Adhyaya 1
Ashtama SkandhaAdhyaya 133 Verses

Adhyaya 1

Manvantara Enumerations Begin: Svāyambhuva’s Austerity, Yajñapati’s Protection, and the Avatāras up to Hari (Gajendra Prelude)

Après avoir entendu la lignée de Manu Svāyambhuva, Parīkṣit demande un récit plus ample sur les autres Manus et sur les manvantara-avatāras du Seigneur. Śukadeva situe le kalpa actuel : six Manus se sont déjà succédé, et Svāyambhuva fut le premier. Il rappelle les apparitions du Seigneur à travers les filles de Manu : Kapila (déjà raconté) et Yajñapati/Yajñamūrti, dont les actes sont ici introduits. Svāyambhuva renonce aux plaisirs royaux, accomplit de rudes austérités et offre une louange d’inspiration upaniṣadique au Suprême Paramātmā—témoin omniprésent, au-delà des dualités, corps cosmique et modèle d’action sans lien karmique—exhortant les humains à suivre le dharma du Seigneur. Des asuras tentent de dévorer le Manu en méditation ; le Seigneur, sous la forme de Yajñapati, arrive avec les Yāmas et les devas, détruit les agresseurs et assume la fonction d’Indra. Śukadeva énumère ensuite les manvantaras suivants—Svārociṣa (avatāra Vibhu), Uttama (avatāra Satyasena) et Tāmasa—pour culminer en mentionnant Hari, sauveur de Gajendra. L’empressement de Parīkṣit à entendre cette délivrance mène directement au chapitre suivant, consacré au récit détaillé du Gajendra-mokṣa.

Shlokas

Verse 1

श्रीराजोवाच स्वायम्भुवस्येह गुरो वंशोऽयं विस्तराच्छ्रुत: । यत्र विश्वसृजां सर्गो मनूनन्यान्वदस्व न: ॥ १ ॥

Le roi Parīkṣit dit : Ô mon seigneur, mon maître spirituel, j’ai entendu en détail la lignée de Svāyambhuva Manu. Mais il existe d’autres Manus ; veuillez, par grâce, nous décrire aussi leurs dynasties.

Verse 2

मन्वन्तरे हरेर्जन्म कर्माणि च महीयस: । गृणन्ति कवयो ब्रह्मंस्तानि नो वद श‍ृण्वताम् ॥ २ ॥

Ô brāhmaṇa savant, les sages célèbrent l’apparition et les actes glorieux de Hari, le Seigneur Suprême, au cours des divers manvantaras. Nous brûlons de les entendre ; daigne nous les raconter.

Verse 3

यद्यस्मिन्नन्तरे ब्रह्मन्भगवान्विश्वभावन: । कृतवान्कुरुते कर्ता ह्यतीतेऽनागतेऽद्य वा ॥ ३ ॥

Ô brāhmaṇa savant, décris-nous, je t’en prie, toutes les activités que Bhagavān, créateur et soutien de l’univers, a accomplies dans les manvantaras passés, accomplit à présent et accomplira dans les manvantaras futurs.

Verse 4

श्रीऋषिरुवाच मनवोऽस्मिन्व्यतीता: षट् कल्पे स्वायम्भुवादय: । आद्यस्ते कथितो यत्र देवादीनां च सम्भव: ॥ ४ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Dans ce kalpa, six Manu se sont déjà écoulés, à commencer par Svāyambhuva. Je t’ai décrit le premier Manu, Svāyambhuva, ainsi que l’apparition des devas et des êtres divins.

Verse 5

आकूत्यां देवहूत्यां च दुहित्रोस्तस्य वै मनो: । धर्मज्ञानोपदेशार्थं भगवान्पुत्रतां गत: ॥ ५ ॥

Svāyambhuva Manu eut deux filles, Ākūti et Devahūti. Afin d’enseigner le dharma et la connaissance spirituelle, le Bhagavān apparut de leurs entrailles comme deux fils : Yajñamūrti et Kapila, respectivement.

Verse 6

कृतं पुरा भगवत: कपिलस्यानुवर्णितम् । आख्यास्ये भगवान्यज्ञो यच्चकार कुरूद्वह ॥ ६ ॥

Ô le meilleur des Kuru, j’ai déjà décrit les actes de Kapila, fils de Devahūti. À présent, je décrirai les actes de Yajñapati (Yajña), fils d’Ākūti.

Verse 7

विरक्त: कामभोगेषु शतरूपापति: प्रभु: । विसृज्य राज्यं तपसे सभार्यो वनमाविशत् ॥ ७ ॥

Svāyambhuva Manu, époux de Śatarūpā, était détaché des jouissances des sens. Il renonça donc à son royaume et entra dans la forêt avec son épouse pour pratiquer l’austérité.

Verse 8

सुनन्दायां वर्षशतं पदैकेन भुवं स्पृशन् । तप्यमानस्तपो घोरमिदमन्वाह भारत ॥ ८ ॥

Ô descendant de Bharata, après être entré dans la forêt, Svāyambhuva Manu se tint sur la rive de la rivière Sunandā, ne touchant la terre que d’une seule jambe, et pratiqua une austérité redoutable durant cent ans. Pendant cette ascèse, il dit ceci.

Verse 9

मनुरुवाच येन चेतयते विश्वं विश्वं चेतयते न यम् । यो जागर्ति शयानेऽस्मिन्नायं तं वेद वेद स: ॥ ९ ॥

Manu dit : Celui par qui l’univers devient conscient est l’Être suprême ; ce monde ne L’a pas engendré. Quand tout se tait et sommeille, Il demeure éveillé comme Témoin. L’âme ne Le connaît pas, mais Lui connaît tout.

Verse 10

आत्मावास्यमिदं विश्वं यत् किञ्चिज्ज‍गत्यां जगत् । तेन त्यक्तेन भुञ्जीथा मा गृध: कस्यस्विद्धनम् ॥ १० ॥

Tout ce qui existe dans cet univers, animé ou inanimé, est enveloppé par le Paramatma. Ainsi, dans l’esprit du renoncement, reçois et goûte seulement la part qui t’est accordée ; ne convoite pas le bien d’autrui.

Verse 11

यं पश्यति न पश्यन्तं चक्षुर्यस्य न रिष्यति । तं भूतनिलयं देवं सुपर्णमुपधावत ॥ ११ ॥

Bien que la Suprême Personnalité de Dieu contemple sans cesse les actes du monde, nul ne Le voit. Ne crois pas que, parce qu’on ne Le voit pas, Il ne voit pas : Son pouvoir de vision ne s’amoindrit jamais. Ainsi, adore le Paramatma, qui demeure auprès de l’âme comme un ami.

Verse 12

न यस्याद्यन्तौ मध्यं च स्व: परो नान्तरं बहि: । विश्वस्यामूनि यद् यस्माद् विश्वं च तद‍ृतं महत् ॥ १२ ॥

La Suprême Personnalité de Dieu n’a ni commencement, ni fin, ni milieu. Il n’appartient à personne ni à aucune nation ; en Lui il n’y a ni dedans ni dehors. Les dualités du monde—début et fin, mien et tien—sont absentes de Sa personne. L’univers qui émane de Lui est aussi un de Ses aspects. Ainsi, Il est la Vérité ultime, parfait en grandeur.

Verse 13

स विश्वकाय: पुरुहूत ईश: सत्य: स्वयंज्योतिरज: पुराण: । धत्तेऽस्य जन्माद्यजयात्मशक्त्या तां विद्ययोदस्य निरीह आस्ते ॥ १३ ॥

Il est le Seigneur, invoqué par des millions de noms, et toute la manifestation cosmique est Son corps. Il est la Vérité, lumière par Lui-même, non né et immémorial. Par Sa puissance intérieure invincible, Il fait que, par l’énergie externe, l’univers paraisse créé, maintenu et dissous ; pourtant, par la connaissance, Il repousse la māyā et demeure détaché dans Son énergie spirituelle.

Verse 14

अथाग्रे ऋषय: कर्माणीहन्तेऽकर्महेतवे । ईहमानो हि पुरुष: प्रायोऽनीहां प्रपद्यते ॥ १४ ॥

Ainsi, les grands sages engagent d’abord les hommes dans des actes prescrits par les śāstras, porteurs de fruits, afin qu’ils atteignent peu à peu l’état d’action sans attache aux résultats. Car sans commencer par les œuvres recommandées par l’Écriture, on n’accède guère à la délivrance ni à l’action sans réaction.

Verse 15

ईहते भगवानीशो न हि तत्र विसज्जते । आत्मलाभेन पूर्णार्थो नावसीदन्ति येऽनु तम् ॥ १५ ॥

Le Bhagavān, le Seigneur Suprême, est comblé par Sa propre plénitude, et pourtant Il accomplit la līlā de créer, maintenir et dissoudre ce monde. Bien qu’Il agisse ainsi, Il n’est jamais empêtré. Ainsi, les dévots qui suivent Ses pas ne s’empêtrent pas non plus.

Verse 16

तमीहमानं निरहङ्‌कृतं बुधं निराशिषं पूर्णमनन्यचोदितम् । नृञ् शिक्षयन्तं निजवर्त्मसंस्थितं प्रभुं प्रपद्येऽखिलधर्मभावनम् ॥ १६ ॥

Je prends refuge en ce Seigneur : bien qu’Il agisse comme un homme ordinaire, Il est sans ego, sage, sans désir de fruits, parfait et entièrement indépendant. Maître suprême de l’humanité, Il enseigne par Sa propre voie d’action et inaugure le véritable chemin du dharma ; que tous Le suivent.

Verse 17

श्रीशुक उवाच इति मन्त्रोपनिषदं व्याहरन्तं समाहितम् । द‍ृष्ट्वासुरा यातुधाना जग्धुमभ्यद्रवन् क्षुधा ॥ १७ ॥

Śukadeva poursuivit : Ainsi, Svāyambhuva Manu, plongé en transe, récitait les mantras védiques d’instruction connus sous le nom d’Upaniṣads. En le voyant, les rākṣasas et les asuras, tenaillés par la faim, voulurent le dévorer ; ils se ruèrent donc sur lui à toute vitesse.

Verse 18

तांस्तथावसितान् वीक्ष्य यज्ञ: सर्वगतो हरि: । यामै: परिवृतो देवैर्हत्वाशासत् त्रिविष्टपम् ॥ १८ ॥

Les voyant ainsi prêts, Hari, omniprésent et demeurant dans le cœur de tous, apparut comme Yajñapati. Entouré de Ses fils appelés les Yāmas et des autres devas, Il tua les démons et rākṣasas ; puis Il prit la charge d’Indra et gouverna le royaume céleste.

Verse 19

स्वारोचिषो द्वितीयस्तु मनुरग्ने: सुतोऽभवत् । द्युमत्सुषेणरोचिष्मत्प्रमुखास्तस्य चात्मजा: ॥ १९ ॥

Svārociṣa, fils d’Agni, devint le deuxième Manu. Parmi ses fils, Dyumat, Suṣeṇa et Rociṣmat furent les principaux, et d’autres encore.

Verse 20

तत्रेन्द्रो रोचनस्त्वासीद् देवाश्च तुषितादय: । ऊर्जस्तम्भादय: सप्त ऋषयो ब्रह्मवादिन: ॥ २० ॥

Sous le règne de Svārociṣa, Rocana assuma la charge d’Indra. Tuṣita et d’autres furent les principaux devas, et Ūrja, Stambha et d’autres furent les sept sages, brahmavādins et dévots du Seigneur.

Verse 21

ऋषेस्तु वेदशिरसस्तुषिता नाम पत्‍न्यभूत् । तस्यां जज्ञे ततो देवो विभुरित्यभिविश्रुत: ॥ २१ ॥

Le ṛṣi Vedaśirā était très renommé. Du sein de son épouse nommée Tuṣitā naquit l’avatāra divin connu sous le nom de Vibhu.

Verse 22

अष्टाशीतिसहस्राणि मुनयो ये धृतव्रता: । अन्वशिक्षन्व्रतं तस्य कौमारब्रह्मचारिण: ॥ २२ ॥

Vibhu demeura brahmacārī toute sa vie et ne se maria jamais. De lui, quatre-vingt-huit mille munis aux vœux fermes reçurent l’enseignement de la maîtrise de soi, de l’austérité et d’autres disciplines.

Verse 23

तृतीय उत्तमो नाम प्रियव्रतसुतो मनु: । पवन: सृञ्जयो यज्ञहोत्राद्यास्तत्सुता नृप ॥ २३ ॥

Ô roi, le troisième Manu se nommait Uttama, fils du roi Priyavrata. Parmi les fils de ce Manu se trouvaient Pavana, Sṛñjaya et Yajñahotra, entre autres.

Verse 24

वसिष्ठतनया: सप्त ऋषय: प्रमदादय: । सत्या वेदश्रुता भद्रा देवा इन्द्रस्तु सत्यजित् ॥ २४ ॥

Sous le règne du troisième Manu, Pramada et les autres fils de Vasiṣṭha devinrent les sept ṛṣi. Les Satya, Vedaśruta et Bhadra devinrent des devas, et Satyajit fut choisi comme Indra, roi du ciel.

Verse 25

धर्मस्य सूनृतायां तु भगवान्पुरुषोत्तम: । सत्यसेन इति ख्यातो जात: सत्यव्रतै: सह ॥ २५ ॥

En ce manvantara, le Seigneur Suprême, Puruṣottama, apparut du sein de Sūnṛtā, l’épouse de Dharma. Il fut célébré sous le nom de Satyasena et se manifesta avec les devas appelés Satyavrata.

Verse 26

सोऽनृतव्रतदु:शीलानसतो यक्षराक्षसान् । भूतद्रुहो भूतगणांश्चावधीत् सत्यजित्सख: ॥ २६ ॥

Satyasena, avec Son ami Satyajit (Indra), mit à mort les Yakṣas, Rākṣasas et êtres fantomatiques menteurs, impies et de mauvaise conduite, qui faisaient souffrir les autres êtres vivants.

Verse 27

चतुर्थ उत्तमभ्राता मनुर्नाम्ना च तामस: । पृथु: ख्यातिर्नर: केतुरित्याद्या दश तत्सुता: ॥ २७ ॥

Uttama, frère du troisième Manu, fut célébré sous le nom de Tāmasa et devint le quatrième Manu. Tāmasa eut dix fils, dont Pṛthu, Khyāti, Nara et Ketu étaient les principaux.

Verse 28

सत्यका हरयो वीरा देवास्त्रिशिख ईश्वर: । ज्योतिर्धामादय: सप्त ऋषयस्तामसेऽन्तरे ॥ २८ ॥

Sous le règne de Tāmasa Manu, parmi les devas se trouvaient les Satyaka, les Hari et les Vīra. Indra était Triśikha. Les sages du saptarṣi-dhāma étaient conduits par Jyotirdhāma et d’autres.

Verse 29

देवा वैधृतयो नाम विधृतेस्तनया नृप । नष्टा: कालेन यैर्वेदा विधृता: स्वेन तेजसा ॥ २९ ॥

Ô roi, les fils de Vidhṛti, connus sous le nom de Vaidhṛtis, devinrent aussi des devas. Lorsque, avec le temps, l’autorité védique se perdit, ils la protégèrent par leur propre puissance.

Verse 30

तत्रापि जज्ञे भगवान्हरिण्यां हरिमेधस: । हरिरित्याहृतो येन गजेन्द्रो मोचितो ग्रहात् ॥ ३० ॥

Dans ce manvantara aussi, le Seigneur Suprême Viṣṇu naquit du sein de Hariṇī, l’épouse de Harimedhā, et fut connu sous le nom de Hari. Ce Hari délivra Son dévot Gajendra, roi des éléphants, de la gueule du crocodile.

Verse 31

श्रीराजोवाच बादरायण एतत् ते श्रोतुमिच्छामहे वयम् । हरिर्यथा गजपतिं ग्राहग्रस्तममूमुचत् ॥ ३१ ॥

Le roi Parīkṣit dit : Ô seigneur Bādarāyaṇi, nous désirons entendre en détail comment Hari délivra le roi des éléphants, saisi par le crocodile.

Verse 32

तत्कथासु महत् पुण्यं धन्यं स्वस्त्ययनं शुभम् । यत्र यत्रोत्तमश्लोको भगवान्गीयते हरि: ॥ ३२ ॥

Toute œuvre ou narration où l’on chante et glorifie Hari, la Personne Suprême, Uttamaśloka, est assurément grande, pure, glorieuse, auspicieuse et porteuse de tout bien.

Verse 33

श्रीसूत उवाच परीक्षितैवं स तु बादरायणि: प्रायोपविष्टेन कथासु चोदित: । उवाच विप्रा: प्रतिनन्द्य पार्थिवं मुदा मुनीनां सदसि स्म श‍ृण्वताम् ॥ ३३ ॥

Śrī Sūta Gosvāmī dit : Ô brāhmaṇas, lorsque Parīkṣit Mahārāja, assis en jeûne dans l’attente de la mort, adressa ainsi sa requête à Bādarāyaṇi (Śukadeva), Śukadeva honora le roi et parla avec joie dans l’assemblée des sages avides d’entendre.

Frequently Asked Questions

His renunciation models vairāgya and dharma: rulership is not for sense-enjoyment but for duty, and the culmination of duty is God-realization. Manu’s tapas and Upaniṣadic stuti teach that the Lord is the unseen witness and that one should live by what is allotted (without encroaching on others), progressing from regulated action toward liberation.

Yajñapati is an avatāra of Viṣṇu appearing through Ākūti, associated with yajña and cosmic order. In 8.1 he protects Svāyambhuva Manu from Rākṣasas and asuras, arrives with the Yāmas and devatās, destroys the aggressors, and assumes the post of Indra—showing divine governance and protection within manvantara administration.

The chapter begins enumerating the Manus of the present kalpa, highlighting at least the first four (Svāyambhuva, Svārociṣa, Uttama, Tāmasa) and their arrangements (Indra, devatās, sages) along with key avatāras (Vibhu, Satyasena, Hari). The listing establishes manvantara as a structured sacred history and prepares for the detailed avatāra episode of Hari saving Gajendra.

It grounds ethics and bhakti in theology: although no one sees the Supersoul, He sees all actions without diminution. Therefore one should not presume impunity, should respect others’ property, and should worship the Paramātmā who accompanies the jīva as a friend—linking cosmic metaphysics to daily conduct.