Adhyaya 17
Dashama SkandhaAdhyaya 1725 Verses

Adhyaya 17

Garuḍa, Saubhari’s Curse, Kāliya’s Refuge, and Kṛṣṇa Saves Vraja from Forest Fire

Après que Śrī Kṛṣṇa eut châtié Kāliya dans la Yamunā, Parīkṣit demande pourquoi Kāliya a quitté l’île de Ramaṇaka et pourquoi Garuḍa s’est opposé à lui en particulier. Śukadeva explique l’accord de tribut mensuel des serpents envers Garuḍa : tous s’y soumettaient, mais Kāliya, par orgueil, dévora les offrandes et provoqua l’attaque de Garuḍa. Vaincu, Kāliya s’enfuit vers un lac voisin de la Yamunā où Garuḍa ne pouvait entrer à cause de la malédiction du muni Saubhari—prononcée lorsque Garuḍa y avait saisi un poisson malgré l’interdiction. Ainsi, le « refuge » de Kāliya apparaît comme une protection karmique mais spirituellement toxique, que Kṛṣṇa démantèlera ensuite. Le récit revient à Kṛṣṇa surgissant du lac, resplendissant ; la vie de Vraja renaît lorsque parents, anciens et Balarāma l’étreignent. Les brāhmaṇas conseillent la charité comme rite de sauvegarde, et Nanda l’accomplit. Épuisés, les habitants de Vraja se reposent près de la Kālindī, puis un feu de forêt les encercle. Ils implorent Kṛṣṇa et Balarāma, et Kṛṣṇa avale le feu sans effort, manifestant sa protection (poṣaṇa) sur Vraja.

Shlokas

Verse 1

श्रीराजोवाच नागालयं रमणकं कथं तत्याज कालिय: । कृतं किं वा सुपर्णस्य तेनैकेनासमञ्जसम् ॥ १ ॥

Le roi Parīkṣit demanda : «Pourquoi Kāliya a-t-il quitté l’île de Ramaṇaka, demeure des serpents ? Et pourquoi Suparṇa Garuḍa ne s’est-il montré hostile qu’envers lui : quelle faute inconvenante a-t-il commise ?»

Verse 2

श्रीशुक उवाच उपहार्यै: सर्पजनैर्मासि मासीह यो बलि: । वानस्पत्यो महाबाहो नागानां प्राङ्‍‍‍‍‍‍निरूपित: ॥ २ ॥ स्वं स्वं भागं प्रयच्छन्ति नागा: पर्वणि पर्वणि । गोपीथायात्मन: सर्वे सुपर्णाय महात्मने ॥ ३ ॥

Śukadeva dit : «Ô Parīkṣit aux bras puissants, pour ne pas être dévorés par Garuḍa, les serpents avaient jadis conclu un accord : chaque mois, ils déposeraient au pied d’un arbre un tribut fait de produits végétaux. Ainsi, à chaque échéance, chaque nāga offrait sa part au magnanime Suparṇa Garuḍa, comme prix de sa protection.»

Verse 3

श्रीशुक उवाच उपहार्यै: सर्पजनैर्मासि मासीह यो बलि: । वानस्पत्यो महाबाहो नागानां प्राङ्‍‍‍‍‍‍निरूपित: ॥ २ ॥ स्वं स्वं भागं प्रयच्छन्ति नागा: पर्वणि पर्वणि । गोपीथायात्मन: सर्वे सुपर्णाय महात्मने ॥ ३ ॥

Śukadeva dit : «Ô Parīkṣit aux bras puissants, afin d’éviter d’être dévorés par Garuḍa, les serpents avaient établi depuis longtemps qu’un tribut de produits végétaux serait déposé chaque mois au pied d’un arbre. Ainsi, au moment fixé, chaque nāga offrait sa part au grand Suparṇa Garuḍa, comme prix de la protection.»

Verse 4

विषवीर्यमदाविष्ट: काद्रवेयस्तु कालिय: । कदर्थीकृत्य गरुडं स्वयं तं बुभुजे बलिम् ॥ ४ ॥

Mais Kāliya, fils de Kadru, enivré par la puissance de son venin, méprisa Garuḍa et dévora lui-même le tribut avant que Garuḍa ne puisse le prendre.

Verse 5

तच्छ्रुत्वा कुपितो राजन् भगवान् भगवत्प्रिय: । विजिघांसुर्महावेग: कालियं समुपाद्रवत् ॥ ५ ॥

Ô roi, en entendant cela, le très puissant Garuḍa, si cher au Seigneur Suprême, s’emporta de colère. Désireux de tuer Kāliya, il se précipita vers le serpent avec une vitesse prodigieuse.

Verse 6

तमापतन्तं तरसा विषायुध: प्रत्यभ्ययादुत्थितनैकमस्तक: । दद्भ‍ि: सुपर्णं व्यदशद् ददायुध: करालजिह्वोच्छ्वसितोग्रलोचन: ॥ ६ ॥

Lorsque Garuḍa fondit sur lui avec impétuosité, Kāliya, dont l’arme était le poison, dressa ses innombrables têtes pour riposter. Déployant des langues terrifiantes et des yeux farouches, il mordit Suparṇa avec l’arme de ses crocs.

Verse 7

तं तार्क्ष्यपुत्र: स निरस्य मन्युमान् प्रचण्डवेगो मधुसूदनासन: । पक्षेण सव्येन हिरण्यरोचिषा जघान कद्रुसुतमुग्रविक्रम: ॥ ७ ॥

Le fils de Tārkṣya, plein de colère, repoussa l’attaque de Kāliya avec une vitesse foudroyante. Ce porteur de Madhusūdana, d’une puissance redoutable, frappa le fils de Kadru de son aile gauche, brillante comme l’or.

Verse 8

सुपर्णपक्षाभिहत: कालियोऽतीव विह्वल: । ह्रदं विवेश कालिन्द्यास्तदगम्यं दुरासदम् ॥ ८ ॥

Frappé par l’aile de Suparṇa, Kāliya fut profondément bouleversé et se réfugia dans un lac attenant à la Kālinḍī (Yamunā). Garuḍa ne pouvait y pénétrer, ni même s’en approcher.

Verse 9

तत्रैकदा जलचरं गरुडो भक्ष्यमीप्सितम् । निवारित: सौभरिणा प्रसह्य क्षुधितोऽहरत् ॥ ९ ॥

Dans ce même lac, un jour, Garuḍa désira manger un poisson, car le poisson est sa nourriture naturelle. Bien que le sage Saubhari, méditant sous l’eau, le lui eût interdit, Garuḍa, affamé, prit courage et s’empara du poisson de force.

Verse 10

मीनान्सुदु:खितान्‍द‍ृष्ट्वा दीनान्मीनपतौ हते । कृपया सौभरि: प्राह तत्रत्यक्षेममाचरन् ॥ १० ॥

Voyant les poissons malheureux de ce lac accablés de peine après la mort de leur chef, Saubhari, s’imaginant agir par miséricorde pour le bien des habitants du lac, prononça la malédiction suivante.

Verse 11

अत्र प्रविश्य गरुडो यदि मत्स्यान् स खादति । सद्य: प्राणैर्वियुज्येत सत्यमेतद् ब्रवीम्यहम् ॥ ११ ॥

Si Garuḍa pénètre dans ce lac et y mange les poissons, il perdra sur-le-champ la vie. Ce que je dis est vérité.

Verse 12

तत् कालिय: परं वेद नान्य: कश्चन लेलिह: । अवात्सीद् गरुडाद् भीत: कृष्णेन च विवासित: ॥ १२ ॥

Parmi tous les serpents, seul Kāliya comprit pleinement cette affaire; par crainte de Garuḍa, il s’établit dans ce lac de la Yamunā, puis le Seigneur Kṛṣṇa l’en chassa.

Verse 13

कृष्णं ह्रदाद्विनिष्क्रान्तं दिव्यस्रग्गन्धवाससम् । महामणिगणाकीर्णं जाम्बूनदपरिष्कृतम् ॥ १३ ॥ उपलभ्योत्थिता: सर्वे लब्धप्राणा इवासव: । प्रमोदनिभृतात्मानो गोपा: प्रीत्याभिरेभिरे ॥ १४ ॥

Kṛṣṇa s’éleva hors du lac, paré de guirlandes, de parfums et de vêtements divins, étincelant de joyaux précieux et orné d’or. En le voyant, tous les bouviers se dressèrent aussitôt, comme si les sens revenaient à un évanoui; le cœur comblé de joie, ils l’étreignirent avec amour.

Verse 14

कृष्णं ह्रदाद्विनिष्क्रान्तं दिव्यस्रग्गन्धवाससम् । महामणिगणाकीर्णं जाम्बूनदपरिष्कृतम् ॥ १३ ॥ उपलभ्योत्थिता: सर्वे लब्धप्राणा इवासव: । प्रमोदनिभृतात्मानो गोपा: प्रीत्याभिरेभिरे ॥ १४ ॥

Kṛṣṇa s’éleva hors du lac, paré de guirlandes, de parfums et de vêtements divins, étincelant de joyaux précieux et orné d’or. En le voyant, tous les bouviers se dressèrent aussitôt, comme si les sens revenaient à un évanoui; le cœur comblé de joie, ils l’étreignirent avec amour.

Verse 15

यशोदा रोहिणी नन्दो गोप्यो गोपाश्च कौरव । कृष्णं समेत्य लब्धेहा आसन् शुष्का नगा अपि ॥ १५ ॥

Ayant retrouvé leur souffle vital, Yaśodā, Rohiṇī, Nanda et toutes les gopī et gopa s’approchèrent de Kṛṣṇa, ô descendant de Kuru. Même les arbres desséchés reprirent vie.

Verse 16

रामश्चाच्युतमालिङ्‌‌ग्य जहासास्यानुभाववित् । प्रेम्णा तमङ्कमारोप्य पुन: पुनरुदैक्षत । गावो वृषा वत्सतर्यो लेभिरे परमां मुदम् ॥ १६ ॥

Balarāma étreignit son frère infaillible, Acyuta, et se mit à rire, connaissant l’étendue de la puissance de Kṛṣṇa. Par amour, il le plaça sur ses genoux et le contempla maintes fois; vaches, taureaux et jeunes génisses goûtèrent eux aussi la joie suprême.

Verse 17

नन्दं विप्रा: समागत्य गुरव: सकलत्रका: । ऊचुस्ते कालियग्रस्तो दिष्ट्या मुक्तस्तवात्मज: ॥ १७ ॥

Tous les brāhmaṇas respectables, avec leurs épouses, s’avancèrent vers Nanda Mahārāja et lui dirent : « Ton fils était sous l’emprise de Kāliya, mais par la grâce de la Providence il est maintenant délivré ».

Verse 18

देहि दानं द्विजातीनां कृष्णनिर्मुक्तिहेतवे । नन्द: प्रीतमना राजन् गा: सुवर्णं तदादिशत् ॥ १८ ॥

Les brāhmaṇas conseillèrent à Nanda Mahārāja : « Pour que Kṛṣṇa demeure toujours à l’abri du danger, fais l’aumône aux dvijas. » Ô Roi, le cœur comblé, Nanda offrit avec joie des vaches et de l’or.

Verse 19

यशोदापि महाभागा नष्टलब्धप्रजा सती । परिष्वज्याङ्कमारोप्य मुमोचाश्रुकलां मुहु: ॥ १९ ॥

La très fortunée mère Yaśodā, après avoir perdu son fils puis l’avoir retrouvé, le plaça sur ses genoux et l’étreignit sans cesse ; cette chaste dame versa des flots de larmes à répétition.

Verse 20

तां रात्रिं तत्र राजेन्द्र क्षुत्तृड्भ्यां श्रमकर्षिता: । ऊषुर्व्रयौकसो गाव: कालिन्द्या उपकूलत: ॥ २० ॥

Ô meilleur des rois ! Épuisés par la faim, la soif et la fatigue, les habitants de Vraja et les vaches passèrent la nuit sur place, couchés près de la rive de la Kālindī (Yamunā).

Verse 21

तदा शुचिवनोद्भ‍ूतो दावाग्नि: सर्वतो व्रजम् । सुप्तं निशीथ आवृत्य प्रदग्धुमुपचक्रमे ॥ २१ ॥

Alors, du bois desséché surgit un vaste incendie; au cœur de la nuit, tandis que Vraja dormait, le feu les encercla de toutes parts et commença à les brûler.

Verse 22

तत उत्थाय सम्भ्रान्ता दह्यमाना व्रजौकस: । कृष्णं ययुस्ते शरणं मायामनुजमीश्वरम् ॥ २२ ॥

Alors, les habitants de Vraja se réveillèrent, bouleversés en se sentant brûler, et coururent se réfugier auprès de Kṛṣṇa, le Seigneur Suprême, qui par Sa puissance spirituelle apparaissait comme un simple homme.

Verse 23

कृष्ण कृष्ण महाभाग हे रामामितविक्रम । एष घोरतमो वह्निस्तावकान् ग्रसते हि न: ॥ २३ ॥

Les habitants de Vraja s’écrièrent : « Kṛṣṇa, Kṛṣṇa, ô Seigneur fortuné ! Ô Rāma à la vaillance sans mesure ! Ce feu, le plus terrible, va nous dévorer, nous Tes dévots ! »

Verse 24

सुदुस्तरान्न: स्वान् पाहि कालाग्ने: सुहृद: प्रभो । न शक्नुमस्त्वच्चरणं सन्त्यक्तुमकुतोभयम् ॥ २४ ॥

Ô Seigneur ! Nous sommes les Tiens, Tes amis et Tes dévots. Protège-nous de ce feu de la mort, si difficile à traverser. Nous ne pouvons abandonner Tes pieds de lotus, qui chassent toute crainte.

Verse 25

इत्थं स्वजनवैक्लव्यं निरीक्ष्य जगदीश्वर: । तमग्निमपिबत्तीव्रमनन्तोऽनन्तशक्तिधृक् ॥ २५ ॥

Voyant Ses dévots si bouleversés, Śrī Kṛṣṇa, le Seigneur infini de l’univers, détenteur d’une puissance sans bornes, avala ce terrible feu de forêt.

Frequently Asked Questions

Kāliya provoked Garuḍa by consuming the serpents’ monthly tribute offerings meant to purchase protection. When Garuḍa attacked, Kāliya fled to a lake near the Yamunā that Garuḍa could not enter because Saubhari Muni had cursed Garuḍa to die if he returned there to eat fish. Knowing of this curse, Kāliya exploited the restricted zone as a refuge—until Kṛṣṇa removed him.

Garuḍa’s hostility is framed as enforcement of an agreed dharmic arrangement: the serpents offered regular tribute in exchange for restraint from predation. Kāliya’s theft of the offerings was direct defiance (dharma-bhaṅga) and personal insult to Garuḍa, prompting Garuḍa’s swift attempt to kill him.

Saubhari Muni is a sage performing meditation within the lake. When Garuḍa, driven by hunger, seized a fish despite Saubhari’s prohibition, the sage—believing he was protecting the lake’s residents—pronounced a curse that Garuḍa would die if he ever again entered that lake to eat fish. The episode illustrates the power of tapas and the complex outcomes of ‘protective’ action mixed with limited vision.

After Kṛṣṇa’s deliverance, the brāhmaṇas recommend dāna as a dharmic reinforcement of auspiciousness and social-spiritual reciprocity, expressing gratitude and invoking protective blessings. In Bhāgavata ethics, such acts support communal order while acknowledging that ultimate protection (poṣaṇa) still rests with Bhagavān.

When a sudden fire surrounded the sleeping Vrajavāsīs, they awoke and took shelter of Kṛṣṇa, praying as devotees. Kṛṣṇa then swallowed the fire, demonstrating effortless lordship and intimate guardianship. Theologically, the episode dramatizes āśraya-tattva: surrender to Kṛṣṇa neutralizes seemingly insurmountable threats, including the ‘fire’ of mortal fear.