showing that sarga/visarga, the worlds (sthāna), and even liberation (mukti) rely on the Supreme, the text isolates the āśraya as the final explanatory ground: the shelter of all shelters.

Sarga is the elementary creation of foundational categories—elements, sense objects, and sense instruments (including mind). Visarga is the subsequent, resultant creation that unfolds through the interaction of the material modes (guṇas), leading to differentiated forms, functions, and living situations within the cosmos.

Nārāyaṇa is the Supreme Person who lies upon the transcendental waters within the universe. The waters are called nāra because they emanate from the Supreme Nara (the personal Absolute), and because He rests upon (ayana) those waters, He is known as Nārāyaṇa.

Adhyātmika refers to the individual embodied experiencer with sense instruments; adhidaivika refers to the presiding deities controlling those senses; adhibhautika refers to the perceivable embodied field/object level. The framework teaches interdependence within conditioned experience, while highlighting that the Supreme Being remains independent as the ultimate shelter beyond all three.

It denies materialistic misreadings that reduce the cosmos to autonomous nature while also clarifying the Lord’s transcendence: material nature operates as His energy under His sanction. Vedic statements of ‘direct’ divine action are presented to negate the misconception that prakṛti is the ultimate creator, not to imply the Lord is forced into mechanical labor like a finite agent.