Adhyaya 20
Chaturtha SkandhaAdhyaya 2038 Verses

Adhyaya 20

Lord Viṣṇu Instructs Pṛthu: Forgiveness, Ātmā-Deha Viveka, and the Bhakti Ideal of Kingship

Après la tension née de l’interruption d’Indra lors du centième aśvamedha de Pṛthu, Bhagavān Viṣṇu apparaît en personne avec Indra pour apaiser le conflit et protéger le dharma. Viṣṇu demande à Pṛthu de pardonner à Indra, et redéfinit la vraie grandeur comme l’absence de malveillance, l’équanimité et le discernement net entre l’ātman et le corps. Il enseigne que le souverain voué à Lui, agissant sans recherche de profit, demeure comblé intérieurement, voit tous les êtres avec égalité et ne s’émeut ni du bonheur ni de la détresse. Viṣṇu précise ensuite le devoir du roi : protéger les sujets sous la conduite des brāhmaṇas et du dharma transmis par la paramparā ; lever l’impôt sans protection est condamné. Satisfait, Viṣṇu offre une grâce, mais Pṛthu refuse les bénédictions matérielles et même le sāyujya, implorant plutôt la capacité sans fin d’entendre les gloires du Seigneur auprès de dévots purs. Viṣṇu le bénit d’une bhakti inébranlable et lui enjoint d’obéir avec soin à l’ordre divin. Le chapitre se clôt par l’adoration, la réconciliation et le départ de Viṣṇu, annonçant la poursuite du règne de Pṛthu, fondé sur la bhakti et l’humilité.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच । भगवानपि वैकुण्ठः साकं मघवता विभुः । यज्ञैर्यज्ञपतिस्तुष्टो यज्ञभुक् तमभाषत ॥ १ ॥

Maitreya dit : Ô Vidura, satisfait par l’accomplissement de quatre-vingt-dix-neuf sacrifices aśvamedha, le Seigneur de Vaikuṇṭha, Śrī Viṣṇu, maître du yajña, apparut. Indra (Maghavā) l’accompagnait, puis le Seigneur prit la parole.

Verse 2

श्रीभगवानुवाच एष तेऽकार्षीद्भङ्गं हयमेधशतस्य ह । क्षमापयत आत्मानममुष्य क्षन्तुमर्हसि ॥ २ ॥

Le Seigneur dit : Mon cher roi Pṛthu, Indra, roi du ciel, a troublé l’accomplissement de tes cent sacrifices. À présent il vient avec Moi pour solliciter ton pardon; accorde-lui donc ta clémence.

Verse 3

सुधिय: साधवो लोके नरदेव नरोत्तमा: । नाभिद्रुह्यन्ति भूतेभ्यो यर्हि नात्मा कलेवरम् ॥ ३ ॥

Ô roi parmi les hommes, celui qui a l’intelligence claire, le cœur de sādhū et le désir de faire le bien d’autrui est le meilleur des humains. Il n’est jamais malveillant envers aucun être, car il sait que le corps n’est pas l’âme.

Verse 4

पुरुषा यदि मुह्यन्ति त्वाद‍ृशा देवमायया । श्रम एव परं जातो दीर्घया वृद्धसेवया ॥ ४ ॥

Si même quelqu’un comme toi, si avancé pour avoir suivi les instructions des ācāryas précédents, se laisse emporter par Ma devamāyā, alors le progrès acquis par un long service aux anciens n’est plus qu’un labeur vain.

Verse 5

अत: कायमिमं विद्वानविद्याकामकर्मभि: । आरब्ध इति नैवास्मिन्प्रतिबुद्धोऽनुषज्जते ॥ ५ ॥

Ainsi, le sage qui sait que ce corps est fait d’ignorance, de désir et d’actes nés de l’illusion, une fois éveillé, ne s’y attache pas.

Verse 6

असंसक्त: शरीरेऽस्मिन्नमुनोत्पादिते गृहे । अपत्ये द्रविणे वापि क: कुर्यान्ममतां बुध: ॥ ६ ॥

Comment un sage, totalement détaché de la conscience corporelle, pourrait-il nourrir le sentiment de « mien » envers la maison, les enfants, la richesse et autres productions du corps ?

Verse 7

एक: शुद्ध: स्वयंज्योतिर्निर्गुणोऽसौ गुणाश्रय: । सर्वगोऽनावृत: साक्षी निरात्मात्मात्मन: पर: ॥ ७ ॥

L’âme individuelle est une, pure, immatérielle et lumineuse par elle-même. Elle est le réceptacle des qualités vertueuses, omniprésente, sans voile matériel, témoin de tous les actes; distincte des autres êtres et transcendante à toutes les âmes incarnées.

Verse 8

य एवं सन्तमात्मानमात्मस्थं वेद पूरुष: । नाज्यते प्रकृतिस्थोऽपि तद्गुणै: स मयि स्थित: ॥ ८ ॥

Bien qu’il soit au sein de la nature matérielle, celui qui connaît ainsi l’ātmā et le Paramātmā demeurant en lui n’est jamais touché par les guṇas, car il demeure en Moi par le service dévotionnel empreint d’amour.

Verse 9

य: स्वधर्मेण मां नित्यं निराशी: श्रद्धयान्वित: । भजते शनकैस्तस्य मनो राजन् प्रसीदति ॥ ९ ॥

Ô Roi, celui qui demeure dans son devoir propre (svadharma), sans désir de gain matériel et avec foi, M’adore constamment; peu à peu son esprit s’apaise et se comble.

Verse 10

परित्यक्तगुण: सम्यग्दर्शनो विशदाशय: । शान्तिं मे समवस्थानं ब्रह्म कैवल्यमश्नुते ॥ १० ॥

Lorsque le cœur est purifié de toute souillure matérielle, l’esprit du dévot devient vaste, limpide et voit tout avec équanimité. Alors règne la paix, et il demeure avec Moi, en ma forme de sat-cit-ānanda, atteignant le kaivalya de Brahman.

Verse 11

उदासीनमिवाध्यक्षं द्रव्यज्ञानक्रियात्मनाम् । कूटस्थमिममात्मानं यो वेदाप्नोति शोभनम् ॥ ११ ॥

Celui qui sait que ce corps matériel—fait des cinq éléments, des sens, des organes d’action et du mental—n’est que surveillé par l’âme immuable, tel un témoin détaché, est digne d’être délivré des liens matériels et d’obtenir la libération bénéfique.

Verse 12

भिन्नस्य लिङ्गस्य गुणप्रवाहो द्रव्यक्रियाकारकचेतनात्मन: । द‍ृष्टासु सम्पत्सु विपत्सु सूरयो न विक्रियन्ते मयि बद्धसौहृदा: ॥ १२ ॥

Le Seigneur Viṣṇu dit au roi Pṛthu : Ô cher roi, le changement incessant de ce monde matériel provient de l’interaction des trois guṇa. Les cinq éléments, les sens, les devas qui président aux sens, ainsi que le mental agité par l’âme—tout cela réuni constitue le corps. Mais l’âme spirituelle est entièrement différente de cette combinaison d’éléments grossiers et subtils ; ainsi, Mon dévot, lié à Moi par une amitié et un amour intenses, établi dans la connaissance, n’est jamais troublé par le bonheur ou la détresse matériels.

Verse 13

सम: समानोत्तममध्यमाधम: सुखे च दु:खे च जितेन्द्रियाशय: । मयोपक्लृप्ताखिललोकसंयुतो विधत्स्व वीराखिललोकरक्षणम् ॥ १३ ॥

Ô roi héroïque, demeure toujours dans l’équanimité et traite également ceux qui te sont supérieurs, intermédiaires ou inférieurs. Ne te laisse pas troubler par la joie ou la peine passagères ; maîtrise pleinement le mental et les sens. Dans la condition où Mon arrangement te place, accomplis ton devoir royal : ta tâche essentielle est de protéger les sujets du royaume.

Verse 14

श्रेय: प्रजापालनमेव राज्ञो यत्साम्पराये सुकृतात् षष्ठमंशम् । हर्तान्यथा हृतपुण्य: प्रजाना- मरक्षिता करहारोऽघमत्ति ॥ १४ ॥

Le plus grand bien pour un roi est assurément la protection des sujets ; ainsi, dans la vie future, il reçoit un sixième du fruit des actes pieux des citoyens. Mais le roi qui ne fait que percevoir des taxes sans accorder une protection digne aux personnes voit ses propres mérites lui être retirés par les sujets, et, en échange de sa négligence, il devient passible du châtiment pour les actes impies de son peuple.

Verse 15

एवं द्विजाग्र्यानुमतानुवृत्त धर्मप्रधानोऽन्यतमोऽवितास्या: । ह्रस्वेन कालेन गृहोपयातान् द्रष्टासि सिद्धाननुरक्तलोक: ॥ १५ ॥

Le Seigneur Viṣṇu poursuivit : Ô roi Pṛthu, si tu protèges les citoyens selon les instructions des brāhmaṇas éminents, reçues par la succession discipulaire au moyen de l’écoute, et si tu suis les principes du dharma qu’ils ont établis sans t’attacher aux idées forgées par l’esprit, alors tous tes sujets seront heureux et t’aimeront ; et bientôt tu pourras voir des êtres déjà libérés, tels les quatre Kumāras (Sanaka, Sanātana, Sanandana et Sanat-kumāra).

Verse 16

वरं च मत्कञ्चन मानवेन्द्र वृणीष्व तेऽहं गुणशीलयन्त्रित: । नाहं मखैर्वै सुलभस्तपोभि- र्योगेन वा यत्समचित्तवर्ती ॥ १६ ॥

Ô roi, le meilleur des hommes : tes qualités élevées et ta conduite exemplaire m’ont charmé ; demande donc de Moi la bénédiction que tu désires. Celui qui ne possède ni nobles qualités ni bon comportement ne peut obtenir Ma faveur par de simples sacrifices, de rudes austérités ou le yoga mystique. Mais Je demeure égal en le cœur de celui qui reste égal en toutes circonstances.

Verse 17

मैत्रेय उवाच स इत्थं लोकगुरुणा विष्वक्सेनेन विश्वजित् । अनुशासित आदेशं शिरसा जगृहे हरे: ॥ १७ ॥

Le grand sage Maitreya dit : Cher Vidura, ainsi Mahārāja Pṛthu, conquérant du monde entier, instruit par le Seigneur, le maître de tous, Viṣvaksena Hari, reçut Ses directives en les portant sur sa tête avec vénération.

Verse 18

स्पृशन्तं पादयो: प्रेम्णा व्रीडितं स्वेन कर्मणा । शतक्रतुं परिष्वज्य विद्वेषं विससर्ज ह ॥ १८ ॥

Indra, présent sur place, eut honte de ses propres actes et tomba pour toucher avec amour les pieds de lotus du roi Pṛthu. Mais Mahārāja Pṛthu l’embrassa aussitôt, dans une grande extase, et renonça à toute envie envers Śatakratu Indra pour avoir dérobé le cheval destiné au sacrifice.

Verse 19

भगवानथ विश्वात्मा पृथुनोपहृतार्हण: । समुज्जिहानया भक्त्या गृहीतचरणाम्बुज: ॥ १९ ॥

Le Bhagavān, l’Âme de l’univers, reçut l’adoration offerte par Pṛthu et lui accorda Sa miséricorde. Le roi Pṛthu vénéra abondamment les pieds de lotus du Seigneur ; et, en les adorant, son extase dans le service de bhakti grandit peu à peu, toujours davantage.

Verse 20

प्रस्थानाभिमुखोऽप्येनमनुग्रहविलम्बित: । पश्यन् पद्मपलाशाक्षो न प्रतस्थे सुहृत्सताम् ॥ २० ॥

Le Seigneur allait partir, mais, par grâce envers la conduite de Mahārāja Pṛthu, Il s’attarda. De Ses yeux de lotus, bienfaiteur de Ses dévots, Il ne s’en alla pas.

Verse 21

स आदिराजो रचिताञ्जलिर्हरिं विलोकितुं नाशकदश्रुलोचन: । न किञ्चनोवाच स बाष्पविक्लवो हृदोपगुह्यामुमधादवस्थित: ॥ २१ ॥

Le roi primordial, Pṛthu, les mains jointes, ne pouvait voir Hari distinctement, les yeux noyés de larmes. La voix étranglée, il ne dit rien; il étreignit le Seigneur dans son cœur et demeura ainsi debout.

Verse 22

अथावमृज्याश्रुकला विलोकयन्- नतृप्तद‍ृग्गोचरमाह पूरुषम् । पदा स्पृशन्तं क्षितिमंस उन्नते विन्यस्तहस्ताग्रमुरङ्गविद्विष: ॥ २२ ॥

Alors le roi, essuyant ses larmes, s’efforça de contempler le Purusottama, mais son regard n’en était pas rassasié. Le Seigneur se tenait debout, comme si Ses pieds de lotus frôlaient la terre, posant l’avant de Sa main sur l’épaule élevée de Garuḍa, ennemi des serpents. Pṛthu prononça alors les prières suivantes.

Verse 23

पृथुरुवाच वरान्विभो त्वद्वरदेश्वराद् बुध: कथं वृणीते गुणविक्रियात्मनाम् । ये नारकाणामपि सन्ति देहिनां तानीश कैवल्यपते वृणे न च ॥ २३ ॥

Pṛthu dit : « Ô Seigneur tout-puissant, Tu es le plus grand dispensateur de grâces parmi les devas. Pourquoi donc un sage Te demanderait-il des bienfaits destinés aux êtres égarés par les guṇas de la nature ? De tels dons se trouvent même chez ceux qui souffrent en enfer. Ô Maître de la délivrance, je ne désire même pas le sāyujya, la fusion en Ton être. »

Verse 24

न कामये नाथ तदप्यहं क्‍वचिन् न यत्र युष्मच्चरणाम्बुजासव: । महत्तमान्तर्हृदयान्मुखच्युतो विधत्स्व कर्णायुतमेष मे वर: ॥ २४ ॥

Ô Seigneur, je ne désire même pas le sāyujya s’il n’y a pas, en ce lieu, le nectar de Tes pieds de lotus. Voici ma grâce : accorde-moi des millions d’oreilles, afin que j’entende, de la bouche de Tes dévots purs, les gloires de Tes pieds de lotus.

Verse 25

स उत्तमश्लोक महन्मुखच्युतो भवत्पदाम्भोजसुधा कणानिल: । स्मृतिं पुनर्विस्मृततत्त्ववर्त्मनां कुयोगिनां नो वितरत्यलं वरै: ॥ २५ ॥

Ô Seigneur Uttamaśloka, la vibration transcendante issue des lèvres des grands dévots, portant le parfum du « safran » de la poussière de Tes pieds de lotus, réveille peu à peu l’âme oublieuse et lui fait se souvenir de son lien éternel avec Toi; je ne demande donc d’autre grâce que d’entendre de la bouche de Ton dévot pur.

Verse 26

यश: शिवं सुश्रव आर्यसङ्गमे यद‍ृच्छया चोपश‍ृणोति ते सकृत् । कथं गुणज्ञो विरमेद्विना पशुं श्रीर्यत्प्रवव्रे गुणसङ्ग्रहेच्छया ॥ २६ ॥

Ô Seigneur à la gloire suprême : quiconque, dans la compagnie des sādhus, entend ne fût-ce qu’une seule fois—même par hasard—la renommée bienfaisante de Tes actes, n’abandonne pas l’association des dévots, à moins d’être comme une bête; même Lakṣmī accepta la perfection d’entendre et de chanter, désireuse d’écouter Tes activités et Tes gloires sans limites.

Verse 27

अथाभजे त्वाखिलपूरुषोत्तमं गुणालयं पद्मकरेव लालस: । अप्यावयोरेकपतिस्पृधो: कलि- र्न स्यात्कृतत्वच्चरणैकतानयो: ॥ २७ ॥

À présent je désire servir Tes pieds de lotus, ô Puruṣottama suprême, réservoir de toutes les qualités transcendantes, comme Lakṣmī qui tient un lotus en sa main; mais je crains que, tous deux attentifs au même service, il ne naisse une rivalité entre elle et moi.

Verse 28

जगज्जनन्यां जगदीश वैशसं स्यादेव यत्कर्मणि न: समीहितम् । करोषि फल्ग्वप्युरु दीनवत्सल: स्व एव धिष्ण्येऽभिरतस्य किं तया ॥ २८ ॥

Ô Seigneur de l’univers : bien que Lakṣmī, mère du monde, puisse se fâcher de ce que je m’immisce dans le service auquel elle est si attachée, j’espère pourtant que Tu prendras mon parti, ô protecteur des humbles, car Tu magnifies même le plus petit service. Et Tu es pleinement autosuffisant : que pourrait Te faire sa colère ?

Verse 29

भजन्त्यथ त्वामत एव साधवो व्युदस्तमायागुणविभ्रमोदयम् । भवत्पदानुस्मरणाद‍ृते सतां निमित्तमन्यद्भगवन्न विद्महे ॥ २९ ॥

C’est pourquoi les sādhus, affranchis des illusions des guṇas de la māyā, se vouent à Ta bhakti, car seule la dévotion dissipe l’illusion de l’existence matérielle. Ô Bhagavān, pour les âmes libérées il n’est d’autre raison que le souvenir constant de Tes pieds de lotus.

Verse 30

मन्ये गिरं ते जगतां विमोहिनीं वरं वृणीष्वेति भजन्तमात्थ यत् । वाचा नु तन्त्या यदि ते जनोऽसित: कथं पुन: कर्म करोति मोहित: ॥ ३० ॥

Ô Seigneur, Tes paroles peuvent envoûter le monde; dire au dévot pur « choisis un bienfait » ne me semble pas convenable. Les hommes, liés par les doux mots des Védas, s’adonnent sans cesse aux actes intéressés, fascinés par les fruits de leurs œuvres.

Verse 31

त्वन्माययाद्धा जन ईश खण्डितो यदन्यदाशास्त ऋतात्मनोऽबुध: । यथा चरेद् बालहितं पिता स्वयं तथा त्वमेवार्हसि न: समीहितुम् ॥ ३१ ॥

Ô Seigneur, par Ta māyā les êtres oublient leur vraie condition et, par ignorance, désirent d’autres bonheurs matériels. Comme un père agit pour le bien de son enfant sans attendre sa demande, accorde-moi ce que Tu juges le meilleur pour moi.

Verse 32

मैत्रेय उवाच इत्यादिराजेन नुत: स विश्वद‍ृक् तमाह राजन्मयि भक्तिरस्तु ते । दिष्ट्येद‍ृशी धीर्मयि ते कृता यया मायां मदीयां तरति स्म दुस्त्यजाम् ॥ ३२ ॥

Maitreya dit : Après avoir entendu la prière du roi Pṛthu, le Seigneur qui voit l’univers lui déclara : « Ô roi, que la bhakti envers Moi demeure en toi. Heureuse est ton intelligence, car par elle on traverse Ma māyā, si difficile à quitter. »

Verse 33

तत्त्वं कुरु मयादिष्टमप्रमत्त: प्रजापते । मदादेशकरो लोक: सर्वत्राप्नोति शोभनम् ॥ ३३ ॥

Ô protecteur des sujets, accomplis avec vigilance ce que Je t’ai ordonné et ne te laisse pas égarer. Quiconque exécute fidèlement Mes ordres trouve partout dans le monde beauté, bien et bonne fortune.

Verse 34

मैत्रेय उवाच इति वैन्यस्य राजर्षे: प्रतिनन्द्यार्थवद्वच: । पूजितोऽनुगृहीत्वैनं गन्तुं चक्रेऽच्युतो मतिम् ॥ ३४ ॥

Maitreya dit : Le Seigneur Acyuta apprécia pleinement les prières pleines de sens du roi-sage Pṛthu. Après avoir reçu l’adoration du roi, Il le bénit de Sa grâce et résolut de partir.

Verse 35

देवर्षिपितृगन्धर्वसिद्धचारणपन्नगा: । किन्नराप्सरसो मर्त्या: खगा भूतान्यनेकश: ॥ ३५ ॥ यज्ञेश्वरधिया राज्ञा वाग्वित्ताञ्जलिभक्तित: । सभाजिता ययु: सर्वे वैकुण्ठानुगतास्तत: ॥ ३६ ॥

Le roi Pṛthu rendit un culte aux devas, aux grands ṛṣis, aux habitants de Pitṛloka, aux gandharvas, aux siddhas, aux cāraṇas, aux pannagas, aux kinnaras, aux apsarās, aux mortels, aux oiseaux et à bien d’autres êtres venus dans l’enceinte du yajña, selon le rite et avec bhakti.

Verse 36

देवर्षिपितृगन्धर्वसिद्धचारणपन्नगा: । किन्नराप्सरसो मर्त्या: खगा भूतान्यनेकश: ॥ ३५ ॥ यज्ञेश्वरधिया राज्ञा वाग्वित्ताञ्जलिभक्तित: । सभाजिता ययु: सर्वे वैकुण्ठानुगतास्तत: ॥ ३६ ॥

Sachant que Viṣṇu est le Seigneur du yajña, le roi honora aussi la Suprême Personnalité de Dieu et Ses compagnons, par des paroles douces, des dons selon ses moyens et une bhakti les mains jointes; puis tous regagnèrent leurs demeures, suivant les pas du Seigneur vers Vaikuṇṭha.

Verse 37

भगवानपि राजर्षे: सोपाध्यायस्य चाच्युत: । हरन्निव मनोऽमुष्य स्वधाम प्रत्यपद्यत ॥ ३७ ॥

Le Bhagavān infaillible, Acyuta, comme s’Il avait ravi l’esprit du roi et des prêtres présents, retourna à Sa demeure dans le ciel spirituel.

Verse 38

अद‍ृष्टाय नमस्कृत्य नृप: सन्दर्शितात्मने । अव्यक्ताय च देवानां देवाय स्वपुरं ययौ ॥ ३८ ॥

Le roi Pṛthu offrit alors ses respects au Seigneur non manifesté, Dieu des dieux, invisible aux yeux matériels mais qui, par grâce, s’était révélé à lui; après s’être prosterné, il retourna dans sa cité.

Frequently Asked Questions

Viṣṇu’s intervention protects both the sacrificial order and the devotee’s character. He teaches that true advancement is marked by kṣamā, absence of malice, and steady intelligence rooted in ātmā-deha viveka. If Pṛthu—an exemplary king following ācārya-instructions—were to be carried away by anger and rivalry, even religious success (yajña) could become spiritually hollow. Forgiveness thus preserves bhakti and public dharma simultaneously.

The chapter defines protection of citizens as the king’s primary occupational duty. A ruler who protects under brāhmaṇical guidance and paramparā-based principles shares in citizens’ piety, whereas one who merely collects taxes without protection incurs liability for their impiety and loses his own merit. The teaching frames governance as service-accountability before Bhagavān, not as entitlement.

Pṛthu identifies material boons as automatically available within saṁsāra and therefore unworthy of a learned devotee’s request. He also rejects sāyujya because it lacks the ‘nectar’ of devotion—service and relish of the Lord’s lotus feet. By asking for limitless capacity to hear from pure devotees, he chooses śravaṇa-bhakti as the enduring benediction that awakens one’s forgotten relationship with Bhagavān and sustains liberated devotion.

Sanaka, Sanātana, Sanandana, and Sanat-kumāra are eternally liberated sages associated with pristine jñāna and devotion. Viṣṇu indicates that when Pṛthu rules according to brāhmaṇa guidance and avoids mental concoction, such liberated personalities become accessible—signaling that righteous governance aligned with bhakti attracts the highest spiritual association and instruction.