Adhyaya 3
Chaturtha SkandhaAdhyaya 325 Verses

Adhyaya 3

Satī Desires to Attend Dakṣa’s Sacrifice; Śiva Warns Against the Pain of Relatives’ Insults

Le chapitre poursuit la tension ancienne entre Dakṣa et son gendre Śiva. Dakṣa, investi comme chef des Prajāpatis, s’enfle d’orgueil et célèbre de grands sacrifices (vājapeya et bṛhaspati-sava), attirant ṛṣis, pitṛs, devas et leurs épouses parées de tout l’univers. Satī entend des propos célestes et voit le cortège des dames divines se rendre au yajña de son père ; émue par l’affection familiale et l’attente sociale, elle demande à Śiva de l’accompagner, soutenant qu’on peut visiter la maison paternelle même sans invitation. Śiva répond par une éthique lucide des fréquentations : aller vers l’envieux appelle le malheur, et les paroles dures des proches blessent plus profondément que les flèches des ennemis. Il diagnostique l’aveuglement de Dakṣa—orgueil de l’instruction, de l’austérité, de la richesse, de la beauté, de la jeunesse et de la lignée—et oppose les convenances du corps au respect transcendant offert au Paramātmā présent en tous. Proclamant son hommage constant à Vāsudeva dans une conscience pure, Śiva avertit Satī que l’envie de Dakṣa se changera en humiliation pour elle, et qu’une telle offense venant des siens peut être « égale à la mort », annonçant la catastrophe à venir au sacrifice.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच सदा विद्विषतोरेवं कालो वै ध्रियमाणयो: । जामातु: श्वशुरस्यापि सुमहानतिचक्रमे ॥ १ ॥

Maitreya poursuivit : Ainsi, la tension entre le beau-père et le gendre—Dakṣa et le Seigneur Śiva—se maintint durant une très longue période.

Verse 2

यदाभिषिक्तो दक्षस्तु ब्रह्मणा परमेष्ठिना । प्रजापतीनां सर्वेषामाधिपत्ये स्मयोऽभवत् ॥ २ ॥

Lorsque Brahmā, le Paramesthī, consacra Dakṣa comme chef de tous les Prajāpatis, Dakṣa s’enfla d’un grand orgueil.

Verse 3

इष्ट्वा स वाजपेयेन ब्रह्मिष्ठानभिभूय च । बृहस्पतिसवं नाम समारेभे क्रतूत्तमम् ॥ ३ ॥

Dakṣa accomplit le sacrifice vājapeya et, fort du soutien du Seigneur Brahmā, devint d’une assurance excessive. Il entreprit ensuite un autre grand sacrifice, nommé bṛhaspati-sava, le plus excellent des rites.

Verse 4

तस्मिन्ब्रह्मर्षय: सर्वे देवर्षिपितृदेवता: । आसन् कृतस्वस्त्ययनास्तत्पत्‍न्यश्च सभर्तृका: ॥ ४ ॥

Pendant que le sacrifice se déroulait, tous les brahmarṣis, les devarṣis, les divinités ancestrales et les autres demi-dieux étaient présents. Après les rites d’auspice, leurs épouses vinrent aussi, parées d’ornements, aux côtés de leurs maris.

Verse 5

तदुपश्रुत्य नभसि खेचराणां प्रजल्पताम् । सती दाक्षायणी देवी पितृयज्ञमहोत्सवम् ॥ ५ ॥ व्रजन्ती: सर्वतो दिग्भ्य उपदेववरस्त्रिय: । विमानयाना: सप्रेष्ठा निष्ककण्ठी: सुवासस: ॥ ६ ॥ दृष्ट्वा स्वनिलयाभ्याशे लोलाक्षीर्मृष्टकुण्डला: । पतिं भूतपतिं देवमौत्सुक्यादभ्यभाषत ॥ ७ ॥

Entendant dans le ciel les propos des êtres célestes qui volaient, la chaste Satī, fille de Dakṣa, apprit la grande fête du sacrifice aux ancêtres que son père accomplissait. Elle vit alors, de toutes les directions, les belles épouses des demi-dieux, montées sur des vimānas avec leurs bien-aimés, vêtues de riches étoffes et parées de colliers, boucles d’oreilles et pendentifs, passer près de sa demeure en route vers le sacrifice. Saisie d’empressement et d’inquiétude, Satī s’approcha de son époux, le maître des bhūtas, le deva Śaṅkara, et lui parla ainsi.

Verse 6

तदुपश्रुत्य नभसि खेचराणां प्रजल्पताम् । सती दाक्षायणी देवी पितृयज्ञमहोत्सवम् ॥ ५ ॥ व्रजन्ती: सर्वतो दिग्भ्य उपदेववरस्त्रिय: । विमानयाना: सप्रेष्ठा निष्ककण्ठी: सुवासस: ॥ ६ ॥ दृष्ट्वा स्वनिलयाभ्याशे लोलाक्षीर्मृष्टकुण्डला: । पतिं भूतपतिं देवमौत्सुक्यादभ्यभाषत ॥ ७ ॥

Entendant dans le ciel les propos des êtres célestes qui volaient, la chaste Satī, fille de Dakṣa, apprit la grande fête du sacrifice aux ancêtres que son père accomplissait. Elle vit alors, de toutes les directions, les belles épouses des demi-dieux, montées sur des vimānas avec leurs bien-aimés, vêtues de riches étoffes et parées de colliers, boucles d’oreilles et pendentifs, passer près de sa demeure en route vers le sacrifice. Saisie d’empressement et d’inquiétude, Satī s’approcha de son époux, le maître des bhūtas, le deva Śaṅkara, et lui parla ainsi.

Verse 7

तदुपश्रुत्य नभसि खेचराणां प्रजल्पताम् । सती दाक्षायणी देवी पितृयज्ञमहोत्सवम् ॥ ५ ॥ व्रजन्ती: सर्वतो दिग्भ्य उपदेववरस्त्रिय: । विमानयाना: सप्रेष्ठा निष्ककण्ठी: सुवासस: ॥ ६ ॥ दृष्ट्वा स्वनिलयाभ्याशे लोलाक्षीर्मृष्टकुण्डला: । पतिं भूतपतिं देवमौत्सुक्यादभ्यभाषत ॥ ७ ॥

Entendant dans le ciel les propos des êtres célestes qui volaient, la chaste Satī, fille de Dakṣa, apprit la grande fête du sacrifice aux ancêtres que son père accomplissait. Elle vit alors, de toutes les directions, les belles épouses des demi-dieux, montées sur des vimānas avec leurs bien-aimés, vêtues de riches étoffes et parées de colliers, boucles d’oreilles et pendentifs, passer près de sa demeure en route vers le sacrifice. Saisie d’empressement et d’inquiétude, Satī s’approcha de son époux, le maître des bhūtas, le deva Śaṅkara, et lui parla ainsi.

Verse 8

सत्युवाच प्रजापतेस्ते श्वशुरस्य साम्प्रतं निर्यापितो यज्ञमहोत्सव: किल । वयं च तत्राभिसराम वाम ते यद्यर्थितामी विबुधा व्रजन्ति हि ॥ ८ ॥

Satī dit : Ô Śiva bien-aimé, ton beau-père, le Prajāpati, accomplit en ce moment un grand sacrifice solennel. Tous les demi-dieux, invités par lui, s’y rendent. Si tu le souhaites, nous pouvons y aller aussi.

Verse 9

तस्मिन्भगिन्यो मम भर्तृभि: स्वकै- र्ध्रुवं गमिष्यन्ति सुहृद्दिद‍ृक्षव: । अहं च तस्मिन्भवताभिकामये सहोपनीतं परिबर्हमर्हितुम् ॥ ९ ॥

À ce sacrifice, mes sœurs seront sûrement parties avec leurs époux, désireuses de revoir leurs proches. Moi aussi, je souhaite me parer des ornements donnés par mon père et aller avec toi pour prendre part à cette assemblée.

Verse 10

तत्र स्वसृर्मे ननु भर्तृसम्मिता मातृष्वसृ: क्लिन्नधियं च मातरम् । द्रक्ष्ये चिरोत्कण्ठमना महर्षिभि- रुन्नीयमानं च मृडाध्वरध्वजम् ॥ १० ॥

Là-bas se trouveront mes sœurs, les sœurs de ma mère avec leurs époux, et ma mère aimante, que je brûle de revoir depuis longtemps. Je pourrai aussi contempler le sacrifice accompli par les grands sages et les étendards flottant au vent. C’est pourquoi, ô cher époux, je suis très impatiente d’y aller.

Verse 11

त्वय्येतदाश्चर्यमजात्ममायया विनिर्मितं भाति गुणत्रयात्मकम् । तथाप्यहं योषिदतत्त्वविच्च ते दीना दिद‍ृक्षे भव मे भवक्षितिम् ॥ ११ ॥

Cet univers manifesté est une merveille née de la māyā du Seigneur Suprême, tissée des trois guṇa — tu en connais parfaitement la vérité. Pourtant je ne suis qu’une femme humble, peu instruite du tattva. Aussi désiré-je revoir une fois encore ma terre natale ; accorde-moi la permission d’y aller.

Verse 12

पश्य प्रयान्तीरभवान्ययोषितो ऽप्यलड़्क़ृता: कान्तसखा वरूथश: । यासां व्रजद्‌भि: शितिकण्ठ मण्डितं नभो विमानै: कलहंसपाण्डुभि: ॥ १२ ॥

Vois, ô Inengendré, ô Gorge-Bleue : non seulement mes proches, mais aussi d’autres femmes, vêtues de beaux habits et parées de bijoux, s’y rendent par groupes avec leurs époux et leurs compagnes. Leurs aéronefs blancs, semblables à des cygnes, ont rendu tout le ciel splendide.

Verse 13

कथं सुताया: पितृगेहकौतुकं निशम्य देह: सुरवर्य नेङ्गते । अनाहुता अप्यभियन्ति सौहृदं भर्तुर्गुरोर्देहकृतश्च केतनम् ॥ १३ ॥

Ô le meilleur des devas, comment le corps d’une fille pourrait-il rester impassible en apprenant qu’une fête se tient dans la maison de son père ? Même sans invitation, il n’y a pas de faute à se rendre chez un ami, un époux, un maître spirituel ou son père.

Verse 14

तन्मे प्रसीदेदममर्त्य वाञ्छितं कर्तुं भवान्कारुणिको बतार्हति । त्वयात्मनोऽर्धेऽहमदभ्रचक्षुषा निरूपिता मानुगृहाण याचित: ॥ १४ ॥

Ô Śiva immortel, sois bienveillant envers moi et accomplis mon désir. Tu m’as acceptée comme la moitié de ton propre corps; ainsi, par compassion, accueille ma requête.

Verse 15

ऋषिरुवाच एवं गिरित्र: प्रिययाभिभाषित: प्रत्यभ्यधत्त प्रहसन् सुहृत्प्रिय: । संस्मारितो मर्मभिद: कुवागिषून् यानाह को विश्वसृजां समक्षत: ॥ १५ ॥

Le grand sage Maitreya dit : Ainsi interpellé par son épouse bien-aimée, le seigneur Śiva, protecteur du Kailāsa, répondit en souriant; mais, en même temps, il se souvint des paroles malveillantes et perçantes que Dakṣa avait proférées devant les gardiens des affaires de l’univers.

Verse 16

श्रीभगवानुवाच त्वयोदितं शोभनमेव शोभने अनाहुता अप्यभियन्ति बन्धुषु । ते यद्यनुत्पादितदोषद‍ृष्टयो बलीयसानात्म्यमदेन मन्युना ॥ १६ ॥

Le grand Seigneur répondit : Ô belle épouse, tu as raison de dire qu’on peut aller chez les proches même sans invitation; mais seulement s’ils ne cherchent pas de faute par identification au corps et ne s’enflamment pas de colère par cet orgueil.

Verse 17

विद्यातपोवित्तवपुर्वय:कुलै: सतां गुणै: षड्‌भिरसत्तमेतरै: । स्मृतौ हतायां भृतमानदुर्दृश: स्तब्धा न पश्यन्ति हि धाम भूयसाम् ॥ १७ ॥

Éducation, austérité, richesse, beauté, jeunesse et lignée : ces six qualités sont celles des êtres élevés; mais celui qui s’en enorgueillit devient aveugle, perd le bon sens et ne peut goûter la gloire des grandes âmes.

Verse 18

नैताद‍ृशानां स्वजनव्यपेक्षया गृहान्प्रतीयादनवस्थितात्मनाम् । येऽभ्यागतान् वक्रधियाभिचक्षते आरोपितभ्रूभिरमर्षणाक्षिभि: ॥ १८ ॥

On ne doit pas se rendre chez des gens au mental instable, même s’ils sont des proches; car ils regardent l’hôte avec une pensée tordue, les sourcils levés et des yeux courroucés.

Verse 19

तथारिभिर्न व्यथते शिलीमुखै: शेतेऽर्दिताङ्गो हृदयेन दूयता । स्वानां यथा वक्रधियां दुरुक्तिभि- र्दिवानिशं तप्यति मर्मताडित: ॥ १९ ॥

Même blessé par les flèches d’un ennemi, on n’est pas aussi affligé que lorsqu’on est tranché par les paroles dures d’un proche; cette douleur perce le plus intime et déchire le cœur jour et nuit.

Verse 20

व्यक्तं त्वमुत्कृष्टगते: प्रजापते: प्रियात्मजानामसि सुभ्रु मे मता । तथापि मानं न पितु: प्रपत्स्यसे मदाश्रयात्क: परितप्यते यत: ॥ २० ॥

Ô mon épouse au teint clair, il est manifeste qu’entre les filles de Dakṣa Prajāpati tu es la plus chérie; pourtant, parce que tu es sous mon refuge, tu ne recevras pas d’honneur dans la maison de ton père, et tu souffriras plutôt d’être liée à moi.

Verse 21

पापच्यमानेन हृदातुरेन्द्रिय: समृद्धिभि: पूरुषबुद्धिसाक्षिणाम् । अकल्प एषामधिरोढुमञ्जसा परं पदं द्वेष्टि यथासुरा हरिम् ॥ २१ ॥

Celui que mène le faux ego demeure sans cesse tourmenté dans l’esprit et les sens; il ne supporte pas l’opulence des êtres réalisés. Incapable de s’élever à ce degré, il les envie comme les asuras envient Hari, la Suprême Personne divine.

Verse 22

प्रत्युद्गमप्रश्रयणाभिवादनं विधीयते साधु मिथ: सुमध्यमे । प्राज्ञै: परस्मै पुरुषाय चेतसा गुहाशयायैव न देहमानिने ॥ २२ ॥

Ô mon épouse à la taille gracieuse, entre amis et parents il convient de se lever, d’accueillir et d’échanger des salutations et des révérences. Mais les sages, établis sur le plan transcendant, offrent ce respect par l’esprit au Paramātmā, le Purusha suprême assis secrètement dans le corps, et non à celui qui s’identifie au corps.

Verse 23

सत्त्वं विशुद्धं वसुदेवशब्दितं यदीयते तत्र पुमानपावृत: । सत्त्वे च तस्मिन्भगवान्वासुदेवो ह्यधोक्षजो मे नमसा विधीयते ॥ २३ ॥

La sattva parfaitement pure, dite « Vāsudeva », est celle où l’Être se révèle sans voile. Dans cette conscience immaculée, j’offre sans cesse mes hommages au Seigneur Vāsudeva, l’Adhokṣaja.

Verse 24

तत्ते निरीक्ष्यो न पितापि देहकृद् दक्षो मम द्विट्‌तदनुव्रताश्च ये । यो विश्वसृग्यज्ञगतं वरोरु मा- मनागसं दुर्वचसाकरोत्तिर: ॥ २४ ॥

Ainsi, tu ne dois pas voir même ton père Dakṣa, bien qu’il t’ait donné ce corps, car lui et ses partisans me jalousent. Ô vénérable, par envie il m’a outragé par des paroles cruelles dans l’assemblée du yajña de Viśvasṛj, alors que je suis sans faute.

Verse 25

यदि व्रजिष्यस्यतिहाय मद्वचो भद्रं भवत्या न ततो भविष्यति । सम्भावितस्य स्वजनात्पराभवो यदा स सद्यो मरणाय कल्पते ॥ २५ ॥

Si malgré cela tu décides d’y aller en négligeant mes paroles, l’avenir ne te sera pas favorable. Tu es très respectable; et lorsqu’un affront vient des siens, cet affront devient aussitôt comme la mort.

Frequently Asked Questions

Satī is moved by natural filial emotion and social dharma: hearing of festivity at her father’s home and seeing other devas’ wives traveling, she longs to meet sisters, maternal relatives, and witness the sacrificial grandeur. She also reasons that a father, like a friend, husband, or guru, may be approached without formal invitation—an appeal grounded in customary etiquette and familial intimacy.

Śiva reads the underlying consciousness: Dakṣa’s pride and envy make him likely to dishonor Satī because she is Śiva’s wife. Śiva teaches that association with the envious is spiritually and emotionally dangerous; insults from relatives pierce more deeply than attacks from enemies. His warning is also theological: when ritual is driven by bodily identification and ego, it becomes a venue for aparādha, not purification.

Śiva distinguishes social courtesies from spiritual vision: the truly intelligent offer respect to the Supersoul (Paramātmā) seated within all bodies, not merely to the external person identified with the body. He frames his own practice as constant obeisance to Vāsudeva in pure Kṛṣṇa consciousness, where the Lord is revealed without covering.

The six—education, austerity, wealth, beauty, youth, and heritage—are ordinarily signs of elevation, but when possessed with pride they produce blindness and loss of discernment. In Dakṣa’s case, these become fuel for superiority and contempt toward a self-realized personality (Śiva), demonstrating the Bhāgavata’s critique of prestige divorced from humility and devotion.