
Chapter 50 — देवीप्रतिमालक्षणकथनं (Devi-Pratimā-Lakṣaṇa: Characteristics of the Goddess Image)
Agni passe des caractéristiques générales des images (pratimā-lakṣaṇa) à un exposé technique sur l’iconographie de Devī dans le cadre du Vāstu–Pratiṣṭhā et de l’Īśāna-kalpa. Le chapitre précise les ensembles d’armes et le nombre de bras de Caṇḍī/Durgā (20, 18, 16, 10 et 8 bras) et situe son culte dans un maṇḍala navapadma (neuf lotus) avec des placements ordonnés selon les tattva. Il élargit ensuite l’univers iconographique autour de la Déesse : formes farouches nommées (Rudracaṇḍā et autres), types de couleurs et de démarche, buts de l’installation (descendance, prospérité) et divinités d’accompagnement telles que Lakṣmī, Sarasvatī, Gaṅgā (Jāhnavī), Yamunā et des puissances de type Mātṛkā. Le texte donne aussi des canons de proportion et de mesure pour Vināyaka (notamment la longueur de la trompe en aṅgula et des métriques kalā/nāḍī), ainsi que des notes iconographiques sur Skanda et des formes connexes. Il s’achève sur des divinités protectrices terribles et des gaṇa—variantes de Cāmuṇḍā, Bhairavī, Ambāṣṭaka et Ghantakarṇa—reliant la justesse de la forme à l’efficacité rituelle, à la protection, au siddhi et aux fruits d’une consécration correcte.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये प्रतिमालक्षणं नाम ऊनपञ्चाशो ऽध्यायः अथ पञ्चाशोध्यायः देवीप्रतिमालक्षणकथनं भगवानुवाच चण्डी विंशतिबाहुः स्याद्बिभ्रती दक्षिणैः करः शूलासिशक्तिचक्राणि पाशं खेटायुधाभयं
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, s’achève le quarante-neuvième chapitre intitulé « Caractéristiques des images (Pratimā-lakṣaṇa) ». Commence maintenant le cinquantième chapitre : l’exposé des caractéristiques de l’image de la Déesse. Le Bienheureux Seigneur dit : « Caṇḍī doit être figurée avec vingt bras ; dans ses mains droites, qu’elle porte le trident, l’épée, la lance śakti, le disque, le lacet (pāśa), le bouclier, une arme, et le geste d’absence de crainte (abhaya). »
Verse 2
डमरुं शक्तिकां वामैर् नागपाशञ्च खेटकं कुठाङ्कुशचापांश् च घण्टाध्वजगदांस् तथा
Dans les mains gauches, qu’elle porte le tambour ḍamaru et la lance śaktikā ; ainsi que le lacet-serpent (nāga-pāśa) et le bouclier ; de même la hache, le crochet (aṅkuśa) et l’arc ; et encore la cloche, l’étendard (dhvaja) et la massue (gadā).
Verse 3
आदर्शमुद्गरान् हस्तैश् चण्डी वा दशबाहुका तदधो महिषश्छिन्नमूर्धा पतितमस्तकः
Caṇḍī (la Déesse farouche) doit être représentée avec dix bras, tenant dans ses mains un miroir (ādarśa) et une massue (mudgara). Au-dessous d’elle se trouve Mahīṣa (le démon-buffle), la tête tranchée, la tête sectionnée étant tombée à terre.
Verse 4
चर्म चोत्तममिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः शस्त्रोद्यतकरः क्रुद्धस्तद्ग्रीवासम्भवः पुमान् शूलहस्तो वमद्रक्तो रक्तस्रङ्मूर्धजेक्षणः
«Carma est dit être le meilleur (comme couverture/armure)»—ainsi lit-on dans une variante manuscrite signalée. (C’est) un homme, courroucé, la main levée brandissant une arme, surgissant de la région du cou (de la gorge). Tenant un trident, il vomit du sang, porte une guirlande de sang, avec des cheveux emmêlés et des yeux farouches.
Verse 5
सिंहेनास्वाद्यमानस्तु पाशबद्धो गले भृशं याम्याङ्घ्य्राक्रान्तसिंहा च सव्याङ्घ्रिर्नीचगासुरे
Il est mis en pièces—comme goûté puis déchiré—par un lion, tandis que son cou est étroitement lié par un lacet (pāśa). Là, dans le monde de Yama, le lion est maintenu sous le pied du tourmenteur, et le pécheur est traîné vers le bas; le pied gauche l’écrase et le mène vers une région inférieure, souillée et fétide.
Verse 6
चण्डिकेयं त्रिनेत्रा च सशस्त्रा रिपुमर्दनी नवपद्मात्मके स्थाने पूज्या दुर्गा स्वमूर्तितः
Durgā—identique à Caṇḍikā—aux trois yeux, armée et broyeuse des ennemis, doit être vénérée dans le lieu constitué selon le diagramme du « neuf-lotus » (navapadma), conformément à sa propre forme iconographique (mūrti).
Verse 7
आदौ मध्ये तथेन्द्रादौ नवातत्त्वात्मभिः क्रमात् अष्टादशभुजैका तु दक्षे मुण्डं च खेटकं
Au début, au milieu, et de même à la position d’Indra (c’est-à-dire selon les placements directionnels prescrits), on doit la disposer dans l’ordre comme incarnant les neuf tattva. Une forme possède dix-huit bras; dans ses mains droites, elle tient une tête tranchée et un bouclier.
Verse 8
आदर्शतर्जनीचापं ध्वजं डमरुकं तथा पाशं वामे बिभ्रती च शक्तिमुद्गरशूलकं
Dans ses mains gauches, elle porte un miroir, l’index (en geste d’indication), un arc, un étendard, un tambour ḍamaru et aussi un lacet (pāśa) ; et elle porte encore une lance (śakti), une massue (mudgara) et un trident (triśūla).
Verse 9
वज्रखड्गाङ्कुशशरान् चक्रन्देवी शलाकया एतैर् एवायुधैर् युक्ता शेषाः षोडशबहुकाः
La Déesse porte le vajra (foudre), l’épée, l’aṅkuśa (aiguillon), les flèches, le disque (cakra) et aussi une baguette fine comme une aiguille (śalākā). Munies de ces mêmes armes, les formes restantes sont à seize bras.
Verse 10
डमरुं तर्जनीं त्यक्त्वा रुद्रचण्डादयो नव रुद्रचण्डा प्रचण्डा च चण्डोग्रा चण्डनायिका
En mettant de côté le ḍamaru (tambour à main) et la tarjanī (l’index menaçant/pointé), on doit invoquer les neuf formes commençant par Rudracaṇḍā : Rudracaṇḍā, Pracaṇḍā, Caṇḍogrā et Caṇḍanāyikā, etc.
Verse 11
चण्डा चण्दवती चैव चण्डरूपातिचण्डिका उग्रचण्डा च मध्यस्था रोचनाभारुणासिता
Elle est Caṇḍā, et aussi Caṇḍavatī ; celle dont la forme est farouche—Ati-caṇḍikā ; Ugra-caṇḍā ; celle qui demeure au milieu (comme centre de soutien)—Madhyasthā ; et celle qui rayonne—Rocanā—chargée d’un lourd fardeau (Bhāruṇā) et de teinte sombre (Asitā).
Verse 12
नीला शुक्ला धूम्रिका च पीता श्वेता च सिंहगाः महिषोथ पुमान् शस्त्री तत्कचग्रहमुष्टिकाः
Bleu, blanc, gris fumé, jaune et blanc pâle : tels sont les types « à démarche de lion » ; de même existent le type « à démarche de buffle », le type masculin, le type porteur d’armes, et ceux qui se caractérisent par saisir les cheveux et frapper du poing.
Verse 13
आलीढा नव दुर्गाः स्युः स्थाप्याः पुत्रादिवृद्धये तथा गौरी च चण्डिकाद्या कुण्ड्यक्षररदाग्निधृक्
Dans la posture ālīḍhā, les neuf Durgā doivent être installées pour l’accroissement des fils et des autres prospérités ; de même, (installez) Gaurī et le groupe commençant par Caṇḍikā, comme divinités portant les syllabes (mantras), les dents (ou crocs) et le feu (énergie) dans l’agencement de la fosse rituelle.
Verse 14
सैव रम्भा वने सिद्धाग्निहीना ललिता तथा स्कन्धमूर्धकरा वामे द्वितीये धृतदर्पणा
Cette même (déesse) est Rambhā ; dans la forêt elle est Siddhā ; (elle est) aussi Agnihīnā, et de même Lalitā. Dans la seconde main gauche, elle porte l’emblème de la tête de Skandha, et elle tient un miroir.
Verse 15
नवतत्वादिभिरिर्ति ङ,चिह्नितपुस्तकपाठः शालासु नव इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः याम्ये फलाञ्जलिहस्ता सौभाग्या तत्र चोर्ध्विका लक्ष्मीर्याम्यकराम्भोजा वामे श्रीफलसंयुता
Dans la main droite (au côté méridional), on doit montrer Saubhāgyā tenant un añjali de fruits; et, au-dessus, on doit représenter Lakṣmī : sa main droite, lotus, tournée vers le sud, et sa main gauche munie du śrī-phala (noix de coco). (Certains manuscrits indiquent des leçons variantes par des marques de copiste)
Verse 16
पुस्ताक्षमालिकाहस्ता वीणाहस्ता सरस्वती कुम्भाब्जहस्ता श्वेताभा मकरोपरि जाह्नवी
Sarasvatī tient dans ses mains un livre et un rosaire (akṣamālā), et elle porte aussi la vīṇā. Jāhnavī (le fleuve Gaṅgā) tient une jarre d’eau (kumbha) et un lotus ; elle est d’éclat blanc et siège sur un makara.
Verse 17
कूर्मगा यमुना कुम्भकरा श्यामा च पूज्यते सवीणस्तुम्बुरुः शुक्लः शूली मात्रग्रतो वृषे
Kūrmagā, Yamunā, Kumbhakarā, et aussi Śyāmā doivent être honorées par le culte. Tumburu, porteur de la vīṇā, doit être honoré; de même Śukla, Śūlī (le porteur du trident) et Mātr̥grata — ô Toi dont l’étendard est le taureau (Śiva).
Verse 18
गौरी चतुर्मुखी ब्राह्मी अक्षमालासुरान्विता कुण्डक्षपात्रिणी वामे हंसगा शाङ्करी सिता
Elle est Gaurī — à quatre visages, Brahmī — portant un rosaire (akṣamālā) et entourée de ses assistants divins ; à sa gauche, elle tient une jarre d’eau (kumbha) et un bol d’aumône ; elle monte un cygne, elle est Śāṅkarī (puissance/épouse de Śaṅkara) et d’un teint blanc.
Verse 19
शरचापौ दक्षिणे ऽस्या वामे चक्रं धनुर्वृषे कौमारी शिखिगा रक्ता शक्तिहस्ता द्विबाहुका
À sa droite se trouvent la flèche et l’arc ; à sa gauche, le disque (cakra) et le taureau — ô Toi dont l’étendard est le taureau. C’est Kaumārī : montée sur un paon, de couleur rouge, tenant une lance (śakti) et n’ayant que deux bras.
Verse 20
चक्रशङ्खधरा सव्ये वामे लक्ष्मीर्गदाब्जधृक् दण्डशङ्खासि गदया वाराहो महिषस्थिता
À droite, elle porte le disque (cakra) et la conque (śaṅkha) ; à gauche se tient Lakṣmī, tenant la massue (gadā) et le lotus. Avec bâton, conque, épée et massue, Varāha, l’Incarnation du Sanglier, doit être figuré debout sur un buffle.
Verse 21
ऐन्द्री वामे वज्रहस्ता सहस्राक्षी तु सिद्धये चामुण्डा कोटराघ्नी स्यान्निर्मांसा तु त्रिलोचना
À gauche se tient Aindrī—tenant le foudre (vajra) en sa main, aux mille yeux—(invoquée) pour l’obtention du siddhi. Et l’on doit y placer Cāmuṇḍā, destructrice des (démons) creux, sans chair et pourvue de trois yeux.
Verse 22
निर्मांसा अस्थिसारा वा ऊर्ध्वकेशी कृशोदरी द्वीपचर्मधरा वामे कपालं पट्टिशङ्करे
Elle est sans chair, ou bien d’essence d’os ; les cheveux dressés vers le haut et le ventre maigre. Revêtue d’une peau de tigre, elle tient dans la main gauche le bol-crâne (kapāla) et dans la droite la hache de guerre (paṭṭiśa).
Verse 23
शूलं कर्त्री दक्षणे ऽस्याः शवारूढास्थितभूषणा विनायको नराकारो वृहत्कुक्षिर्गजाननः
Dans sa main droite se trouvent le trident (śūla) et les cisailles. Parée d’ornements, elle doit être montrée montée sur un cadavre, ou debout sur lui. Vināyaka est décrit avec un corps d’aspect humain, un grand ventre et un visage d’éléphant.
Verse 24
वृहच्छुण्डो ह्य् उपवीतो मुखं सप्तकलं भवेत् विस्ताराद्दैर्घ्यतचैव शुण्डं षट्त्रिंशदङ्गुलं
L’image doit avoir une grande trompe et être ornée du cordon sacré (upavīta) ; le visage doit mesurer sept kalās. La longueur de la trompe, proportionnée à la largeur de l’image, doit être de trente-six aṅgulas.
Verse 25
कला द्वादश नाडी तु ग्रीवा सार्धकलोच्छ्रिता षट्त्रिंशदङ्गुलं कण्ठं गुह्यमध्यर्धमङ्गुलं
Douze kalā forment une nāḍī. Le cou (grīvā) a une hauteur d’une kalā et demie. La gorge (kaṇṭha) mesure trente-six aṅgula. Le milieu de la région génitale (guhya) est d’un demi-aṅgula.
Verse 26
मकरेद्धरि जाह्नवीति ख, घ, ङ, चिह्नितपुस्तत्रयकपाठः वामे वज्रमिति ख, ङ, चिह्नितपुस्तकद्वयपाठः शङ्खारि इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः नाभिरूरू द्वादशञ्च जङ्घे पादे तु दक्षिणे स्वदन्तं परशुं वामे लड्डुकञ्चोत्पलं शये
Selon la leçon de certains manuscrits marqués : «portant un makara (crocodile) et tenant Jāhnavī (le Gaṅgā)». D’autres témoins marqués lisent : «dans la main gauche, un vajra». Une autre leçon marquée a : «tenant une conque (śaṅkha)». Les points ornementaux/marqués sont indiqués ainsi : au nombril et aux cuisses, douze ; aux jambes (tibias) et au pied droit. Dans la main droite, il tient sa propre défense ; dans la gauche, une hache ; et, lorsqu’il est couché, (se trouvent) une boule sucrée (laḍḍuka/modaka) et un lotus.
Verse 27
सुमुखी च विडालाक्षी पार्श्वे स्कन्दो मयूरगः स्वामी शाखो विशाखश् च द्विभुजो बालरूपधृक्
Et (il y a) Sumukhī et Viḍālākṣī. Sur le côté se tient Skanda, monté sur un paon (mayūra)—appelé aussi Svāmī, Śākha et Viśākha—à deux bras, portant la forme d’un enfant.
Verse 28
दक्षे शक्तिः कुक्कुटोथ एकवक्त्रोथ षण्मुखः षड्भुजो वा द्वादशभिर्ग्रामेरण्ये द्विबाहुकः
À droite se trouve la Śakti, c’est-à-dire la lance. Il est marqué par un coq. Il peut être à un visage ou à six visages ; à six bras ou à douze bras ; dans le cadre du village il est à deux bras, et au combat il est également à deux bras.
Verse 29
शक्तीषुपाशनिस्त्रिंशतोत्रदोस्तर्जनीयुतः शक्त्या दाक्षिणहस्तेषु षट्सु वामे करे तथा
Il doit être figuré avec la śakti (javelot), des flèches, un lacet (pāśa), le foudre (vajra), une épée et un bouclier, et avec l’index en geste d’indication. Dans les six mains droites on place ces armes, et de même dans la/les main(s) gauche(s), avec la śakti.
Verse 30
शिखिपिच्छन्धनुः खेटं पताकाभयकुक्कुटे कपालकर्तरीशूलपाशभृद्याम्यसौम्ययोः
Aigrette de plumes de paon, arc, bouclier, bannière, le mudrā d’Abhaya (geste d’intrépidité) et l’emblème du coq; et encore le crâne, les ciseaux, le trident et le lacet (pāśa) : tels sont les attributs portés dans les formes méridionale et douce/bienveillante (saumya).
Verse 31
गजचर्मभृदूर्ध्वास्यपादा स्यात् रुद्रचर्चिका सैव चाष्टभुजा देवी शिरोडमरुकान्विता
Rudracarcikā doit être visualisée revêtue d’une peau d’éléphant, le visage et les pieds tournés vers le haut. Cette même Déesse a huit bras, et sa tête est ornée d’un ḍamaru (tambour).
Verse 32
तेन सा रुद्रचामुण्डा नाटेश्वर्यथ नृत्यती इयमेव महालक्ष्मीरुपविष्टा चतुर्मुखी
Par cette manière (de culte/visualisation), cette Rudra-Cāmuṇḍā—à savoir en tant que Nāṭeśvarī—se met alors à danser. Elle-même est Mahālakṣmī, assise, à quatre visages.
Verse 33
नृवाजिमहिषेभांश् च खादन्ती च करे स्थितान् दशबाहुस्त्रिनेत्रा च शस्त्रासिडमरुत्रिकं
On la montre dévorant des hommes, des chevaux, des buffles et des éléphants, les tenant dans sa main; elle a dix bras et trois yeux, portant des armes, une épée et une triade de tambours ḍamaru.
Verse 34
बिभ्रती दक्षिणे हस्ते वामे घण्टां च खेटकं खट्वाङ्गं च त्रिशूलञ्च सिद्धचामुण्डकाह्वया
Connue sous le nom de Siddha-Cāmuṇḍā, elle tient dans la main droite et dans la main gauche une cloche et un bouclier; et porte aussi le bâton khaṭvāṅga et le trident.
Verse 35
सिद्धयोगेश्वरी देवी सर्वसिद्धप्रदायिका एतद्रूपा भवेदन्या पाशाङ्कुशयुतारुणा
La Déesse Siddhayogeśvarī est celle qui confère toutes les siddhi (accomplissements surnaturels). Une autre manifestation doit être de cette même forme : d’une teinte rougeâtre, portant le pāśa (lasso) et l’aṅkuśa (aiguillon).
Verse 36
भैरवी रूपविद्या तु भुजैर् द्वादशभिर्युता एताः श्मशानजा रौद्रा अम्बाष्टकमिदं स्मृतं
Bhairavī est la Vidyā de la forme (rūpa) et elle est pourvue de douze bras. Ces formes de la Déesse naissent du terrain de crémation (śmaśāna) et sont terribles ; on s’en souvient comme de l’« Ambāṣṭaka », l’Octuple Mère.
Verse 37
आद्याष्टकमिदमिति ख, ग, घ, चिह्नितपुस्तकत्रयपाठः क्षमा शिवावृता वृद्धा द्विभुजा विवृतानना दन्तुरा क्षेमकरी स्याद्भूमौ जानुकरा स्थिता
Dans les manuscrits marqués (kha, ga, gha), on lit que ceci relève de l’« ādyāṣṭaka », le premier groupe de huit. Kṣamā (la Déesse de la patience) est décrite comme enveloppée d’auspiciosité, d’apparence âgée, à deux bras, la bouche ouverte et les dents saillantes ; on doit la visualiser comme dispensatrice de bien-être, debout sur le sol, les mains posées sur les genoux.
Verse 38
यक्षिण्यस्तब्धदीर्घाक्षाः शाकिन्यो वक्रदृष्टयः पिङ्गाक्षाः स्युर्महारम्या रूपिण्योप्सरसः सदा
Les Yakṣiṇī sont raides et ont de longs yeux ; les Śākinī ont des regards obliques et déformés. Les Piṅgākṣī sont dites extrêmement charmantes ; et les Rūpiṇī ont toujours une forme semblable à celle des Apsaras.
Verse 39
साक्षमाली त्रिशूली च नन्दीशो द्वारपालकः महाकालोसिमुण्डी स्याच्छूलखटकवांस् तथा
Sākṣamālī et Triśūlī ; Nandīśa comme gardien de la porte ; Mahākāla ; et Asi-muṇḍī — ceux-ci aussi doivent être représentés portant une śūla (lance) et un bâton khaṭaka (massue/bâton).
Verse 40
कृशो भङ्गी च नृत्यन् वै कुष्माण्डस्थूलखर्ववान् गजगोकर्णवक्त्राद्या वीरभद्रादयो गणाः
En vérité, les Gaṇa—à commencer par Vīrabhadra—revêtent d’innombrables formes : les uns sont maigres et décharnés ; d’autres, contorsionnés, dansent ; certains ont un ventre pareil à une courge ; d’autres sont extrêmement corpulents ; d’autres encore sont nains ; et quelques-uns ont un visage d’éléphant ou de vache, ou des oreilles semblables à celles de la vache, et ainsi de suite.
Verse 41
घण्टाकर्णोष्टदशदोः पापरोगं विदारयन् वज्रासिदण्डचक्रेषुमुषलाङ्कुशमुद्गरान्
Ghantakarṇa, aux dix-huit bras, qui déchire le péché et la maladie, (porte) le vajra (foudre), l’épée, le bâton, le disque, les flèches, la massue, l’aiguillon (aṅkuśa) et le marteau.
Verse 42
दक्षिणे तर्जनीं खेटं शक्तिं मुण्डञ्च पाशकं चापं घण्टां कुठारञ्च द्वाभ्याञ्चैव त्रिशूलकं घण्टामालाकुलो देवो विस्फोटकविमर्दनः
À droite (dans les mains) se trouvent l’index en geste d’injonction, le bouclier, la lance, une tête tranchée, le lacet (pāśa), l’arc, la cloche et la hache ; et, de deux mains, le trident. La divinité, parée d’une guirlande de clochettes, est celle qui dompte et écrase le visphoṭaka (affection cutanée éruptive, à cloques).
It codifies Devī-pratimā-lakṣaṇa: arm-counts, weapon allocations, fierce and benign variants, and correct worship-placement—especially Durgā’s navapadma (nine-lotus) locus with ordered tattva-based arrangement.
By treating iconographic precision and maṇḍala placement as dharmic discipline: correct form enables stable presence (āveśa), protection, and siddhi, while aligning worship with order (ṛta) and puruṣārtha—prosperity and welfare supporting liberation-oriented practice.