
Chapter 280 — रसादिलक्षणम् / सर्वरोगहराण्यौषधानि (Characteristics of Taste and Related Factors; Medicines that Remove All Diseases)
Ce chapitre présente l’Ayurveda comme une science royale de protection : Dhanvantari enseigne que la maîtrise du rasa (saveur), du vīrya (puissance), du vipāka (effet post-digestif) et la reconnaissance du prabhāva (action spécifique, parfois indicible) permettent au médecin de préserver le roi et la société. Il classe les six saveurs selon leurs origines Soma et Agni, définit le vipāka comme triple et le vīrya comme chaud/froid, et mentionne des exceptions — tel le miel : rasa doux mais vipāka piquant — expliquées par le prabhāva. Le texte passe ensuite à la pharmacie : ratios de réduction pour kaṣāya/kvātha, principes du snehapāka (graisses médicamenteuses) et du lehya (électuaires), et nécessité d’un dosage individualisé selon l’âge, la saison, la force, le feu digestif (agni), la région, la substance et la maladie. Enfin, il s’étend au régime et à la prévention : la triade upastambha (nourriture, sommeil, conduite sexuelle), thérapies nourrissantes vs déplétives, règles saisonnières de massage et d’exercice, et pureté alimentaire comme soutien racine de l’agni et de la vigueur humaine, unissant technique médicale et vie disciplinée selon le dharma.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे सर्वरोगहराण्यौषधानि नामोनाशीत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः तथोल्कानामुष्मणामध्वसेविनामिति ख अथाशीत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः रसादिलक्षणं धन्वन्तरिर् उवाच रसादिलक्षणं वक्ष्ये भेषजानां गुणं शृणु रसवीर्यविपाकज्ञो नृपादीन्रक्षयेन्नरः
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le deux-cent-quatre-vingtième chapitre est intitulé « Les remèdes qui ôtent toutes les maladies » (dans une autre recension : « Des météores, de la chaleur et de ceux qui voyagent sur les routes »). Commence maintenant le deux-cent-quatre-vingtième chapitre, « Les caractéristiques du goût et des facteurs connexes ». Dhanvantari dit : « J’exposerai les caractéristiques du goût et les qualités des médicaments — écoutez. Celui qui connaît le goût (rasa), la puissance (vīrya) et la transformation post-digestive (vipāka) peut protéger les rois et les autres. »
Verse 2
रसाः स्वाद्वम्ललवणाः सोमजाः परिकीर्तिताः कटुतिक्तकषायानि तथाग्नेया महाभुज
Les saveurs — douce, acide et salée — sont déclarées nées de Soma ; tandis que le piquant, l’amer et l’astringent sont dits nés d’Agni, ô puissant aux bras.
Verse 3
त्रिधा विपाको द्रव्यस्य कट्वम्ललवणात्मकः द्विधा वीय्य समुद्दिष्टमुष्णं शीतं तथैव च
Le vipāka (transformation post-digestive) d’une substance est triple : de nature piquante, acide et saline. La puissance (vīrya) est enseignée comme double : chaude et, de même, froide.
Verse 4
अनिर्देश्यप्रभावश् च ओषधीनां द्विजोत्तम मधुरश् च कषायश् च तिक्तश् चैव तथा रसः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, la puissance particulière (prabhāva) des plantes médicinales est elle aussi indicible ; et leurs saveurs (rasa) sont le doux, l’astringent et l’amer également.
Verse 5
शीतवीर्याः समुद्दिष्टाः शेषास्तूष्णाःप्रकीर्तिताः गुडुची तत्र तिक्तपि भवत्युष्णातिवीर्यतः
Ces substances sont dites de puissance rafraîchissante (śīta-vīrya) ; le reste est proclamé de puissance chauffante (uṣṇa). Dans ce contexte, la guḍūcī—bien qu’amère—agit comme fortement chauffante en raison de l’intensité de sa puissance.
Verse 6
उष्णा कषायापि तथा पथ्या भवति मानद मधुरोपि तथा मांस उष्ण एव प्रकीर्तितः
Ô dispensateur d’honneur, même les substances astringentes, prises tièdes, deviennent salutaires (pathya) ; de même, même les aliments doux—et la viande aussi—sont déclarés de nature chauffante (uṣṇa).
Verse 7
लवणो मध्रश् चैव विपाकमधुरौ स्मृतौ अम्लोष्णश् च तथा प्रोक्तः शेषाः कटुविपाकिनः
Le salé et le doux sont traditionnellement tenus pour avoir un vipāka (effet post-digestif) doux. L’acide et le piquant sont pareillement enseignés comme ayant un vipāka acide ; les autres saveurs sont dites donner un vipāka piquant.
Verse 8
वीर्यपाके विपर्यस्ते प्रभावात्तत्र निश् चयः मधुरो ऽपि कटुः पाके यच्च क्षौद्रं प्रकीर्तितं
Lorsque le rapport entre la puissance (vīrya) et le vipāka (effet post-digestif) se trouve inversé, le facteur décisif est alors l’action spécifique (prabhāva). Ainsi, le miel (kṣaudra), bien que douce au goût, est enseignée comme devenant piquante en vipāka.
Verse 9
क्वाथयेत् षोडशगुणं विवेद्द्रव्याच्चतुर्गुणम् यवक्षौद्रमिति ख कल्पनैषा कषायस्य यत्र नोक्तो विधिर्भवेत्
On fera bouillir la substance médicinale avec seize fois sa mesure d’eau, puis on réduira jusqu’à n’en laisser qu’un quart du liquide initial. On peut ajouter yava (orge) et kṣaudra (miel) : telle est la méthode normative de préparation du kaṣāya (décoction) là où aucun procédé particulier n’est indiqué.
Verse 10
कषायन्तु भवेत्तोयं स्नेहपाके चतुर्गुणं द्रव्यतुल्यं समुद्धृत्य द्रव्यं स्नेहं क्षिपेद्बुधः
Lors de la cuisson d’une graisse médicinale (sneha : huile ou ghee), l’eau de la décoction doit être au quadruple. Ayant pris le kalka (pâte de drogue) en quantité égale à la substance, le connaisseur ajoutera le kalka et le sneha selon la règle.
Verse 11
तावत्प्रमाणं द्रव्यस्य स्नेहपादं ततः क्षिपेत् तोयवर्जन्तु यद्द्रव्यं स्नेहद्रव्यं तथा भवेत्
Ensuite, on ajoutera le sneha (huile/ghee) à raison d’un quart par rapport à cette quantité d’ingrédients. Tout ingrédient dépourvu d’eau doit, en conséquence, être tenu pour une « substance sneha », c’est-à-dire compté du côté des corps gras et non parmi les éléments aqueux.
Verse 12
संवर्तितौषधः पाकः स्नेहानां परिकीर्तितः तत्तुल्यता तु लेह्यस्य तथा भवति सुश्रुत
La cuisson des sneha où les drogues médicinales sont réduites et concentrées est proclamée comme le pāka approprié des graisses médicinales. La même équivalence de préparation vaut aussi pour le lehya/avaleha (électuaire à lécher), ô Suśruta.
Verse 13
स्वच्छमल्पौषधं क्वाथं कषायञ्चोक्तवद्भवेत् अक्षं चूर्णस्य निर्दिष्टं कषायस्य चतुष्पलं
Une décoction claire, bien filtrée, préparée avec une faible quantité de substances médicinales, est appelée kvātha ; et le kaṣāya doit être préparé comme il a été dit précédemment. La mesure prescrite est d’un akṣa de poudre de drogue et de quatre palas de décoction.
Verse 14
मध्यमैषा स्मृता मात्रा नास्ति मात्राविकल्पना वयः कालं बलं वह्निं देशं द्रव्यं रुजं तथा
Ceci est enseigné comme la dose «moyenne» ; il n’existe pas de posologie fixe, identique pour tous. La dose doit être ajustée selon l’âge, la saison/le temps, la vigueur, le feu digestif (agni), la région, la substance médicinale et aussi la maladie ou l’affliction.
Verse 15
समवेक्ष्य महाभाग मात्रायाः कल्पना भवेत् सौम्यास्तत्र रसाः प्रायो विज्ञेया धातुवर्धनाः
Après un examen attentif, ô noble, la dose doit être établie. Dans ce cadre, les sucs/extraits (rasa) doivent être compris, le plus souvent, comme doux et apaisants (saumya) et comme favorisant l’accroissement des tissus du corps (dhātu-vardhana).
Verse 16
मधुरास्तु विशेषेण विज्ञेया धातुवर्धनाः दोषाणाञ्चैव धातूनां द्रव्यं समगुणन्तु यत्
Les substances au goût doux doivent être reconnues, en particulier, comme favorisant l’accroissement des dhātu (tissus du corps). Et la substance dont les qualités sont équilibrées à l’égard des doṣa comme des dhātu doit être tenue pour harmonisante par nature.
Verse 17
तदेव वृद्धये ज्ञेयं विपरीतं क्षमावहम् उपस्तम्भत्रयं प्रोक्तं देहे ऽस्मिन्मनुजोत्तम
Ce même régime doit être compris comme favorisant la croissance et le bien-être ; son contraire entraîne la détérioration. Dans ce corps, ô le meilleur des hommes, a été enseignée la triade des soutiens subsidiaires (upastambha).
Verse 18
आहारो मैथुनं निद्रा तेषु यत्नः सदा भवेत् असेवनात् सेवनाच्च अत्यन्तं नाशमाप्नुयात्
Nourriture, union sexuelle et sommeil : à leur égard, il faut toujours faire preuve d’un effort discipliné. Car l’abstinence totale comme l’excès d’indulgence peuvent mener à la ruine complète.
Verse 19
क्षयस्य बृंहणं कार्यं स्थुलदेहस्य कर्षणम् रक्षणं मध्यकायस्य देहभेदास्त्रयो मताः
Pour celui qui est amaigri (déperissant), il faut entreprendre une thérapie de nutrition et de fortification; pour celui dont le corps est massif, une thérapie de réduction (amaigrissante); et pour celui de constitution moyenne, l’entretien et la protection. Ainsi sont reconnus trois types de corps.
Verse 20
स्नेहपाके च तद्गुणमिति ख तत्तुल्यताप्यस्य तथा यथा भवति सुश्रुत इति ख उपक्रमद्वयं प्रोक्तं तर्पणं वाप्यतर्पणं हिताशी च मिताशी च जीर्णाशी च तथा भवेत्
Dans la cuisson et la préparation correctes des corps gras (snehapāka), il faut reconnaître les qualités qui attestent la juste cuisson. De même, le degré de chaleur appliqué doit lui être proportionné, ainsi que l’enseigne Suśruta. Deux démarches thérapeutiques sont exposées : la thérapie nourrissante (tarpaṇa) et la thérapie déplétive/allégeante (atarpaṇa). Qu’on mange ce qui est salutaire (hitāśī), avec mesure (mitāśī), et seulement après digestion du repas précédent (jīrṇāśī).
Verse 21
ओषधीनां पञ्चविधा तथा भवति कल्पना रसः कल्कः शृतः शीतः फाण्डश् च मनुजोत्तम
Ainsi, ô le meilleur des hommes, la préparation (kalpanā) des plantes médicinales est de cinq sortes : le suc exprimé (rasa), la pâte (kalka), la décoction/boisson bouillie (śṛta/kvātha), l’infusion à froid (śīta/hima) et le phāṇḍa (préparation médicinale sucrée, en boisson).
Verse 22
रसश् च पीडको ज्ञेयः कल्क आलोडिताद् भवेत् क्वथितश् च शृतो ज्ञेयः शीतः पर्युषितो निशां
On doit comprendre ‘rasa’ comme un suc pressé (exprimé) ; le ‘kalka’ provient d’une pâte que l’on remue et mélange. Ce qui est décocté doit être connu comme ‘śṛta’ (préparation bouillie). ‘Śīta’ est ce qui a refroidi ; et ‘paryuṣita’ est ce qui a été gardé toute la nuit.
Verse 23
सद्योभिशृतपूतं यत् तत् फाण्टमभिधीयते करणानां शतञ्चैव षष्टिश् चैवाधिका स्मृता
Ce qui est purifié par une ébullition rapide puis filtré est appelé ‘phāṇṭa’ (infusion chaude). Les karaṇa sont mémorisés comme étant au nombre de cent soixante.
Verse 24
यो वेत्ति स ह्य् अजेयः स्थात्सम्बन्धे वाहुशौण्डिकः आहारशुद्धिरग्न्यर्थमग्निमूलं बलं नृणां
Celui qui connaît cela devient, en vérité, invincible ; dans les relations et les affaires, il devient un champion aux bras puissants. La pureté de l’alimentation est destinée à maintenir Agni (le feu digestif), car la force des hommes a Agni pour racine même.
Verse 25
ससिन्धुत्रिफलाञ्चाद्यात्सुराज्ञि अभिवर्णदां जाङ्गलञ्च रसं सिन्धुयुक्तं दधि पयः कणां
Ô noble dame, qu’on administre une préparation contenant du sel gemme et Triphalā, qui confère un teint उत्कृष्ट ; et aussi le suc/extrait de viande maigre de gibier (jāṅgala-rasa) mêlé de sel gemme, avec du caillé, du lait et des grains.
Verse 26
रसाधिकं समं कुर्यान्नरो वाताधिको ऽपि वा निदाघे मर्दनं प्रोक्तं शिशिरे च समं बहु
L’homme doit suivre un régime davantage dominé par le « rasa » (nourrissant/oléagineux) ou bien équilibré, même s’il est à prédominance Vāta. En saison chaude (été), le massage du corps (mardana/abhyanga) est prescrit ; et en saison froide (hiver), on doit l’employer de façon équilibrée et plus abondamment.
Verse 27
वसन्ते मध्यमं ज्ञेयन्निदाघे मर्दनोल्वणं त्वचन्तु प्रथमं मर्द्यमङ्गञ्च तदनन्तरं
Au printemps, le massage doit être compris comme d’intensité moyenne ; en saison chaude (été), il doit être vigoureux. On massera d’abord la peau, puis ensuite les membres (les parties du corps).
Verse 28
स्नायुरुधिरदेहेषु अस्थि भातीव मांसलं स्कन्धौ बाहू तथैवेह तथा जङ्घे सजानुनी
Dans les corps où prédominent les tendons (snāyu) et le sang (rudhira), l’os paraît comme recouvert de chair ; de même ici les épaules et les bras, et de même les jambes (les tibias) avec les genoux, paraissent charnus.
Verse 29
अरिवन्मर्दयेत् प्रज्ञो जत्रु वक्षश् च पूर्ववत् अङ्गसन्धिषु सर्वेषु निष्पीड्य बहुलं तथा
Le praticien habile doit masser le patient avec vigueur, comme s’il domptait un ennemi; et, ainsi qu’il a été dit plus haut, il traitera de même la région du cou et des clavicules (jatru) ainsi que la poitrine. Dans toutes les articulations des membres, il exercera pareillement une pression ferme et répétée.
Verse 30
प्रसारयेदङ्गसन्धीन्न च क्षेपेण चाक्रमात् नीजीर्णे तु श्रमं कुर्यान्न भुक्त्वा पीतवान्नरः
On doit étendre et mobiliser doucement les articulations des membres, sans à-coups ni précipitation. L’effort ne doit être entrepris qu’après la digestion du repas précédent, et non aussitôt après avoir mangé ou bu.
Verse 31
दिनस्य तु चतुर्भाग ऊर्ध्वन्तु प्रहरार्धके व्यायामं नैव कर्तव्यं स्नायाच्छीताम्बुना सकृत्
Dans la dernière partie du jour—lorsque la journée a dépassé son quart (vers l’après‑midi, dans la seconde moitié d’une veille)—il ne faut pas pratiquer d’exercice corporel. Qu’on se baigne une seule fois avec de l’eau fraîche.
Verse 32
वार्युष्णञ्च श्रमं जह्याद्धृदा श्वासन्न धारयेत् व्यायामश् च कफं हन्याद्वातं हन्याच्च मर्दनं
L’eau chaude dissipe la fatigue. Il ne faut pas retenir le souffle de force dans la région du cœur. L’exercice détruit le kapha, et le massage détruit le vāta.
Verse 33
स्नानं पित्ताधिकं हन्यात्तस्यान्ते चातपाः प्रियाः आतपक्लेशकर्मादौ क्षेमव्यायामिनो नराः
Le bain apaise l’excès de pitta; et, après lui, l’exposition au soleil est salutaire. Au début de l’ensoleillement, d’un effort pénible ou d’un travail laborieux, l’homme doit entreprendre un exercice sûr et mesuré.
It centers on interpreting medicines through rasa (taste), vīrya (hot/cold potency), vipāka (post-digestive effect), and prabhāva (specific action that can override expected correlations).
The chapter gives a default decoction method: boil the drug with sixteen times water and reduce to one-fourth, used where no special procedure is specified.
It rejects a fixed universal dose and requires adjustment by age, season/time, strength, digestive fire (agni), region, the specific substance, and the disease condition.
By treating health science as disciplined dharmic practice: purity and moderation in food, sleep, and sexual conduct sustain agni and balance doṣas, supporting both worldly competence (bhukti) and the steadiness needed for higher aims (mukti).