Adhyaya 19
Chaturtha SkandhaAdhyaya 1942 Verses

Adhyaya 19

Indra’s Envy at Pṛthu’s Aśvamedha and Brahmā’s Intervention (False Renunciation Exposed)

Poursuivant le Pṛthu-carita, Maitreya raconte que le roi Pṛthu accomplit des aśvamedha-yajñas à Brahmāvarta, sur la Sarasvatī, attirant le Seigneur Viṣṇu et l’assemblée cosmique des devas, sages, siddhas, gandharvas, ainsi que des compagnons tels que Nanda et Sunanda. Le yajña fait apparaître une prospérité tangible—rivières, arbres, vaches, océans et collines prodiguent l’abondance—signe d’un accord dharmique avec Adhokṣaja. Indra, jaloux et craignant d’être surpassé en renommée et en mérite, vole à plusieurs reprises le cheval sacrificiel, se déguisant en divers « renonçants » et introduisant des formes trompeuses de pseudo-sannyāsa qui, plus tard, égarent la société. Le fils de Pṛthu poursuit Indra mais hésite à le tuer à cause de son apparence religieuse; il est honoré du nom de Vijitāśva pour sa prouesse. Lorsque Pṛthu s’apprête à châtier Indra, les prêtres veulent réciter des mantras pour le détruire, mais Brahmā survient et interdit la violence, avertissant qu’un conflit prolongé multiplierait les systèmes adharma. Brahmā conseille à Pṛthu de s’arrêter à quatre-vingt-dix-neuf sacrifices, en mettant la libération au-dessus de la rivalité. Pṛthu accepte, se réconcilie avec Indra, achève les rites, se baigne rituellement, récompense les brāhmaṇas et reçoit des bénédictions universelles, ouvrant la voie à une réflexion sur le dharma au-delà de la compétition rituelle.

Shlokas

Verse 1

मैत्रेय उवाच अथादीक्षत राजा तु हयमेधशतेन स: । ब्रह्मावर्ते मनो: क्षेत्रे यत्र प्राची सरस्वती ॥ १ ॥

Maitreya dit : Ô Vidura, alors le roi Vainya Pṛthu reçut la dīkṣā afin d’accomplir cent sacrifices Aśvamedha à Brahmāvarta, le domaine de Manu, là où la Sarasvatī s’écoule vers l’est.

Verse 2

तदभिप्रेत्य भगवान् कर्मातिशयमात्मन: । शतक्रतुर्न ममृषे पृथोर्यज्ञमहोत्सवम् ॥ २ ॥

Voyant cela, Indra, roi du ciel, comprit que le roi Pṛthu allait le surpasser par la grandeur des fruits de ses actes; ainsi il ne put supporter les grands sacrifices célébrés par Pṛthu.

Verse 3

यत्र यज्ञपति: साक्षाद्भगवान् हरिरीश्वर: । अन्वभूयत सर्वात्मा सर्वलोकगुरु: प्रभु: ॥ ३ ॥

Là, le Maître des sacrifices, Bhagavān Hari en personne—le Paramātmā, le guide de tous les mondes et le Seigneur suprême—fut présent aux yajñas du roi Pṛthu.

Verse 4

अन्वितो ब्रह्मशर्वाभ्यां लोकपालै: सहानुगै: । उपगीयमानो गन्धर्वैर्मुनिभिश्चाप्सरोगणै: ॥ ४ ॥

Lorsque le Seigneur Viṣṇu apparut dans l’enceinte du yajña, Brahmā, Śiva et tous les régents des mondes, avec leurs suites, vinrent avec Lui; Gandharvas, sages et Apsarās le louèrent en chants.

Verse 5

सिद्धा विद्याधरा दैत्या दानवा गुह्यकादय: । सुनन्दनन्दप्रमुखा: पार्षदप्रवरा हरे: ॥ ५ ॥

Le Seigneur était accompagné des habitants de Siddhaloka et de Vidyādhara-loka, des descendants de Diti, des Dānavas, des Yakṣas et autres êtres; ainsi que de Ses principaux compagnons, menés par Sunanda et Nanda.

Verse 6

कपिलो नारदो दत्तो योगेशा: सनकादय: । तमन्वीयुर्भागवता ये च तत्सेवनोत्सुका: ॥ ६ ॥

Kapila, Nārada, Dattātreya, les maîtres du yoga menés par Sanaka, ainsi que les dévots Bhāgavatas toujours avides de servir le Seigneur—tous assistèrent avec Lui à ce grand yajña.

Verse 7

यत्र धर्मदुघा भूमि: सर्वकामदुघा सती । दोग्धि स्माभीप्सितानर्थान् यजमानस्य भारत ॥ ७ ॥

Ô Vidura, en ce grand yajña, la terre entière devint telle la kāma-dhenu qui fait couler le dharma, et elle pourvut le yajamāna de toutes les nécessités de la vie.

Verse 8

ऊहु: सर्वरसान्नद्य: क्षीरदध्यन्नगोरसान् । तरवो भूरिवर्ष्माण: प्रासूयन्त मधुच्युत: ॥ ८ ॥

Les rivières apportèrent toutes les saveurs —douce, piquante, acide, etc.—; les grands arbres, ruisselant de miel, donnèrent des fruits en abondance; et les vaches, rassasiées d’herbe verte, fournirent lait, caillé, ghee et autres nécessités à profusion.

Verse 9

सिन्धवो रत्ननिकरान् गिरयोऽन्नं चतुर्विधम् । उपायनमुपाजह्रु: सर्वे लोका: सपालका: ॥ ९ ॥

Les océans offrirent des amas de joyaux et de perles; les montagnes fournirent quatre sortes de nourriture ainsi que des minéraux et des engrais; et les habitants de tous les mondes, avec leurs divinités tutélaires, apportèrent des présents au roi Pṛthu.

Verse 10

इति चाधोक्षजेशस्य पृथोस्तु परमोदयम् । असूयन् भगवानिन्द्र: प्रतिघातमचीकरत् ॥ १० ॥

Voyant l’essor suprême de Pṛthu, dépendant du Seigneur Adhokṣaja, le dieu Indra, saisi d’envie, chercha à entraver le progrès de sa splendeur.

Verse 11

चरमेणाश्वमेधेन यजमाने यजुष्पतिम् । वैन्ये यज्ञपशुं स्पर्धन्नपोवाह तिरोहित: ॥ ११ ॥

Alors que Pṛthu Vainya accomplissait le dernier aśvamedha-yajña, Indra, poussé par l’envie, devint invisible et déroba le cheval destiné au sacrifice.

Verse 12

तमत्रिर्भगवानैक्षत्त्वरमाणं विहायसा । आमुक्तमिव पाखण्डं योऽधर्मे धर्मविभ्रम: ॥ १२ ॥

Le vénérable Atri vit Indra se hâter dans le ciel. Il portait l’habit d’un libéré, mais c’était une supercherie, un faux-semblant de dharma au cœur de l’adharma.

Verse 13

अत्रिणा चोदितो हन्तुं पृथुपुत्रो महारथ: । अन्वधावत सङ्‍कुद्धस्तिष्ठ तिष्ठेति चाब्रवीत् ॥ १३ ॥

Averti par Atri, le fils de Pṛthu, grand guerrier, s’emporta en apprenant la ruse d’Indra et le poursuivit pour le tuer, criant : « Arrête ! Arrête ! »

Verse 14

तं ताद‍ृशाकृतिं वीक्ष्य मेने धर्मं शरीरिणम् । जटिलं भस्मनाच्छन्नं तस्मै बाणं न मुञ्चति ॥ १४ ॥

Voyant cette apparence—chevelure en nattes et corps couvert de cendre—le fils de Pṛthu prit Indra pour l’incarnation du dharma, un sannyāsī pieux; aussi ne décocha-t-il pas ses flèches.

Verse 15

वधान्निवृत्तं तं भूयो हन्तवेऽत्रिरचोदयत् । जहि यज्ञहनं तात महेन्द्रं विबुधाधमम् ॥ १५ ॥

Voyant que le fils de Pṛthu, trompé, revenait sans tuer Indra, Atri l’exhorta encore : « Mon fils, frappe Mahendra, le destructeur du yajña ; il est devenu le plus vil parmi les devas ».

Verse 16

एवं वैन्यसुत: प्रोक्तस्त्वरमाणं विहायसा । अन्वद्रवदभिक्रुद्धो रावणं गृध्रराडिव ॥ १६ ॥

Ainsi averti, le petit-fils de Vena se lança à la poursuite d’Indra, qui fuyait à toute hâte dans le ciel. Il était enflammé de colère, tel le roi des vautours poursuivant Rāvaṇa.

Verse 17

सोऽश्वं रूपं च तद्धित्वा तस्मा अन्तर्हित: स्वराट् । वीर: स्वपशुमादाय पितुर्यज्ञमुपेयिवान् ॥ १७ ॥

Voyant que le fils de Pṛthu le poursuivait, Indra abandonna aussitôt son déguisement et sa fausse apparence, laissant le cheval. Il disparut sur-le-champ, et le grand héros, fils de Mahārāja Pṛthu, rapporta le cheval à l’enceinte sacrificielle de son père.

Verse 18

तत्तस्य चाद्भुतं कर्म विचक्ष्य परमर्षय: । नामधेयं ददुस्तस्मै विजिताश्व इति प्रभो ॥ १८ ॥

Mon cher seigneur Vidura, lorsque les grands sages virent l’extraordinaire prouesse du fils du roi Pṛthu, ils s’accordèrent tous à lui donner le nom de Vijitāśva.

Verse 19

उपसृज्य तमस्तीव्रं जहाराश्वं पुनर्हरि: । चषालयूपतश्छन्नो हिरण्यरशनं विभु: ॥ १९ ॥

Mon cher Vidura, Indra, roi du ciel et très puissant, fit aussitôt descendre une épaisse obscurité sur l’enceinte du sacrifice. Ainsi tout étant voilé, il emporta de nouveau le cheval, enchaîné de liens d’or près du poteau où l’on immolait les animaux.

Verse 20

अत्रि: सन्दर्शयामास त्वरमाणं विहायसा । कपालखट्‍वाङ्गधरं वीरो नैनमबाधत ॥ २० ॥

Le grand sage Atri montra de nouveau au fils de Pṛthu qu’Indra fuyait par le ciel. Le héros le poursuivit encore; mais voyant qu’Indra portait un bâton surmonté d’un crâne et revêtait à nouveau l’habit d’un sannyāsī, il choisit de ne pas le tuer.

Verse 21

अत्रिणा चोदितस्तस्मै सन्दधे विशिखं रुषा । सोऽश्वं रूपं च तद्धित्वा तस्थावन्तर्हित: स्वराट् ॥ २१ ॥

Lorsque le sage Atri donna de nouveau ses directives, le fils de Pṛthu, saisi de colère, ajusta une flèche sur son arc. Voyant cela, Indra abandonna aussitôt le faux habit de sannyāsī, laissa le cheval et le roi du ciel devint invisible.

Verse 22

वीरश्चाश्वमुपादाय पितृयज्ञमथाव्रजत् । तदवद्यं हरे रूपं जगृहुर्ज्ञानदुर्बला: ॥ २२ ॥

Alors le héros Vijitāśva reprit le cheval et retourna à l’enceinte du sacrifice de son père. Dès lors, certains, pauvres en connaissance, adoptèrent l’habit d’un faux sannyāsī; c’est Indra qui en lança l’usage.

Verse 23

यानि रूपाणि जगृहे इन्द्रो हयजिहीर्षया । तानि पापस्य खण्डानि लिङ्गं खण्डमिहोच्यते ॥ २३ ॥

Les diverses formes qu’Indra prit en mendiant, par désir de ravir le cheval, n’étaient que des fragments du péché; ici on les nomme signes de l’imposture irréligieuse.

Verse 24

एवमिन्द्रे हरत्यश्वं वैन्ययज्ञजिघांसया । तद्गृहीतविसृष्टेषु पाखण्डेषु मतिर्नृणाम् ॥ २४ ॥ धर्म इत्युपधर्मेषु नग्नरक्तपटादिषु । प्रायेण सज्जते भ्रान्त्या पेशलेषु च वाग्मिषु ॥ २५ ॥

Ainsi Indra déroba le cheval pour anéantir le sacrifice de Vainya (Pṛthu), et l’esprit des hommes s’attacha aux impostures qu’il avait prises et répandues.

Verse 25

एवमिन्द्रे हरत्यश्वं वैन्ययज्ञजिघांसया । तद्गृहीतविसृष्टेषु पाखण्डेषु मतिर्नृणाम् ॥ २४ ॥ धर्म इत्युपधर्मेषु नग्नरक्तपटादिषु । प्रायेण सज्जते भ्रान्त्या पेशलेषु च वाग्मिषु ॥ २५ ॥

Prenant pour ‘dharma’ des sous-pratiques—nudité, vêtements rouges, etc.—les hommes, par égarement, s’attachent le plus souvent à des imposteurs habiles et éloquents.

Verse 26

तदभिज्ञाय भगवान्पृथु: पृथुपराक्रम: । इन्द्राय कुपितो बाणमादत्तोद्यतकार्मुक: ॥ २६ ॥

L’ayant compris, le très puissant Bhagavān Pṛthu s’irrita contre Indra; levant l’arc, il saisit une flèche, prêt à le mettre à mort.

Verse 27

तमृत्विज: शक्रवधाभिसन्धितंविचक्ष्य दुष्प्रेक्ष्यमसह्यरंहसम् । निवारयामासुरहो महामतेन युज्यतेऽत्रान्यवध: प्रचोदितात् ॥ २७ ॥

Voyant Mahārāja Pṛthu, furieux et prêt à tuer Indra, les prêtres et les autres le supplièrent : Ô grande âme, ne le tue pas ; dans un yajña, selon le śāstra, seul l’animal sacrificiel peut être immolé.

Verse 28

वयं मरुत्वन्तमिहार्थनाशनंह्वयामहे त्वच्छ्रवसा हतत्विषम् । अयातयामोपहवैरनन्तरंप्रसह्य राजन् जुहवाम तेऽहितम् ॥ २८ ॥

Ô roi, pour avoir voulu entraver ton sacrifice, la puissance d’Indra s’est déjà amoindrie. Nous l’appellerons par des mantras védiques jamais employés; il viendra à coup sûr, et par la force du mantra nous le jetterons dans le feu, lui ton ennemi.

Verse 29

इत्यामन्‍त्र्‍य क्रतुपतिं विदुरास्यर्त्विजो रुषा । स्रुग्घस्ताञ्जुह्वतोऽभ्येत्य स्वयम्भू: प्रत्यषेधत ॥ २९ ॥

Ô Vidura, après avoir donné ce conseil au roi, les prêtres officiants, saisis de colère, invoquèrent Indra. Au moment où, la cuillère sacrificielle en main, ils allaient verser l’oblation dans le feu, Brahmā, le Svayambhū, apparut et les en empêcha.

Verse 30

न वध्यो भवतामिन्द्रो यद्यज्ञो भगवत्तनु: । यं जिघांसथ यज्ञेन यस्येष्टास्तनव: सुरा: ॥ ३० ॥

Brahmā leur dit : Ô dvijas qui accomplissez le yajña, vous ne pouvez tuer Indra, car ce yajña est le corps même du Bhagavān. Les devas que vous cherchez à satisfaire par le sacrifice sont des membres d’Indra ; comment donc le tuer dans ce grand yajña ?

Verse 31

तदिदं पश्यत महद्धर्मव्यतिकरं द्विजा: । इन्द्रेणानुष्ठितं राज्ञ: कर्मैतद्विजिघांसता ॥ ३१ ॥

Ô dvijas, voyez ceci : pour semer le trouble et entraver le grand sacrifice du roi, Indra a adopté un procédé qui, à l’avenir, détruira la voie claire du dharma. Si vous vous opposez davantage, il abusera de sa puissance et introduira bien d’autres systèmes irréligieux.

Verse 32

पृथुकीर्ते: पृथोर्भूयात्तर्ह्येकोनशतक्रतु: । अलं ते क्रतुभि: स्विष्टैर्यद्भवान्मोक्षधर्मवित् ॥ ३२ ॥

Brahmā conclut : «Que Mahārāja Pṛthu n’accomplisse que quatre-vingt-dix-neuf sacrifices. Puisque tu connais la voie de la délivrance, à quoi bon en faire davantage ?»

Verse 33

नैवात्मने महेन्द्राय रोषमाहर्तुमर्हसि । उभावपि हि भद्रं ते उत्तमश्लोकविग्रहौ ॥ ३३ ॥

Brahmā poursuivit : «Ô roi, il ne te sied pas de nourrir de la colère envers Mahendra, Indra. Que le bien soit sur vous deux : toi et Indra êtes des parcelles du Seigneur Suprême, loué par les plus sublimes hymnes.»

Verse 34

मास्मिन्महाराज कृथा: स्म चिन्तांनिशामयास्मद्वच आद‍ृतात्मा । यद्ध्यायतो दैवहतं नु कर्तुंमनोऽतिरुष्टं विशते तमोऽन्धम् ॥ ३४ ॥

Mon cher roi, ne t’agite pas et ne t’angoisse pas parce que tes sacrifices ont été entravés par la providence. Écoute mes paroles avec respect : ce qui advient par l’arrangement divin ne doit pas être trop regretté; plus on veut le redresser à tout prix, plus l’esprit s’enfonce dans les ténèbres de la pensée matérielle.

Verse 35

क्रतुर्विरमतामेष देवेषु दुरवग्रह: । धर्मव्यतिकरो यत्र पाखण्डैरिन्द्रनिर्मितै: ॥ ३५ ॥

Brahmā poursuivit : «Cesse ces sacrifices, car ils ont poussé Indra à introduire bien des impostures et des formes d’irréligion. Sache que même parmi les devas existent des désirs indésirables.»

Verse 36

एभिरिन्द्रोपसंसृष्टै: पाखण्डैर्हारिभिर्जनम् । ह्रियमाणं विचक्ष्वैनं यस्ते यज्ञध्रुगश्वमुट् ॥ ३६ ॥

Vois comment Indra, roi du ciel, sème le trouble au cœur du sacrifice en dérobant le cheval consacré. Ces pratiques séduisantes mais pécheresses qu’il a introduites seront ensuite reprises par le peuple.

Verse 37

भवान् परित्रातुमिहावतीर्णो धर्मं जनानां समयानुरूपम् । वेनापचारादवलुप्तमद्य तद्देहतो विष्णुकलासि वैन्य ॥ ३७ ॥

Ô roi Pṛthu, fils de Vena ! Tu es une parcelle (kalā) du Seigneur Viṣṇu. Par les méfaits de Vena, le dharma était presque perdu ; au moment opportun, tu es descendu, apparu du corps même de Vena, afin de protéger la loi sacrée.

Verse 38

स त्वं विमृश्यास्य भवं प्रजापते सङ्कल्पनं विश्वसृजां पिपीपृहि । ऐन्द्रीं च मायामुपधर्ममातरं प्रचण्डपाखण्डपथं प्रभो जहि ॥ ३८ ॥

Ô Prajāpati, protecteur des êtres ! Considère le but de ta descente et accomplis l’intention des créateurs du monde. Cette māyā d’Indra enfante tant de pseudo-dharmas et trace une voie de supercherie violente ; Seigneur, renonce-y et arrête-la sur-le-champ.

Verse 39

मैत्रेय उवाच इत्थं स लोकगुरुणा समादिष्टो विशाम्पति: । तथा च कृत्वा वात्सल्यं मघोनापि च सन्दधे ॥ ३९ ॥

Maitreya dit : Ainsi conseillé par le maître du monde, Brahmā, le roi Pṛthu renonça à son ardeur pour les yajñas et, avec affection, conclut la paix avec Indra (Maghavā).

Verse 40

कृतावभृथस्‍नानाय पृथवे भूरिकर्मणे । वरान्ददुस्ते वरदा ये तद्बर्हिषि तर्पिता: ॥ ४० ॥

Ensuite, Pṛthu, aux œuvres glorieuses, prit le bain d’avabhṛtha, prescrit après un yajña. Les devas, satisfaits par les offrandes sur l’autel, lui accordèrent des dons et des bénédictions convenables.

Verse 41

विप्रा: सत्याशिषस्तुष्टा: श्रद्धया लब्धदक्षिणा: । आशिषो युयुजु: क्षत्तरादिराजाय सत्कृता: ॥ ४१ ॥

Les brāhmaṇas présents au sacrifice reçurent la dakṣiṇā avec foi et, comblés, donnèrent des bénédictions véridiques. Dûment honorés, ils offrirent de tout cœur leurs vœux au roi primordial, Pṛthu.

Verse 42

त्वयाहूता महाबाहो सर्व एव समागता: । पूजिता दानमानाभ्यां पितृदेवर्षिमानवा: ॥ ४२ ॥

Ô roi aux bras puissants, à ton invitation tous se sont rassemblés. Venus de Pitṛloka et des cieux, sages et gens ordinaires—tous sont comblés par ton accueil et ta charité.

Frequently Asked Questions

Indra stole the horse out of envy and fear that Pṛthu’s accumulating sacrificial merit and fame would eclipse his own status. The Bhāgavata highlights that even devas, though powerful administrators, remain within the modes of nature and can be afflicted by mātsarya (competitive jealousy). This incident teaches that ritual success without humility can trigger rivalry, and that true dharma requires freedom from egoistic comparison.

Indra repeatedly adopted external renunciant symbols—ashes, matted hair, skull-topped staff, nakedness, red garments—using them as camouflage to commit theft. The chapter states these forms became “symbols of atheistic philosophy” when later imitated by people lacking discernment, who equated costume with spirituality. The warning is shastric: genuine sannyāsa is defined by inner detachment and devotion, whereas imitation renunciation becomes a vehicle for adharma and social confusion.

Vijitāśva is the honorific name bestowed upon Pṛthu’s son by the sages after he successfully recovered the sacrificial horse from Indra. The name emphasizes his heroic capacity to ‘conquer the horse’ (i.e., retrieve and protect the yajña’s integrity), while also showing that his restraint—hesitating to kill a seemingly religious figure—was rooted in respect for dharma, even though it was exploited by Indra.

Brahmā forbade killing Indra because Indra is a principal deva-administrator and an empowered assistant within the Lord’s cosmic governance; disrupting him would destabilize the sacrificial purpose meant to satisfy devas. More importantly, Brahmā warns that opposition would provoke Indra to further innovate counterfeit religious systems, increasing adharma in society. He instructs Pṛthu—already knowledgeable in liberation—that rivalry-driven completion of ‘one hundred’ is unnecessary; spiritual success is measured by detachment and devotion, not numerical triumph.

Viṣṇu’s presence confirms the theological principle that He is the antaryāmī (Supersoul) and the proprietor and enjoyer of all yajña results. The cosmic assembly accompanying Him indicates that all divine functions culminate in the Supreme Lord. In narrative terms, it validates Pṛthu’s dharmic rule and frames the later conflict as a test: even in a sanctified arena, envy can arise, and only surrender to higher counsel (Brahmā) preserves dharma.