
Chapter 347: One-syllable Appellations (एकाक्षराभिधानम्)
Le Seigneur Agni ouvre l’adhyāya en annonçant un exposé sur l’ekākṣara—désignations d’une seule syllabe—enseigné avec la Mātr̥kā (ensemble phonémique). Le chapitre attribue d’abord des sens et des référents divins aux voyelles et aux consonnes, formant un lexique condensé utile à la diction poétique, au codage des mantras et à l’interprétation symbolique. Il se tourne ensuite vers l’usage rituel des mantras : des syllabes-semences et de brèves formules sont reliées aux divinités (par ex. Narasiṃha/Hari via kṣo) ainsi qu’à des buts de protection et d’octroi de prospérité. Le texte intègre la bhakti en nommant les Neuf Durgā et leurs assistants (vaṭuka), en prescrivant un culte dans un diagramme de lotus, en donnant un mantra de type Durgā Gāyatrī avec la séquence de ṣaḍaṅga-nyāsa, et en décrivant le mantra racine de Gaṇapati, ses attributs iconographiques et de multiples épithètes pour le culte et le homa se terminant par svāhā. La clôture mentionne l’agencement des mantras et une remarque grammaticale transmise par Kātyāyana, soulignant la marque de l’Agni Purāṇa : la parole sacrée comme science du langage et technologie de délivrance.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे अलङ्कारे काव्यदोषविवेको नाम षट्चत्वारिंशदधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथ अधिकत्रिशततमो ऽध्यायः एकाक्षराभिधानं अग्निर् उवाच एकाक्षराभिधनञ्च मातृकान्तं वदामि ते अ विष्णुः प्रतिषेधः स्यादा पितामहवाक्ययोः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, dans la section d’Alaṅkāra (Poétique), s’achève le chapitre intitulé « Discernement des fautes poétiques », le trois-cent-quarante-sixième. Commence maintenant le chapitre trois-cent-quarante-sept : « Appellations d’une seule syllabe ». Agni déclara : « Je t’enseignerai les désignations d’une syllabe, avec la Mātr̥kā (ensemble des phonèmes/alphabète). La syllabe ‘a’ désigne Viṣṇu ; et, à partir de ‘ā’, selon la parole de Pitāmaha (Brahmā), il faut comprendre les attributions restantes ».
Verse 2
सीमायामथाव्ययं आ भवेत्संक्रोधपीडयोः इः कामे रतिलक्ष्म्योरी उः शिवे रक्षकाद्य ऊः
‘Ā’ est un indéclinable (avyaya) employé au sens de «dans une limite/une frontière». Pour exprimer la colère intense et l’affliction ou la pression subie, on emploie ‘iḥ’. Au sens de kāma (désir), et en référence à Rati et à Lakṣmī, on emploie ‘ī’. Au sens propice (Śiva), et en référence aux protecteurs et autres, on emploie ‘uḥ’ et ‘ūḥ’.
Verse 3
ऋ शब्दे चादितौ ऋस्यात् ऌ ॡ ते वै दितौ गुहे ए देवी ऐ योगिनी स्यादो ब्रह्मा औ महेश्वरः
La voyelle ‘ṛ’ signifie « son » et désigne aussi (la divinité) Aditi. La voyelle ‘ḷ’, et de même ‘ḹ’, est dite désigner Diti et la caverne (guha). La voyelle ‘e’ désigne la Déesse ; ‘ai’ désigne la Yoginī ; ‘o’ désigne Brahmā ; et ‘au’ désigne Maheśvara (Śiva).
Verse 4
अङ्कामः अः प्रशस्तः स्यात् को ब्रह्मादौ कु कुत्सिते खं शून्येन्द्रियं खङ्गो गन्धर्वे च विनायके
La (syllabe/le mot) ‘aḥ’ s’emploie au sens de « louable/excellent ». ‘ka’ désigne Brahmā et les semblables ; ‘ku’ désigne ce qui est méprisable ; ‘kha’ désigne le vide et aussi les organes des sens (comme « vides ») ; et ‘khaṅga’ désigne un Gandharva ainsi que Vināyaka (Gaṇeśa).
Verse 5
गङ्गीते गो गायने स्यद् घो घण्टा किङ्किणीमुखे ताडने ङश् च विषये स्पृहायाञ्चैव भैरवे
Au sens de « chant » (gīta), on emploie la syllabe ‘go’ ; au sens de « chanter » (gāyana), on emploie ‘gho’. ‘gho’ désigne aussi une cloche et la bouche/l’ouverture d’une clochette (kiṅkiṇī). La syllabe ‘ṅaś’ s’emploie au sens de « frapper » (tāḍana), et aussi aux sens de « domaine/objet » (viṣaya) et « désir ardent » (spṛhā), et de même au sens de « terrible/effrayant » (bhairava).
Verse 6
चो दुर्जने निर्मले छश्छेदे जिर्जयने तथा जं गीते झः प्रशस्ते स्याद्बले ञो गायने च टः
La syllabe «co» s’emploie au sens d’un homme mauvais, et aussi de ce qui est pur. «cha» signifie couper; «ji» signifie vaincre. «jaṃ» s’emploie au sens de chant; «jhaḥ» désigne ce qui est louable; «ño» désigne la force; et «ṭaḥ» désigne l’action de chanter.
Verse 7
ठश् चन्द्रमण्डले शून्ये शिवे चोद्बन्धने मतः डश् च रुद्रे ध्वनौ त्रासे ढक्वायां ढो ध्वनौ मतः
La syllabe «ṭha» est tenue pour désigner l’orbe lunaire, le vide (śūnya), Śiva et «udbandhana» (ligature/suspension). La syllabe «ḍa» désigne Rudra, le son et la crainte; et «ḍha» est tenue pour désigner le son produit dans l’énonciation «ḍhakvā».
Verse 8
णो निष्कर्षे निश् चये च तश् चौरे क्रोडपुच्छके भक्षणे थश्छेदने दो धारणे शोभने मतः
L’élément/affixe «ṇo» s’emploie au sens de «tirer hors / extraire». «niś» exprime la «certitude / détermination». «taś» désigne un «voleur» et aussi une «queue de sanglier». «bha» s’emploie au sens de «manger». «tha» s’emploie au sens de «couper». «do» s’emploie au sens de «tenir / soutenir» et aussi d’«ornement / beauté»—ainsi l’enseignent les autorités.
Verse 9
ब्रह्मकाद्य ऊरिति ख प्रशान्तःस्यादिति ख धने इति ञ धो धातरि चधूस्तूरे नो वृन्दे सुगते तथा प उपवने विख्यातः फश् च झञ्झानिले मतः
Le groupe de lettres «kha» s’emploie au sens de «ūri» (vraiment/abondamment) et aussi au sens de «apaisé/assagi». L’élément «ña» s’emploie avec le sens de «richesse». «dho» désigne le «soutien/créateur (dhātṛ)». «dhūḥ» désigne un «voleur». «no» s’emploie au sens de «multitude/groupe» et aussi de «celui qui est allé bien (sugata)». «pa» est bien connu au sens de «bosquet/parc (upavana)». «phaś» est compris au sens de «vent violent en rafales (jhañjhā-anila)», une bourrasque.
Verse 10
फुः फुत्कारे निष्फले च विः पक्षी भञ्च तारके मा श्रीर्मानञ्च माता स्याद्याग यो यातृवीरणे
«phuḥ» désigne un son de sifflement/reniflement (phutkāra) et aussi ce qui est sans fruit. «viḥ» signifie «oiseau». «bhañ» s’emploie pour «étoile/planète». «mā» peut signifier Lakṣmī (fortune) et aussi «mère». «yāga» signifie offrande ou rite sacrificiel; et «yaḥ/yo» s’emploie au sens de «voyageur» et de «héros au combat».
Verse 11
रो बह्नौ च लः शक्रे च लो विधातरि ईरितः विश्लेषणे वो वरुणे शयने शश् च शं सुखे
La syllabe « ro » désigne Agni (le Feu). La syllabe « laḥ » désigne Śakra (Indra). La syllabe « lo » est déclarée désigner le Créateur, Vidhātṛ (c’est-à-dire Brahmā). La syllabe « vo » signifie « séparation/division ». La syllabe « va » désigne Varuṇa. La syllabe « śaś » signifie « s’étendre/dormir ». Et « śaṃ » signifie « bonheur et bien-être ».
Verse 12
षः श्रेष्ठे सः परोक्षे च सालक्ष्मीः सं कचेमतः धारणे हस् तथा रुद्रे क्षः क्षत्त्रे चाक्षरे मतः
La syllabe « ṣaḥ » désigne « l’excellent ». « saḥ » désigne « l’indirect, le caché (parokṣa) ». « sā » est dite signifier « avec Lakṣmī ». « saṃ » est tenue pour indiquer « les cheveux (kaca) ». « has » désigne « le soutien/la rétention (dhāraṇa) », et désigne aussi « Rudra ». La syllabe « kṣaḥ » est regardée comme désignant « kṣatra (la puissance royale, la souveraineté guerrière) », et elle est aussi comptée parmi les syllabes (akṣara).
Verse 13
क्षो नृसिंहे हरौ तद्वत् क्षेत्रपालकयोरपि मन्त्र एकाक्षरो देवो भुक्तिमुक्तिप्रदायकः
Le mantra d’une seule syllabe « kṣo » s’emploie pour Narasiṃha et pour Hari ; de même, il s’emploie aussi pour les deux Kṣetrapāla (gardiens du temple ou du domaine). Ce mantra monosyllabique est divin et accorde à la fois bhukti (jouissance et prospérité mondaines) et mukti (libération).
Verse 14
हैहयशिरसे नमः सर्वविद्याप्रदो मनुः अकाराद्यास् तथा मन्त्रा मातृकामन्त्र उत्तमः
Hommage à la « Tête » (divine) des Haihayas. Cette formule-mantra est dispensatrice de toutes les branches du savoir. De même, sont enseignés les mantras commençant par la syllabe « a » — l’excellent mantra Mātr̥kā (de l’alphabet, la “mère” des lettres).
Verse 15
एकपद्मे ऽर्चयेदेतान्नव दुर्गाश् च पूजयेत् भगवती कात्यायनी कौशिकी चाथ चण्डिका
Dans un unique diagramme de lotus, on doit les adorer ; et l’on doit aussi vénérer les Neuf Durgā (Nava-Durgā), à savoir : Bhagavatī, Kātyāyanī, Kauśikī, et aussi Caṇḍikā.
Verse 16
प्रचण्डा सुरनायिका उग्रा पार्वती दुर्गया ॐ चण्डिकायै विद्महे भगवत्यै धीमहि तन्नो दुर्गा प्रचोदयात् क्रमादि तु षडङ्गं स्याद्गणो गुरुर्गुरुः क्रमात्
(Elle est) Pracaṇḍā (la Farouche), cheffe des dieux, Ugrā (la Terrible), Pārvatī, Durgā. « Oṁ—nous connaissons et contemplons Caṇḍikā ; nous méditons la Déesse Bienheureuse (Bhagavatī) ; que cette Durgā nous pousse et nous inspire. » Selon l’ordre prescrit, on applique le nyāsa aux six membres (ṣaḍaṅga) ; le schéma métrique (gaṇa) est « guru-guru », successivement.
Verse 17
अजितापराजिता चाथ जया च विजया ततः कात्यायनी भद्रकाली मङ्गला सिद्धिरेवती
Puis (on la nomme) Ajitā et Aparājitā ; ainsi que Jayā et Vijayā ; ensuite (elle est) Kātyāyanī, Bhadrakālī, Maṅgalā, Siddhi et Revatī.
Verse 18
सिद्धादिवटुकाः पूज्या हेतुकश् च कपालिकः एकपादो भीमरूपो दिक्पालान्मध्यतो नव
Les Vaṭuka à commencer par Siddha doivent être honorés ; de même (les formes) Hetuka et Kapālika. (Ainsi que) Ekapāda et Bhīmarūpa : ce sont les neuf (divinités/assistants) établis au milieu des Dikpāla (gardiens des directions).
Verse 19
ह्रीं दुर्गे दुर्गे रक्षणि स्वाहामन्त्रार्थसिद्धये गौरी पूज्या च धर्माद्याः स्कन्दाद्याः शक्तयो यजेत्
Pour l’accomplissement du but visé par le mantra, on doit réciter : « Hrīṃ—ô Durgā, ô Durgā, Protectrice—Svāhā. » Il convient aussi de vénérer Gaurī ; et d’offrir le culte aux Śakti commençant par Dharma ainsi qu’à celles commençant par Skanda.
Verse 20
प्रज्ञा ज्ञाना क्रिया वाचा वागीशी ज्वालिनी तथा कामिनी काममाला च इन्द्राद्याः शक्तिपूजनं
On doit rendre un culte aux Śakti nommées Prajñā (Intelligence pénétrante), Jñānā (Connaissance), Kriyā (Action rituelle), Vācā (Parole), Vāgīśī (Maîtresse de la Parole), Jvālinī (Puissance flamboyante), Kāminī (Désir/Attraction), Kāma-mālā (Guirlande du désir), ainsi qu’aux puissances commençant par Indra.
Verse 21
ओंगं स्वाहा मूलमन्त्रो ऽयं गं वा गणपतये नमः षडङ्गो रक्तशुक्लश् च दन्ताक्षपरशूतकटः
« Oṃ gaṃ svāhā »—tel est le mantra racine; ou bien « gaṃ, salutations à Gaṇapati ». Sa forme à six membres (aṅga-nyāsa) est rouge et blanche; il porte une défense, un rosaire, une hache et un aiguillon (aṅkuśa).
Verse 22
समोदको ऽथ गन्धादिगन्धोल्कायेति च क्रमात् गजो महागणपतिर्महोल्कः पूज्य एव च
Ensuite, selon l’ordre prescrit, on l’invoquera et l’adorera comme « Samodaka » et comme « Gandhādi-Gandholkāya »; de même comme « Gaja », « Mahāgaṇapati » et « Maholka »—oui, il doit être honoré sous ces noms.
Verse 23
कुष्माण्डाय एकदन्तत्रिपुरान्तकाय श्यामदन्तविकटहरहासाय लम्बनाशाननाय पद्मदंष्ट्राय मेघोल्काय धूमोल्काय वक्रतुण्दाय विघ्नेश्वराय विकटोत्कटाय गजेन्द्रगमनाय भुजगेन्द्रहाराय शशाङ्कधराय गणाधिपतये स्वाहा एतैर् मनुभिः स्वाहान्तैः पूज्य तिलहोमादिनार्थभाक् काद्यैर् वा वीजसंयुक्तैस्तैर् आद्यैश् च नमो ऽन्तकैः
« Svāhā à Kuṣmāṇḍa; au Monodent (Ekadanta), au Destructeur de Tripura (Tripurāntaka); à celui dont la défense est sombre et dont le rire est redoutable; au Long-nez/Long-visage; à celui dont les défenses sont semblables au lotus; à Megholkā; à Dhūmolkā; au Trompe-courbe (Vakratunḍa); à Vighneśvara; au Terrible et au Très-terrible (Vikaṭotkaṭa); à celui dont la démarche est celle du seigneur des éléphants; à celui qui porte le roi des serpents en guirlande; au Porteur de la Lune; au Seigneur des Gaṇa—svāhā. » Après avoir adoré par ces mantras se terminant par « svāhā », on devient apte aux rites tels que le homa d’offrande de sésame et autres; ou bien l’on peut adorer par des bīja-mantras joints à des syllabes commençant par « ka », ainsi que par les noms antérieurs se terminant par « namaḥ ».
Verse 24
मन्त्राः पृथक् पृथग्वा स्युर्द्विरेफद्विर्मुखाक्षिणः* कात्यायनं अकन्द आह यत्तद्व्याकरणं वदे
Les mantras peuvent être récités séparément, un à un; ou bien ils peuvent être agencés avec un ‘repha’ (r) doublé et avec des lettres doublées, telles que celles classées comme ‘mukha’ et ‘akṣi’. Akanda a déclaré que tel était l’enseignement de Kātyāyana; c’est pourquoi j’énonce cette règle grammaticale.
A structured ekākṣara lexicon: vowels/consonantal syllables are assigned precise semantic fields and deity-referents, followed by applied mantra protocols (ṣaḍaṅga-nyāsa, svāhā-ended worship, and homa suitability) including Durgā and Gaṇapati sequences.
It treats speech (akṣara/mantra) as a disciplined technology: correct phonemic knowledge supports poetic clarity and ritual efficacy, while deity-linked ekākṣara mantras are explicitly framed as granting Bhukti (worldly success/protection) and Mukti (liberation).
Notably, kṣo is prescribed for Narasiṃha and Hari and also for the two Kṣetrapālas; the chapter additionally centers Durgā (Navadurgā and Durgā Gāyatrī-style formula) and Gaṇapati (gaṃ root mantra and multiple svāhā epithets).