
वागीश्वरीपूजा (Worship of Vāgīśvarī)
Dans le cadre didactique du Mantra-śāstra, le Seigneur Agni enseigne au sage Vasiṣṭha le culte rituel de Vāgīśvarī (une forme de Sarasvatī), avec son maṇḍala, la procédure de contemplation, le moment propice, la structure des mantras et les classes phonémiques (varṇa) qui fondent le rite. Le chapitre s’ouvre en soulignant l’établissement intérieur d’Īśvara par une contemplation stable et lumineuse, ainsi que la transmission protégée des syllabes sacrées. Vāgīśvarī est visualisée parée de la guirlande des cinquante lettres (varṇamālā), dotée de trois yeux, montrant les mudrā de don et d’intrépidité, tenant chapelet et livre—liant parole, connaissance et puissance mantrique. La pratique centrale est le varṇamālā-japa : cent mille récitations, en imaginant l’alphabet de ‘a’ à ‘kṣa’ descendre du sommet du crâne vers les épaules et pénétrer le corps comme un courant sonore à forme humaine. Pour l’initiation, le guru construit un maṇḍala de lotus avec placements solaire et lunaire, parcours prescrits, portes, bandes d’angle et règles de couleur. Les divinités/śakti sont installées dans les sections du lotus—Sarasvatī au centre, avec Vāgīśī et des puissances associées (Hṛllekhā, Citravāgīśī, Gāyatrī, Śāṅkarī, Mati, Dhṛti et des formes bīja de Hrīṃ). Par des oblations de ghee, le sādhaka acquiert la maîtrise poétique en sanskrit et en prakrit, ainsi que la compétence en kāvya-śāstra et sciences connexes, illustrant la synthèse purānique entre discipline spirituelle et accomplissement culturel-intellectuel.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे गणपूजा नाम सप्तदशाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः अथाष्टादशाधिकत्रिशततमो ऽध्यायः वागीश्वरीपूजा ईश्वर उवाच वागीश्वरीपूजनञ्च प्रवदामि समण्डलम् ऊहकं कालसंयुक्तं मनुं वर्णसमायुतम्
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le chapitre trois-cent-dix-sept intitulé « Culte de Gaṇa ». Commence maintenant le chapitre trois-cent-dix-huit : « Culte de Vāgīśvarī ». Le Seigneur dit : « J’enseignerai le culte de Vāgīśvarī avec le maṇḍala rituel—y compris la procédure contemplative, le temps et ses conjonctions, le mantra, et les classes de varṇa (lettres/phonèmes) qui y sont associées. »
Verse 2
निषाद ईश्वरं कार्यं मनुना चन्द्रसूर्यवत् अक्षरन्न हि देयं स्यात् ध्यायेत् कुन्देन्दुसन्निभां
Qu’on établisse le Seigneur comme régent intérieur par l’esprit, tel la lune et le soleil, stables et lumineux. Qu’on ne donne ni ne divulgue les lettres (c’est-à-dire les signes écrits ou syllabes secrètes) ; qu’on médite sur la forme éclatante, semblable au jasmin et à la lune.
Verse 3
पञ्चाशद्वर्णमालान्तु मुक्तास्रग्दामभूषिताम् वरदाभयाक्षसूत्रपुस्तकाढ्यां त्रिलोचनां
Elle est parée d’une guirlande formée des cinquante lettres (varṇamālā), et ornée de colliers de perles et de guirlandes de fleurs. Elle manifeste les mudrā du don (varada) et de l’intrépidité (abhaya), tient un rosaire (akṣasūtra) et un livre, et possède trois yeux.
Verse 4
लक्षं जपेन्मस्तकान्तं स्कन्धान्तं वर्णमालिकां अकारादिक्षकारान्तां विशन्तीं मानवत् स्मरेत्
Qu’on accomplisse cent mille répétitions (japa) de la guirlande des lettres, en la visualisant depuis le sommet de la tête jusqu’aux épaules, commençant par ‘a’ et s’achevant par ‘kṣa’, et qu’on s’en souvienne comme entrant dans le corps à la manière d’une forme humaine.
Verse 5
कुर्याद् गुरुश् च दीक्षार्थं मन्त्रग्राहे तु मण्डलम् सूर्याग्रमिन्दुभक्तन्तु भागाभ्यां कमलं हितं
Pour l’initiation (dīkṣā), le maître doit préparer le maṇḍala au moment de recevoir ou de transmettre le mantra. Il est recommandé d’employer un diagramme de lotus (kamala), avec le Soleil placé à l’avant et la Lune assignée à sa part convenable, selon les divisions prescrites.
Verse 6
चन्द्रमसायुतमिति ञ कृतमिति ख वीथिका पदिका कर्या पद्मान्यष्टौ चतुष्पदे वीथिका पदिका वाह्ये द्वाराणि द्विपदानि तु
« (Les groupes de plan sont indiqués par des marqueurs syllabiques) ‘ña’ pour “joint à la Lune (candramasāyuta)” et ‘kha’ pour “fait/édifié (kṛta)”. Dans la disposition à quatre pas (catuṣpada), les vīthikā et padikā (allées/voies latérales) doivent être tracées avec huit divisions “lotus” (padmāni). À l’extérieur, le long de la ceinture vīthikā–padikā, les portes (dvārāṇi) sont à placer selon l’intervalle de deux pas (dvipada). »
Verse 7
उपद्वाराणित द्वच्च कोणबान्धं द्विपट्टिकम् सिदानि नव पद्मानि कर्णिका कनकप्रभा
Il doit y avoir des portes secondaires (upadvāra) et une disposition double (en deux parties) ; les angles sont à être liés par des bandes diagonales, et la porte doit être à deux vantaux (double battant). On tracera/placera neuf lotus accomplis (padmāni), dont le cœur central (karṇikā) rayonne d’un éclat d’or.
Verse 8
केशराणि विचित्राणि कोणान्रक्तेन पूरयेत् व्योमरेखान्तरं कृष्णं द्वाराणीन्द्रेभमानतः
On figurera les filaments bigarrés (keśara) avec ornementation et l’on remplira les angles de rouge. Les intervalles entre les “lignes du ciel” (vyoma-rekhā) seront colorés en noir, et les portes (dvārāṇi) seront disposées selon la mesure prescrite (norme d’Indra/éléphant).
Verse 9
मध्ये सरस्वतीं पद्मे वागीशी पूर्वपद्मके हृल्लेखा चित्रवागीशी गायत्री विश्वरूपया
Au centre du lotus, qu’on place/visualise Sarasvatī ; dans le pétale oriental, Vāgīśī ; puis Hṛllekhā ; puis Citravāgīśī ; puis Gāyatrī, pourvue de la forme universelle (viśvarūpa).
Verse 10
शाङ्करी मतिर्धृतिश् च पूर्वाद्या ह्रीं स्ववीजकाः ध्येया सरस्वतीवच्च कपिलाज्येन होमकः संस्कृतप्राकृतकविः काव्यशास्त्रादिविद्भवेत्
On doit méditer (les puissances mantriques) Śāṅkarī, Mati et Dhṛti, avec celles qui les précèdent, et méditer Hrīṃ avec leurs syllabes-semences (bīja) respectives, comme des formes de Sarasvatī. En accomplissant le homa avec du ghee provenant d’une vache fauve (kapilā-jya), on devient poète en sanskrit et en prakrit, et connaisseur du kāvya-śāstra (science poétique) et des disciplines connexes.
The chapter emphasizes precise mantra-phonemic methodology (varṇamālā from ‘a’ to ‘kṣa’ with a 100,000-japa target) and exact maṇḍala engineering—lotus divisions, pathways (vīthikā/padikā), door and corner-band construction, and specific color placements—linking ritual efficacy to correct design and sequence.
It disciplines speech and cognition by sacralizing sound (akṣara/varṇa) as a contemplative current entering the body, while placing learning and artistry under dharmic ritual control (dīkṣā, secrecy, homa). The promised fruit—poetic and śāstric mastery—functions as bhukti aligned with mukti through regulated practice, purity, and devotion to Sarasvatī-śakti.