
Yātrā-Maṇḍala-Cintā and Rājya-Rakṣaṇa: Auspicious Travel Rules and the Twelve-King Mandala
Ce chapitre relie les expéditions royales (yātrā) au rājadharma, tenant le déplacement du roi et de l’armée pour un acte de dharma qui requiert discernement astrologique et examen des présages. Il énumère les situations où il faut éviter le départ : faiblesse des planètes, mouvements défavorables, afflictions, rāśis ennemis, yogas inauspicieux (Vaidhṛti, Vyatīpāta), karaṇas, dangers liés aux nakṣatra (janma, gaṇḍa) et tithis riktā. L’orientation est systématisée par des alliances par paires des quartiers (nord–est ; ouest–sud), une correspondance nakṣatra–direction, et des comptes gnomoniques de l’ombre selon l’astre/le jour, montrant l’intégration du jyotiḥ-śāstra à la politique. Quand les signes sont favorables, le roi avance vers la victoire en se souvenant de Hari ; puis l’enseignement se tourne vers la protection du royaume : théorie saptāṅga et doctrine du maṇḍala sur les relations inter-étatiques. Le texte décrit le maṇḍala des douze rois, les types d’ennemis, la menace arrière (pārṣṇigrāha), des formations stratégiques (ākranda, āsāra) et l’idéal d’un souverain puissant, arbitre impartial, capable de châtier comme d’accorder des faveurs. Il s’achève sur une éthique de conquête par le dharma : accroître la puissance sans terroriser les non-ennemis, préserver la confiance du peuple et gagner l’allégeance par une victoire juste.
Verse 1
एये महापुराणे शकुनानि नाम एकत्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः वामं दक्षिणेत्यादिः, सम्मुखमारुतादित्यन्तः पाठः झ पुस्तके नास्ति अथ द्वात्रिंशदधिकद्विशततमो ऽध्यायः यात्रामण्डलचिन्तादिः पुष्कर उवाच सर्वयात्रां प्रवक्ष्यामि राजधर्मसमाश्रयात् अस्तङ्गते नीचगते विकले रिपुराशिगे
Dans ce Mahāpurāṇa se trouve le chapitre deux cent trente et un, intitulé « Śakuna (Présages) », commençant par les mots « à gauche, à droite… » ; le passage allant de « le vent de face… » jusqu’à « le soleil… » ne se rencontre pas dans le manuscrit Jha. Vient ensuite le chapitre deux cent trente‑deux, commençant par « examen du yātrā‑maṇḍala (mandala du voyage)… ». Puṣkara dit : « Fondé sur le rājadharma, le devoir royal, j’exposerai toutes les règles du voyage/de l’expédition. (Il faut s’abstenir ou tenir pour néfaste) lorsque (la planète concernée) est couchée, en débilité (nīca), affligée/défectueuse, ou placée dans un signe ennemi. »
Verse 2
प्रतिलोमे च विध्वस्ते शुक्रे यात्रां विसर्जयेत् प्रतिलोमे बुधे यात्रां दिक्पतौ च तथा च ग्रहे
Si Vénus (Śukra) est en marche contraire (pratiloma) et de plus affligée, il faut renoncer au voyage. De même, il faut renoncer au voyage lorsque Mercure (Budha) est en marche contraire ; et pareillement lorsque le seigneur de la direction (dikpati) et la planète concernée sont défavorables.
Verse 3
वैधृतौ च व्यतीपाते नागे च शकुनौ तथा चतुष्पादे च किन्तुघ्ने तथा यात्रां विवर्जयेत्
Il faut éviter d’entreprendre un voyage durant Vaidhṛti et Vyatīpāta (yogas inauspicieux), ainsi que durant Nāga et Śakuni, et encore durant Catuṣpāda et Kintughna ; en ces temps-là, on doit s’abstenir de voyager.
Verse 4
विपत्तारे नैधने च प्रत्यरौ चाथ जन्मनि गण्डे विवर्जयेद्यात्रां रिक्तायाञ्च तिथावपि
Il faut éviter le voyage lorsque se manifeste Vipattārā, Naidhana ou Pratyarī ; de même au temps de Janma (l’astre natal), durant Gaṇḍa (jonction périlleuse), et encore lors d’une tithi Riktā (jour lunaire « vide »).
Verse 5
उदीची च तथा प्राची तयोरैक्यं प्रकीर्तितं पश्चिमा दक्षिणा या दिक् तयोरैक्यं तथैव च
La direction du Nord et celle de l’Est sont proclamées alliées l’une à l’autre (comme une unité en paire). De même, la direction de l’Ouest et celle du Sud sont également proclamées alliées.
Verse 6
वाय्वग्निदिक्समुद्भूतं परिघन्न तु लङ्घयेत् आदित्यचन्द्रशौरास्तु दिवसाश् च न शोभनाः
Il convient d’enjamber (et non de traverser) un obstacle de type parigha né du vent, du feu ou d’une certaine direction. Les jours marqués par des afflictions solaires, lunaires ou planétaires (śaura) ne sont pas non plus favorables.
Verse 7
कृत्तिकाद्यानि पूर्वेण मघाद्यानि च याम्यतः मैत्राद्यान्यपरे चाथ वासवाद्यानि वाप्युदक्
Les demeures lunaires commençant par Kṛttikā sont placées vers l’Est ; celles commençant par Maghā vers le Sud ; celles commençant par Maitrā (c’est-à-dire Anurādhā) vers l’Ouest ; et celles commençant par Vāsavā (c’est-à-dire Śravaṇā, présidée par les Vasus) vers le Nord.
Verse 8
सर्वद्वाराणि शस्तानि छायामानं वदामि ते आदित्ये विंशतिर्ज्ञेयाश् चन्द्रे षोडश कीर्तिताः
Toutes les portes (selon les directions) sont tenues pour auspices. Je t’exposerai la science de la mesure par l’ombre (gnomonique) : pour le Soleil, il faut comprendre vingt (unités/divisions) ; pour la Lune, seize sont proclamées.
Verse 9
भौमे पञ्चदशैवोक्ताश् चतुर्दश तथा बुधे विवर्जयेत् इति ख , ग , घ , ञ च दिक् पूर्वा या तथोदीचीति ज त्रयोदश तथा जीये शुक्रे द्वादश कीर्तिताः
Le mardi, quinze sont énoncés ; le mercredi, quatorze — en excluant les groupes désignés kha, ga, gha et ña. La direction est dite être l’est et de même le nord, ainsi que (le groupe) ja. Le jeudi, treize sont mentionnés ; et le vendredi, douze sont proclamés.
Verse 10
एकादश तथा सौरे सर्वकर्मसु कीर्तिताः जन्मलग्ने शक्रचापे सम्मुखे न व्रजेन्नरः
Le onzième jour lunaire (Ekādaśī) et le jour Saura (solaire) sont déclarés déterminants pour toutes les entreprises. Si, au moment de l’ascendant natal, l’arc d’Indra (l’arc-en-ciel) apparaît face à soi, l’homme ne doit pas partir en voyage.
Verse 11
शकुनादौ शुभे यायाज्जयाय हरिमास्मरन् वक्ष्ये मण्डलचिन्तान्ते कर्तव्यं राजरक्षणं
Lorsque l’on observe des présages favorables, tels les signes des oiseaux (śakuna) et autres, on doit partir vers la victoire en se souvenant de Hari (Viṣṇu). Ensuite, j’expliquerai les protections royales à accomplir après la contemplation du maṇḍala politique (cercle des États).
Verse 12
स्वाम्यमात्यं तथा दुर्गं कोषो दण्डस्तथैव च मित्रञ्जनपदश् चैव राज्यं सप्ताङ्गमुच्यते
On dit que l’État (rājya) se compose de sept membres : le souverain (svāmin), le(s) ministre(s) (amātya), la forteresse (durga), le trésor (kośa), le pouvoir coercitif ou l’autorité pénale (daṇḍa), l’allié (mitra) et le territoire avec son peuple (janapada).
Verse 13
सप्ताङ्गस्य तु राज्यस्य विघ्नकर्तॄन् विनाशयेत् मण्डलेषु च सर्वेषु वृद्धिः कार्या महीक्षिता
Pour le bien du royaume aux sept membres, le roi doit anéantir ceux qui suscitent des obstacles ; et dans toutes les provinces (mandala), le souverain doit assurer la prospérité et l’accroissement.
Verse 14
आत्ममण्डलमेवात्र प्रथमं मण्डलं भवेत् सामन्तास्तस्य विज्ञेया रिपवो मण्डलस्य तु
Ici, seul son propre cercle de puissance doit être tenu pour le premier mandala ; et les sāmanta (seigneurs voisins, feudataires) doivent être compris comme des ennemis dans le système des mandalas.
Verse 15
उपेतस्तु सुहृज् ज्ञेयः शत्रुमित्रमतः परं मित्रमित्रं ततो ज्ञेयं मित्रमित्ररिपुस्ततः
Celui qui s’est rallié à toi doit être connu comme suhr̥d, un bienveillant (allié). Au-delà se trouve « l’allié de l’ennemi » ; puis l’on reconnaît « l’allié de l’allié » ; et ensuite « l’ennemi de l’allié de l’allié ».
Verse 16
एतत्पुरस्तात् कथितं पश्चादपि निबोध मे पार्ष्णिग्राहस्ततः पश्चात्ततस्त्वाक्रन्द उच्यते
Cela a été exposé auparavant ; comprends maintenant de moi ce qui suit. Vient ensuite la technique appelée pārṣṇigrāha, la « prise du talon » ; puis, après cela, est décrite la manœuvre nommée ākranda.
Verse 17
आसारस्तु ततो ऽन्यः स्यादाक्रन्दासार उच्यते जिगीषोः शत्रुयुक्तस्य विमुक्तस्य तथा द्विज
Un autre type de déploiement, distinct du précédent, est appelé ākranda-āsāra. Il est employé par celui qui aspire à la conquête, lorsqu’il est engagé contre l’ennemi, ou lorsqu’il s’est dégagé de l’encerclement ou de la pression, ô dvija (deux-fois-né).
Verse 18
नात्रापि निश् चयः शक्यो वक्तुं मनुजपुङ्गव निग्रहानुग्रहे शक्तो मध्यस्थः परिकीर्तितः
Même ici, ô le meilleur des hommes, aucune règle fixe ne peut être énoncée ; celui qui est capable à la fois de réprimer (punir) et d’accorder la faveur (récompenser) est proclamé « madhyastha », arbitre neutre et impartial.
Verse 19
निग्रहानुग्रहे शक्तः सर्वेषामपि यो भवेत् उदासीनः स कथितो बलवान् पृथिवीपतिः
Est dit véritablement puissant ce seigneur de la terre qui, envers tous, sait à la fois réprimer (punir) et accorder la faveur (récompenser), tout en demeurant impartial, détaché de tout parti pris personnel.
Verse 20
मण्डलेषु च सर्वेषु सुरेश्वरसमा हि ते इत्य् अर्धश्लोक आसारस्त्वित्यस्य पूर्वं ट पुस्तके वर्तते, परन्त्वसंलग्नः न कस्यचिद्रिपुर्मित्रङ्कारणाच्छत्रुमित्रके मण्डलं तव सम्प्रोक्तमेतद् द्वादशराजकं
«Dans tous les mandalas, tu es en vérité l’égal du Seigneur des dieux» — ce demi-vers se trouve plus haut dans le manuscrit Ṭa, mais il n’est pas rattaché au contexte présent. Car nul n’est ennemi ou ami sans cause. Ainsi, ô toi qui as des adversaires et des alliés, le mandala politique composé de douze rois t’a été exposé.
Verse 21
त्रिविधा रिपवो ज्ञेयाः कुल्यानन्तरकृत्रिमाः पूर्वपूर्वो गुरुस्तेषां दुश्चिकित्स्यतमो मतः
Il faut savoir que les ennemis sont de trois sortes : ceux issus de son propre lignage (les parents), ceux qui sont proches/contigus (les voisins immédiats) et ceux qui sont artificiellement créés (fabriqués ou suscités). Parmi eux, chaque type cité plus tôt est plus grave que le suivant et est tenu pour le plus difficile à guérir.
Verse 22
अनन्तरो ऽपि यः शत्रुः सो ऽपि मे कृत्रिमो मतः पार्ष्णिग्राहो भवेच्छत्रोर्मित्राणि रिपवस् तथा
Même l’ennemi immédiatement voisin est, à mon sens, un ennemi artificiel (né des circonstances). Le « saisisseur de talon » (attaquant de l’arrière) devient l’allié de l’ennemi ; de même, les alliés de l’ennemi doivent être tenus pour nos ennemis.
Verse 23
पार्ष्णिग्राहमुपायैश् च शमयेच्च तथा स्वकं मित्रेण शत्रोरुच्छेदं प्रशंसन्ति पुरातनाः
En recourant à des moyens appropriés, il doit aussi apaiser le « saisisseur de talon » (l’ennemi qui frappe par l’arrière) ; de même, avec son propre allié, il doit amener l’ennemi à une élimination complète — ainsi les anciens le recommandent.
Verse 24
मित्रञ्च शत्रुतामेति सामन्तत्वादनन्तरं शत्रुं जिगोषुरुच्छिन्द्यात् स्वयं शक्नोति चेद्यदि
Un ami, en devenant une puissance voisine, se change bientôt en ennemi. Aussi, celui qui veut dompter l’ennemi doit le retrancher (frapper et éliminer) de sa propre main — s’il en a la capacité.
Verse 25
प्रतापवृद्धौ तेनापि नामित्राज्जायते भयं यथास्य नोद्विजेल्लोको विश्वासश् च यथा भवेत्
Même en accroissant sa puissance royale, il doit agir de telle sorte qu’aucune crainte ne naisse de lui chez ceux qui ne sont pas ennemis, afin que le peuple ne soit pas troublé et que la confiance s’établisse.
Verse 26
जिगीषुर्धर्मविजयी तथा लोकं वशन्नयेत्
Le conquérant en devenir, victorieux par la droiture (dharma), doit de la même manière amener le peuple sous son allégeance.
Travel is discouraged when relevant planets are set, debilitated, afflicted/defective, or in enemy signs; when Venus or Mercury are in adverse motion (especially with affliction); and during inauspicious yogas (Vaidhṛti, Vyatīpāta), certain karaṇas (e.g., Catuṣpāda, Kiṃtughna), dangerous junctions (gaṇḍa), janma-nakṣatra, and riktā tithis.
It frames expedition-planning and inter-kingdom strategy (mandala doctrine, saptāṅga state theory, enemy management) as rājadharma, adding devotional orientation—setting out for victory while remembering Hari—and insisting on dharma-vijaya that preserves public trust and avoids terrorizing non-enemies.