
Sargaviṣayaka-varṇana — The Topics of Primary Creation (Sarga)
Le Seigneur Agni ouvre un enseignement cosmologique structuré en classant la création (sarga) selon une gradation allant des principes subtils à la vie incarnée, puis à des aboutissements orientés par la grâce. Il définit d’abord la séquence prākṛta (primordiale/matérielle) : l’apparition de Mahat (l’intellect cosmique) comme première émanation créatrice de Brahmā ; puis, à partir des tanmātra, l’émergence des éléments grossiers (bhūta) ; enfin la phase vaikārika/aindriyaka liée aux sens et à leurs fonctions. Il énumère ensuite d’autres strates : êtres immobiles, matrices animales (tiryaksrotas/stairyag-yoni), devas (ūrdhvasrotas) et humains (vāk-srotas), culminant dans un « anugraha-sarga » qui marque une dimension morale et spirituelle (sāttvika/tāmasa) de la vie manifestée. Le chapitre passe alors des catégories abstraites à l’illustration généalogique : sages et êtres divins naissent des filles de Dakṣa et des lignées de ṛṣi ; la naissance de Rudra et ses épithètes sont données ; la renaissance de Satī en Pārvatī est signalée. La section se clôt en recentrant la pratique rituelle—le culte enseigné par Nārada et d’autres sages (snāna-pūrvaka, tradition Svāyambhuva)—comme moyen opérant d’obtenir à la fois bhukti et mukti par Viṣṇu et d’autres divinités.
Verse 1
इत्य् आदिमाहापुराणे आग्नेये प्रतिसर्गवर्णनं नाम ऊनविंशतितमो ऽध्यायः अथ विंशतितमो ऽध्यायः सर्गविषयकवर्णनं अग्निर् उवाच प्रथमो महतः सर्गो विज्ञेयो ब्रह्मणस्तु सः तन्मात्राणां द्वितीयस्तु भूतसर्गो हि स स्मृतः
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa de l’Ādi-Mahāpurāṇa, s’achève le dix-neuvième chapitre, intitulé « Description du Pratisarga (création secondaire) ». Commence maintenant le vingtième chapitre : « Description des sujets du Sarga (création primaire) ». Agni dit : La première création doit être comprise comme celle du Mahat (l’Intellect cosmique) ; en vérité, c’est l’émanation créatrice de Brahmā. La seconde, issue des tanmātras (éléments subtils), est tenue en mémoire comme la création des bhūtas (éléments grossiers).
Verse 2
वैकारिकस्तृतीयस्तु सर्ग ऐन्द्रियकः स्मृतः इत्येष प्राकृतः सर्गः सम्भूतो बुद्धिपूर्वकः
La troisième création est appelée Vaikārika, et l’on s’en souvient aussi comme de la « création aindriyaka » (sensorielle). Ainsi, c’est la création Prākṛta (matérielle), produite avec Buddhi (l’intellect cosmique) pour antécédent.
Verse 3
मुख्यः सर्गश् चतुर्थस्तु मुख्या वै स्थावराः स्मृताः तिर्यक्स्रोतास्तु यः प्रोक्तः स्तैर्यग्योन्यस्ततः स्मृतः
La quatrième création est appelée la création « mukhya » (principale) ; en elle, les êtres immobiles (sthāvara, tels les végétaux) sont tenus pour primordiaux. La création décrite comme « tiryaksrotas » (dont le courant s’écoule de côté) est, pour cette raison, mémorisée comme la classe des « stairyag-yoni » : les espèces ou matrices animales.
Verse 4
तथोर्ध्वस्रोतसां षष्ठो देवसर्गस्तु स स्मृतः ततोर्वाक्स्रोतसां सर्गः सप्तमः स तु मानुषः
Ainsi, la sixième création est tenue pour la création divine des êtres au courant ascendant. Ensuite, la septième création est celle des êtres doués de parole, à savoir la création humaine.
Verse 5
अष्टमोनुग्रहः सर्गैः सात्विकस्तामसश् च यः पञ्चैते वैकृताः सर्गाः प्राकृताश् च त्रयः स्मृताः
La huitième est la création dite « anugraha » (dispensatrice de grâce), de deux sortes : sāttvika et tāmasa. Ces cinq sont rappelées comme des créations vaikṛta (modifiées/évolutives), et trois comme des créations prākṛta (primordiales).
Verse 6
प्राकृतो वैकृतश् चैव कौमारो नवमस् तथा ब्रह्मतो नव सर्गास्तु जगतो मूलहेतवः
La création prākṛta (primordiale) et la création vaikṛta (modifiée), ainsi que la création Kaumāra comme neuvième : telles sont les neuf créations issues de Brahmā, causes fondamentales du monde.
Verse 7
ख्यात्याद्या दक्षकन्यास्तु भृग्वाद्या उपयेमिरे नित्यो नैमित्तकः सर्गस्त्रिधा प्रकथितो जनैः
Khyāti et les autres filles de Dakṣa furent prises pour épouses par Bhṛgu et d’autres sages. La création (sarga) est dite par les hommes triple : la constante (nitya), l’occasionnelle (naimittika) et la troisième, la création élémentaire ou prākṛta.
Verse 8
प्राकृता दैनन्दिनी स्यादन्तरप्रलयादनु जायते यत्रानुदिनं मित्यसर्गो हि सम्मतः
On dit que la création est à la fois prākṛta (issue de la Nature primordiale) et dainandinī (quotidienne/continue). Après une dissolution intermédiaire (antara-pralaya), cet ordre de création renaît; et ce qui advient jour après jour est admis comme nitya-sarga, la création perpétuelle.
Verse 9
देवौ धाताविधातारौ भृगोः ख्यातिरसूयत श्रियञ्च पत्नी विष्णोर्या स्तुता शक्रेण वृद्धये
De Bhṛgu, Khyāti enfanta les deux dieux Dhātṛ et Vidhātṛ ; et elle mit aussi au monde Śrī—épouse de Viṣṇu—louée par Śakra (Indra) en vue de l’accroissement de la prospérité.
Verse 10
धातुर्विधार्तुर्द्वौ पुत्रौ क्रमात् प्राणो मृकण्डुकः मार्कण्डेयो मृकण्डोश् च जज्ञे वेदशिरास्ततः
Dhātṛ et Vidhārtṛ eurent, selon l’ordre, deux fils : Prāṇa et Mṛkaṇḍuka. De Mṛkaṇḍu naquit Mārkaṇḍeya ; puis naquit Vedaśiras.
Verse 11
पौर्णमासश् च सम्भूत्यां मरीचेरभवत् सुतः स्मृत्यामङ्गिरसः पुत्राः सिनीवाली कुहूस् तथा
Et Paurṇamāsa naquit comme fils de Marīci, de Sambhūti. De Smṛti, Aṅgiras eut aussi des enfants (nés comme) Sinīvālī et Kuhū.
Verse 12
राकाश्चानुमतिश्चात्रेरनसूयाप्यजीजनत् सोमं दुर्वाससं पुत्रं दत्तात्रेयञ्च योगिनम्
Rākā et Anumatī, et aussi Anasūyā—épouse d’Atri—enfantèrent Soma, le fils Durvāsas, et le yogin Dattātreya.
Verse 13
प्रीत्यां पुलस्त्यभार्यायां दत्तोलिस्तत्सुतोभवत् क्षमायां पुलहाज्जाताः सहिष्णुः कर्मपादिकाः
De Prīti, l’épouse de Pulastya, naquit son fils Dattoli. De Kṣamā, par Pulaha, naquirent Sahiṣṇu et Karmapādikā.
Verse 14
सन्नत्याञ्च क्रतोरासन् बालिखिल्या महौजसः अङ्गुष्ठपर्वमात्रास्ते ये हि षष्टिसहस्विणः
De Sannatī, épouse de Kratu, naquirent les Bālikhilya, sages d’un grand éclat spirituel—chacun n’étant pas plus grand que l’articulation d’un pouce—et ils étaient en vérité au nombre de soixante mille.
Verse 15
उर्जायाञ्च वशिष्ठाच्च राजा गात्रोर्ध्वबाहुकः सवनश्चालघुः शुक्रः सुतपाः सप्त चर्षयः
D’Ūrjā et de Vasiṣṭha naquit le sage royal Gātrordhvabāhuka; et aussi Savana, Ālaghu, Śukra et Sutapā : ainsi sont dénombrés sept voyants (ṛṣi).
Verse 16
पावकः पवमानोभूच्छुचिः स्वाहाग्निजोभवत् आर्यामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः रजोगोत्रोर्ध्वाहुक इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः राजा शात्रोर्ध्वबालक इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः, रजोगोत्रोर्ध्ववाहक इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः सबलश्चानघः शुक्र इति घ, चिह्नितपुस्तकपाठः अग्निस्वात्ता वर्हिषदो ऽनग्नयः साग्नयो ह्य् अजात्
Pāvaka fut connu sous le nom de Pavamāna ; et Śuci devint Svāhāgni-ja. (Certains manuscrits annotés ajoutent des épithètes telles que Āryā, Rajogotra-Ūrdhvāhuka/Ūrdhvavāhaka, Rājā-Śātra-Ūrdhvabālaka, Sabala, Anagha et Śukra.) Les classes Agniṣvātta et Barhiṣad sont aussi dites « sans feu » ; pourtant, elles naissent bel et bien avec le feu, c’est-à-dire en relation avec le feu dans le rite.
Verse 17
पितृभ्यश् च स्वधायाञ्च मेना वैधारिणी सुते हिंसाभार्या त्वधर्मस्य तयोर्जज्ञे तथानृतम्
Des Pitṛ (les Ancêtres) et de Svadhā naquit Menā, fille de Vaidhāriṇī. Et Hiṁsā (la Violence) fut l’épouse d’Adharma ; de ces deux-là naquit en vérité Anṛta (la Fausseté).
Verse 18
कन्या च निकृतिस्ताभ्यां भयन्नरकेमेव च माया च वेदना चैव मिथुनन्त्विदमेतयोः
Kanyā et Nikṛti sont (les noms de) deux enfers ; d’eux naît aussi Bhayan-naraka. Māyā et Vedanā sont également (des noms d’)enfers ; et cette paire forme un ensemble couplé.
Verse 19
तयोर्जज्ञेथ वै मायां मृत्युं भूतापहारिणम् वेदना च सुतं चापि दुःखं जज्ञेथ रौरवात्
De ces deux-là naquirent en vérité Māyā et Mṛtyu, celui qui ravit les êtres; et de Raurava naquirent Vedanā (la douleur) ainsi que Duḥkha (la peine) comme sa progéniture.
Verse 20
मृत्योर्व्याधिजराशोकतृष्णाक्रोधाश् च जज्ञिरे ब्रह्मणश् च रुदन् जातो रोदनाद्रुद्रनामकः
De Mṛtyu (la Mort) naquirent la maladie, la vieillesse, le chagrin, tṛṣṇā (la soif du désir) et la colère; et de Brahmā naquit un être en pleurs : à cause de ce pleur (rodana), il fut nommé Rudra.
Verse 21
भवं शर्वमथेशानं तथा पशुपतिं द्विज भीममुग्रं महादेवमुवाच स पितामहः
Alors Pitāmaha (Brahmā) l’appela Bhava, Śarva, Īśāna, ainsi que Paśupati ; ô dvija (né deux fois), il le nomma aussi Bhīma, Ugra et Mahādeva.
Verse 22
दक्षकोपाच्च तद्भार्या देहन्तत्याज सा सती हिमवद्दुहिता भूत्वा पत्नी शम्भोरभूत् पुनः
Et, par la colère de Dakṣa, sa fille—Satī, l’épouse de Śiva—abandonna son corps ; devenue la fille d’Himavat, elle redevint l’épouse de Śambhu (Śiva).
Verse 23
ऋषिभ्यो नारदाद्युक्ताः पूजाः स्नानादिपूर्विकाः स्वायम्भुवाद्यास्ताः कृत्वा विष्ण्वादेर्भुक्तिमुक्तिदाः
Les formes de culte enseignées par les ṛṣi, tels Nārada—commençant par le bain rituel et d’autres préliminaires—et relevant de la tradition Svāyambhuva et autres : en les accomplissant, par Viṣṇu et les autres divinités, on obtient à la fois bhukti (jouissance mondaine) et mukti (délivrance).
A formal taxonomy of creation is given—prākṛta (Mahat, tanmātra-to-bhūta, and vaikārika/aindriyaka) and vaikṛta layers (including plant, animal, deva, human, and anugraha categories), concluding with the ninth Kaumāra creation as part of Brahmā’s ninefold sarga.
By linking cosmological order to ritual order: understanding sarga clarifies one’s place in dharma, while the closing instruction on snāna-pūrvaka pūjā (as taught by Nārada and others) frames worship as the practical bridge that yields bhukti (well-being) and mukti (liberation).
Nine sargas proceeding from Brahmā are indicated, with prākṛta and vaikṛta groupings plus the Kaumāra; the count functions as a mnemonic map from subtle principles to embodied beings and finally to grace-oriented fruition.