
Adhyaya 222 — राजधर्माः (Rājadharmāḥ): Duties of Kings (Administrative Order, Protection, and Revenue Ethics)
Ce chapitre décrit une organisation administrative graduée—chef de village, superviseur de dix villages, de cent villages, puis gouverneur de district—et affirme que la rétribution doit suivre le mérite, tandis que la conduite doit être contrôlée sans cesse par des inspections. Le gouvernement y est défini d’abord comme protection : la prospérité du roi naît d’un royaume sécurisé, et l’échec à protéger rend la religion royale hypocrite. L’artha (richesse) est tenu pour la base opératoire du dharma et du kāma, mais il doit être acquis par une fiscalité conforme au śāstra et par la répression des méchants. Le texte précise des devoirs juridico‑éthiques : amendes pour faux témoignage, garde des biens sans maître comme dépôt de trois ans, critères de preuve de propriété, et tutelle des mineurs, des filles, des veuves et des femmes vulnérables contre les saisies illégales par des parents. Le roi doit indemniser les vols en général (et peut se retourner contre des agents antivol négligents), tout en limitant la responsabilité pour les vols au sein du foyer. Enfin, il fixe des normes de revenu : droits de douane permettant un profit équitable aux marchands, exemptions aux bacs pour les femmes et les renonçants, parts sectorielles (grain, produits forestiers, bétail, or, marchandises) et un puissant devoir de bienfaisance : ne pas taxer les śrotriya affamés, mais leur assurer des moyens d’existence, car leur bien-être est lié à la santé du royaume.
Verse 1
आग्नेये महापुराणे राजधर्मो नाम एकविंशत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः तान्न हिंस्याद्यदैव तु इति ज सत्यवान् सुव्रतेन चेति घ , ञ च अथ द्वाविंशत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः राजधर्माः पुष्कर उवाच ग्रामस्याधिपतिं कुर्याद्दशग्रामाधिपं नृपः शतग्रामाधिपञ्चान्यं तथैव विषयेश्वरं
Dans l’Agni Mahāpurāṇa commence le chapitre intitulé « Rājadharma », l’Adhyāya 222. (S’ensuivent des marques textuelles/indices de récitation.) Puis commence l’Adhyāya 223 sur les devoirs des rois. Puṣkara dit : « Le roi doit établir un chef pour un village, un administrateur pour dix villages, un autre pour cent villages, et de même un seigneur (gouverneur) pour un district (viṣaya). »
Verse 2
तेषां भोगविभागश् च भवेत् कर्मानुरूपतः नित्यमेव तथा कार्यं तेषाञ्चारैः परीक्षणं
Le partage de leurs jouissances et émoluments doit être établi selon leurs actes et leur mérite; et de même, leur conduite doit être contrôlée sans cesse au moyen d’inspecteurs (espions).
Verse 3
ग्रामे दोषान् समुत्पन्नान् ग्रामेशः प्रसमं नयेत् अशक्तो दशपालस्य स तु गत्वा निवेदयेत्
Lorsque des fautes ou des troubles surgissent dans un village, le chef du village doit les conduire à un règlement. S’il en est incapable, qu’il aille alors en faire rapport au daśapāla (l’officier chargé de dix villages).
Verse 4
श्रुत्वापि दशपालो ऽपि तत्र युक्तिमुपाचरेत् वित्ताद्याप्नोति राजा वै विषयात्तु सुरक्षितात्
Même après avoir entendu (le conseil), le souverain—fût-il protégé par les gardiens des dix directions—doit y appliquer une politique avisée et concrète; car le roi n’obtient réellement richesses et autres biens que d’un royaume bien sécurisé.
Verse 5
धनवान्धर्ममाप्नोति धनवान् काममश्नुते उच्छिद्यन्ते विना ह्य् अर्थैः क्रिया ग्रीष्मे सरिद्यथा
Celui qui est pourvu de richesse atteint le dharma ; celui qui est pourvu de richesse jouit du kāma. Car, sans artha (moyens matériels), les entreprises et les rites s’interrompent, comme une rivière qui s’assèche en été.
Verse 6
विशेषो नास्ति लोकेषे पतितस्याधनस्य च पतितान्न तु गृह्णन्ति दरिद्रो न प्रयच्छति
Dans le monde, il n’y a pas de véritable différence entre celui qui est déchu (de rang ou de conduite) et celui qui est sans richesse. On ne reçoit rien du déchu, et le pauvre ne donne pas (en aumône).
Verse 7
धनहीनस्य भार्यापि नैका स्यादुपवर्तिनी राष्ट्रपीडाकरो राजा नरके वसते चिरं
À l’homme dépourvu de richesse, même son épouse n’est pas toujours une compagne fidèle et d’un seul cœur ; et le roi qui opprime le royaume demeure longtemps en enfer.
Verse 8
नित्यं राज्ञा तथा भाव्यं गर्भिणी सहधर्मिणी यहा स्वं सुखमुत्सृज्य गर्भस्य सुखमावहेत्
Le roi doit toujours veiller à ce que son épouse enceinte, compagne dans le dharma, renonce à ses propres aises et assure le bien-être du fœtus.
Verse 9
विना ह्य् अर्थमिति घ , ञ च नैव स्याद्वशवर्तिनीति ख , ट च नैव स्याद्वशवर्तिनीति घ , ज , ञ च सुखमाहरेदिति ज , ट च किं यज्ञैस्तपसा तस्य प्रजा यस्य न रक्षिताः सुरक्षिताः प्रजा यस्य स्वर्गस्तस्य गृहोपमः
« Sans artha (moyens matériels), » (ainsi lisent certaines recensions) ; « elle ne demeurerait pas obéissante/sous contrôle, » (ainsi lisent certaines recensions) ; « il doit apporter le bien-être/le confort, » (ainsi lisent certaines recensions). À quoi servent les sacrifices et les austérités pour ce souverain dont les sujets ne sont pas protégés ? Mais pour celui dont les sujets sont bien gardés, le ciel est comme s’il se trouvait dans sa propre maison.
Verse 10
अरक्षिताः प्रजा यस्य नरकं तस्य मन्दिरं राजा षड्भागमादत्ते सुकृताद्दुष्कृतादपि
Pour le roi dont les sujets demeurent sans protection, l’enfer devient sa demeure. Le roi prélève un sixième, tant de leur mérite que même de leur démérite.
Verse 11
धर्मागमो रक्षणाच्च पापमाप्नोत्यरक्षणात् सुभगा विटभीतेव राजवल्लभतस्करैः
Par la protection, le dharma est assuré ; par le défaut de protection, on encourt le péché—comme une femme fortunée qui, craignant l’entremetteuse, est aussi menacée par les favoris du roi et par les voleurs.
Verse 12
भक्ष्यमाणाः प्रजा रक्ष्याः कायस्थैश् च विशेषतः
Les sujets qui sont dévorés (opprimés) doivent être protégés—tout particulièrement par les kāyasthas (scribes de l’État et agents administratifs).
Verse 13
रक्षिता तद्भयेभ्यस्तु राज्ञो भवति सा प्रजाअप्_२२२०१२च्दरक्षिता सा भवति तेषामेवेह भोजनं दुष्टसम्मर्दनं कुर्याच्छास्त्रोक्तं करमाददेत्
Lorsque le peuple est protégé de ces craintes, il appartient véritablement au roi ; lorsqu’il n’est pas protégé, il ne lui appartient pas (en vérité). C’est d’eux seuls qu’ici le roi tire sa subsistance ; qu’il écrase donc les méchants et perçoive l’impôt selon ce qu’enseignent les śāstras.
Verse 14
कोषे प्रवेशयेदर्धं नित्यञ्चार्धं द्विजे ददेत् निधिं द्विजोत्तमः प्राप्य गृह्णीयात्सकलं तथा
Qu’on dépose la moitié dans le trésor, et qu’on donne continuellement l’autre moitié à un brāhmaṇa. De même, un brāhmaṇa éminent, découvrant un trésor, peut le prendre en entier.
Verse 15
चतुर्थमष्टमं भागं तथा षोडशमं द्विजः वर्णक्रमेण दद्याच्च निधिं पात्रे तु धर्मतः
Un dvija (deux-fois-né) doit, selon l’ordre des varṇa, donner un quart, un huitième et de même un seizième; puis remettre le trésor à un récipiendaire digne, conformément au dharma.
Verse 16
अनृतन्तु वदन् दण्ड्यः सुवित्तस्यांशमष्टमं प्रणष्टस्वामिकमृक्थं राजात्र्यब्दं निधापयेत्
Celui qui profère le mensonge doit être puni d’une amende équivalant au huitième de sa richesse. Les biens dont le propriétaire est perdu ou inconnu doivent être gardés en dépôt par le roi pendant trois ans.
Verse 17
अर्वाक् त्र्यब्दाद्धरेत् स्वामी परेण नृपतिर्हरेत् ममेदमिति यो ब्रूयात् सो ऽर्थयुक्तो यथाविधि
Avant l’écoulement de trois ans, le propriétaire lui-même peut le recouvrer; après cela, le roi doit le recouvrer (par la procédure légale). Quiconque déclare : « Ceci est à moi » doit le faire avec des motifs et des preuves convenables, selon la règle prescrite.
Verse 18
सम्पाद्य रूपसङ्ख्यादीन् स्वामी तद् द्रव्यमर्हति सत्प्रजा इति घ , ञ च सुभगा विटभीतेवेत्यादिः, करमाददेदित्यन्तः पाठः झ पुस्तके नास्ति द्विजे ऽर्पयेदिति ञ , ट च अमृतं वदतो ग्राह्यमिति ट बालदायादिकमृक्थं तावद्राजानुपालयेत्
Après avoir établi les marques d’identification—telles que la forme et le nombre (des biens)—le propriétaire légitime a droit à ce bien. Jusqu’à ce que les héritiers mineurs et autres semblables acquièrent la capacité, le roi doit protéger leur héritage (patrimoine).
Verse 19
यावत्स्यात्स समावृत्तो यावद्वातीतशैशवः बालपुत्रासु चैवं स्याद्रक्षणं निष्कलासु च
La protection doit être maintenue jusqu’à ce qu’il ait achevé sa période d’études et dépassé l’enfance; de même, une garde doit être assurée aux jeunes filles, et pareillement aux femmes dépourvues de (tuteur) masculin.
Verse 20
पतिव्रतासु च स्त्रीषु विधबास्वातुरासु च जीवन्तीनान्तु तासां ये संहरेयुः स्ववान्धवाः
Et s’agissant des femmes fidèles à leur époux, des veuves et des femmes malades—tant qu’elles sont encore en vie—ceux qui, fussent-ils leurs propres parents, s’emparent de leurs biens ou de leurs moyens de subsistance, commettent une faute punissable.
Verse 21
ताञ्छिष्याच्चौरदण्डेन धार्मिकः पृथिवीपतिः सामान्यतो हृतञ्चौरैस्तद्वै दद्यात् स्वयं नृपः
Le roi juste, seigneur de la terre, doit les châtier selon la peine prescrite pour les voleurs; et tout ce qui a été dérobé par des voleurs en général, le roi lui-même doit le restituer aux victimes.
Verse 22
चौररक्षाधिकारिभ्यो राजापि हृतमाप्नुयात् अहृते यो हृतं ब्रूयान्निःसार्यो दण्ड्य एव सः
Même le roi peut recouvrer le bien volé auprès des officiers chargés de la garde contre les voleurs. Mais celui qui, alors que rien n’a été volé, prétend qu’il y a eu vol, doit être expulsé et assurément puni.
Verse 23
न तद्राज्ञा प्रदातव्यं गृहे यद् गृहगैर् हृतं स्वराष्ट्रपण्यादादद्याद्राजा विंशतिमं द्विज
Ô brāhmane, le roi ne doit pas indemniser la perte qui, dans une maison, a été dérobée par les gens mêmes du foyer. En revanche, des marchandises de commerce dans son propre royaume, le roi doit prélever un vingtième.
Verse 24
शुल्कांशं परदेशाच्च क्षयव्ययप्रकाशकं ज्ञात्वा सङ्कल्पयेच्छुल्कं लाभं वणिग्यथाप्नुयात्
Après avoir établi la part convenable du droit de douane—y compris pour les biens venant de contrées étrangères—et compris les facteurs qui révèlent la perte et la dépense, il faut fixer le prélèvement afin que le marchand obtienne un profit équitable.
Verse 25
विंशांशं लाभमादद्याद्दण्डनीयस्ततो ऽन्यथा स्त्रीणां प्रव्रजितानाञ्च तरशुल्कं विवर्जयेत्
Il doit prélever un vingtième du profit comme revenu royal ; autrement (s’il prélève davantage ou agit contre la règle), il encourt une peine. Et il doit remettre le péage du bac aux femmes ainsi qu’aux renonçants.
Verse 26
तरेषु दासदोषेण नष्टं दासांस्तु दापयेत् शूकधान्येषु षड्भागं शिम्बिधान्ये तथाष्टमं
Si, lors des traversées (bac/barque), une perte survient par la faute d’un esclave ou serviteur, on doit contraindre l’esclave à la payer. Pour les grains à épi (céréales), la part est d’un sixième ; et pour les grains légumineux, d’un huitième.
Verse 27
राजा वन्यार्थमादद्याद्देशकालानुरूपकं पञ्चषड्भागमादद्याद् राजा पशुहिरण्ययोः
Le roi doit lever un impôt sur les produits de la forêt selon ce qui convient au pays et au temps. Du bétail et de l’or, le roi doit prendre une part d’un cinquième ou d’un sixième.
Verse 28
गन्धौषधिरसानाञ्च पुष्पमूलफलस्य च बालदायादिकं युक्तमिति ख , ग , घ , ञ च स्त्रीणाञ्चैव द्विजातीनामिति ट पत्रशाकतृणानाञ्च वंशवैणवचर्मणां
Les parfums, les substances médicinales et leurs essences/jus, ainsi que les fleurs, racines et fruits, doivent être compris parmi les biens soumis à évaluation. De même, ce qui concerne les enfants, l’héritage et autres matières analogues doit être réglé comme il convient ; et il en va de même pour les affaires touchant les femmes et les « deux-fois-nés » (dvija). En outre, les légumes-feuilles et les herbes, ainsi que les produits de bambou/roseau et les peaux/cuirs, doivent aussi être comptés dans les catégories énumérées.
Verse 29
वैदलानाञ्च भाण्डानां सर्वस्याश्ममयस्य च षड्भागमेव चादद्यान् मधुमांसस्य सर्पिषः
Des articles en vannerie/bambou et des récipients, ainsi que de tout ce qui est en pierre, on ne doit prélever qu’un sixième ; de même pour le miel, la viande et le ghee (beurre clarifié).
Verse 30
म्रियन्नपि न चादद्याद् ब्राह्मणेभ्यस् तथा करं यस्य राज्ञस्तु विषये श्रोत्रियः सीदति क्षुधा
Même à l’agonie, il ne doit pas prélever un tel impôt sur les brahmanes—un impôt sous le règne duquel un brahmane védique savant (śrotriya) dépérit de faim.
Verse 31
तस्य सीदति तद्राष्ट्रं व्याधिदुर्भिक्षतस्करैः श्रुतं वृत्तन्तु विज्ञाय वृत्तिं तस्य प्रकल्पयेत्
De ce fait, son royaume tombe dans la détresse à cause des maladies, des famines et des voleurs. Après avoir entendu et vérifié le récit exact des faits, le roi doit établir pour cette personne un moyen de subsistance et un soutien appropriés.
Verse 32
रक्षेच्च सर्वतस्त्वेनं पिता पुत्रमिवौरसं संरक्ष्यमणो राज्ञा यः कुरुते धर्ममन्वहं
Et le roi doit le protéger de toutes parts, comme un père protège son propre fils légitime; car celui qui est ainsi gardé par le roi pratique le dharma jour après jour.
Verse 33
तेनायुर्वर्धते राज्ञो द्रविणं राष्ट्रमेव च कर्म कुर्युर् नरेन्द्रस्य मासेनैकञ्च शिल्पिनः
Par cet arrangement, la durée de vie du roi s’accroît, ainsi que sa richesse et le royaume lui‑même. Les artisans doivent accomplir l’ouvrage du souverain pendant un mois, à tour de rôle, chacun pour un mois.
Verse 34
भुक्तमात्रेण ये चान्ये स्वशरीरोपजीयिनः
Et aussi ces autres qui ne vivent qu’à la mesure de ce qu’ils viennent de manger, ne se soutenant que par le labeur de leur propre corps.
A tiered system: a village headman, an officer over ten villages (daśapāla), another over a hundred villages, and a district governor (viṣayeśvara), with ongoing oversight of conduct and performance-based emoluments.
Protection (rakṣaṇa) is primary: a king gains prosperity from a well-protected realm, incurs sin by failure to protect, and even shares responsibility for the subjects’ merit and demerit.
Taxes must follow śāstric limits (including sixth shares and other sectoral fractions), customs duties should be set after assessing costs so merchants retain fair profit, and certain tolls (e.g., ferries) are waived for women and renunciants.
Ownerless property is held in royal deposit for three years; claims require proper grounds and identification marks (form, number, etc.); after three years, the king may take legal custody per procedure.
The king must protect minors’ estates until maturity, safeguard daughters and unguarded women, punish relatives who unlawfully seize widows’ or sick women’s support, and ensure śrotriya Brahmanas are not taxed into hunger—providing livelihood support instead.