
वागीश्वरीपूजा (The Worship of Vāgīśvarī)
Ce chapitre achève une unité rituelle ciblée du Mantra-śāstra : le culte de Vāgīśvarī, forme de Śakti associée à la parole, au savoir et à la puissance des mantras. Dans la pédagogie encyclopédique de l’Agni Purāṇa, cette adoration sert de vidyā préalable : elle stabilise le vāṅmaya (parole/récitation), aiguise la mémoire et rend possible la transmission exacte des rites techniques. La logique du récit est séquentielle : la maîtrise du mantra et de sa puissance présidante est d’abord établie, puis le texte passe au domaine plus technique du maṇḍala-vidhi (construction des diagrammes). Ainsi, la Vāgīśvarī-pūjā est à la fois dévotionnelle et instrumentale : elle soutient l’énonciation juste du dharma, l’accomplissement liturgique correct, et la capacité du pratiquant à mesurer, placer et inscrire les mantras requis pour les diagrammes architecturaux et rituels qui suivent.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे वागीश्वरीपूजा नामाष्टादशाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथोनविंशत्यधिकत्रिशततमो ऽध्यायः मण्डलानि ईश्वर उवाच सर्वतो भद्रकान्यष्टमण्डलानि वदे गुह शक्तिमासाधयेत् प्राचीमिष्टायां विषुवे सुधीः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le trois-cent-dix-neuvième chapitre, intitulé « Le culte de Vāgīśvarī ». Commence maintenant le trois-cent-vingtième chapitre : « Maṇḍalas ». Le Seigneur dit : « Je décrirai huit diagrammes mandaliques ‘Sarvatobhadra’ (favorables de tous côtés). Le pratiquant avisé doit accomplir (apaiser et obtenir) la puissance de la Déesse (Śakti) en exécutant le rite voulu, tourné vers l’est, au moment de l’équinoxe. »
Verse 2
चित्रास्वात्यन्तरेणाथ दृष्टसूत्रेण वा पुनः पूर्वापरायतं सूत्रमास्फाल्य मध्यतो ऽङ्कयेत्
Ensuite, en prenant l’intervalle convenable pour le tracé—ou bien au moyen d’un cordeau de visée—qu’on tende une corde d’est en ouest et, en la faisant claquer, qu’on marque le point médian.
Verse 3
द्विपर्णकमिति ख कोटिद्वयन्तु तन्मध्यादङ्कयेद्दक्षिणोत्तरम् मध्ये द्वयं प्रकर्तव्य स्फालयेद्दक्षिनोत्तरम्
« (Ceci s’appelle) dviparṇaka. » Depuis son milieu, qu’on marque deux angles selon l’axe sud–nord. Au centre, deux marques (ou traits) doivent ensuite être faites, et la figure doit être ouverte/étendue dans la direction sud–nord.
Verse 4
शतक्षेत्रार्धमानेन कोणसम्पातमादिशेत् एवं सूत्रचतुष्कस्य स्फालनाच्चतुरस्रकम्
Avec une mesure égale à la moitié de cent unités de surface, qu’on indique le point de rencontre des diagonales. Ainsi, en tendant et en faisant claquer les quatre cordes, on obtient un carré (caturasra).
Verse 5
जायते तत्र कर्तव्यं भद्रस्वेदकरं शुभम् वसुभक्तेन्दु द्विपदे क्षेत्रे वीथी च भागिका
Là, il convient d’établir ce qui est propice et générateur de bien-être (bhadra), apportant fraîcheur et soulagement de la chaleur. Sur un terrain mesuré en deux padas, le plan doit comporter une vīthī (voie principale/avenue) et une bhāgikā (répartition en parts ou parcelles), selon les proportions des types vasu-, bhakta- et indu.
Verse 6
द्वारं द्विपदिकं पद्ममानाद्धै सकपोलकम् कीणबन्धविचित्रन्तु द्विपदं तत्र वर्तयेत्
Que la porte soit du type à deux vantaux (deux panneaux), sa mesure étant la moitié de l’étalon padma, et qu’elle soit pourvue de kapolaka, ornements latéraux saillants comme des joues. Là, on disposera aussi un agencement à deux panneaux, orné d’un kīṇabandha, bande de ligature décorative aux couleurs variées.
Verse 7
शुक्लं पद्मं कर्णिका तु पीता चित्रन्तु केशरम् रक्ता वीथी तत्र कल्प्या द्वारं लोकेशरूपकं
Qu’on figure un lotus blanc ; que son réceptacle central (karṇikā) soit jaune, et que les étamines (keśara) soient bigarrées. Là, qu’on dispose une voie ou bande processionnelle rouge ; et que la porte soit façonnée à l’image d’un Lokapāla, Seigneur gardien d’un quartier.
Verse 8
रक्तकोणं विधौ नित्ये नैमित्तिकाब्जकं शृणु असंसक्तन्तु संसक्तं द्विधाब्जं भुक्तिमुक्तिकृत्
Dans le rite quotidien (nitya), la figure prescrite est le triangle rouge (raktakoṇa). Écoute maintenant le diagramme du lotus pour les rites occasionnels (naimittika). Le lotus est de deux sortes : « non relié » (asaṃsakta) et « relié » (saṃsakta) ; ce lotus en deux formes confère à la fois la jouissance mondaine et la délivrance.
Verse 9
असंसक्तं मुमुक्षूणां संसक्तं तत्त्रिधा पृथक् बालो युवा च वृद्धश् च नामतः फलसिद्धिदाः
Pour les aspirants à la délivrance (mumukṣu), on dit qu’il y a deux états : « non relié » (asaṃsakta) et « relié » (saṃsakta). Et cet état relié se distingue encore en trois formes séparées, nommées l’enfant, le jeune et le vieillard ; chacune est dite donner son fruit propre.
Verse 10
पद्मक्षेत्रे तु सूत्राणि दिग्विदिक्षु विनिक्षिपेत् वृत्तानि पञ्चकल्पानि पद्मक्षेत्रसमानि तु
Dans le diagramme du « champ de lotus » (padmakṣetra), on disposera les cordons directeurs (sūtras) selon les directions et les directions intermédiaires. On construira aussi cinq formations circulaires, chacune proportionnée et correspondant au champ de lotus lui-même.
Verse 11
प्रथमे कर्णिका तत्र पुष्करैर् नवभिर्युता केशराणि चतुर्विंशद्वितीये ऽथ तृतीयके
Dans la première disposition se trouve la karṇikā, le réceptacle central, pourvue de neuf pétales de lotus (puṣkara). Dans la seconde—et de même dans la troisième—se trouvent vingt-quatre filaments/étamines (keśara).
Verse 12
दलसन्धिर्गजकुम्भ निभान्तर्यद्दलाग्रकम् पञ्चमे व्योमरूपन्तु संसक्तं कमलं स्मृतं
Le lotus dont la jonction des pétales ressemble aux gaja-kumbha, les renflements des tempes de l’éléphant, et dont les pointes des pétales se replient vers l’intérieur; dans le cinquième type, on le dit “vyoma-rūpa” (de forme céleste), et ce lotus est nommé “saṃsakta” (compact, étroitement lié).
Verse 13
असंसक्ते दलाग्रे तु दिग्भागैर् विस्तराद्भजेत् भागद्वयपरित्यागाद्वस्वंशैर् वर्तयेद्दलम्
Dans l’« asaṃsakta » (non joint), lorsque la pointe du pétale n’est pas soudée, on doit diviser sa largeur selon les secteurs des directions, en partant de la largeur entière. Après avoir retranché deux parts comme marge, on façonne le pétale avec les huit parts restantes.
Verse 14
सन्धिविस्तरसूत्रेण तन्मूलादञ्जयेद्दलम् सव्यासव्यक्रमेणैव वृद्धमेतद्भवेत्तथा
Au moyen du sandhi-vistara-sūtra, le fil d’extension de la jointure, on doit appliquer (le liant/l’enduit) sur le panneau/la feuille à partir de sa base. En avançant selon une alternance gauche-droite, il s’élargit correctement de cette manière.
Verse 15
अथ वा सन्धिमध्यात्तु भ्रामयेदर्धचन्द्रवत् सन्धिद्वयाग्रसूत्रं वा बालपद्मन्तथा भवेत्
Ou bien, depuis le milieu de la jointure, qu’on fasse tournoyer (le geste/l’arme) à la manière d’un demi-croissant de lune. Autrement, on peut exécuter la « ligne de fil à la pointe entre deux jointures » (sandhi-dvaya-agra-sūtra) ; de même se produit la formation dite « bāla-padma » (jeune lotus).
Verse 16
सन्धिसूत्रार्धमानेन पृष्ठतः परिवर्तयेत् तीक्ष्णाग्रन्तु सुवातेन कमलं भुक्तिमुक्तिदम्
Avec une mesure égale à la moitié de la longueur du sandhi-sūtra (suture d’articulation), on doit le faire tourner depuis l’arrière; puis, à l’aide d’un instrument à pointe aiguë et d’un courant d’air bien dirigé, on prépare/applique le lotus (kamala), dispensateur à la fois de bhukti (jouissance) et de mukti (délivrance).
Verse 17
भुक्तिवृद्धौ च वश्यादौ बालं पद्मं समानकं नवनाभं नवहस्तं भागैर् मन्त्रात्मकैश् च तत्
Pour l’accroissement de la bhukti (prospérité et jouissance mondaine) et pour les rites commençant par vaśya (attraction/soumission), on doit préparer un bāla-padma (lotus juvénile, diagramme) de mesure uniforme, doté de navanābha (neuf centres) et de navahasta (neuf bras/pétales); et ce diagramme doit être divisé en portions de nature mantrique, chaque section recevant/portant des mantras déterminés.
Verse 18
मध्ये ऽब्जं पट्टिकावीजं द्वारेणाब्जस्य मानतः कण्ठोपकण्ठमुक्तानि तद्वाह्ये वीथिका मता
Au centre se trouve l’abja (noyau en forme de lotus) ; le paṭṭikā-bīja (graine/module de la bande centrale) est déterminé par la porte, selon la mesure de l’abja. Les éléments appelés kaṇṭha et upakaṇṭha sont disposés séparément (tenus distincts) ; et au-delà, on considère la vīthikā (passage ou allée).
Verse 19
पञ्चभागान्विता सा तु समन्ताद्दशभागिका दिग्विदिक्ष्वष्ट पद्मानि द्वारपद्मं सवीथिकम्
Cette disposition comporte cinq divisions ; et, de tous côtés, elle est ordonnée en dix divisions. Dans les directions cardinales et intermédiaires se trouvent huit panneaux de lotus, et à la porte se tient aussi un lotus, pourvu de sa vīthikā (allée processionnelle).
Verse 20
तद्वाह्ये पञ्च पदिका वीथिका यत्र भूषिता पद्मवद्द्वारकण्ठन्तु पदिकञ्चौष्ठकण्ठकं
À l’extérieur de cet agencement de porte/seuil, il doit y avoir cinq marches, et une vīthikā (vestibule/passage) ornée. Le kaṇṭha de la porte (le resserrement du chambranle, comme un « cou ») doit être de forme lotus ; et l’élément de marche ainsi que la moulure oṣṭha–kaṇṭhaka (lèvre–cou) doivent aussi être disposés selon la prescription.
Verse 21
कपोलं पदिकं कार्यं दिक्षु द्वारत्रयं स्पुटम् कोणबन्धं त्रिपत्तन्तु द्विपट्टं वज्रवद्भवेत्
Il faut façonner le kapola et la padikā (plaque de joue et élément de base). Dans les directions, les trois ouvertures de porte doivent être nettement délimitées. L’assemblage d’angle (koṇa-bandha) sera réalisé par un ligaturage triple, et la porte à deux vantaux sera ferme comme le vajra (foudre).
Verse 22
मध्यन्तु कमलं शुक्लं पीतं रक्तञ्च नीलकम् पीतशुक्लञ्च धूम्रञ्च रक्तं पीतञ्च मुक्तिदम्
Au centre, le lotus est visualisé blanc, jaune, rouge et bleu; aussi jaune-blanc et couleur de fumée; puis encore rouge et jaune : cette méditation est dispensatrice de délivrance (mokṣa).
Verse 23
पूर्वादौ कमलान्यष्ट शिवविष्ण्वादिकं जपेत् प्रासादमध्यतो ऽभ्यर्च्य शक्रादीनब्जकादिषु
En commençant par le lotus de l’est, qu’on dispose huit lotus et qu’on récite en japa (répétition) les noms/mantras à partir de Śiva et Viṣṇu. Après avoir honoré la divinité principale au centre du temple, qu’on honore ensuite Śakra et les autres dieux dans les lotus et autres emplacements.
Verse 24
अस्त्राणि वाह्यवीथ्यान्तु विष्ण्वादीनश्वमेघभाक् पवित्रारोहणादौ च महामण्डलमालिखेत्
Sur les voies extérieures de circumambulation, qu’on place (ou figure) les armes; et là doivent être installés/représentés Viṣṇu et les autres divinités, qui participent au mérite de l’Aśvamedha. Au commencement du rite d’ascension ou de mise du pavitra (fil/amulette de consécration), qu’on trace le Grand Maṇḍala.
Verse 25
अष्टहस्तं पुरा क्षेत्रं रसपक्षैर् विवर्तयेत् पञ्चभागमितेति ख , छ च द्विपदं कमलं मध्ये वीथिका पदिका ततः
D’abord, qu’on délimite un terrain de huit hastas, en disposant ses côtés selon les divisions « rasa » ; les portions marquées comme secteurs kha et cha doivent être mesurées en cinq parts. Au milieu, on place un lotus à deux padas (dvipada) ; puis l’on aménage la vīthikā (allée/passage) et la padikā (chemin secondaire).
Verse 26
दिग्विदिक्षु ततो ऽष्टौ च नीलाब्जानि विवर्तयेत् मध्यपद्मप्रमाणेन त्रिंशत्पद्मानि तानि तु
Ensuite, dans les huit directions et les directions intermédiaires, on doit tracer des lotus bleus. Ces lotus doivent être au nombre de trente, chacun selon la mesure du lotus central.
Verse 27
दलसन्धिविहीनानि नीलेन्दीवरकानि च तत्पृष्ठे पदिका वीथी स्वस्तिकानि तदूर्ध्वतः
Les motifs de lotus nīlendīvara doivent être tracés sans lignes de jonction entre les pétales ; derrière, on placera la padikā (bande en degrés) et la vīthī (allée processionnelle), et au-dessus on disposera des motifs de svastika.
Verse 28
द्विपदानि तथा चाष्टौ कृतिभागकृतानि तु वर्तयेत् स्वस्तिकांस्तत्र वीथिका पूर्ववद्वहिः
Là, on doit ordonner le plan en divisions de deux pada et aussi de huit, établies selon des portions fractionnées ; et dans cette disposition on formera des motifs de svastika. Les rues (vīthikā) doivent être tracées à l’extérieur, comme il a été dit précédemment.
Verse 29
द्वाराणि कमलं यद्वदुपकण्ठ्युतानि तु रक्तं कोणं पीतवीथी नीलं पद्मञ्चमण्डले
Dans le maṇḍala, les portes doivent être disposées comme un lotus, pourvues de petites saillies secondaires en forme de col (upakaṇṭhya). Les sections d’angle seront colorées en rouge, les allées intermédiaires en jaune, et le lotus lui-même en bleu dans le diagramme.
Verse 30
स्वस्तिकादि विचित्रञ्च सर्वकामप्रदं गुह पञ्चाब्जं पञ्चहस्तं स्यात् समन्ताद्दशभाजितम्
Ô Guha, un diagramme orné de motifs variés, à commencer par la svastika, est dispensateur de tous les buts désirés. Le dessin des «cinq lotus» doit mesurer cinq hastas et être divisé en dix parts égales tout autour.
Verse 31
द्विपदं कमलं वीथी पट्टिका दिक्षु पङ्कजम् चतुष्कं पृष्ठतो वीथी पदिका द्विपदान्यथा
L’agencement en deux unités (deux padas) est nommé « kamala » (lotus). La « vīthī » est le passage, et la « paṭṭikā » la bande ou lisière. Dans les directions (dikṣu), on l’appelle « paṅkaja » (lotus). Un agencement en quatre unités (catuṣka) est prescrit ; à l’arrière (pṛṣṭhataḥ) se trouve un passage (vīthī). La « padikā » est pareillement de deux padas (deux unités).
Verse 32
कण्ठोपकण्ठयुक्तानि द्वारान्यब्जन्तु मध्यतः पञ्चाब्जमण्डले ह्य् अस्मिन् सितं पीतञ्च पूर्वकम्
Dans ce maṇḍala des cinq lotus, les portes doivent être disposées au milieu, munies des éléments requis de « cou » et de « sous-cou » ; et, en commençant par l’est, les couleurs prescrites sont le blanc (sita) puis le jaune (pīta).
Verse 33
वैदूर्याभं दक्षिणाब्जं कुन्दाभं वारुणं कजम् उत्तराब्जन्तु शङ्खाभमन्यत् सर्वं विचित्रकम्
Le lotus du sud doit avoir la teinte du vaidūrya (gemme « œil-de-chat ») ; celui qui est lié à Varuṇa doit être blanc comme le jasmin. Le lotus du nord, quant à lui, doit être blanc comme la conque (śaṅkha) ; tout le reste doit être bigarré, multicolore.
Verse 34
सर्वकामप्रदं वक्ष्ये दशहस्तन्तु मण्डलम् विकारभक्तन्तुर्याश्रं द्वारन्तु द्विपदं भवेत्
Je vais exposer le maṇḍala « qui accorde tous les désirs » : sa mesure est de dix hastas (coudées). Il doit être divisé en parts proportionnées selon les modifications requises et prendre une forme quadrangulaire ; l’ouverture de la porte doit avoir deux padas (deux unités) de largeur.
Verse 35
मध्ये पद्मं पूर्ववच्च विघ्नध्वंसं वदाम्यथ चतुर्हस्तं पुरं कृत्वा वृत्रञ्चैव करद्वयम्
Au centre, placez/visualisez un lotus comme précédemment. J’expose maintenant « Vighna-dhvaṃsa » (le destructeur des obstacles) : après avoir façonné la divinité à quatre bras, représentez la « pura » (cité/forteresse) ainsi que Vṛtra, saisis ou maîtrisés par la paire de mains (les deux mains).
Verse 36
वीथीका हस्तमात्रन्तु स्वस्तिकैर् वहुभिर्वृता तद्वदुपकण्ठयुतानीति ख , ञ च हस्तमात्राणि द्वाराणि विक्षु वृत्तं सपद्मकम्
Le corridor (vīthikā) ne doit avoir qu’un hasta de largeur, et être bordé de nombreux motifs de svastika. De même, les deux types dits kha et ña doivent être réalisés avec des « gorges latérales » saillantes (upakaṇṭha). Les portes aussi doivent mesurer un hasta ; et sur les jalons (vikṣu) on tracera un diagramme circulaire accompagné d’un lotus (padma).
Verse 37
पद्मानि पञ्च शुक्लानि मध्ये पूज्यश् च निष्कलः हृदयादीनि पूर्वादौ विदिक्ष्वस्त्राणि वै यजेत्
Qu’on dispose cinq lotus blancs, et qu’au centre l’on vénère le Sans-Forme (Niṣkala). En commençant par l’est, qu’on accomplisse le culte du hṛdaya (cœur) et des autres aṅga-mantras ; et dans les directions intermédiaires, qu’on vénère les astra-mantras (mantras d’arme).
Verse 38
प्राग्वच्च पञ्च ब्रह्माणि बुद्ध्याधारमतो वदे शतभागे तिथिभागे पद्मं लिङ्गाष्टकं दिशि
Comme il a été dit plus haut, les cinq Brahmā-mantras (pañca-brahma) doivent être établis ; c’est pourquoi je décris l’ādhāra, le support de la méditation. Dans une division en cent parts —et de même selon la division par le tithi (jour lunaire)— qu’on dispose le padma-maṇḍala et qu’on place les huit liṅga (liṅga-aṣṭaka) dans les directions.
Verse 39
मेखलाभागसंयुक्तं कण्ठं द्विपदिकं भवेत् आचार्यो बुद्धिमाश्रित्य कल्पयेच्च लतादिकम्
Le cou (kaṇṭha) doit être formé comme un élément à deux degrés (dvipadika), joint à la portion de la bande-ceinture (mekhalā). Le maître-artisan (ācārya), s’appuyant sur un discernement exercé, doit aussi concevoir des rinceaux de liane (latā) et des motifs ornementaux apparentés.
Verse 40
चतुःषट्पञ्चमाष्टादि खाछिखाद्यादि मण्डलम् खाक्षीन्दुसूर्यगं सर्वं खाक्षि चैवेन्दुवर्णनात्
Le maṇḍala doit être tracé en commençant par la série numérique «quatre, six, cinq, huit…», et par la série syllabique débutant par «khā, chi, khā…». Le tout doit être compris comme se mouvant avec la Lune et le Soleil ; et le terme «khākṣi» lui-même est ainsi nommé parce qu’il constitue une description de la Lune.
Verse 41
चत्वारिंशदधिकानि चतुर्दशशतानि हि मण्डलानि हरेः शम्भोर्देव्याः सूर्यस्य सन्ति च
En vérité, il existe mille quatre cent quarante maṇḍala appartenant à Hari (Viṣṇu), à Śambhu (Śiva), à la Déesse, et aussi au Soleil.
Verse 42
दशसप्तविभक्ते तु लतालिङ्गोद्भवं शृणु दिक्षु पञ्चत्रयञ्चैकं त्रयं पञ्च च लोमयेत्
À présent, dans la division en dix-sept, écoute la procédure issue du « latā-liṅga » (signe de la liane). Dans les directions, on doit appliquer les marques loma ainsi : cinq, trois et un ; puis aussi trois et cinq.
Verse 43
ऊर्ध्वगे द्विपदे लिङ्गमन्दिरं पार्श्वकोष्ठयोः मध्येन द्बिपदं पद्ममथ चैकञ्च पङ्कजं
Dans la mesure supérieure (au nord) de deux pieds, on doit placer le sanctuaire du Liṅga ; et dans l’espace médian entre les deux niches latérales, on doit façonner un lotus de deux pieds — ainsi qu’un lotus unique également.
Verse 44
लिङ्गस्य पार्श्वयोर्भद्रे पदद्वारमलोपनात् तत्पार्श्वशोभाः षड्लोप्य लताः शेषास् तथा हरेः
Sur les côtés auspices du liṅga, en commençant par la porte au niveau du pied (padadvāra), on doit former les ornements latéraux ; en omettant six unités décoratives, les motifs restants, semblables à des lianes, doivent être disposés de même pour Hari (Viṣṇu) également.
Verse 45
ऊर्ध्वं द्विपदिकं लोप्य हरेर्भद्राष्टकं स्मृतम् रश्मिमानसमायुक्तवेदलोपाच्च शोभिकम्
Lorsque l’unité supérieure (initiale) de deux pieds est élidée, le mètre est connu sous le nom de « Harer-bhadrāṣṭaka ». Il est aussi appelé « Śobhika » parce qu’il est associé aux motifs dits Raśmi et Mānasa, et en raison de l’élision d’une portion nommée Veda.
Verse 46
पञ्चविंशतिकं पद्मं ततः पीठमपीठकम् द्वयं द्वयं रक्षयित्वा उपशोभास् तथाष्ट च
Il faut tracer le lotus de vingt-cinq parties (pétales/sections) ; puis y placer le pīṭha (socle) et l’apīṭha (élément sans socle). Après avoir maintenu chaque paire à sa place, dûment protégée comme une paire, on disposera aussi les huit upaśobhā, ornements secondaires.
Verse 47
देव्यादिख्यापकं भद्रं वृहन्मध्ये परं लघु लोपयेदिति ञ लोपयेदिति ट मध्ये नवपदं पद्मं कोणे भद्रचतुष्टयम्
Le diagramme bhadra, de bon augure et révélateur de la présence de la Déesse, doit être disposé avec le vṛhat (le « grand ») au centre, et avec le para (le « suprême ») et le laghu (le « petit ») à leurs places convenables. Dans l’instruction « lopayet » (« qu’on omette »), la lettre ña doit être omise ; de même, dans « lopayet », la lettre ṭa doit être omise. Au centre se trouve un lotus à neuf compartiments, et aux angles un ensemble de quatre bhadra.
Verse 48
त्रयोदशपदं शेषं बुद्ध्याधारन्तु मण्डलं शतपत्रं षष्ट्यधिकं बुद्ध्याधारं हरादिषु
La partie restante forme une division en treize ; et le maṇḍala est véritablement le support de l’intellect (buddhi). Le lotus qui soutient la buddhi est dit « aux cent pétales », avec soixante de plus (soit 160 pétales), dans les systèmes commençant par Hara (Śiva) et autres.
The chapter functions as a ritual-competency foundation: it emphasizes Śakti-upāsanā oriented to vāṅ-siddhi (power of speech) so that subsequent mantra-recitation, diagram labeling, and liturgical sequencing can be executed without error.
By sanctifying speech and cognition through Vāgīśvarī, the practitioner aligns mantra-practice with Dharma—supporting effective ritual outcomes (Bhukti) while refining inner discipline and clarity necessary for contemplative progress (Mukti).