Adhyaya 25
Chaturtha SkandhaAdhyaya 2562 Verses

Adhyaya 25

Nārada Instructs Prācīnabarhiṣat: The Purañjana Narrative Begins (City of Nine Gates)

Après que le Seigneur Śiva a béni les Pracetās puis a disparu, les princes demeurent dans l’eau pendant dix mille ans, récitant sans cesse les prières de Śiva. Pendant ce temps, leur père, le roi Prācīnabarhiṣat, intensifie des sacrifices visant des fruits karmiques. Voyant l’enchevêtrement du roi dans le karma et la violence implicite des yajñas, le sage Nārada s’approche par compassion et met en cause l’idée que l’action rituelle puisse délivrer de la misère et procurer un bonheur durable. Il l’avertit en révélant les animaux sacrifiés qui attendent leur vengeance—une critique éthique et karmique destinée à éveiller le vairāgya. Pour le tourner vers l’ātma-tattva, Nārada introduit une ancienne allégorie : le roi Purañjana et son ami énigmatique Avijñāta. Purañjana erre en quête d’accomplissement, découvre une cité splendide aux neuf portes et rencontre une femme fascinante gardée par un serpent à cinq capuchons ; elle lui promet cent ans de jouissance des sens. Le chapitre pose l’architecture allégorique (corps, sens, mental, prāṇa, compagnons) et décrit comment le jīva se trouve de plus en plus captif par identification et imitation. Il prépare ainsi les chapitres suivants à décoder les portes de la cité, les déplacements du roi et les conséquences de l’absorption dans les plaisirs du foyer.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच इति सन्दिश्य भगवान् बार्हिषदैरभिपूजित: । पश्यतां राजपुत्राणां तत्रैवान्तर्दधे हर: ॥ १ ॥

Maitreya dit : Après avoir ainsi donné ses instructions, le Seigneur Hara (Śiva) fut honoré avec dévotion et respect par les fils du roi Barhiṣat. Sous les yeux des princes, le Seigneur Śiva disparut sur-le-champ.

Verse 2

रुद्रगीतं भगवत: स्तोत्रं सर्वे प्रचेतस: । जपन्तस्ते तपस्तेपुर्वर्षाणामयुतं जले ॥ २ ॥

Tous les princes Pracetā restèrent debout dans l’eau pendant dix mille ans, récitant sans cesse l’hymne de louange donné par le Seigneur Rudra.

Verse 3

प्राचीनबर्हिषं क्षत्त: कर्मस्वासक्तमानसम् । नारदोऽध्यात्मतत्त्वज्ञ: कृपालु: प्रत्यबोधयत् ॥ ३ ॥

Ô Kṣattā, le roi Prācīnabarhiṣ avait l’esprit attaché aux actes intéressés. Alors Nārada, maître compatissant et connaisseur de la vérité spirituelle, prit pitié du roi et l’éveilla en l’instruisant sur la vie intérieure.

Verse 4

श्रेयस्त्वं कतमद्राजन् कर्मणात्मन ईहसे । दु:खहानि: सुखावाप्ति: श्रेयस्तन्नेह चेष्यते ॥ ४ ॥

Nārada Muni demanda : « Ô roi, quel bien suprême recherches-tu par ces actes intéressés ? Le but majeur de la vie est d’abolir la souffrance et d’obtenir la félicité, mais cela ne s’accomplit pas par le seul karma à fruits. »

Verse 5

राजोवाच न जानामि महाभाग परं कर्मापविद्धधी: । ब्रूहि मे विमलं ज्ञानं येन मुच्येय कर्मभि: ॥ ५ ॥

Le roi répondit : « Ô Nārada, grande âme, mon intelligence est empêtrée dans le karma à fruits; je ne connais donc pas le but ultime. Instruis-moi d’un savoir pur, afin que je sois délivré de l’enchevêtrement des actes intéressés. »

Verse 6

गृहेषु कूटधर्मेषु पुत्रदारधनार्थधी: । न परं विन्दते मूढो भ्राम्यन् संसारवर्त्मसु ॥ ६ ॥

Celui qui ne s’attache qu’à un prétendu devoir domestique—pris dans les fils des enfants, de l’épouse et de la richesse—ne découvre pas le but suprême. Cet insensé erre sur les routes du saṁsāra, revêtant des corps variés.

Verse 7

नारद उवाच भो भो: प्रजापते राजन् पशून् पश्य त्वयाध्वरे । संज्ञापिताञ्जीवसङ्घान्निर्घृणेन सहस्रश: ॥ ७ ॥

Nārada dit : « Ô souverain des sujets, cher roi, vois ces animaux que, dans l’enceinte du sacrifice, tu as immolés par milliers, sans compassion. »

Verse 8

एते त्वां सम्प्रतीक्षन्ते स्मरन्तो वैशसं तव । सम्परेतम् अय:कूटैश्छिन्दन्त्युत्थितमन्यव: ॥ ८ ॥

Tous ces animaux attendent ta mort, se souvenant des sévices que tu leur as infligés. Quand tu auras quitté ce monde, ils te transperceront, furieux, de leurs cornes de fer.

Verse 9

अत्र ते कथयिष्येऽमुमितिहासं पुरातनम् । पुरञ्जनस्य चरितं निबोध गदतो मम ॥ ९ ॥

À ce propos, je vais te raconter une histoire très ancienne concernant le caractère du roi nommé Purañjana. Écoute-moi avec une grande attention.

Verse 10

आसीत्पुरञ्जनो नाम राजा राजन् बृहच्छ्रवा: । तस्याविज्ञातनामासीत्सखाविज्ञातचेष्टित: ॥ १० ॥

Ô roi, jadis vécut un souverain nommé Purañjana, renommé pour ses grandes actions. Il avait un ami nommé Avijñāta, dont nul ne pouvait comprendre les actes.

Verse 11

सोऽन्वेषमाण: शरणं बभ्राम पृथिवीं प्रभु: । नानुरूपं यदाविन्ददभूत्स विमना इव ॥ ११ ॥

Cherchant un refuge convenable, il parcourut toute la terre. Ne trouvant aucun lieu à son goût, il devint finalement morose et déçu.

Verse 12

न साधु मेने ता: सर्वा भूतले यावती: पुर: । कामान् कामयमानोऽसौ तस्य तस्योपपत्तये ॥ १२ ॥

Avec des désirs sans limite de jouissance des sens, il ne jugea suffisante aucune cité de la terre pour les combler; partout il ressentit l’insuffisance.

Verse 13

स एकदा हिमवतो दक्षिणेष्वथ सानुषु । ददर्श नवभिर्द्वार्भि: पुरं लक्षितलक्षणाम् ॥ १३ ॥

Un jour, au sud de l’Himalaya, en Bhārata-varṣa, il vit une cité aux neuf portes, marquée de tous les signes de bon augure.

Verse 14

प्राकारोपवनाट्टालपरिखैरक्षतोरणै: । स्वर्णरौप्यायसै: श‍ृङ्गै: सङ्कुलां सर्वतो गृहै: ॥ १४ ॥

Cette cité était entourée de remparts et de jardins, avec des tours, des fossés et des portes gardées. Partout se pressaient des demeures dont les sommets étaient ornés de dômes d’or, d’argent et de fer.

Verse 15

नीलस्फटिकवैदूर्यमुक्तामरकतारुणै: । क्लृप्तहर्म्यस्थलीं दीप्तां श्रिया भोगवतीमिव ॥ १५ ॥

Les sols des demeures étaient faits de saphir, de cristal, de vaidūrya, de perles, d’émeraudes et de rubis. Par l’éclat de ses maisons, la capitale fut comparée à la cité céleste nommée Bhogavatī.

Verse 16

सभाचत्वररथ्याभिराक्रीडायतनापणै: । चैत्यध्वजपताकाभिर्युक्तां विद्रुमवेदिभि: ॥ १६ ॥

Dans cette cité se trouvaient des salles d’assemblée, des places et carrefours, des rues, des lieux de jeu, des tavernes, des maisons de pari, des marchés, des haltes, des sanctuaires, des étendards et des bannières; et des autels de corail l’ornaient. Tout cela entourait et embellissait la ville.

Verse 17

पुर्यास्तु बाह्योपवने दिव्यद्रुमलताकुले । नदद्विहङ्गालिकुलकोलाहलजलाशये ॥ १७ ॥

Aux abords de la cité s’étendait un jardin rempli d’arbres et de lianes merveilleux, entourant un lac charmant. Tout autour, des groupes d’oiseaux et des essaims d’abeilles chantaient et bourdonnaient sans cesse.

Verse 18

हिमनिर्झरविप्रुष्मत्कुसुमाकरवायुना । चलत्प्रवालविटपनलिनीतटसम्पदि ॥ १८ ॥

Les fines gouttelettes des cascades descendant de la montagne enneigée étaient portées par le vent du printemps et aspergeaient les branches des arbres au bord du lac. Les jeunes rameaux rougeâtres, tels du corail, ondoyaient, et la beauté de la rive aux lotus s’en trouvait accrue.

Verse 19

नानारण्यमृगव्रातैरनाबाधे मुनिव्रतै: । आहूतं मन्यते पान्थो यत्र कोकिलकूजितै: ॥ १९ ॥

Dans ce jardin merveilleux, même les bêtes de la forêt devinrent non violentes et sans jalousie, telles de grands munis; ainsi, elles n’attaquaient personne. Par-dessus tout, le chant des coucous semblait convier le voyageur à s’arrêter et se reposer en ce beau verger.

Verse 20

यद‍ृच्छयागतां तत्र ददर्श प्रमदोत्तमाम् । भृत्यैर्दशभिरायान्तीमेकैकशतनायकै: ॥ २० ॥

Tandis qu’il errait dans ce jardin merveilleux, le roi Purañjana aperçut soudain une femme d’une beauté incomparable. Elle marchait sans être engagée en aucune tâche. Dix serviteurs l’accompagnaient, et chacun d’eux était suivi de centaines d’épouses.

Verse 21

पञ्चशीर्षाहिना गुप्तां प्रतीहारेण सर्वत: । अन्वेषमाणामृषभमप्रौढां कामरूपिणीम् ॥ २१ ॥

La femme était gardée de toutes parts par un serpent à cinq têtes, et aussi par un gardien tel un portier. Elle était très belle et jeune; bien qu’elle pût prendre la forme désirée, elle semblait anxieuse de trouver un époux convenable.

Verse 22

सुनासां सुदतीं बालां सुकपोलां वराननाम् । समविन्यस्तकर्णाभ्यां बिभ्रतीं कुण्डलश्रियम् ॥ २२ ॥

Son nez, ses dents et son front étaient d’une grande beauté. Ses joues étaient charmantes et son visage, ravissant. Ses oreilles, bien proportionnées, portaient l’éclat de boucles d’oreilles resplendissantes.

Verse 23

पिशङ्गनीवीं सुश्रोणीं श्यामां कनकमेखलाम् । पद्‌भ्यां क्‍वणद्‌भ्यां चलन्तीं नूपुरैर्देवतामिव ॥ २३ ॥

Sa taille et ses hanches étaient d’une grande beauté. Elle portait un vêtement jaune et une ceinture d’or. En marchant, ses grelots de cheville tintaient; elle semblait une divinité céleste, telle une apsarā.

Verse 24

स्तनौ व्यञ्जितकैशोरौ समवृत्तौ निरन्तरौ । वस्त्रान्तेन निगूहन्तीं व्रीडया गजगामिनीम् ॥ २४ ॥

Cette femme, au pas d’un grand éléphant, par pudeur cherchait sans cesse à couvrir du bord de son sari ses seins juvéniles, ronds, égaux et rapprochés.

Verse 25

तामाह ललितं वीर: सव्रीडस्मितशोभनाम् । स्‍निग्धेनापाङ्गपुङ्खेन स्पृष्ट: प्रेमोद्भ्रमद्भ्रुवा ॥ २५ ॥

Le héros Purañjana s’adressa avec grâce à la jeune fille, embellie d’un sourire timide. Touché par les flèches de son regard oblique, tendre et suave, il fut bouleversé par l’élan de l’amour.

Verse 26

का त्वं कञ्जपलाशाक्षि कस्यासीह कुत: सति । इमामुप पुरीं भीरु किं चिकीर्षसि शंस मे ॥ २६ ॥

Ô toi aux yeux semblables aux pétales de lotus, dis-moi: qui es-tu, d’où viens-tu, et de qui es-tu la fille? Tu parais d’une grande chasteté. Ô timide, dans quel but t’approches-tu de cette cité, et que cherches-tu à accomplir? Dis-moi tout.

Verse 27

क एतेऽनुपथा ये त एकादश महाभटा: । एता वा ललना: सुभ्रु कोऽयं तेऽहि: पुर:सर: ॥ २७ ॥

Ô toi aux beaux sourcils, qui sont ces onze puissants gardes qui t’accompagnent sur la route? Qui sont ces dix serviteurs particuliers? Qui sont les femmes qui suivent ces serviteurs? Et qui est le serpent qui marche devant toi?

Verse 28

त्वं ह्रीर्भवान्यस्यथ वाग्रमा पतिं विचिन्वती किं मुनिवद्रहो वने । त्वदङ्‌घ्रिकामाप्तसमस्तकामं क्‍व पद्मकोश: पतित: कराग्रात् ॥ २८ ॥

Ô belle jeune fille, tu ressembles à Śrī Lakṣmī, à Bhavānī ou à Sarasvatī, l’épouse de Brahmā. Pourtant, pourquoi erres-tu dans cette forêt, silencieuse comme un muni? Cherches-tu ton époux? Quel qu’il soit, en connaissant ta fidélité, il viendra à posséder toutes les opulences. Tu me parais être Lakṣmī, mais je ne vois pas le lotus dans ta main; dis-moi, où ce lotus est-il tombé de tes doigts, ou où l’as-tu jeté?

Verse 29

नासां वरोर्वन्यतमा भुविस्पृक् पुरीमिमां वीरवरेण साकम् । अर्हस्यलङ्कर्तुमदभ्रकर्मणा लोकं परं श्रीरिव यज्ञपुंसा ॥ २९ ॥

Ô bienheureuse, puisque je vois tes pieds toucher la terre, tu ne sembles pas être l’une des femmes célestes que j’ai nommées. Si tu es une femme de ce monde, alors, comme Śrī-devī aux côtés de Bhagavān Viṣṇu accroît la splendeur de Vaikuṇṭha, toi aussi, en t’unissant à moi, tu peux embellir cette cité ; sache que je suis un grand héros et un roi puissant.

Verse 30

यदेष मापाङ्गविखण्डितेन्द्रियं सव्रीडभावस्मितविभ्रमद्भ्रुवा । त्वयोपसृष्टो भगवान्मनोभव: प्रबाधतेऽथानुगृहाण शोभने ॥ ३० ॥

Aujourd’hui, ton regard de côté a vivement troublé mon esprit et mes sens. Ton sourire, plein de pudeur et pourtant chargé de désir, ainsi que le jeu de tes sourcils, éveillent puissamment en moi Manobhava (Kāmadeva) ; aussi, ô très belle, fais-moi miséricorde.

Verse 31

त्वदाननं सुभ्रु सुतारलोचनं व्यालम्बिनीलालकवृन्दसंवृतम् । उन्नीय मे दर्शय वल्गुवाचकं यद्‌व्रीडया नाभिमुखं शुचिस्मिते ॥ ३१ ॥

Ô jeune fille aux beaux sourcils, ton visage est ravissant, embelli par tes yeux lumineux et entouré de mèches de cheveux bleu sombre qui retombent. De ta bouche s’écoulent des paroles suaves ; pourtant, par pudeur, tu ne me regardes pas en face. Ainsi, ô sourire pur, relève la tête, regarde-moi et souris avec douceur.

Verse 32

नारद उवाच इत्थं पुरञ्जनं नारी याचमानमधीरवत् । अभ्यनन्दत तं वीरं हसन्ती वीर मोहिता ॥ ३२ ॥

Nārada poursuivit : Ô roi, ainsi Purañjana, dans son impatience, supplia la jeune fille. Séduite par ses paroles, elle aussi, en souriant, accepta la demande du héros ; à ce moment-là, elle était assurément déjà charmée par le roi.

Verse 33

न विदाम वयं सम्यक्‍कर्तारं पुरुषर्षभ । आत्मनश्च परस्यापि गोत्रं नाम च यत्कृतम् ॥ ३३ ॥

La jeune fille dit : Ô le meilleur des hommes, je ne sais pas clairement qui m’a engendrée. Je ne connais ni le lignage (gotra), ni le nom, ni l’origine, ni les miens ni ceux de mes compagnons.

Verse 34

इहाद्य सन्तमात्मानं विदाम न तत: परम् । येनेयं निर्मिता वीर पुरी शरणमात्मन: ॥ ३४ ॥

Ô grand héros, nous savons seulement que nous existons en ce lieu. Nous ignorons ce qui viendra après. En vérité, nous sommes si insensés que nous ne nous soucions pas de comprendre qui a créé cette belle cité pour notre résidence.

Verse 35

एते सखाय: सख्यो मे नरा नार्यश्च मानद । सुप्तायां मयि जागर्ति नागोऽयं पालयन् पुरीम् ॥ ३५ ॥

Mon cher seigneur, tous ces hommes et ces femmes avec moi sont mes amis, et ce serpent, qui reste toujours éveillé, protège cette cité même durant mon sommeil. Voilà tout ce que je sais. Je ne connais rien au-delà de cela.

Verse 36

दिष्ट्यागतोऽसि भद्रं ते ग्राम्यान् कामानभीप्ससे । उद्वहिष्यामि तांस्तेऽहं स्वबन्धुभिररिन्दम ॥ ३६ ॥

Ô tueur de l'ennemi, tu es arrivé ici d'une manière ou d'une autre. C'est certainement une grande fortune pour moi. Je te souhaite tout ce qui est de bon augure. Tu as un grand désir de satisfaire tes sens, et mes amis et moi ferons de notre mieux à tous égards pour combler tes désirs.

Verse 37

इमां त्वमधितिष्ठस्व पुरीं नवमुखीं विभो । मयोपनीतान् गृह्णान: कामभोगान् शतं समा: ॥ ३७ ॥

Mon cher seigneur, je viens d'aménager pour toi cette cité aux neuf portes afin que tu puisses jouir de toutes sortes de plaisirs sensoriels. Tu pourras y vivre cent ans, et tout ce qui est nécessaire à la satisfaction de tes sens te sera fourni.

Verse 38

कं नु त्वदन्यं रमये ह्यरतिज्ञमकोविदम् । असम्परायाभिमुखमश्वस्तनविदं पशुम् ॥ ३८ ॥

Comment pourrais-je espérer m'unir à d'autres, qui ne sont ni versés dans les arts de l'amour ni capables de savoir comment jouir de la vie, de leur vivant ou après la mort ? De telles personnes insensées sont comme des animaux car elles ignorent le processus de la jouissance sensorielle dans cette vie et après la mort.

Verse 39

धर्मो ह्यत्रार्थकामौ च प्रजानन्दोऽमृतं यश: । लोका विशोका विरजा यान्न केवलिनो विदु: ॥ ३९ ॥

La femme poursuivit : En ce monde, l’āśrama du maître de maison procure les joies du dharma, de l’artha et du kāma, ainsi que la félicité d’une descendance. Puis naissent aussi le désir de mokṣa et la renommée. Par le fruit des yajñas, on s’élève vers des mondes supérieurs. Un tel bonheur matériel est presque inconnu des renonçants transcendants ; ils ne peuvent même l’imaginer.

Verse 40

पितृदेवर्षिमर्त्यानां भूतानामात्मनश्च ह । क्षेम्यं वदन्ति शरणं भवेऽस्मिन् यद्गृहाश्रम: ॥ ४० ॥

La femme poursuivit : Selon les autorités, en cette existence l’āśrama du maître de maison est un refuge bénéfique et sûr, agréable aux ancêtres, aux devas, aux ṛṣis, aux humains, à tous les êtres et à soi-même. Il est donc avantageux.

Verse 41

का नाम वीर विख्यातं वदान्यं प्रियदर्शनम् । न वृणीत प्रियं प्राप्तं माद‍ृशी त्वाद‍ृशं पतिम् ॥ ४१ ॥

Ô cher héros, qui dans ce monde ne choisirait pas un époux tel que toi ? Tu es renommé, magnanime, agréable à voir et aisément accessible. Une femme comme moi, t’ayant obtenu comme bien-aimé, pourquoi ne te choisirait-elle pas ?

Verse 42

कस्या मनस्ते भुवि भोगिभोगयो: स्त्रिया न सज्जेद्भुजयोर्महाभुज । योऽनाथवर्गाधिमलं घृणोद्धत स्मितावलोकेन चरत्यपोहितुम् ॥ ४२ ॥

Ô toi aux bras puissants, quelle femme sur terre ne serait pas attirée par tes bras, pareils au corps d’un serpent ? Par ton sourire envoûtant et ta miséricorde hardie, tu dissipes la détresse des femmes sans protecteur comme nous. Nous pensons que tu parcours la terre uniquement pour notre bien.

Verse 43

नारद उवाच इति तौ दम्पती तत्र समुद्य समयं मिथ: । तां प्रविश्य पुरीं राजन्मुमुदाते शतं समा: ॥ ४३ ॥

Nārada dit : Ô roi, ainsi ces deux-là, mari et femme, se soutenant l’un l’autre par une entente mutuelle, entrèrent dans cette cité et jouirent de la vie durant cent ans.

Verse 44

उपगीयमानो ललितं तत्र तत्र च गायकै: । क्रीडन् परिवृत: स्त्रीभिर्ह्रदिनीमाविशच्छुचौ ॥ ४४ ॥

Çà et là, des chanteurs professionnels célébraient avec grâce la gloire et les actes du roi Purañjana. Quand la chaleur de l’été devenait intense, il entrait dans un bassin d’eau fraîche, entouré de nombreuses femmes, et se plaisait en leur compagnie.

Verse 45

सप्तोपरि कृता द्वार: पुरस्तस्यास्तु द्वे अध: । पृथग्विषयगत्यर्थं तस्यां य: कश्चनेश्वर: ॥ ४५ ॥

Dans cette cité, il y avait neuf portes : sept à la surface et deux souterraines. Elles furent construites pour mener à des lieux distincts, et le gouverneur de la ville les employait toutes.

Verse 46

पञ्च द्वारस्तु पौरस्त्या दक्षिणैका तथोत्तरा । पश्चिमे द्वे अमूषां ते नामानि नृप वर्णये ॥ ४६ ॥

Ô roi, parmi ces neuf portes, cinq donnaient à l’est, une au nord, une au sud et deux à l’ouest. Je vais maintenant en énoncer les noms distincts.

Verse 47

खद्योताविर्मुखी च प्राग्द्वारावेकत्र निर्मिते । विभ्राजितं जनपदं याति ताभ्यां द्युमत्सख: ॥ ४७ ॥

Les deux portes nommées Khadyotā et Āvirmukhī faisaient face à l’est et furent construites au même endroit. Par elles, le roi se rendait au pays de Vibhrājita, accompagné d’un ami nommé Dyumān.

Verse 48

नलिनी नालिनी च प्राग्द्वारावेकत्र निर्मिते । अवधूतसखस्ताभ्यां विषयं याति सौरभम् ॥ ४८ ॥

De même, à l’est se trouvaient deux portes nommées Nalinī et Nālinī, elles aussi construites au même endroit. Par elles, le roi se rendait au pays de Saurabha, accompagné d’un ami nommé Avadhūta.

Verse 49

मुख्या नाम पुरस्ताद् द्वास्तयापणबहूदनौ । विषयौ याति पुरराड्रसज्ञविपणान्वित: ॥ ४९ ॥

La cinquième porte, située à l’est, se nommait Mukhyā, « la principale ». Par cette porte, le roi Purañjana, accompagné de ses amis Rasajña et Vipaṇa, se rendait souvent en deux lieux appelés Bahūdana et Āpaṇa.

Verse 50

पितृहूर्नृप पुर्या द्वार्दक्षिणेन पुरञ्जन: । राष्ट्रं दक्षिणपञ्चालं याति श्रुतधरान्वित: ॥ ५० ॥

La porte méridionale de la cité était appelée Pitṛhū. Par elle, le roi Purañjana se rendait, avec son ami Śrutadhara, au pays nommé Dakṣiṇa-pañcāla.

Verse 51

देवहूर्नाम पुर्या द्वा उत्तरेण पुरञ्जन: । राष्ट्रमुत्तरपञ्चालं याति श्रुतधरान्वित: ॥ ५१ ॥

Au nord se trouvait la porte nommée Devahū. Par elle, le roi Purañjana se rendait, avec son ami Śrutadhara, au lieu appelé Uttara-pañcāla.

Verse 52

आसुरी नाम पश्चाद् द्वास्तया याति पुरञ्जन: । ग्रामकं नाम विषयं दुर्मदेन समन्वित: ॥ ५२ ॥

À l’ouest se trouvait une porte nommée Āsurī. Par elle, le roi Purañjana se rendait à la ville de Grāmaka, accompagné de son ami Durmada.

Verse 53

निऋर्तिर्नाम पश्चाद् द्वास्तया याति पुरञ्जन: । वैशसं नाम विषयं लुब्धकेन समन्वित: ॥ ५३ ॥

Une autre porte à l’ouest était connue sous le nom de Nirṛti. Par elle, Purañjana se rendait au lieu appelé Vaiśasa, accompagné de son ami Lubdhaka.

Verse 54

अन्धावमीषां पौराणां निर्वाक्पेशस्कृतावुभौ । अक्षण्वतामधिपतिस्ताभ्यां याति करोति च ॥ ५४ ॥

Dans cette cité vivaient de nombreux habitants; parmi eux se trouvaient deux aveugles nommés Nirvāk et Peśaskṛt. Bien que le roi Purañjana fût le maître de citoyens pourvus d’yeux, il s’associait hélas à ces aveugles. En leur compagnie, il allait çà et là et accomplissait maintes actions.

Verse 55

स यर्ह्यन्त:पुरगतो विषूचीनसमन्वित: । मोहं प्रसादं हर्षं वा याति जायात्मजोद्भवम् ॥ ५५ ॥

Lorsqu’il entrait dans ses appartements intérieurs, il était accompagné de son principal serviteur—le mental—nommé Viṣūcīna. Alors, sous l’influence de son épouse et de ses enfants, naissaient en lui illusion, contentement et joie.

Verse 56

एवं कर्मसु संसक्त: कामात्मा वञ्चितोऽबुध: । महिषी यद्यदीहेत तत्तदेवान्ववर्तत ॥ ५६ ॥

Ainsi, enlisé dans les actes et mû par le désir, le roi Purañjana, sans discernement, fut dupé par l’intelligence matérielle. Tout ce que la reine souhaitait, il le suivait et l’accomplissait.

Verse 57

क्‍वचित्पिबन्त्यां पिबति मदिरां मदविह्वल: । अश्नन्त्यां क्‍वचिदश्नाति जक्षत्यां सह जक्षिति ॥ ५७ ॥ क्‍वचिद्गायति गायन्त्यां रुदत्यां रुदति क्‍वचित् । क्‍वचिद्धसन्त्यां हसति जल्पन्त्यामनु जल्पति ॥ ५८ ॥ क्‍वचिद्धावति धावन्त्यां तिष्ठन्त्यामनु तिष्ठति । अनु शेते शयानायामन्वास्ते क्‍वचिदासतीम् ॥ ५९ ॥ क्‍वचिच्छृणोति श‍ृण्वन्त्यां पश्यन्त्यामनु पश्यति । क्‍वचिज्जिघ्रति जिघ्रन्त्यां स्पृशन्त्यां स्पृशति क्‍वचित् ॥ ६० ॥ क्‍वचिच्च शोचतीं जायामनुशोचति दीनवत् । अनु हृष्यति हृष्यन्त्यां मुदितामनु मोदते ॥ ६१ ॥

Quand la reine buvait de la liqueur, Purañjana buvait aussi, étourdi par l’ivresse. Quand elle mangeait, il mangeait; quand elle mâchait, il mâchait avec elle. Quand elle chantait, il chantait; quand elle pleurait, il pleurait; quand elle riait, il riait; quand elle bavardait à la légère, il bavardait de même. Quand elle courait, il courait; quand elle s’arrêtait, il s’arrêtait; quand elle se couchait, il se couchait; quand elle s’asseyait, il s’asseyait. Quand elle écoutait, il écoutait; quand elle regardait, il regardait; quand elle humait, il humait; quand elle touchait, il touchait. Quand la reine bien-aimée se lamentait, il se lamentait, pitoyable; quand elle jouissait, il jouissait; quand elle était satisfaite, il se sentait satisfait aussi.

Verse 58

क्‍वचित्पिबन्त्यां पिबति मदिरां मदविह्वल: । अश्नन्त्यां क्‍वचिदश्नाति जक्षत्यां सह जक्षिति ॥ ५७ ॥ क्‍वचिद्गायति गायन्त्यां रुदत्यां रुदति क्‍वचित् । क्‍वचिद्धसन्त्यां हसति जल्पन्त्यामनु जल्पति ॥ ५८ ॥ क्‍वचिद्धावति धावन्त्यां तिष्ठन्त्यामनु तिष्ठति । अनु शेते शयानायामन्वास्ते क्‍वचिदासतीम् ॥ ५९ ॥ क्‍वचिच्छृणोति श‍ृण्वन्त्यां पश्यन्त्यामनु पश्यति । क्‍वचिज्जिघ्रति जिघ्रन्त्यां स्पृशन्त्यां स्पृशति क्‍वचित् ॥ ६० ॥ क्‍वचिच्च शोचतीं जायामनुशोचति दीनवत् । अनु हृष्यति हृष्यन्त्यां मुदितामनु मोदते ॥ ६१ ॥

Quand la reine buvait de la liqueur, Purañjana buvait aussi, étourdi par l’ivresse. Quand elle mangeait, il mangeait; quand elle mâchait, il mâchait avec elle. Quand elle chantait, il chantait; quand elle pleurait, il pleurait; quand elle riait, il riait; quand elle bavardait à la légère, il bavardait de même. Quand elle courait, il courait; quand elle s’arrêtait, il s’arrêtait; quand elle se couchait, il se couchait; quand elle s’asseyait, il s’asseyait. Quand elle écoutait, il écoutait; quand elle regardait, il regardait; quand elle humait, il humait; quand elle touchait, il touchait. Quand la reine bien-aimée se lamentait, il se lamentait, pitoyable; quand elle jouissait, il jouissait; quand elle était satisfaite, il se sentait satisfait aussi.

Verse 59

क्‍वचित्पिबन्त्यां पिबति मदिरां मदविह्वल: । अश्नन्त्यां क्‍वचिदश्नाति जक्षत्यां सह जक्षिति ॥ ५७ ॥ क्‍वचिद्गायति गायन्त्यां रुदत्यां रुदति क्‍वचित् । क्‍वचिद्धसन्त्यां हसति जल्पन्त्यामनु जल्पति ॥ ५८ ॥ क्‍वचिद्धावति धावन्त्यां तिष्ठन्त्यामनु तिष्ठति । अनु शेते शयानायामन्वास्ते क्‍वचिदासतीम् ॥ ५९ ॥ क्‍वचिच्छृणोति श‍ृण्वन्त्यां पश्यन्त्यामनु पश्यति । क्‍वचिज्जिघ्रति जिघ्रन्त्यां स्पृशन्त्यां स्पृशति क्‍वचित् ॥ ६० ॥ क्‍वचिच्च शोचतीं जायामनुशोचति दीनवत् । अनु हृष्यति हृष्यन्त्यां मुदितामनु मोदते ॥ ६१ ॥

Quand la reine buvait de la liqueur, le roi Purañjana buvait aussi, troublé par l’ivresse. Quand elle mangeait, mâchait, chantait, pleurait, riait ou parlait à la légère, le roi faisait de même. Si elle marchait, il marchait derrière elle; si elle s’arrêtait, il s’arrêtait; si elle s’allongeait sur le lit, il s’allongeait avec elle. Si elle s’asseyait, écoutait, regardait, respirait un parfum ou touchait quelque chose, le roi la suivait. Si la chère reine se lamentait, le roi, misérable, se lamentait aussi; et lorsqu’elle goûtait le plaisir et la satisfaction, il éprouvait pareillement joie et contentement.

Verse 60

क्‍वचित्पिबन्त्यां पिबति मदिरां मदविह्वल: । अश्नन्त्यां क्‍वचिदश्नाति जक्षत्यां सह जक्षिति ॥ ५७ ॥ क्‍वचिद्गायति गायन्त्यां रुदत्यां रुदति क्‍वचित् । क्‍वचिद्धसन्त्यां हसति जल्पन्त्यामनु जल्पति ॥ ५८ ॥ क्‍वचिद्धावति धावन्त्यां तिष्ठन्त्यामनु तिष्ठति । अनु शेते शयानायामन्वास्ते क्‍वचिदासतीम् ॥ ५९ ॥ क्‍वचिच्छृणोति श‍ृण्वन्त्यां पश्यन्त्यामनु पश्यति । क्‍वचिज्जिघ्रति जिघ्रन्त्यां स्पृशन्त्यां स्पृशति क्‍वचित् ॥ ६० ॥ क्‍वचिच्च शोचतीं जायामनुशोचति दीनवत् । अनु हृष्यति हृष्यन्त्यां मुदितामनु मोदते ॥ ६१ ॥

Quoi que fasse la reine—boire, manger, mâcher, chanter, pleurer, rire, parler à la légère, courir, s’arrêter, s’allonger, s’asseoir, écouter, regarder, sentir ou toucher—le roi Purañjana la suivait et l’imitait en tout. Si elle s’affligeait, il s’affligeait; si elle se réjouissait, il se réjouissait aussi et se sentait comblé.

Verse 61

क्‍वचित्पिबन्त्यां पिबति मदिरां मदविह्वल: । अश्नन्त्यां क्‍वचिदश्नाति जक्षत्यां सह जक्षिति ॥ ५७ ॥ क्‍वचिद्गायति गायन्त्यां रुदत्यां रुदति क्‍वचित् । क्‍वचिद्धसन्त्यां हसति जल्पन्त्यामनु जल्पति ॥ ५८ ॥ क्‍वचिद्धावति धावन्त्यां तिष्ठन्त्यामनु तिष्ठति । अनु शेते शयानायामन्वास्ते क्‍वचिदासतीम् ॥ ५९ ॥ क्‍वचिच्छृणोति श‍ृण्वन्त्यां पश्यन्त्यामनु पश्यति । क्‍वचिज्जिघ्रति जिघ्रन्त्यां स्पृशन्त्यां स्पृशति क्‍वचित् ॥ ६० ॥ क्‍वचिच्च शोचतीं जायामनुशोचति दीनवत् । अनु हृष्यति हृष्यन्त्यां मुदितामनु मोदते ॥ ६१ ॥

Si la reine se réjouissait, le roi se réjouissait; si elle s’attristait, il s’attristait. Dans toutes les activités des sens, Purañjana ne faisait que la suivre. Ainsi, dans le plaisir comme dans la satisfaction, le roi se réjouissait avec elle.

Verse 62

विप्रलब्धो महिष्यैवं सर्वप्रकृतिवञ्चित: । नेच्छन्ननुकरोत्यज्ञ: क्लैब्यात्क्रीडामृगो यथा ॥ ६२ ॥

Ainsi, le roi Purañjana, captivé par sa belle épouse, fut dupé et trompé dans toute son existence au sein du monde matériel. Même contre son gré, ce roi insensé demeurait sous son emprise et l’imitait, tel un animal apprivoisé qui danse sur l’ordre de son maître.

Frequently Asked Questions

Nārada targets the king’s kāmya orientation—rituals performed for results rather than for Bhagavān—and highlights their हिंसा (violence) and karmic backlash. The vision of sacrificed animals awaiting revenge dramatizes the doctrine of karma: even religiously framed action can bind when driven by desire, cruelty, or ego, whereas true dharma culminates in ātma-jñāna and devotion.

Avijñāta signifies the unknowable controller within worldly perception—often explained in the tradition as Paramātmā (the indwelling Lord) whose guidance is present yet not recognized by the materially absorbed jīva. The name underscores that without spiritual knowledge, the soul cannot properly interpret the divine witness and director accompanying it through embodied life.

The ‘city of nine gates’ (nava-dvāra-purī) denotes the human body with its primary openings through which consciousness engages the world. The allegory teaches that when the soul (Purañjana) identifies with this city and accepts sense gratification as life’s aim, it becomes governed by the mind, senses, and prāṇa, losing autonomy and forgetting its spiritual purpose.

She represents the allure of material enjoyment and household entanglement—often mapped to buddhi/pravṛtti that promises happiness through sense life—while the five-hooded serpent commonly indicates prāṇa (life-air) or the vital force sustaining the body. Together they portray how embodied life is maintained and defended while simultaneously pulling the jīva into deeper identification and dependence.