
Purañjana Captivated by Lust; Time (Caṇḍavega) and Old Age (Kālakanyā) Begin the Siege
Poursuivant l’enseignement allégorique de Nārada au roi Prācīnabarhiṣat, ce chapitre décrit l’enlisement du roi Purañjana dans l’attachement conjugal : fasciné par sa reine, il perd le discernement et ne voit pas que les jours et les nuits réduisent silencieusement sa durée de vie. Absorbé par les plaisirs des sens et par une religiosité tournée vers les fruits, il engendre une progéniture immense et se trouve davantage lié par les possessions, l’expansion familiale et des sacrifices de karma-kāṇḍa teintés de violence. Le récit se tourne ensuite vers l’inéluctable : Caṇḍavega, roi des Gandharvas (symbole de la marche des jours), avec 360 soldats et leurs contreparties féminines (jours et nuits), pille sans cesse la cité de jouissance. Le serpent protecteur à cinq capuchons résiste « cent ans » puis s’affaiblit, signe du déclin du prāṇa et des défenses du corps. À l’approche de la mort, la Vieillesse—Kālakanyā, fille du Temps—parcourt les trois mondes en quête d’un époux ; tous la repoussent, et elle s’unit finalement au roi yavana Bhaya (la Peur). Leur alliance, avec Prajvāra (la fièvre) et des troupes, prépare le chapitre suivant : l’assaut accru contre la cité-corps de Purañjana et l’effondrement inévitable de la sécurité matérielle.
Verse 1
नारद उवाच इत्थं पुरञ्जनं सध्र्यग्वशमानीय विभ्रमै: । पुरञ्जनी महाराज रेमे रमयती पतिम् ॥ १ ॥
Nārada dit : Ô roi, l’ayant égaré de bien des façons et l’ayant soumis à son pouvoir, la reine Purañjanī combla son époux et se réjouit avec lui.
Verse 2
स राजा महिषीं राजन् सुस्नातां रुचिराननाम् । कृतस्वस्त्ययनां तृप्तामभ्यनन्ददुपागताम् ॥ २ ॥
Ô roi, la reine se baigna, se para de vêtements et d’ornements de bon augure, accomplit les rites favorables, mangea jusqu’à satiété puis revint vers le roi. Voyant son visage charmant, il l’accueillit avec dévotion.
Verse 3
तयोपगूढ: परिरब्धकन्धरो रहोऽनुमन्त्रैरपकृष्टचेतन: । न कालरंहो बुबुधे दुरत्ययं दिवा निशेति प्रमदापरिग्रह: ॥ ३ ॥
La reine Purañjanī étreignit le roi, et le roi répondit en entourant ses épaules. Dans la solitude, ils se délectèrent de propos enjoués. Captivé par sa belle épouse, Purañjana perdit le bon sens et n’aperçut pas que le cours des jours et des nuits diminuait sa vie sans profit.
Verse 4
शयान उन्नद्धमदो महामना महार्हतल्पे महिषीभुजोपधि: । तामेव वीरो मनुते परं यत- स्तमोऽभिभूतो न निजं परं च यत् ॥ ४ ॥
Ainsi, de plus en plus submergé par l’illusion, le roi Purañjana, bien qu’éveillé en conscience, demeurait étendu sur un lit somptueux, la tête posée sur les bras de son épouse. Il prit la femme pour son ultime refuge. Vaincu par l’ignorance, il ne comprit ni le soi ni le Seigneur Suprême.
Verse 5
तयैवं रममाणस्य कामकश्मलचेतस: । क्षणार्धमिव राजेन्द्र व्यतिक्रान्तं नवं वय: ॥ ५ ॥
Ô roi Prācīnabarhiṣat, ainsi, l’esprit souillé par le désir et les suites du péché, le roi Purañjana se livra aux plaisirs avec son épouse, et son âge nouveau, sa jeunesse, s’évanouirent comme en une demi-seconde.
Verse 6
तस्यामजनयत्पुत्रान् पुरञ्जन्यां पुरञ्जन: । शतान्येकादश विराडायुषोऽर्धमथात्यगात् ॥ ६ ॥
Le roi Purañjana engendra, dans le sein de son épouse Purañjanī, mille cent fils ; mais dans ces affaires de maison s’écoula la moitié de sa longue existence.
Verse 7
दुहितृर्दशोत्तरशतं पितृमातृयशस्करी: । शीलौदार्यगुणोपेता: पौरञ्जन्य: प्रजापते ॥ ७ ॥
Ô Prajāpati ! Purañjana engendra aussi cent dix filles, qui accroissaient la renommée du père et de la mère ; douces de conduite, elles étaient dotées de grandeur d’âme et d’autres vertus.
Verse 8
स पञ्चालपति: पुत्रान् पितृवंशविवर्धनान् । दारै: संयोजयामास दुहितृ: सदृशैर्वरै: ॥ ८ ॥
Ensuite, Purañjana, roi du pays de Pañcāla, afin d’accroître la descendance de sa lignée paternelle, maria ses fils à des épouses qualifiées et ses filles à des époux dignes.
Verse 9
पुत्राणां चाभवन्पुत्रा एकैकस्य शतं शतम् । यैर्वै पौरञ्जनो वंश: पञ्चालेषु समेधित: ॥ ९ ॥
De ces fils, chacun eut des centaines et des centaines de fils. Ainsi la lignée de Purañjana prospéra en Pañcāla, et la cité devint surpeuplée.
Verse 10
तेषु तद्रिक्थहारेषु गृहकोशानुजीविषु । निरूढेन ममत्वेन विषयेष्वन्वबध्यत ॥ १० ॥
Ces fils et petits-fils devinrent, pour ainsi dire, les pillards de ses richesses—maison, trésor, serviteurs et tout l’attirail—; pourtant l’attachement de Purañjana à ces objets était profondément enraciné.
Verse 11
ईजे च क्रतुभिर्घोरैर्दीक्षित: पशुमारकै: । देवान् पितृन् भूतपतीन्नानाकामो यथा भवान् ॥ ११ ॥
Nārada dit : Ô roi Prācīnabarhiṣat, tout comme toi, le roi Purañjana s’enchevêtra dans d’innombrables désirs. Ainsi il vénéra les demi-dieux, les ancêtres et les chefs de la société par divers sacrifices terrifiants, inspirés par le désir de tuer des animaux.
Verse 12
युक्तेष्वेवं प्रमत्तस्य कुटुम्बासक्तचेतस: । आससाद स वै कालो योऽप्रिय: प्रिययोषिताम् ॥ १२ ॥
Ainsi, Purañjana, absorbé par les actes intéressés, attaché aux siens et enivré d’une conscience souillée, fut finalement rejoint par le Temps, si peu aimé de ceux qui s’agrippent aux choses matérielles.
Verse 13
चण्डवेग इति ख्यातो गन्धर्वाधिपतिर्नृप । गन्धर्वास्तस्य बलिन: षष्ट्युत्तरशतत्रयम् ॥ १३ ॥
Ô roi ! Dans le Gandharvaloka se trouve un roi nommé Caṇḍavega. Sous son autorité se tiennent 360 soldats gandharvas d’une grande puissance.
Verse 14
गन्धर्व्यस्तादृशीरस्य मैथुन्यश्च सितासिता: । परिवृत्त्या विलुम्पन्ति सर्वकामविनिर्मिताम् ॥ १४ ॥
Avec Caṇḍavega se trouvaient autant de gandharvīs que de soldats, blanches et noires (jour et nuit). Par leur ronde incessante, elles pillaient tout l’attirail destiné aux plaisirs des sens.
Verse 15
ते चण्डवेगानुचरा: पुरञ्जनपुरं यदा । हर्तुमारेभिरे तत्र प्रत्यषेधत्प्रजागर: ॥ १५ ॥
Lorsque Caṇḍavega et ses suivants commencèrent à piller la cité de Purañjana, un serpent à cinq têtes nommé Prajāgara se mit à les repousser afin de protéger la ville.
Verse 16
स सप्तभि: शतैरेको विंशत्या च शतं समा: । पुरञ्जनपुराध्यक्षो गन्धर्वैर्युयुधे बली ॥ १६ ॥
Le serpent à cinq têtes, intendant et protecteur de la cité du roi Purañjana, combattit seul les Gandharvas —au nombre de sept cent vingt— durant cent années, avec grande vaillance.
Verse 17
क्षीयमाणे स्वसम्बन्धे एकस्मिन् बहुभिर्युधा । चिन्तां परां जगामार्त: सराष्ट्रपुरबान्धव: ॥ १७ ॥
Contraint de combattre seul tant de vaillants guerriers, le serpent à cinq têtes s’affaiblit grandement. Voyant son ami le plus intime dépérir, le roi Purañjana, avec ses proches et les habitants du royaume et de la cité, fut saisi d’une vive inquiétude.
Verse 18
स एव पुर्यां मधुभुक्पञ्चालेषु स्वपार्षदै: । उपनीतं बलिं गृह्णन् स्त्रीजितो नाविदद्भयम् ॥ १८ ॥
Le roi Purañjana percevait les tributs dans la cité de Pañcāla et, avec ses compagnons, s’abandonnait aux plaisirs des sens. Entièrement soumis aux femmes, il ne vit pas que sa vie s’écoulait et que la mort approchait.
Verse 19
कालस्य दुहिता काचित्त्रिलोकीं वरमिच्छती । पर्यटन्ती न बर्हिष्मन् प्रत्यनन्दत कश्चन ॥ १९ ॥
Mon cher roi Prācīnabarhiṣat, en ce temps-là la fille du redoutable Temps parcourait les trois mondes en quête d’époux. Nul ne voulut l’accepter; pourtant, elle vint.
Verse 20
दौर्भाग्येनात्मनो लोके विश्रुता दुर्भगेति सा । या तुष्टा राजर्षये तु वृतादात्पूरवे वरम् ॥ २० ॥
La fille du Temps était fort infortunée; ainsi fut-elle connue dans le monde sous le nom de Durbhagā, « la malchanceuse ». Pourtant, un jour elle se plut à un grand roi-sage; parce qu’il l’accepta, elle accorda à Pūru une bénédiction éminente.
Verse 21
कदाचिदटमाना सा ब्रह्मलोकान्महीं गतम् । वव्रे बृहद्व्रतं मां तु जानती काममोहिता ॥ २१ ॥
Un jour, je descendis sur la terre depuis Brahmaloka. Alors Kālakanyā, la fille du Temps qui errait à travers l’univers, me rencontra. Me sachant brahmacārī aux vœux fermes, elle fut troublée par le désir et me demanda de l’accepter.
Verse 22
मयि संरभ्य विपुलमदाच्छापं सुदु:सहम् । स्थातुमर्हसि नैकत्र मद्याच्ञाविमुखो मुने ॥ २२ ॥
Quand je refusai sa demande, elle s’emporta contre moi et me lança une malédiction terrible. Elle dit : « Ô muni, pour avoir rejeté ma requête, tu ne pourras demeurer longtemps en un seul lieu. »
Verse 23
ततो विहतसङ्कल्पा कन्यका यवनेश्वरम् । मयोपदिष्टमासाद्य वव्रे नाम्ना भयं पतिम् ॥ २३ ॥
Ainsi déçue par moi, avec ma permission la jeune fille s’approcha du roi des Yavanas, nommé Bhaya, « la Peur », et l’accepta pour époux.
Verse 24
ऋषभं यवनानां त्वां वृणे वीरेप्सितं पतिम् । सङ्कल्पस्त्वयि भूतानां कृत: किल न रिष्यति ॥ २४ ॥
S’approchant du roi des Yavanas, Kālakanyā lui dit : « Ô héros, tu es le meilleur parmi les Yavanas ; je te choisis pour époux selon mon désir. Je sais que nul n’est déçu lorsqu’il se lie d’amitié avec toi. »
Verse 25
द्वाविमावनुशोचन्ति बालावसदवग्रहौ । यल्लोकशास्त्रोपनतं न राति न तदिच्छति ॥ २५ ॥
Celui qui ne fait pas l’aumône selon l’usage et les prescriptions des Écritures, et celui qui ne l’accepte pas ainsi, tous deux demeurent dans le mode de l’ignorance et suivent la voie des insensés. Assurément, à la fin ils se lamenteront.
Verse 26
अथो भजस्व मां भद्र भजन्तीं मे दयां कुरु । एतावान् पौरुषो धर्मो यदार्ताननुकम्पते ॥ २६ ॥
Kālakanyā poursuivit : Ô noble seigneur, je suis maintenant présente devant toi pour te servir. Accepte-moi, je t'en prie, et montre-moi ta miséricorde. Le plus grand devoir d'un gentilhomme est d'être compatissant envers une personne en détresse.
Verse 27
कालकन्योदितवचो निशम्य यवनेश्वर: । चिकीर्षुर्देवगुह्यं स सस्मितं तामभाषत ॥ २७ ॥
Après avoir entendu la déclaration de Kālakanyā, fille du Temps, le roi des Yavanas se mit à sourire et à concevoir un moyen d'exécuter son devoir confidentiel au nom de la providence. Il s'adressa ensuite à Kālakanyā comme suit.
Verse 28
मया निरूपितस्तुभ्यं पतिरात्मसमाधिना । नाभिनन्दति लोकोऽयं त्वामभद्रामसम्मताम् ॥ २८ ॥
Le roi des Yavanas répondit : Après mûre réflexion, j'ai trouvé un mari pour toi. En fait, pour tout le monde, tu es de mauvais augure et malfaisante. Puisque personne ne t'aime, comment quelqu'un pourrait-il t'accepter comme épouse ?
Verse 29
त्वमव्यक्तगतिर्भुङ्क्ष्व लोकं कर्मविनिर्मितम् । या हि मे पृतनायुक्ता प्रजानाशं प्रणेष्यसि ॥ २९ ॥
Ce monde est le produit d'activités intéressées. Par conséquent, tu peux attaquer imperceptiblement les gens en général. Aidée par mes soldats, tu peux les tuer sans opposition.
Verse 30
प्रज्वारोऽयं मम भ्राता त्वं च मे भगिनी भव । चराम्युभाभ्यां लोकेऽस्मिन्नव्यक्तो भीमसैनिक: ॥ ३० ॥
Le roi des Yavanas poursuivit : Voici mon frère Prajvāra. Je t'accepte maintenant comme ma sœur. Je vous emploierai tous les deux, ainsi que mes dangereux soldats, pour agir imperceptiblement dans ce monde.
Caṇḍavega allegorically represents the force of time acting through the cycle of days. His 360 powerful Gandharvas indicate the days of the year, and their corresponding female Gandharvīs indicate the nights. Together they ‘plunder’ the city by steadily consuming the jīva’s allotted lifespan, regardless of the resident’s plans for enjoyment.
In the allegory, the five-hooded serpent signifies the body’s vital force and protective functions—often explained as the pañca-prāṇa (five life-airs) or the life-breath system sustaining the ‘city.’ Its long struggle with time indicates that vitality can resist decline for a period, but inevitably weakens under the relentless passage of kāla.
Kālakanyā personifies old age, which is universally unwelcome because it diminishes beauty, strength, and sense enjoyment. Her marriage to Bhaya (Fear) conveys the psychological reality that aging naturally intensifies fear—of loss, disease, dependency, and death. In devotional readings, this warns that ignoring self-realization causes old age and fear to become the governing forces of one’s consciousness.
It portrays Purañjana’s ritual worship of demigods, forefathers, and leaders as desire-driven and ‘ghastly’ due to animal-killing intent. The critique is not of Vedic order itself, but of ritual performed for sense expansion and prestige. Such acts deepen identification with the body-city and do not stop time’s plunder; only purification of consciousness through devotion and knowledge redirects life toward liberation.